DECEMBRE


                               
                                        Je suis décembre le courtois
Qui sur tous doyt estre loué,
Car en mon temps le roy des roys
Fut de la vierge enfanté,
Et délivré de son costé,
Dont le monde se resjouyt.
D’honneur ay tout oultrepassé,
Quant en mon temps jesus naquit

                                                                          Le Khâlendrier des Bergiers


DECEMBRE – Semaine 1 – jour 1 : US et COUTUMES


Soleil d’hiver, amour de paillarde
Tard vient et peu s’attarde


L’Avent

Quand vient décembre, on entre dans le temps de l’Avent ; du latin adventus, il annonce chez les chrétiens la venue du Christ. Il commence le dimanche le plus proche de la saint André – entre le 27 novembre et le 4 décembre- et finit à Noël.
L’Eglise a institué cette période de jeune et de pénitence (moins sévère toutefois que le Carême) au VI° siècle, alors que Noël comme date anniversaire de la naissance du Christ avait été décrété au IV° siècle.
Durant cette période, de nombreuses fêtes de lumière viennent égayer les jours sombres et trop courts. Bien avant les chrétiens, les scandinaves allumaient de grands feux pour chasser les génies malfaisants : c’étaient les fêtes de Jul. A d’autres esprits qui vivaient dans les arbres, les Juhles, on offrait des victuailles.
Nous aussi avons dans les arbres de nos jardins, des petits esprits qu’on nomme mésange, rouge-gorge, moineau ou roitelet. Pensons à nourrir tous ces petits Jules qui choisissent de passer l’hiver avec nous alors que l’inconstante hirondelle nous quitte pour des pays plus doux. Comme en Pologne, accrochez pour eux aux murs de votre maison, une gerbe de blé.


