FEVRIER






Février le treshardy je suis,
Auquel moys la vierge royale
Alla au temple des Juifzs
Faire offrande tresspecial
La Jesuscrist, lumière tresloyale,
Et presenta es bras de Simeon.
Prions sa majesté royale
Qu’elle’garde de France le nom.


Le Khâlendrier des Bergiers -XVI° siècle






FEVRIER 6 Semaine 1 – jour 1- US ET COUTUMES


Jamais ne passe Février
Sans voir feuiller le groseillier





LA CHANDELEUR




Février avait pour nom Spurkel au temps des Gaulois. De tous temps, il fut le mois des purifications. On y rencontre Mardi-Gras et la Chandeleur dont les cierges éloignent l’orage, la mort, les mauvais sorts en tous genres et les démons de la nuit ; spécialement la nuit de Carnaval durant laquelle diables et morts masqués se mêlent aux vivants.
Dans le ciel de Février passent les chasses maudites et c’est le mois idéal pour rencontrer bêtes faramines et loups-garous.
De même que la fête de Noël a remplacé le culte de Mithra, la Chandeleur s’est substituée aux Lupercales dédiées à Faunus Lupercus, dieu de la fécondité et gardien des troupeaux. Un dieu-loup gardien des troupeaux ? Et pourquoi pas ? La mauvaise réputation du loup est grandement usurpée. Cependant, il y a un peu de sa faute….          


FEVRIER – semaine  1- jour2 -CONTE


A la Chandeleur venue,
Range le rouet, prend la charrue


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LA FAUTE DU LOUP

Un Homme avait un domaine ; nuit et jour, saison après saison, il en prenait grand soin. Il veillait à ce que chaque plante, chaque animal ait à sa suffisance et tout poussait et vivait là en parfaite harmonie. L’Homme avait choisi pour établir son domaine une contrée au climat privilégié ; le jour, le soleil faisait mûrir les récoltes et la nuit, quelques averses arrosaient semailles et plantations. L’eau des rivières était pure, on pouvait y boire à sa soif, s’y baigner quand il faisait chaud en compagnie de poissons heureux.
        L’Homme un jour dans son domaine, introduisit un Loup et lui dit :
-« Ce domaine est le tien ; tu peux en user à ta guise. Ici, chaque soir, tu trouveras ta nourriture, et pour boire les mares et les ruisseaux ne manquent pas. Tu peux aussi, parmi les faons et les chevreuils prélever les plus faibles, ceux qui ne survivraient pas au prochain hiver. Mais tu ne dois jamais, tu m’entends bien jamais, touchet à ce troupeau que tu vois là, dans le champ, près de la maison. C’est la seule chose qui te soit interdite, et je n’aimerais pas que tu désobéisses ! »-
Le Loup, pendant tout un printemps explora les champs et la forêt, les collines et les vallons ; l’été passa tranquille, puis vint l’automne aux pistes odorantes. Rarement, il goûta au gibier ; et pourquoi l’aurait-il fait ? il avait bien assez avec ce que l’Homme lui donnait. De moins en moins il s’éloignait de sa demeure où il apprécia l’hiver, de se chauffer devant le feu et jouer avec les enfants.
Le Loup semblait heureux, pourtant, quand le printemps revint, l’homme s’aperçut qu’il manquait d’entrain : son pelage restait terne, il ne bondissait plus joyeusement pour rapporter les objets qu’on lui lançait. L’Homme examina soigneusement son compagnon et comme il ne put déceler aucune maladie, il dut se rendre à l’évidence : le Loup s’ennuyait !
        -« Bien, fit l’Homme, ce n’est pas grave ; nous allons arranger ça ! »-
Il s’absenta quelque temps et revint avec sur ses talons une jeune Louve au poil soyeux, aux grands yeux verts, aux crocs d’ivoire , aux pattes armées de longue griffes luisantes.
-« Loup, voilà ta compagne, dit l’Homme. Fais lui visiter le domaine, explique-lui que tout est permis, mais que jamais, au grand jamais, ni elle ni toi ne devez toucher à ce troupeau que tu vois là, dans le champ, près de la maison. »-
Le Loup emmena sa Louve faire le tour du domaine, et puis un jour, ils revinrent dans la cour de la maison où ils s’installèrent dans l’intention de garder et protéger les lieux, voir prévenir en cas d’intrusion. Comme il ne passait personne, ils avaient out le temps de courir après les chats, jouant à les faire grimper aux arbres. Ils faisaient aussi de longues parties avec les enfants de l’homme. Enfin, le Loup surtout, car la Louve préférait se promener aux alentours.
Un jour qu’en lisière de forêt elle longeait le champ où broutait le troupeau, elle vit glissant d’un arbre, une curieuse et longue créature qui se balançait, semblait tomber, se rattrapait par la queue en d’étranges contorsions annelées. La créature avait aussi de grands yeux verts qui fascinaient la Louve autant que la bizarre langue fourchue qu’elle dardait en sifflant dans sa direction.
La Louve s’arrêta, la queue tendue, une patte avant repliée.
 -« Bonjour, siffla la créature, tu es la nouvelle Louve ? Moi, je suis le Serpent ! »-
-« Bonjour ! »- répondit la Louve, interdite devant cette bête étrange qu’elle voyait pour la première fois.
Le Serpent continuait à se balancer et à se tortiller :
 -« Comment trouves-tu le Domaine ? Magnifique, n’est-ce pas ? »-
La Louve à qui les contorsions du Serpent donnaient un peu le tournis, ne sut qu’approuver :
-« Oh, oui ! Magnifique ; rien ne manque ici ! L’Homme est si généreux ! »-
-« Rien ne vous manque…le Serpent était sarcastique- Ne le crois-tu pas au contraire quelque peu égoïste ? »-
-« Egoïste, dis-tu ? Mais en quoi ? »-
-« Eh bien, regarde dans ce champ – et il se balança dans la direction- regarde ce joli troupeau qu’il garde pour lui seul et que vous autres Loups ne devez pas toucher ! »-
La Louve regarda le champ, remua doucement la queue :
-« Oh, ça ne fait rien, nous avons tout ce qu’il nous faut ; nous n’avons pas besoin de ces bêtes. »-
-« Besoin…non ! Mais… c’est dommage ! »-
-« Qu’est-ce qui est dommage ? »-
-« De ne jamais connaître la saveur délicate d’un jeune agneau de printemps. »-
-« Mais nous avons les faons, les chevreuils… »-
-« Oui ! Mais c’est du gibier ; c’est très bon, mais jamais aussi tendre qu’un agneau nourri d’herbe grasse. »-
-« Ah ! Et comment le sais-tu ? »-
-« Je le sais… Voilà ! »-
La Louve, irritée par le ton persifleur de Serpent, lui tourna le dos, retourna dans la cour où elle se roula au soleil sans plus penser à cette rencontre. Malheureusement, elle aimait trop se promener pour rester longtemps à la maison, ce qui fait qu’à plusieurs reprises elle rencontra le Serpent qui chaque fois lui tenait le même discours. Un jour, elle en parla au Loup ; comme il n’avait aucune envie d’avoir des ennuis avec l’Homme, il lui recommanda très sévèrement de ne plus parler au Serpent. Plus facile à dire qu’à faire ; la Louve le trouvait toujours sur son chemin et elles avait horreur d’être impolie !
Un jour, l’Homme était parti inspecter les confins du Domaine, le Loup dormait dans la cour, la Louve sortit pour faire un petit tour ; elle n’alla pas bien loin sans rencontrer le Serpent. Qui remit sur le tapis l’histoire des moutons et de l’égoïsme de l’Homme :
-« Et pourquoi n’aurais-tu pas droit toi aussi à un agneau ? Regarde le petit là-bas… il est faible, il ne passera pas l’hiver. L’Homme vous a permis de manger ceux-là. »-
-« Oui, mais pas ceux de ce troupeau ! »-
-« L’Homme est loin… il a tant d’agneaux ! Comment verra-t-il qu’il en manque un ? »-
Depuis des semaines, la Louve s’efforçait de ne pas écouter le Serpent, mais cette fois la tentation fut trop forte ; elle sauta dans le champ et en trois bonds attrapa l’agneau qu’elle tua d’un seul coup de dents, puis elle l’emmena sous un buisson et quand, les yeux clos de plaisir elle en eut savouré la moitié, elle eut envie de partager le festin avec son compagnon. Elle courut le chercher et le ramena dans sa cachette. Le Loup, horrifié, commença par pousser les hauts cris et refusa tout net de toucher au larcin. Mais la gourmandise sait troubler les plus hautes vertus et puis, manger l’agneau n’était-il pas la meilleure façon de faire disparaître les preuves du délit ?
Le forfait accompli, les deux complices rentrèrent à la maison ; ils la trouvèrent bien différente : les enfants criaient trop fort, les chats avaient le regard fuyant, même le soleil n’était plus aussi chaud. Ils ne se sentaient bien nulle part ; et quand l’Homme revint, au lieu de s’élancer vers lui joyeusement, ils rampèrent la queue entre les pattes. D’abord intrigué, l’Homme ne mit pas longtemps à comprendre ; contrairement au Serpent il savait compter et comme il lui manquait un agneau, l’attitude des loups en disait long sur ce qui avait pu lui arriver.
       Déçu, furieux, il se tourna vers les coupables :
-« Pourquoi avoir désobéi ? Pourquoi m’avoir trompé ? Vous aviez tout ce que vous vouliez… Pourquoi ? »-
Le Loup tourna le museau vers sa compagne 
–« C’est elle qui…marmonna-t-il. »-
La Louve regarda vers le Serpent, qui se balançait autour d’une branche :
-« C’est lui qui… gémit-elle. »-
-« Je ne veux pas le savoir, tonna l’Homme, vous étiez prévenus ! Vous ne deviez pas toucher au troupeau ! Plus tard, vous en seriez devenus les gardiens. Je ne veux plus vous voir ; vous allez filer loin d’ici ! Pour votre peine vous aurez froid, vous aurez faim, le gibier sera rare. Partout où vous irez, on vous pourchassera ; on vous interdira d’approcher des maisons, vous ferez peur aux petits enfants et jusqu’à la fin des temps on racontera des horreurs sur votre compte ! »-
Le couple s’en fut la queue basse. Depuis, par les nuits sans lune,  le loup hurle son désespoir d’être banni pour toujours de la maison des hommes.