   DECEMBRE – Semaine 1 – Jour 2 : CONTE  

Rossignol de décembre
Muet en sa prison
Présage tardive et froide saison


Saint Nicolas

Le plus connu des saints fêtés en décembre est le grand Saint Nicolas.
Quel chemin ce personnage né en Asie Mineure et devenu évêque de Myre a-t-il parcouru pour venir dans nos régions tirer d’un saloir trois petits enfants victimes d’un boucher assassin ?
On pourrait faire plusieurs volumes des légendes qui courent sur Saint Nicolas. Voici ce qu’on raconte, chez nous, en Lorraine.
Un gentilhomme du pays, Albert de Varangéville était parti pour la première croisade. Sain et sauf, il rentrait chez lui en passant par l’Italie. Chez les bénédictins de Bari où il fit étape, il reçut ou acheta, (les moines ne vivent pas que de prières), les os d’un doigt de Saint Nicolas. Albert fit don de la relique à l’église de Port, un gros bourg situé sur la Meurthe, près de Nancy.
De nombreux croisés et voyageurs de retour de Palestine avaient raconté en Lorraine les miracles du grand saint. Quand on sût que l’église de Port abritait un de ses doigts, les gens accoururent en foule et le village grandit pour devenir la ville qui est encore aujourd’hui Saint Nicolas de Port, dominée par sa haute basilique.
Avant même d’avoir accompli quelque prodige, le saint protecteur des marins, des pauvres, des jeunes filles et des petits enfants, avait conquis les Lorrains.
Cent ans plus tard, un miracle allait asseoir sa réputation.
C’était en 1230 environ, pendant la sixième croisade ; un seigneur lorrain, le comte Cunon de Réchicourt, était prisonnier des infidèles.
Enfermé  comme une bête fauve dans un cachot,  avec au cou un carcan de fer de cinq doigts de large et épais d’un pouce, la taille prisonnière d’une ceinture de fer, immobilisé par trois chaînes de fer scellées dans la muraille, les bras et les jambes entravés par quatre autres chaînes, il était quasiment emmuré vivant, ignoré, oublié de tous, sans le moindre espoir d’évasion.
S’il n’attendait plus rien des hommes, il n’en continuait pas moins à prier Dieu et comme tout bon Lorrain, à invoquer Saint Nicolas.
Le soir du 5 décembre 1240, son geôlier, un chrétien renégat, le trouvant en prières alors qu’il venait vérifier ses chaînes, l’accabla de sarcasmes : -« Prie-le bien, ton Saint Nicolas ! Puisque demain c’est sa fête, il fera certainement quelque chose pour toi ! »
Le pauvre prisonnier à bout de misère, ne trouva rien à répondre, mais continua ses prières : -«  Grand Saint Nicolas, vous qui avez pu rendre la vie à des petits enfants salés et coupés en morceaux, ne m’abandonnez pas ! Vous seul pouvez me sortir de ce cachot plus sombre qu’un tombeau. ! »
Et Cunon s’endormit en priant.
Il s’éveilla sous un ciel plein d’étoiles pâlissantes ; le jour allait se lever ; les miasmes de son cachot avaient laissé la place à un air pur et glacé. Il croyait rêver de cet endroit où il était couché et qu’il connaissait si bien : le parvis de l’église Saint Nicolas de Port, chez lui, en Lorraine.
Pourtant ce n’était pas un rêve ; il se leva et, faible et vacillant sous le poids de ses chaînes qu’il traînait derrière lui à grand fracas, il alla cogner à la porte de la basilique. Un jeune clerc, affolé tout d’abord à l’aspect de cet homme hirsute, dont la barbe et la chevelure, sales, longues, emmêlées, cachaient presque entièrement la face, consentit finalement à l’écouter et alla avertir le prieur.
Qui fut un peu long à éveiller puisque Saint Nicolas eut le temps de faire ouvrir le grand portail.  Cunon chancelant toujours sous ses chaînes, alla se jeter au pied de l’autel et rendit grâces à Dieu et au grand saint.
D’abord étonné, puis émerveillé, le prieur écouta le récit du prisonnier puis à grand branle-bas de cloches fit accourir les fidèles. Du haut de sa chaire, il leur conta le grand miracle. La foule entonnait le Te Deum, quand un autre miracle fit s’écrouler à grand fracas, les fers qui emprisonnaient encore le comte.
Enfin libre, il les fit accrocher  aux piliers de la basilique en guise d’ex-voto.
Peut-être y sont-ils encore, je ne suis pas allée vérifier….




DECEMBRE – Semaine 1 – Jour 3 : PAR ICI LA BONNE SOUPE

Tel Avent
Tel printemps.

La Tourte Lorraine Aux Trois Viandes.


Voici bientôt Noël et les repas de fête. Mais avons-nous besoin d’une autre recette d’oie farcie ou de dinde aux marrons ? Tous vos magazines vont vous en donner.
J’ai plutôt envie de vous raconter ici cette savoureuse tourte que chaque cuisinière Lorraine aime offrir à ses invités.
Il vous faut un morceau de veau, de celui dont on fait les blanquettes ; du porc genre filet mignon auquel il n’est pas interdit d’adjoindre une tranche de poitrine fumée maigre – et là on se demande ce que ferait la cuisinière Lorraine si le « lâârd » n’existait pas-  et puis la troisième viande : de la volaille ; dinde, oie, poulet, pintade, voire un faisan. On peut même faire la tourte avec le seul faisan, c’est une variante raffinée que pour ma part je trouve moins authentique.
Vous détaillez vos viandes crues en dés moyens que vous allez faire mariner dans du vin gris des Côtes de Toul (si possible) ; à défaut, du vin blanc ou un rosé sec. Ajoutez thym, laurier, persil, ail, oignon, échalotes, clous de girofle et n’oubliez pas une pointe de muscade. Laissez mariner au frais, au moins une nuit.
Le lendemain, étendez deux abaisses de pâte feuilletée ; avec l’une, foncez un moule à bord assez haut, genre moule à manqué. Laissez déborder la pâte de trois centimètres environ et garnissez avec les viandes que vous aurez égouttées et essorées sur du papier absorbant. Posez l’autre abaisse en couvercle et luttez ensemble les bords de pâte.
A ce stade, laissez aller votre inspiration créatrice : sculptez la pâte en forme de tresse ou de toute autre bordure de votre invention ; dorez à l’œuf battu et là encore, soyez inspirés : dessinez sur la pâte au couteau, croisillons, animaux, fleurs, tout ce qui vous passe par la tête. Au centre de la tourte, ménagez une cheminée pas trop étroite, vous allez voir pourquoi.
Enfournez à four moyen pendant  20 minutes, au cours desquelles vous allez préparer la « migaine » avec deux œufs battus, un petit bol de crème et quelques cuillers de la marinade.
Là, ça devient délicat : sortez votre tourte du four, sans vous brûler de préférence, et par la cheminée, telle une mère Noël parfumée, faites glisser la « migaine » à l’intérieur de la tourte, sans en répandre partout je vous prie. C’est délicat, mais ça peut se faire… il est arrivé que j’y parvienne, c’est vous dire !
Enfournez encore dix minutes… laissez tiédir. La tourte se consomme chaude mais pas brûlante. Accompagnée d’une salade de saison, du reste de la bouteille de Côtes de Toul, vous avez là un parfait repas de lendemain de fêtes.



DECEMBRE - Semaine 1- Jour 4 : MOTS D’ AUTEURS

Lorsque le tonnerre tombera
Sainte Barbe te gardera


Si tu veux faire de ta vie un maillon d’éternité et rester lucide jusque dans le cœur du délire, aime… Aime de toutes tes forces, aime comme si tu ne savais rien faire d’autre, aime à rendre jaloux les princes et les dieux… car c’est en l’amour que toute laideur se découvre une beauté….

Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme…

Yasmina KHADRA 


DECEMBRE- Semaine 1- Jour 5 : LE PANIER DE LA GLANEUSE

Pluie d’orage dans les Avents
Empêche l’hiver
De venir en son temps.



Fleurs en bois


As-tu bien songé Glaneuse, à engranger soigneusement tes récoltes des mois précédents ?
As-tu fait sécher, mis en bocaux, en boîtes, en flacons les fleurs, les fruits, les champignons dont tu avais des surplus ?
Tu as bien fait car la glane de Décembre est maigre ; sur le plan alimentaire tout au moins. Tu trouveras néanmoins abondance de branchages décoratifs pour égayer ton foyer d’hiver. Je ne vais pas te parler du gui et du houx que tu connais bien sûr. Mais pense aux boules légères de la Symphorine blanche qu’on prendrait pour de petites meringues sauvages. Tu la marieras aux rubis vénéneux de la viorne aubier, aux bonnets d’évêque pourpre du fusain : tu leur ajoutera les boules noires du lierre entremêlés de ronces sanglantes.
Tu es pratique, glaneuse, tu veux une cueillette utile ? va couper des rameaux de bouleau qui font si tu as des chevaux d’excellents balais d’écurie. Mais le bouleau ne se limite pas à ses balais : ramasse aussi son écorce qui sera un allume-feu parfumé au cuir de Russie. Sa sève également est odorante ; en infusion, elle guérit les dartres et les éruptions cutanées.
Et puis le sureau est là (et bien là, même). N’hésitez pas à lui rabattre le caquet et de ses tiges, faites des armes qui amuseront toute la famille.
Prenez une tige bien droite et pas trop jeune, videz la de sa moelle que vous garderez pour en faire des boulettes. Une tige de noisetier garnie de coton pour faire piston et voilà une pétoire et ses munitions.
Pour une sarbacane, prenez là plus longue et plus mince et chargez là des fruits du sureau. Un arc fixé au bout du canon la transforme en arbalète.
Mais si vous préférez la musique à la guerre, c’est avec ces mêmes tiges qu’on fabrique des pipeaux mirlitons…


DECEMBRE- Semaine 1- Jour 6 : LA MUSE S’AMUSE

Neige de Saint Nicolas
Donne froid pour trois mois.