FEVRIER -Semaine 1 – jour 3 -PAR ICI LA BONNE SOUPE

A la Chandeleur verdure,
A Pâques neige forte et dure




LES CRÊPES

C’est la Chandeleur !
Réunissez des œufs, de la farine, du lait (oui de l’eau si vous n’avez pas de lait), et quelques amis. Graissez et chauffez un certain nombre de poêles, n’oubliez pas un petit verre de bon alcool de fruit et… faites des crêpes !
Les crêpes portent chance ; elles amènent la bonne fortune, chassent la pauvreté pour l’année entière.
Envoyez votre petite famille à la messe, et pendant ce temps, faites des crêpes sinon vous serez pauvres toute l’année ! On l’affirme de Vendée en Bourgogne.
Mais attention : ne retournez pas vos crêpes à l’aide d’une spatule ! Il faut pour que le bienfait soit total, les faire sauter en tenant dans la main droite, avec la queue de la poêle, une pièce d’or. Si vous ne possédez pas de pièce d’or, vous devrez alors faire sauter sept crêpes à la suite. Si vous ne les rattrapez pas, aucune importance : la crêpe retombant sur un meuble ou un élément de la cuisine est un gage de bonheur. En revanche, une crêpe brûlante qui atterrit sur la tête du chat peut présager un danger imminent. D’autre part, si la crêpe à l’arrivée plie ou se casse, de graves soucis vous guettent ; pour preuve : Napoléon à la Chandeleur de 1812 rata sa cinquième crêpe !
Amis Nantais, voue êtes des goinfres ! Vous voudriez faire croire que partager les crêpes avec les voisins attirerait la chance hors de votre foyer… En revanche, vous acceptez d’offrir le lendemain, celles que vous n’avez pas mangées la veille ?
En Angleterre où la gastronomie est ce qu’elle est, on met une pièce ou une bague dans le bol de pâte. Celui qui la trouve, s’il n’est pas mort en l’avalant, est assuré de se marier dans l’année.
Les crêpes de la Chandeleur sont d’une incontestable utilité ; elles contribuent entre autres à éviter la nielle du blé, aident tout au long de l’année à faire lever la pâte à pain. Si vous avez le courage de donner aux poules la première fournée, reconnaissantes, elles vous couvriront d’œufs.
Toutefois, gardez-en une pour l’été : vous vous en frotterez le visage pour éviter d’être piqué des guêpes. Une autre encore, que vous accrocherez à une aubépine : gourmand, le loup la dévorera et laissera en paix vos moutons.
Habitants de Seine et Oise, faites des crêpes à la Chandeleur et vous aurez de nombreux dindons.
Poitevins qui semez des fèves, faites des crêpes pour une bonne récolte.
Et l’on dit qu’en Estonie, pour que les choux aient de larges feuilles, on fait des crêpes pendant les semailles ; les enfants nés dans ces choux, auront bien entendu, de grandes oreilles.
Noctambules attention ! Il est impératif de pratiquer ces rituels avant vingt heures : au-delà, leurs effets seront inversés.



FEVRIER -Semaine 1 – jour 4 -  MOTS D’AUTEUR

A la Saint-Isidore si le soleil dore,
Le blé sera haut et chenu,
Mais le pommier nu.


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"Le travail de l'artisan atteint plus facilement à la dignité que celui de l'artiste. Mais le péché d'orgueil lui est encore plus dangereux. L'idée de chef-d'oeuvre, ici, c'est celle du tour de force. L'homme est fait de telle sorte que dès qu'il s'efforce, le difficile finit par remplacer le beau..."

Henri POURRAT - Vent de Mars



FEVRIER -Semaine 1- Jour 5 -  LE PANIER DE LA GLANEUSE

A la Sainte-Agathe,
Oignons se plantent même dans la glace





LES LICHENS



Le panier est bien difficile à remplir en février. Profites-en glaneuse, pour débarrasser les arbres de ton domaine de leurs mousses qui sont en réalité des lichens. Si, quand tu te perds en forêt ces lichens t’aident à retrouver ton chemin en te montrant le nord, ils ne font aucun bien aux écorces.
Avec prudence, car certains sont toxiques, tu pourras leur trouver un emploi.
Le chêne, arbre de Zeus, t’offrira « evernia prunastri » qu’on trouve aussi comme son nom l’indique sur le prunellier et encore d’autres arbres, tel l’érable.
Il est utilisé en parfumerie et savonnerie.  En pharmacie , il est réputé expectorant, tonique et vulnéraire. Réduit en poudre, il peut servir de levain pour le pain. C’est aussi un colorant qui teint en poupre la laine.
Par prudence glaneuse, contente-toi de son parfum : il rehaussera à merveille les pots-pourris de cet été dont la senteur commence à s’évaporer.




FEVRIER - Semaine 1 – Jour 6 -L'Âme des Poètes


En février s’il gèle et tonne
C’est la marque d’un bel automne




MON REVE FAMILIER

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule sait les rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? - Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul VERLAINE


FEVRIER -Semaine 1 – Jour 7- Y’A UN TRUC


Crapaud qui chante en février
Dit que l'hiver est achevé






T’AS DE BEAUX YEUX…


Mais… s’ils sont cernés, sachez qu’avec des compresses de thé tiède, vous retrouverez votre bonne mine.
Sur des paupières rouges ou gonflées, posez pendant trente minutes des rondelles de concombre frais. Un cataplasme de reinette râpée enveloppée de gaze à pansement est également efficace.
Parachevez le traitement en appliquant des compresses d’eau de bleuet pour laquelle il vous faut : 20gr de fleurs de bleuet pour un ¼ de litre d’eau bouillante. Filtrez et mettez en flacon. L’eau de bleuet s’utilise tiède.




FEVRIER -Semaine 2 – jour 1 -US ET COUTUMES


Si le temps change à la Chandeleur
L’hiver passe ou prend vigueur
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LA SAINT-VALENTIN


En février, entre les crêpes de la Chandeleur et les beignets de Mardi-Gras, on fête les amoureux et leur patron Valentin.

Valentin était prêtre en Italie au 3° siècle de notre ère. L’empereur Claudius le Cruel pour faire honneur à son nom avait interdit le mariage aux chrétiens. Valentin n’en tint aucun compte et continua de marier ses ouailles.
Claudius le fit emprisonner et décapiter non sans l’avoir au préalable convenablement bastonné, le 14 Février 270.
Si l’on ajoute à cette légende que c’est à la mi-février que commence ce qu’au Moyen-Age on nommait la « pariade des oiseaux », c’est à dire le temps où ils s’accouplent et commencent à bâtir leurs nids, on conviendra que le moment est parfait pour célébrer l’Amour.