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EL DESDICHADO


Je suis le ténébreux, - le veuf, - l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’a consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encore du baiser de la reine ;
J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron,
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

NERVAL


DECEMBRE - Semaine 1- Jour 7 : Y’A UN TRUC

J’ai entendu dire toujours
Quand Saint Ambroise fait neiger
Que nous sommes en grand danger
D’avoir du froid plus de huit jours


LE SENS DE L’ORIENTATION


Si vous ne l’avez pas, ne sortez pas sans boussole !
Vous n’en avez pas non plus, regardez le soleil qui sans faille indique l’Est et l’Ouest.
Et par temps couvert alors que fait-on ?
On regarde les arbres : sur le tronc exposé aux intempéries, la mousse se dépose et vous montre le Nord.
Les fourmis soucieuses de bien chauffer leurs demeures les ouvrent toujours au midi.
Oui, mais en ville, comment fait-on ? On prend l’autobus ou un taxi ; généralement, les chauffeurs savent où ils vont. Ils sont en grève ? Trop de circulation ? Il faut aller à pied ?
Alors, encore plus visibles que troncs d’arbres et fourmilières, regardez les églises : l’autel est toujours tourné vers Jérusalem donc l’est, aussi le grand portail qui lui fait face montre toujours l’Ouest !



DECEMBRE- Semaine 2-Jour 1 : US et COUTUMES


A la Sainte-Luce,
Les jours croissent du saut d’une puce ;
Ala Noë
Du saut d’un vé ;
A la Saint-Antoine,
Du repas d’un moine.

LA SAINTE LUCIE

La tradition veut qu’en Suède, le  13 décembre au matin, quand il fait encore bien noir, la plus jeune fille de la maison revête une robe blanche ceinturée de rouge ; elle se coiffe d’une couronne de verdure sur laquelle brûlent cinq ou six bougies. Ses frères et sœurs l’accompagnent, également vêtus de blanc. Les filles portent une couronne d’argent, les garçons un chapeau pointu décoré d’étoiles. C’est la Lucia, qui apporte aux parents, dans leur chambre, un plateau illuminé de bougies, avec café et pâtisseries dont certaines sont en forme de roues solaires.

Cette vénération pour Sainte Lucie, remonte au temps très ancien où une disette affamait les gens du Wärmland. Une riche dame, prénommée Lucie et protégée par sa sainte patronne, arriva dans un bateau chargé de vivres pour ravitailler la population.

Au IV° siècle, sous Dioclétien, Lucie, une riche jeune fille de Syracuse voulait se faire nonne. Puisque dans son couvent elle n’aurait plus besoin de rien, elle se mit à distribuer ses biens aux pauvres. Ses yeux si beaux  attiraient vers elle tous les jeunes gens.  L’un deux, sans respect pour sa vocation voulut la forcer à l’épouser. Lucie bien entendu, le repoussa. Blessé, furieux, il la dénonça. Sommée de renoncer à sa foi chrétienne, elle refuse. Elle est alors condamnée la prostitution. On veut la conduire dans un bordel, mais elle est clouée sur place. Plusieurs hommes ne peuvent  la faire bouger. On la fait tirer par deux bœufs qui ne peuvent la mouvoir.
Alors on dresse un bûcher et on la jette dans les flammes, mais le feu s’écarte et refuse de la brûler. Il faut pour en venir à bout,  l’égorger après lui avoir arraché les yeux.
 Avec cette légende, l’Eglise a repris à son compte une ancienne fête de la lumière qui est encore  très populaire en Sicile où on fait ce jour là bénir un pain en forme d’œil ; le manger protège des maladies oculaires.

Noël, approche, le diable rôde dans les campagnes ; faites bien attention à ne pas le contrarier….


DECEMBRE- Semaine 2- Jour 2 : CONTE-

Si décembre et janvier ne font leur chemin,
Février fait le lutin.


LES CHASSEURS


Dans un petit village non loin d’ici, il y avait trois bons copains ; je ne vous dirai ni le nom du village, ni le nom des copains : certaines aventures méritent la discrétion.
Leur grand plaisir était la chasse qui les faisait attendre l’automne et l’  « ouverture » avec impatience. Ils n’étaient pas des maniaques du tableau de chasse ; plusieurs rangées de cadavres à poils ou à plumes ne les rendaient pas particulièrement fiers et le gibier n’avait pas à redouter leurs exploits. Ils étaient juste trois amis, heureux de marcher à travers la campagne en regardant courir en tous sens leurs chiens de tailles et de pelages variés, de races incertaines et d’une obéissance aussi hasardeuse que leurs origines.
Un matin d’automne, on ne sait plus de quelle année, mais ceux qui ont bonne mémoire n’ont pas oublié ; un matin donc, ils partirent revêtus de leurs costumes tout neufs de Rambos agricoles. Un brouillard épais noyait la campagne, mais comme il arrive souvent, cette grisaille promettait une belle journée. Ils marchèrent toute la matinée sans rencontrer beaucoup de gibier ; ils laissaient s’échapper leurs chiens, appelaient, sifflaient, tiraient de temps à autre un coup de fusil sur quelque fantôme de lièvre ou de perdrix. Alors un des chiens, ou les trois à la fois, partait comme une flèche dans n’importe quelle direction et rapportait un caillou, un bâton, voire une vieille godasse. Chiens et hommes étaient si joyeux  que le soleil eut envie de se lever et de percer les nuages ; à présent, on voyait mieux le paysage à peine vallonné, dont les verts et les bruns s’estompaient dans une brume lumineuse et bleutée. Il était midi passé quand nos compères atteignirent un certain petit bois ; il commençait à faire faim et soif aussi, les gibecières étaient lourdes. Oh, pas de gibier bien évidemment, mais des victuailles emportées. Leurs vêtements étaient humides de tout le brouillard traversé dans la matinée et ils avaient un peu froid en dépit du soleil maintenant haut dans le ciel. Mais, n’est-ce pas, c’était un soleil de décembre et en cette saison, il ne faut pas trop lui en demander, au soleil. Il ne réchauffait pas les abords du bosquet. Quelques dizaines de mètres plus loin, au milieu d’un champ, émergeaient deux grosses pierres plates, bien ensoleillées, elles.
-« Allons nous installer sur les pierres, suggéra un des chasseurs. »-
-« Bonne idée, dit un autre ; il y fera plus chaud qu’ici et nous pourrons nous sécher. »-
-« Sur les Pierres du Diable ? ricana le troisième, vous n’avez peur de rien vous autres… »-
Et nos trois compères, mécréants comme tout, de rire et de plaisanter en avançant dans la terre labourée. Puis les voilà, assis sur les pierres, déballant bouteilles, pâtés, saucissons, pain croustillant, mêlant et partageant leurs provisions, chacun vantant les talents de cuisinière des épouses des deux autres. Or, nous étions mi-décembre, et comme vous ne l’ignorez pas, ces pierres comme toutes celles de leur espèce, tournent le soir de Noël pendant la messe de minuit, au moment de l’élévation, afin de tenter ceux qui voudraient entrer là pour s’emparer des richesses accumulées sous terre par la Diable. Lequel doit par conséquent, pendant toute la période de l’Avent, s’assurer du bon fonctionnement de ses huisseries. Car il est consciencieux le Diable ! Que la cupidité pince un mortel entre deux pierres, soit ! mais pas quelques petits cailloux ou mottes de terre coincés dans la machinerie. Cela ferait désordre et que diraient les gens ? On en raconte bien assez à son sujet !
Ce dimanche donc, le diable se trouvait justement sous les pierres du pique-nique, accompagné de son personnel de maintenance, quand nos trois compères vinrent s’y chauffer au soleil. Le soleil n’était pas seul à les chauffer ; plusieurs godets de vin nouveau, plus un petit calva pour remplacer le café absent avaient rempli leurs corps de béatitude et leurs cerveaux d’un humour discutable mais qui les faisait bien rire. Le Diable particulièrement, sans doute en raison du lieu où ils se trouvaient, excitait leur verve. Ils plaisantaient son teint, ses sabots, sa queue, ses cornes surtout qui, le calva aidant, les faisaient hurler de rire.
Sous les pierres, on riait moins :
-« Je vous en ferai porter, moi, des cornes »-, grinçait le Diable déjà passablement énervé de devoir attendre le départ des trois énergumènes pour faire fonctionner sa machinerie. De plus, ces propos irrévérencieux étaient tenus devant son petit personnel. Cela valait une punition à la mesure de l’offense. Rentré chez lui, en vérifiant ses registres, le Diable dut constater que des cornes, ils en portaient depuis longtemps sans qu’il ait eu besoin d’intervenir.
« Triste époque, soupira-t-il tout en cherchant dans ses grimoires comment châtier les insolents. »