FEVRIER - Semaine 2-jour 2 -CONTE

Tonnerre de février
Emplit le grenier
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PHILEMON et BAUCIS-


Il y avait en Phrygie un lac ; au bord de ce lac, un temple et devant le temple, de chaque côté de la façade, deux grands arbres : un chêne et un tilleul dont les branches se mêlaient. Leurs feuilles semblaient se caresser au vent du soir.
On racontait qu’au fond du lac se trouvait un village et que le temple avait jadis  été une toute petite maison, pauvre parmi les plus pauvres. Un couple d’amoureux vivaitlà : un homme et une femme qui s’aimaient depuis l’adolescence et cela faisait… bien des décennies. Ils ne se voyaient pas vieillir et leur amour leur tenait lieu de fortune car ils étaient très pauvres.
Deux voyageurs épuisés se présentèrent un soir devant leur porte. Deux voyageurs ? Deux vagabonds plutôt. Les cheveux sales, la barbe broussailleuse, des tuniques en lambeaux et pour souliers la poussière du chemin ; ils avaient soif, ils avaient faim.
L’homme, qui se nommait  Philémon leur souhaita la bienvenue, mais ajouta qu’ils n’étaient pas là dans la bonne maison :  « Nous sommes pauvres, si pauvres, nous avons si peu à offrir. Allez plutôt au village, vous y trouverez des gens fortunés qui sauront vous héberger.
-Nous en venons, dit le plus grand des vagabonds, celui qui semblait être l’aîné. Nous en venons et ces méchantes gens nous ont chassés.
Pendant ce temps, silencieuse, Baucis, l’épouse de Philémon, avait rempli d’eau des bassines et venait avec des linges laver les pieds douloureux des visiteurs. Ensuite elle leur offrit des tuniques ravaudées mais propres.
-«  Nous n’avons , continua le vieil homme, que quelques fruits et les fromages de notre chèvre, mais si ce mince repas vous suffit, nous le partagerons avec vous bien volontiers. Femme, va à la source et rapporte nous un pot d’eau fraîche.
Mais quand Baucis versa l’eau dans les gobelets en terre, elle se transforma en un vin doré tel que jamais ces deux pauvres gens n’en avaient bu de pareil.
Avec effroi, ils levèrent les yeux sur leurs hôtes et reconnurent les dieux : Zeus en majesté et Hermès dans tout l’éclat de sa jeunesse étaient à leur table.
-« Suivez-nous, dit Zeus en relevant les paysans prosternés, car nous devons châtier ces mauvaises gens qui font fi des lois sacrées de l’hospitalité ! »
Philémon et Baucis, appuyés sur leurs cannes, suivirent péniblement les dieux jusqu’au sommet d’une colline proche, et, se retournant, ils virent le village englouti par les flots. Seule leur maison, au bord de ce nouveau lac avait été épargnée. Mais elle grandissait et ses murs de boue séchée devenaient de marbre ; devant l’entrée se dressaient des colonnes encadrant un portique et le toit de chaume se couvrait d’or. A la place de leur masure se dressait désormais un temple et les dieux firent des deux vieux ses gardiens.
-« Pour nous avoir accueilli quand tout le village nous rejetait, dit Zeus, je vous accorde un vœu. Formulez votre souhait le plus cher, et par le Styx, quel qu’il soit, il vous sera accordé. »
Philémon et Baucis se tenaient par la main : « Nous ne désirons qu’une chose dit l’épouse, n’être jamais séparés. 
-Et, ajouta le mari, ma plus grande douleur serait de devoir assister aux funérailles de celle que j’aime tant.
- Pour moi, reprit Baucis, je ne pourrais supporter de devoir fermer les yeux de mon compagnon. Accordez-nous, quand nos jours seront révolus, de pouvoir partir ensemble, le même jour, à la même heure. »
A peine le vœu avait-il été formulé, que dans un éblouissement, les dieux s’effacèrent.
Il restait à Philémon et Baucis, miraculeusement régénérés, de longues années de bonheur. Ils gardaient le temple et vivaient des offrandes de ceux qui venaient y prier, mais surtout de l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre.
Et puis enfin, ils arrivèrent au bout de leurs ans et là, sur les marches du temple, la main dans la main et se regardant tendrement, ils sentirent leurs pieds s’enfoncer dans la terre ; leurs corps grandissaient, s’élançait vers le ciel tandis que leurs bras se tendaient et se multipliaient ; et ces branches se couvraient de leurs cheveux devenus des feuilles.
Un chêne et un tilleul se dressaient à la place où s’étaient aimés Philémon et Baucis.



FEVRIER - Semaine 2 - jour 3- LE JARDIN EXTRAORDINAIRE

L’hiver s’achemine
Ou touche à sa fin


LE PERCE-NEIGE


La neige, mécontente de la blancheur dont elle avait été vêtue, s’en plaignit à son Inventeur. Le Grand Artisan était fort occupé à fignoler sa Création et trouvait la neige assez belle telle qu’il l’avait conçue.
Mais la neige continuait à se plaindre et à voleter en flocons qui se posaient sur le nez, les yeux,  la bouche du Divin Travailleur. Lassé de chasser l’importune, il lui dit :
-« Va donc vers les fleurs leur demander un peu de leur couleur ; je t’accorderai de garder la teinte de celle qui acceptera de t’en donner. »
La neige alla trouver la Rose qui se pare de tant de nuances pensant qu’elle serait généreuse, mais la Rose refusa. Le Coquelicot, le Lilas, la Violette, ne voulurent pas non plus partager ; le Bleuet ne se donna même pas la peine de répondre ; le narcisse détourna sa corolle.
Quand elle eut essuyé les refus de toutes les fleurs, la neige aperçut sous un grand sapin, écartant à grand-peine les feuilles d’un lierre, de minuscules clochettes blanches qui s’agitaient en murmurant :
-« Nous, on veut bien…nous, on veut bien ! »
Alors la neige émue, accepta de garder la couleur de la seule fleur qui avait accepté le partage.
Voilà pourquoi depuis, elle se fait douce et tendre pour laisser passer les clochettes de la fleur des derniers jours d’hiver : le perce-neige.
C’est un petit bulbe de bonne compagnie que vous aurez planté à l’automne, dans la pelouse ou sous les arbres. Il se propage assez rapidement et permet d’attendre le relais des jonquilles et des primevères.
Il n’est pas incommode dans la pelouse, puisqu’il est défleuri dès que les premières tontes deviennent nécessaires.

« Violette de la Chandeleur
Perce, perce, perce-neige,
Annonces-tu la Chandeleur,
Le soleil et son cortège
De chansons, de fruits, de fleurs ?
Perce, perce, perce-neige
A la Chandeleur. »
              
                                                        Robert DESNOS



FEVRIER - Semaine 2 – jour 4 -QUELLE HISTOIRE !


Mieux vaut loup dans le troupeau
Que mois de février trop beau




A PROPOS DE LA BÊTE

Charles Perrault a écrit « Le Petit Chaperon Rouge en 1697 ; moins d’un siècle plus tard, La réalité surpasse en horreur la fiction.
La « Bête » qui sévit en Gévaudan ne se contente pas de dévorer une petite fille et sa grand-mère ; les morts se comptent par centaines et ne parlons pas des blessés ! Ses ravages se poursuivront pendant trois ans. Contre le monstre, Le roi Louis XV enverra ses dragons et son Grand Lieutenant des Chasses qui tuera un grand loup ; ce qui n’empêchera pas la bête de continuer à sévir, jusqu’à ce qu’un paysan l’abatte un jour d’une seule balle.
La Bête du Gévaudan était-elle un loup ? Certainement pas !
Aucun des témoignages recueillis sur place ne parle de loup. Les paysans et bergers du Massif Central savaient pour le fréquenter quotidiennement que le loup est craintif et n’attaque pas l’homme. S’il a devant lui un troupeau de moutons, ce n’est pas le berger ou la bergère si tendre fut-elle que le loup choisira. Encore moins une vieille bergère coriace mais pourvue d’yeux qui savent voir et d’une langue qui peut raconter .
Mais alors, qu’était la Bête du Gévaudan ?
Nous ne disposons que d ‘hypothèses ; l’une des plus vraisemblables est celle que propose Michel Louis dans son livre - La Bête du Gévaudan ou l’innocence des loups- : un ou plusieurs grands chiens, des molosses dressés à tuer et protégés d’une cuirasse en peau de sanglier, ce qui explique leur résistance aux balles. Ces chiens ou bâtards de chien et de louve sont menés par le garde-chasse d’un aristocrate dévoyé. Ce garde-chasse étant lui-même fils d’un homme réputé sorcier et meneur de loups. Celui même qui, en 1767, après trois années de traque infructueuse menée par les meilleurs chasseurs du royaume, tua le fauve d’un unique coup de fusil.



FEVRIER - Semaine 2 – jour 5 LE BESTIAIRE ENCHANTE

Quand le soleil rit
A Sainte-Eulalie
Pommes et cidre à la folie


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METHODE POUR DEMASQUER UN LOUP-GAROU

Le Loup-Garou est un homme ou une femme ordinaire qui se change en loup les nuits de pleine lune, principalement en février.
Comment savoir si vous avez un loup-garou dans votre entourage ?
C’est très simple !
Si l’une ou l’un de vos proches s’absente sans explication par une nuit de pleine lune (surtout en février), suivez-le.
A peine dehors, vous perdrez rapidement sa trace et vous mettrez à sa recherche. Vous avancerez dans la nuit. Là, deux hypothèses : ou vous verrez un loup attaquer un promeneur innocent (innocent….qu’est-ce qu’il faisait dehors à une heure pareille ? surtout en février !), ou bien vous-même serez attaqué par un loup (ou une louve).
Dans un cas comme dans l’autre, vous lutterez bravement et sortant de votre poche le coutelas que vous ne manquez jamais d’emporter quand vous sortez le soir (surtout les nuits de pleine lune, surtout en février), vous lui couperez une patte, peu importe laquelle ; le loup  s’enfuira en hurlant. Réconforté par cet exploit, vous rentrerez chez vous bombant le torse..
Vous constaterez avec soulagement que celui ou celle de vos proches que vous soupçonniez (certains adolescents ont souvent un comportement étrange), dort dans son lit paisiblement. Ouf ! cette sortie nocturne ne l’avait mené qu’au fond du jardin pour faire pipi.
Vous retournerez vous coucher en vous promettant de porter le lendemain la patte de loup chez un taxidermiste pour la faire monter en porte-clé commémoratif.
Mais attention ! Si le lendemain matin votre proche marche à cloche-pied ou malmène la vaisselle du petit-déjeuner en n’utilisant qu’une seule main…..
Vous n’êtes pas au bout de vos peines !



FEVRIER -Semaine 2 – Jour 6  LIRE ET RELIRE

De Sainte-Béatrice la nuée
Assure six semaines mouillées






MARIE DE FRANCE

Que sait-on de Marie sinon qu’elle était de France et qu’au XII° siècle, elle a composé ces « Lais » qui sont venus jusqu’à nous ?
C’est probablement à la Cour d’Angleterre où elle a passé un certain temps qu’on l’a nommée « de France » pour la distinguer peut-être d’autres Marie. Qui était-elle ? était-elle brune ou blonde, était-elle jolie ? a-t-elle aimé ? On ne peut qu’en rêver en lisant ses poèmes, ces Lais qui sont en fait de petits romans versifiés.
Contemporaine de Chrétien de Troyes et des troubadours occitans elle a fait de ses Lais des hymnes à l’amour ; à l’amour courtois : celui qui était en usage à la cour du roi Arthur. Les histoires que raconte Marie sont puisées dans la « Matière de Bretagne » et les anciennes légendes galloises qui lui ont été transmises oralement. Le merveilleux y est omniprésent car ce sont bien des contes dont on retrouvera la trame dans des légendes ou des histoires racontées par des auteurs plus récents.
« Les deux amants » fait penser à Peau d’Âne ; « Le Frêne » est une cousine de la Grisélidis de Perrault ; L’Oiseau Bleu de Mme d’Aulnoy est un écho de « Yonec » ; Eliduc, c’est la Belle au Bois Dormant et Bisclavret une histoire de loup-garou comme il en courait naguère dans les campagnes. On retrouve des versions de l’arbre et de la fée à la fontaine de « Lanval » dans toute l’Eurasie et jusqu’au Japon.
L’univers de ces lais comme celui des contes merveilleux se situe au-delà d’une rivière, d’une forêt, d’une mer ; on y parvient par d’étranges moyens tels que le navire fantôme de Guigemar ou la cavalcade aérienne de Lanval.
On y rencontre des fées qui parfois aiment des mortels, d’autres fois se métamorphosent en divers animaux . On y suggère même que certains héros de légendes auraient eux-mêmes raconté les histoires. Ainsi ce serait Tristan, le Tristan aimé d’Yseult, qui parce qu’il était barde, aurait composé ce délicieux « Lai du Chévrefeuille » :

« Et de ces deux il fut ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier s’attachait :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Qui plus tard les veut détacher,
Le coudrier tue vivement
Et chèvrefeuille mêmement.
« Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »…






FEVRIER - Semaine 2 – jour 7 ON CONNAIT LA CHANSON



A la Saint-Valentin
La rose gèle avant le matin





BELLE QUI TIENT MA VIE
(Pavane utilisée au XIX° siècle par Léo DELIBES dans la scène de bal du Roi s’amuse)



Belle qui tient ma vie
Captive dans tes yeux
Qui m’as l’âme ravie
D’un souris gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.


Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi ;
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.


Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os ;
Ils ont rempli mon cœur
D’une amoureuse ardeur.


Approche donc ma belle
Approche-toi mon bien
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser
Donne-moi un baiser.


FEVRIER - Semaine 3 – jour 1 US ET COUTUMES


Février entre tous les mois
Le plus court et le moins courtois







LES JOURS DE LA VIEILLE


Pourquoi février est-il si court ? les explications varient selon les contrées.
Les Normands racontent que Février était un joueur enragé. Il jouait toujours et toujours perdait. Tant et si bien qu’il finit par perdre tout ce qu’il possédait. Ce qui ne l’empêcha pas d’engager un jour, une partie de dominos contre Janvier et Mars, que bien entendu, il perdit.
Or, comme il n’avait plus rien à offrir, il donna ce qui lui restait : un jour à Mars et un autre à Février.
Les Kabyles parlent d’une femme qui, lors d’un mois de janvier particulièrement rude, s’enferma avec ses chèvres en attendant les beaux jours.
Quand, le mois fini, le soleil consentit à se montrer, elle sortit et fit à Janvier, la malpolie,  j’ose à peine vous dire quoi, elle lui fit, oui… un « doigt d’honneur » !
Janvier furieux, alla quérir chez Février un jour de plus pour châtier l’insolente. Alors il déchaîna les éléments : tonnerre, éclairs, pluie, grêle, vent, neige et verglas. La vieille n’eut pas le temps de s’abriter et mourut de froid avec ses chèvres.
Les trois derniers jours de février sont d’ailleurs nommés les « Jours de la Vieille » car les Romains chassaient ces jours-là, une divinité néfaste du nom d’Anna Perenna.










FEVRIER - Semaine 3 – Jour 2 CONTE


A la Saint-Mathias le corbeau s’en va
Passent six semaines, coucou reviendra.



LE POISSON D’OR



Au bord d’un lac d’argent, un jeune homme et sa sœur auraient pu vivre heureux. Ils avaient un jardin ; quand la pêche était bonne, ils allaient à la ville en vendre le surplus ; ils ne manquaient de rien.
Pourtant, insatisfaite, la fille tarabustait le malheureux pêcheur dont le plus grand plaisir était de composer des vers que sur sa flûte, il mettait en musique. Hélas pour lui, sa sœur n’aimait pas les chansons . Elle préférait les sous !
-«  Paresseux, bon à rien ! Mets donc la barque à l’eau, va chercher du poisson, demain c’est le marché ! »-
Mais le jeune poète se serait bien passé d’attenter à la vie des habitants des eaux. Il aimait la nature et se satisfaisait d’un peu de pain, de fruits, et de quelques fromages.