Noël arriva. Cette année là, le village et ses habitants étaient en effervescence, car pour la première fois depuis qu’on avait rouvert l’église (après une fermeture de plus de vingt ans) la messe de minuit aurait lieu ici même. L’obtenir n’avait pas été un mince affaire ; le village est minuscule  et quand il n’est qu’un prêtre pour desservir une dizaine de paroisses, on réserve ces cérémonies exceptionnelles aux églises les plus importantes. Mais on avait insisté, écrit à l’évêché, argué d’événements aussi miraculeux qu’imprécis dont l’anniversaire serait tombé cette année là, et on avait fini par obtenir cette messe tant désirée. Tous les villageois s’en étaient mêlés, y compris les moins dévots d’entre eux qui se voyaient maintenant tenus d’aller prier avec les autres.
Nos trois compères ne se sentaient pas le moins du monde concernés. Vous l’avez compris, c’étaient des esprits forts ; ils plaisantaient le Diable et ne croyaient guère en Dieu. Ils laissèrent leurs épouses et leurs enfants aller admirer la crèche et chanter en chœur. Eux, les hommes, en attendant le repas de Noël, se réunirent au coin d’une cheminée devant quelques alcools propres à leur faire prendre patience. Et commencèrent les récits pas très nouveaux, mais dont ils ne se lassaient jamais de leurs exploits cynégétiques.
Lequel des trois alla vers la fenêtre. Lequel eut chaud et demanda qu’on ouvrit ? peu importe… Ils avaient tous les trois le nez dehors quand ils virent passer la Créature : une de ces filles comme ils n’en voyaient que dans les pages de lingerie des Redoutables Catalogues ! Ils ne furent jamais d’accord pour dire si elle était blonde, rousse ou brune, mais c’est avec un bel ensemble qu’ils sortirent et la suivirent. Elle chantait tout en marchant et ses hanches ondulaient au rythme de la mélodie. Nos trois gaillards avaient oublié le réveillon et s’avançaient dans l’air glacial. C’était une belle nuit bleu clair, la lune montrait son premier quartier et l’on pouvait distinguer Orion le chasseur. A vrai dire, Ces chasseurs terrestres ne songeaient guère regardaient celui du  ciel : ils suivaient, aimantés, la fille qui de temps à autre se retournait pour leur sourire.
Bientôt les maisons furent loin derrière eux ; puis ils se trouvèrent au milieu des champs, la terre gelée était dure et ils se tordaient les pieds dans les labours. Ils marchaient toujours ; ils dépassèrent le bosquet et soudain, ils furent devant les pierres. Elles n’avaient pas leur aspect habituel de gros sauriens paisibles ; elles se dressaient très haut, noires contre le ciel bleu marine, comme de grandes mâchoires, découvrant l’entrée d’une grotte d’où partait un corridor lumineux, qui s’enfonçait en pente douce vers le sous-sol. La Créature s’y engagea, nos trois chenapans à sa suite. Il faisait tiède dans le couloir après le froid sec de la route, des musiques douces et des odeurs capiteuses montaient des profondeurs. Les deux premiers chasseurs