Un jour, las des reproches, il s’en fut sur le lac. Le ciel était limpide, un vent léger soufflait ; notre ami hésitait à lancer son filet. Il mit sa flûte en bouche et lança quelques trilles.
Du milieu des roseaux, il vit soudain paraître un merveilleux poisson, bleu turquoise et doré qui sauta dans la barque et la fit vaciller.
Le pêcheur étourdi, rétablit l’équilibre. Cependant la surprise l’avait rendu muet. Le poisson en revanche, était plutôt disert :
-« Pêcheur mon bon ami, que j’aime ta musique !Vois-tu, mieux qu’un filet, elle me fait prisonnier. Tu peux me relâcher, ou me joindre à ta pêche et me vendre au marché, je suis à ta merci ! »-
Sans proférer un mot tant il était surpris, le musicien rendit à son monde liquide le merveilleux poisson. Avant de disparaître, il fit encore un bond et reprit la parole :
-« Je suis fils de Neptune et j’ai de grands pouvoirs. Tu m’as laissé la vie , sois-en remercié : voici selon l’usage, trois vœux à formuler. Prends ton temps ,réfléchis, puis viens au bord du lac, joue un air sur ta flûte et je t’exaucerai. »-

Ne croyant pas ses yeux, soupçonnant ses oreilles, le musicien-pêcheur retourne à sa chaumière. Acariâtre, revêche, sa sœur l’y attendait :
-« Quoi ! Tes paniers sont vides ! Qu’as-tu fait de ta pêche ? Nous n’aurons rien à vendre, comment allons-nous vivre ? »-
-« Ah ! ma sœur, quel mystère ! Dans mes filets s’est pris un poisson qui parlait… Un fils du dieu des eaux… »-
-« Alors, qu’en as-tu fait ? »-
-« Mais… je l’ai relâché ! »-
-« Relâché ! Pauvre fou ! Un poisson qui parlait… Mais c’était la fortune ! Tu l’as laissée passer… mon dieu que tu es sot ! »-
-« Ma sœur, ce n’est pas grave ; le lait de notre vache et les fruits du jardin seront bien suffisants pour passer la semaine. Et bientôt… »-
-« Tu iras à la pêche et tu ne prendras rien ! A jouer de la flûte et parler aux poissons, que crois-tu donc gagner ? Regarde où nous vivons : une pauvre cabane, aux murs tout délabrés ! Moi, je veux un palais… »-

Et la fille continue à crier, à se plaindre. Le malheureux garçon ; courbé sous les reproches se sauve au bord du lac , trouver un peu de paix.  Il adorait sa sœur et aurait bien voulu réaliser ses rêves, mais il ne savait pas comment faire fortune ; il avait oublié les vœux du poisson d’or.
Assis au bord de l’eau, tout rêveur il compose une nouvelle chanson. Attiré par la flûte, le poisson fait surface, voit le pêcheur bien triste :
-« Mon ami, mon ami, pourquoi cet air navré ? Quel que soit ton souci, je peux te l’enlever ; tu n’as qu’à demander… »-
-« Ma sœur veut un palais… »-
-« Un palais ? C’est facile ! Rentre vite chez toi, ta sœur sera contente. »-

Notre ami s’en retourne et tout éberlué, aux abords de chez lui ne reconnaît plus rien : disparue la chaumière, parti le jardinet ; à la place un grand parc où se dresse gracieux, un palais à colonnes de marbre blanc et rose. Intimidé il entre : des meubles précieux, de la vaisselle d’or, aux murs des œuvres d’art, des coffres entr’ouverts laissent voir des merveilles ; partout des serviteurs s’agitent en tous sens… et au milieu sa sœur, furieuse échevelée qui rage et qui tempête :
-« A quoi bon un palais quand on n’a pas d’argent ? Il me faut des toilettes, des habits de satin et aussi des bijoux. Je n’ai jamais goûté ni foie gras ni caviar, il m’en faut désormais… et je veux du champagne ! »
-« Ma sœur, que d’exigences ! »-
-« Le poisson t’as promis ! Retourne au bord de l’eau ! »-§§§§§

Le lac était d’ardoise et les nuages, bas ; quelques gouttes tombaient.. La flûte en un murmure fit venir le poisson :
-« Que veux-tu mon ami ? »-
-« Pour moi, je ne veux rien ! Mais ma sœur… »-
-« Oui, je sais. Retourne en ton palais, elle a ce qu’elle désire. »-
Pendant quelques semaines, elle parut heureuse : elle goûtait du meilleur, essayait des toilettes, commandait aux valets et giflait des servantes. Puis elle devint morose, plus rien ne l’amusait, pas même changer de robes.
Quand une fille s’ennuie au milieu des plaisirs, c’est à n’en pas douter qu’il lui faut un mari. Mais où l’aller chercher?
Pour contenter sa sœur et trouver l’oiseau rare qui la supporterait, notre jeune poète organise un grand bal. Tous les célibataires de cent lieues à la ronde firent danser la belle. Belle, me direz-vous ? Mais oui, elle l’était ; son fichu caractère seul était responsable de la laide apparence qu’on lui voyait souvent. Comme on la disait riche, vivant dans un palais, les demandes en mariage ne lui manquèrent pas. Elle était difficile ; aucun des prétendants ne put lui convenir :
-« Celui-ci est trop sot, celui-ci n’est pas beau, celui-là n’est pas riche, cet autre est bien trop vieux ; en voici un trop grand et un autre trop gros ; beaucoup sont trop petits, ou maigres, ou bigleux… »
Que sais-je ?… Ils furent tous éconduits….

Les musiciens partis, les lampions éteints, dans ses appartements la peste réfléchit…
-« Je sais ce qu’il me faut ! Faites venir mon frère ! »-
Le pauvre, d’un pas lent, traverse le palais.
-« Que veut-elle à présent ? Il ne reste qu’un souhait… »-
Oh ! comme il regrettait sa barque et son filet !
-« Mon frère, j’en suis certaine, il me faut un mari ; comme tu l’as pu voir, aucun de nos voisins ne peut me convenir. Je voudrais pour époux ton ami le poisson. »-
-« Tu veux le Poisson d’Or ? Ma sœur, c’est impossible ! Il est fils de Neptune, tu es fille de pêcheur ! Peut-être est-il un dieu ? »-
-« Eh bien ! s’il est un dieu, je serai immortelle ! »-
-« Pauvre sœur tu es folle ! Ce palais t’a grisée ! Fais comme tu l’entends, mais il n’est pas question que je formule un vœu si contraire au bon sens. »-
-« Quoi ? Comment ? Tu refuses ? »-
-« Oui ma sœur, je refuse ! »-
-« Gardes, qu’on le saisisse ! Confisquez-lui sa flûte ! Je ne te la rendrai que contre la promesse de demander pour moi la main du Poisson d’Or. »-
 Effondré, il retourne en ses appartements. Un musicien sans flûte est comme pain sans beurre ; au bout de quelques jours, il finit par céder.

Le ciel était de plomb ; un vent mauvais soufflait. Il monta dans sa barque, environné d’éclairs. Il n’osait pas chanter ; il n’en eut pas besoin. Au  milieu des roseaux, le poisson l’attendait :
-« Il te reste un seul vœu ; ne le gaspille pas ! »-
-« Ah ! Je n’ose vous dire ce que ma sœur demande… Elle vous veut pour époux ! »-
-« Elle a bien de l’audace ! J’épouserai ta sœur si toi-même consent à t’unir pour la vie à cette jeune grenouille. Tu n’es pas obligé, mais c’est la condition. Va le dire à ta sœur avant de me répondre. »-
Celle-ci trouva normal le marché proposé. Le frère hésite un peu. Elle élève la voix :
-« Si tu tiens à ta flûte, épouse la grenouille ! »-
Au fond, se disait-il, vaut-il pas mieux avoir un batracien pour femme que pour sœur un chameau ?

On célébra les noces.
-« Tu peux ,dit le poisson, embrasser la mariée. »-
Vous l’avez deviné : c’était une princesse. La sœur, émerveillée, saute sur le poisson, l’embrasse goulûment, certaine de le voir se changer en jeune homme.
Elle est changée en carpe !
Et, comme chacun sait, les carpes sont muettes ; on ne l’entendit plus !





FEVRIER - Semaine 3 –Jour 3 C’EST BON SIGNE

Vigne taillée en février
De raisin remplit le panier








LE POISSON


Le 21 du mois, Ventôse s’engouffre dans Février. Il fait signe aux Poissons de venir le rejoindre : ces deux poissons que Jupiter mit au rang des constellations pour avoir aidé Vénus et Cupidon à échapper au monstrueux Typhon.
Bien des petits poissons nés dans cette période sont devenus grands : citons au hasard Copernic, Chopin, Michel-Ange, Einstein, Victor Hugo et Charles Quint.
Couronné de jaspe, d’aigues-marines et de tourmalines, le poisson aime à régner : sur sa famille, sur ses amis et sur la maison douze du zodiaque où résident les difficultés. Afin de les éviter, le poisson accoutumé à l’eau s’abstiendra d’alcool qui ne lui vaut rien.
Altruiste et généreux, revêtu d’écailles d’or, il n’hésitera pas à répandre ses bienfaits sur le pêcheur musicien.



FEVRIER - Semaine 3 – jour 4 LUSTUKRU !

Gelée du jour Sainte-Honorine
Rend toute la vallée chagrine






Les grands froids:

"En 1571, la neige couvrit la terre en Languedoc, en Dauphiné et en Provence pendant 60 jours de suite. Il tomba une si grande quantité de neige à Carcassonne qu'elle fit crouler plusieurs maisons par sa pesanteur, et que plusieurs habitants y périrent sans pouvoir recevoir de secours.
En 1683, la Tamise, à Londres, fut si fortement gelée qu'on y érigea des cabanes et des loges; on y tint une foire qui dura deux semaines; les voitures la traversèrent et la sillonnèrent dans tous les sens comme sur la terre ferme; on y donna un combat de taureaux, une chasse aux renards, et sur la glace on fit rôtir un boeuf entier.
En 1740, il y eut un grand hiver à Saint-Pétersbourg. L'impératrice de Russie fit construire un palais avec des blocs de glace don,t quelques-uns avaient jusqu'à 16m. de longueur sur 6m. de hauteur. On y donna des fêtes pendant plusieurs semaines. Le froid était vif au dehors, mais à l'intérieur des calorifères maintenaient une température agréable.
Enfin, en 1879, on constata sur plusieurs points de la France, une température de -30°. A Vichy, les grosses voitures de roulage circulèrent sur l'Allier comme sur une route. A Mayence, les diverses corporations d'ouvriers installèrent des ateliers sur le Rhin.

NOS LOISIRS - 24 février 1907




FEVRIER - Semaine 3- jour 5- COURRIER DE CŒUR

Quand février commence en lion,
Il finit en mouton










De Ninon de Lenclos au marquis de Villarceaux-


Paris 29 août 1650,

Au contraire, mon cher marquis, vous devez être enchanté que ma coquetterie soit devenue générale ; ce sont les préférences qui séduisent.
Je veux que l’on me trouve aimable, mais je ne veux pas que l’on m’aime ; je penserais toujours à ce que j’aurais fait pour y réussir. Les hommes diraient que je ne vous aime pas ; vous les prendriez à la lettre et, quand je tournerais toutes les têtes, vous jouiriez, je crois, médiocrement de mes succès…
Soyez donc tranquille ; votre encens est le seul qui me plaise ; à peine l’ai-je respiré qu’il ma enivrée ; tout autre serait un supplice pour moi ; je ne sais s’il me porterait à la tête, mais, à coup sûr, il n’irait jamais jusqu’à mon cœur.
… Au reste, pour répondre à ce que vous me mandez, je vous dirai que les femmes ont aussi des sens et un amour-propre ; quoiqu’elles doivent en mettre à être sages, souvent celui de plaire l’emporte, et leur extrême coquetterie rend le danger à peu près égal.
Croyez que les hommes pourraient résister à leurs sens s’ils le voulaient ; la seule chose que je leur permette de plus qu’à nous, c’est un peu de libertinage, quand ils n’ont point d’engagement….




FEVRIER - Semaine 3- Jour 6  AH ! LA MODE DE CHEZ NOUS

Il est trop tard à la Saint-Pépin
Pour planter les arbres à pépins






Les industries françaises sont des industries de luxe. Plus vous vous élevez vers un travail raffiné, plus vous vous approchez de la production française. Ainsi, la laine, la soie, les peaux ; ainsi, encore, la papeterie, les savons, les huiles, les meubles, et, peu à peu, en raffinant toujours, l’article de Paris, la parfumerie, la bijouterie ; enfin, au-dessus de tout, comme un privilège et un monopole incontesté, cette reine des industries, celle qui exige le plus d’adresse, de goût et d’élégance – la nouveauté, la Mode.
La Mode règne à Paris ; de là, elle jette, sur le monde, un flot de rubans, de plumes, de galons, de blondes, de froufrous et de chichis, en un mot, des riens harmonieux qui, forment l’indispensable auréole de la Beauté. Mode, reine de Paris et petite reine de France, tant que tu n’auras pas, dans une minute de caprice ou de négligence, brisé ton sceptre, la France restera debout, sur sa bonne terre fertile, ayant mis cette aigrette fragile et glorieuse à son bonnet !


 Guillaume Hanoteaux -La Fleur des Histoires Françaises Hachette 1911


FEVRIER - Semaine 3 - JOUR 7 LES METIERS


S’il neige à la Saint-Pierre
La vigne est réduite du tiers





PARURIER-FLEURISTE


On l’appelait « La Dame aux Camélias ». Marie Duplessis dans la vie, Marguerite Gautier dans le roman, Traviata à l’opéra, portait tout au long de l’année, un bouquet de ces fleurs dont la couleur variait du blanc au rouge en fonction de son humeur, ou disait-on de sa disponibilité. Il est vraisemblable qu’à certaines saisons elle ait du avoir recours aux fleurs artificielles.
Le camélia se copie fort bien en soie ou en satin et les paruriers-fleuristes si nombreux au dix-neuvième siècle étaient et sont toujours gens fort habiles. C’était d’ailleurs le métier d’une autre héroïne d’opéra, la tendre Mimi de La Bohème.
Le camélia frais ou artificiel ornait plus couramment et solitaire, les boutonnières des messieurs. Bien des décennies plus tard, Gabrielle Chanel, qui n’hésita jamais à détourner le vêtement masculin pour notre plus grand confort, en fit la fleur fétiche de ses collections.
Juste après la dernière guerre, Christian Dior prit lui, le muguet pour emblème puisque la tradition veut qu’il ait offert, pour le lancement de son parfum à senteur de muguet Diorissimo, un brin porte-bonheur à chaque cliente . Depuis le muguet a figuré sur nombre de produits porteurs de la griffe. Il fallait bien qu’à certaines saisons, le muguet fût artificiel.
Par ailleurs, depuis la Haute Egypte en passant par Rome et notre Moyen-Age, les femmes et parfois des hommes ont aimé orner de fleurs leurs chapeaux.
Nombre de portraits de Marie-Antoinette la représentent portant les créations fleuries de sa modiste, Rose Bertin. La Comtesse de Ségur qui inventa Madame de Fleurville ornait de roses ses chapeaux.
Les couturiers comme les modistes ont toujours eu recours aux paruriers-fleuristes dont les ateliers pour la plupart, dans les années 1950- 1960, étaient établis entre l’Opéra et la Bourse dans le quartier du Quatre Septembre, qui par le Passage Choiseul descend jusqu’au Palais Royal.
Souvent situés en entresol, les ouvrières fleuristes étaient assises de part et d’autre de longues tables éclairées chichement par le fenêtres et plus largement par la lumière électrique et jonchées de pétales multicolore faites de soie, de satin, de velours, d’organdi. Il fallait trois années d’apprentissage pour former celle qui à la place la plus lumineuse les assemblait en roses, pivoines, coquelicots, orchidées. Les doigts agiles ne dispensaient pas de bonnes connaissances en botanique,  chaque fleur étant montrés à différentes étapes de sa vie, chaque tige , chaque feuille correspondant à son espèce. Seuls les parfums de muguet, rose ou violette étaient supplantés par les puissantes odeurs de colle, d’apprêt, ou de térébenthine.
On chantait beaucoup dans ces ateliers, on y travaillait encore plus ; il n’était pas rare que pour un grand mariage ou un défilé de Haute-Couture les ouvrières passent la nuit pour assurer la livraison du lendemain.
Quand ma mère ou ma grand-mère, modistes, m’emmenaient chez ces fournisseurs,  la petite fille émerveillée que j’étais repartait rarement sans une rose ou un bouquet de violette offert par la maison.



FEVRIER - Semaine 4 – jour 1 US ET COUTUMES



La neige qui tombe en Février,
La poule l’emporte avec le pied.





LE NOMBRE DEUX


Le deux exprime l’ambivalence, l’opposition qui n’est pas obligatoirement négative. Les opposés sont souvent complémentaires : masculin, féminin ; jour et nuit ; gauche et droite ; yin et Yang… etc…
Dans les contes les héros vont souvent par deux : frère et sœur comme Hansel et Gretel ou la bonne fée qui répare les maléfices de la sorcière.
Le plus ancien conte connu est celui des « Deux Frères ».


FEVRIER - Semaine 4 – jour 2 CONTE

A la Sainte-Honorine,
Bourgeonne l’aubépine



Neptune


Neptune est un violent, il est imprévisible. Son calme est redoutable qui préside aux tempêtes.

Saturne, père indigne, dévorait ses enfants. Cybèle pour les sauver, faisait ce qu’elle pouvait : elle donna pour Neptune un poulain nouveau-né et cacha le bébé dans un coin d’écurie ; il fallait l’éloigner.
On choisit pour nourrices les étranges Telchines, chiennes pour la tête et poissons pour les mains. L’enfant apprit chez elle à déclencher la pluie, à provoquer la grêle et quand il en eut l’âge, Helia la plus belle, lui montra c’est utile, comme on fait les enfants.
Neptune ayant grandi, s’en fut vers son destin, armé d’un beau trident, cadeau de ses nourrices.

Les enfants de Saturne, l’oracle l’avait dit, ont détrôné leur père. Ils prirent son empire et se le partagèrent. Neptune eut pour sa part les mers et les rivières, les océans, les sources, tout ce qui bouge et vit dans le monde liquide. Jupiter son cadet, avait pris le pouvoir ; il gouvernait le monde, il régnait sur les dieux…. C’était insupportable ! Neptune l’ombrageux se mit à conspirer.
L’Olympe révolté ligota Jupiter. Briarée aux cent bras, averti par Thétis, libéra le captif qui pour avoir la paix, exila en Phrygie Neptune et Apollon.

Pour fortifier sa ville, le roi Laomédon voulait une muraille. Contre un prix raisonnable, les deux conspirateurs offrirent leurs services. Les remparts achevés, le roi nia sa dette, arguant que Jupiter pour punir les rebelles, les avait fait esclaves à son service à lui, le souverain de Troie. Furieux le dieu de seaux lança sur la cité quelques monstres marins, la peste et des tempêtes. Bien plus tard, quand les Grecs firent la guerre aux Troyens, il fut de leur côté.

Il fallait une terre à l’ombrageux Neptune qui trouvait trop humide la partie du monde qu’il avait obtenue. Une ville était vacante ; Minerve la voulait, il la voulut aussi. Les dieux trouvèrent sage de la donner à qui ferait au genre humain le don le plus utile. Neptune, sûr de lui, d’un seul coup de trident fit jaillir un cheval ; mais Minerve la sage, fit pousser l’olivier.
Grand débat sur l’Olympe : les dieux sont pour Neptune, les déesses pour Minerve. Il y en avait une de plus que de dieux : Minerve remporta la ville qu’on nomme Athènes.
Neptune fou de rage, frappe de son trident, remue tout l’océan, des vagues gigantesques submergent la cité. On dut pour l’apaiser ôter le droit de vote aux femmes du pays ; les hommes qui portaient le même nom que leur mère durent y renoncer.

Il revendique alors Trézène sur laquelle Minerve avait des vues ; le tribunal des dieux attribue à chacun la moitié de la ville ; personne n’est content !
Alors, à Jupiter, il demande Egine, et puis à Dionysos la ville de Naxos ; il se bat contre Hélios pour obtenir Corinthe. Les dieux doivent trancher : l’Acropole à Neptune et l’isthme pour Hélios. Furieux, il veut reprendre à Junon l’Argolide. Ebranleur de ces terres qu’il ne possède pas, Neptune se bagarre, provoque des tempêtes, envoie partout ses monstres. Hommes et immortels redoutent ses colères, se plaignent à Jupiter. Sommé de comparaître au tribunal des dieux, il les prétend partiaux et ne se montre pas.
Jupiter désespère de calmer le furieux. Il fait appel aux fleuves Inachos, Céphise et aussi Astérion. Les trois fleuves prudents, avant de décider, interdisent à Neptune quel que soit le verdict, d’inonder la région. Neptune fait serment ; les fleuves se prononcent en faveur de Junon. S’estimant bafoué, le dieu veut sa revanche : il assèche les fleuves !
Plus une goutte d’eau dans toute l’Argolide.

Le nymphe Amymoné, qui avait besoin d’eau, observait un grand cerf. Le superbe animal entre dans la forêt ; Amymoné le suit, pensant trouver la source où le dix-cors s’abreuve. Attentive à la trace, elle ne remarque pas un satyre endormi à l’ombre des buissons. La nymphe le bouscule. Réveillé en sursaut, le satyre voit la belle, la poursuit ; elle se sauve. Bien vite il la rattrape, tente de la violer. Affolée, aux abois, la nymphe à son secours appelle tous les dieux et Neptune l’entend. Le dieu sans hésiter, à grands coups de trident chasse le chévrepied, mais l’autre, agile, esquive et se sauve en courant. Amymoné respire ; mais il est plus facile d’éviter un satyre que le bouillant Neptune. Tenant à sa vertu la belle se dérobe. Pour gagner ses faveurs, tous les moyens sont bons, y compris rendre l’eau au pays desséché. En manquant le satyre, le trident s’est planté dans une énorme roche. Neptune le retire et des trois trous jaillissent trois sources bondissantes : les trois sources de Lerne aux eaux intarissables, même au fort de l’été.

L’amour ne faisait pas oublier à Neptune ses revendications. Il voulait une terre.
On avait oublié un continent lointain, situé au-delà du monde que bornait les colonnes d’Hercule. Un des dieux s’en souvint ; lequel importe peu…
Un continent entier… Loin, très loin de l’Olympe… Il pourrait bien là-bas, faire trembler la terre, déchaîner les tempêtes ou engendrer des monstres : le monde Hellène allait connaître un peu de calme !
Un seul couple vivait sur cette terre immense : deux mortels et leur fille. Cette fille était belle et Neptune l’aima. Clito était son nom. Il construisit pour elle en haut d’une colline un merveilleux palais d’ivoire et d’orichalque et lui fit des enfants : cinq couples de jumeaux, cinq garçons et cinq filles. Le plus âgé de tous fut dénommé Atlas.
Pour ses enfants Neptune fit un état modèle, régit par des lois justes ; un pays digne enfin, d’hommes issus d’un dieu.

Ni Clito ni la Nymphe Amymoné la douce n’étaient filles des eaux ; il fallait à Neptune une épouse aquatique. Parmi les Néréides, il remarqua Thétis. Mais le fils qu’elle aurait surpasserait son père : l’oracle l’avait dit. Elle ne pouvait donc épouser qu’un mortel. L’Ebranleur de la Terre vit danser sur les eaux la gracieuse Amphitrite.
Amphitrite était vierge et avait fait serment de le rester toujours. Mais que peut une nymphe face aux ardeurs d’un dieu ! L’Ebranleur de la Terre ébranla sa vertu. Pour mieux garder sa foi, elle court se réfugier très loin dans les montagnes. Mais les dieux peuvent tout, y compris envoyer un dauphin dans l’alpage. C’est ce que fit Neptune. Le dauphin éloquent, persuada la belle de devenir l’épouse du frère de Jupiter. Neptune reconnaissant envoya le dauphin au milieu des étoiles : on peut toujours l’y voir.
On célébra les noces au milieu de tonnerre des vagues et des éclairs et depuis lors chacune de leur union provoque ouragan ou tempête.
Au fond de l’Océan, il bâtit un palais de nacre et de corail, perles et coquillages, aux vastes écuries. Là, blancs comme l’écume, ses coursiers aux crins d’or et aux sabots d’airain attendent de tirer le char du dieu des mers quand il va sur les flots entouré de sa cour : le Vieillard de la mer, Nérée et ses Naïades ; Protée le facétieux qui garde ses troupeaus de phoques et d’otaries ; Eole et les Sirènes, le monstrueux Charybde et l’horrible Scylla ; Glaucos, dieu des pêcheurs qui lui ressemble tant, ses enfants les Tritons et combien d’autres monstres…

Les deux époux s’aimaient d’une passion profonde, mais Neptune était beau et grand et imposant ; ses cheveux couleur d’algue rejoignaient une barbe ondulée comme la mer. Il n’avait aucun mal à attirer les belles et elles ne manquaient pas. Il n’était pas pour rien le frère de Jupiter ; il avait comme lui des amours innombrables et n’hésitait jamais à changer d’apparence s’il en était besoin, avec des résultats pour le moins étonnants.
Un beau jour,  il s’éprend follement, car Neptune ne fait rien à demi, d’une princesse Thrace nommée Théophané. C’était une beauté courtisée par les princes des états voisins. La voulant pour lui seul, le dieu des eaux l’enlève et sitôt la transporte dans l’île mystérieuse qui a nom Crumissa. Les habitants de l’île, voyant Théophané, la trouvent à leur goût et lui font des avances. Voilà Neptune jaloux : il la change en brebis. Les îliens alors deviennent des moutons. Il ne lui restait plus qu’à se faire bélier et il n’y manqua pas. Satisfait de son œuvre, il s’unit à la belle et lui fait un enfant : le célèbre bélier volant dont la toison est de l’or le plus pur.

Neptune se croyait l’inventeur du cheval ; il avait oublié le poulain que Saturne, croyant manger son fils, avait ingurgité. Il se pensait aussi créateur de la bride, mais Minerve avant lui avait eu cette idée. Les courses et la vitesse, en revanche, c’était lui !
Quand Cérès éplorée cherchait partout sa fille, Neptune fou d’amour la suivait pas à pas. Ayant d’autres soucis, la déesse gênée se changea en jument. Puis ele galopa jusque dans l’Arcadie où elle se cacha dans le troupeau d’Oncos, un des fils d’Apollon. Pas fou et obstiné, Neptune en étalon se change, la rejoint et sans lui demander son opinion, la viole. La fureur de Cérès fut telle que le fruit de cette union forcée fut un cheval sauvage, le farouche Actéon.

Sur ces amours sans nombre, la sagace Amphitrite savait fermer les yeux, mais il lui arrivait parfois de se venger : ainsi quand son époux, de la belle Scylla fit un jour son amante, elle chercha l’étang où se baignait la nymphe ; elle y jeta des herbes magiques, empoisonnées. Scylla se retrouva de douze pattes et de six têtes hurlantes redoutées des marins.
Les enfants de Neptune sont bien souvent des monstres : Harpyes épouvantables au visage de femme ; elles ont des oreilles d’ours, des ailes de chauve-souris et des corps de vautour ; aux pieds, aux mains des griffes elles sont sales et infectent tous les êtres qu’elle touchent. On se souvient aussi du cyclope Polyphème, du géant Chrysaor ou du cheval Pégase… et bien d’autres encore…
Les Atlantes en revanche, étaient de beaux enfants dont Neptune était fier. Mais au fil des années, leurs descendants perdirent de leur nature divine. Ils devinrent trop humains et Neptune déçu, à grands coups de trident détruisit son empire. Atlantide et Atlantes sombrèrent dans les flots.

Pourtant il a gardé non loin de l’Equateur son palais sous-marin. C’est là qu’il apparaît, sur le pont des bateaux, imposant et barbu, une couronne d’algue sur ses cheveux d’écume. Armé de son trident, il préside aux épreuves imposées aux marins qui pour la première fois doivent passer « La Ligne ».



FEVRIER - Semaine 4 – Jour 3 RIMES SANS RAISON

Soleil le dernier jour de février
Met des fleurs au pommier
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Absurde

C’est un conte absurde
Sans raison ni rime
Car,
Si raison
Rime avec maison
Et si rime
Se marie à frime ,
Absurde ne rime à rien

Si un conte noir
Rime avec grimoire
Un conte à rebours
Vaut bien le détour
Absurde ne rime à rien

Si dans un trou noir
Je me laisse choir
Si dans le velours
Meurent mes amours
Absurde ne rime à rien

C’est un conte idiot
Que conte un poivrot
Il cherche sa tête
Dans les chansonnettes
Absurde ne rime à rien

Au fond d’un bistrot
Il manque de l’eau
Y’a trop de mégots
Et pas d’allumettes
Absurde ne rime à rien

Car l’ami Pierrot
Est un vieux poivrot
Qui vit son histoire
Au bord d’un comptoir
Absurde ne rime à rien

Au fil de la plume
Poivrot dans la lune
Pierrot dans la brume
Chacun sans chacune
Absurde ne rime à rien !



FEVRIER - Semaine 4 – jour4- DE TOUT UN PEU


Février chaud par aventure,
A Pâques remet sa froidure





                                                                                                        
UN SAINT BIEN SIMPLE




Si l'on s'en tient au latin: blaesus, Blaise est bègue; si l'on écoute les Grecs (blaisos), il marche les pieds en dehors comme sont réputés marcher les garçons de café, mais aussi les Petits Rats de l'Opéra.
Il aurait pu aussi être un domestique originaire de Blois. Mais chez les Celtes, le nom du loup était ar bleizh. Le loup qui était le compagnon de l'enchanteur Merlin, lequel faisait écrire par son secrétaire Blaise les hauts faits d'Arthur et de ses chevaliers. 
A Milly la Forêt, Jean Cocteau a décoré une chapelle consacrée à saint Blaise guérisseur et botaniste; Musset lui a fait une chanson.



A Saint-Blaise, à la Zueccca,
Vous étiez, vous étiez bien aise
A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Nous étions bien là.

Mais de vous en souvenir
Prendrez-vous la peine ?
Mais de vous en souvenir
Et d’y revenir ?

A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Dans les près fleuris cueillir la verveine,
A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Vivre et mourir là !
MUSSET




Semaine 4 – jour 5  C’ EST POUR RIRE



L’année bissextile , soyez fin,
Semez du chanvre au lieu de lin.







LES BONNES MANIERES A LA GUERRE


Quand un Inférieur croise un Supérieur, l’Inférieur doit saluer le Supérieur.
Cette charmante coutume s’appelle le salut. Pour saluer, l’Inférieur porte sa main droite là, en mettant ses doigts comme ça. Quand un Supérieur entre dans la chambre d’un Inférieur, ce dernier doit saluer en bombant le torse. S’il n’a plus de torse, comme cela arrive à la guerre, il doit bomber les genoux, ou n’importe quoi de bombable. C’est la position du garde-à-vous. Dans le garde-à-vous, on doit mettre le petit doigt sur la couture du pantalon, et les pieds comme ça.
Attention : avant de saluer un Supérieur, il faut être sûr que c’est un supérieur. Un supérieur est un Gradé. Un Gradé se reconnaît au nombre de ses *burettes. Plus le gradé a de barrettes, plus le salut doit être servile.
Le salut est très joli. L’Inférieur doit y mettre beaucoup de respect pour le Supérieur, sauf en cas d’attaque thermonucléaire, où le salut pourra être effectué un peu plus vite.
Après le salut, il arrive que le Supérieur s’adresse à l’Inférieur. Celui-ci doit alors répondre
en tournant humblement son béret entre ses doigts gourds.

A un général, on dit « mon général »
A un colonel, on dit « mon colonel »
A un adjudant, on dit « mon adjudant »
A un deuxième classe, on dit « ta gueule », à condition d’être adjudant.


Pierre DESPROGES

*Attention, typo : je dis « barrettes ».




Semaine 4 –Jour 6 CE SOIR JE SERAI LA PLUS BELLE



VINAIGRE DE SAUGE ET DE ROMARIN



Comment se sentir belle sans être certaine qu’on embaume ?
Ce « sent bon » convient à toute la famille, hommes et femmes, garçons et filles. Employé en friction, il tonifie désinfecte et adoucit la peau. Il peut même servir de lotion après rasage.
Il vous faut :
2 tasses de vinaigre de cidre,
15 gr de feuilles de sauge,
15 gr de feuilles de romarin.

Mettez les feuilles de sauge et de romarin dans un pot de verre ; versez dessus le vinaigre de cidre et mélangez avec une cuiller en bois.
Laissez macérer deux semaines. Filtrez et versez dans un flacon.



















Semaine 4- Jour 7 LE PARTRIOLE



Le second mois de l’année
Que donnerais-je à ma mie ?
Deux tourterelles,
Un partriole,
Qui va, qui vient, qui vole,
Un partriole,
Qui vole dans ce bois.