amorçaient le descente, quand le dernier eut l’idée de se retourner ; ce qu’il vit lui fit pousser un cri : le ciel derrière eux n’était plus qu’un mince filet violacé : les pierres se refermaient lentement sur eux. De terreur ils oublièrent la fille, la musique et les parfums et se précipitèrent vers la sortie. Ils durent ramper ; ils éprouvèrent le poids des pierres qui pesaient sur leur dos et sur leurs reins. Le haut de leurs corps parvint à l’air libre mais le bas était encore coincé. Il leur revint alors à la mémoire  les plaisanteries qu’ils avaient faites sur ces mêmes pierres quelques semaines plus tôt et ils se mirent à prier Dieu. Lequel pensant avec juste raison  que s’ils étaient venus l’invoquer à sa messe au lieu de suivre une fille dont au moins lui, Dieu, savait d’où elle sortait, ils ne se trouveraient pas dans cet embarras. Il décida, pour une fois bien d’accord avec son pire ennemi, de les laisser se débrouiller.
Il leur fallut pour s’extirper du piège, abandonner chaussures et pantalons, et c’est pieds nus et bannière au vent qu’ils durent rentrer au village.
Leur arrivée fut loin d’être discrète ; c’est un si petit village que toutes les maisons font peu ou prou face à l’église. Tout le monde sortait de la messe quand ils regagnèrent leurs maisons, fort en peine d’expliquer leur tenue pour le moins inhabituelle en un soir de Noël. Ils tentèrent de parle du diable et des pierres, mais on mit sur le compte de l’alcool de fruit leur récit embrouillé.
Il leur fallut pas mal d’années et encore… en veillant à leur conduite et à leurs propos pour retrouver un peu de crédit, sinon auprès de leurs épouses qui n’omirent jamais de leur rappeler l’humiliation subie, mais du moins auprès de leurs concitoyens…. Les Pierres du Diable ? Jamais ils ne retournèrent chasser de ce côté ; pas davantage ne leur revint l’idée de plaisanter leur propriétaire.




DECEMBRE - Semaine 2-  jour 3 : LE JARDIN EXTRAORDINAIRE

Cueillez le gui, cueillez le houx,
C’est la Noël, fleurissez vous

LE HOUX

Le jardin de décembre est … sobre… dépouillé comme un vêtement de créateur japonais.
Pas ou peu de couleurs, les légumes se font discrets, les arbres austères et les fleurs évanescentes. Seules quelques baies écarlates se signalent à l’appétit des oiseaux : buisson ardent, fusain… et bien sûr, le houx.

Le houx, ilex aquifolium pour les érudits, est appelé par le commun des mortels, vous et moi par exemple, grand houx, gréou, grifeuil ou encore agrifon.
Les pépiniéristes et horticulteurs, négligeant le fait que c’est à cause de lui qu’il peut vous arriver de vous faire « houspiller », puisque ce mot à l’origine signifiait : pousser avec un balais de houx, et ne voulant considérer que  son aspect décoratif, l’ont diversifié en près de 400 espèces .
             .
Ses feuilles alternées sont ovales, coriaces, luisantes et épineuses ; elles persistent trois ans avant de tomber. Il porte en mai de petites fleurs blanches groupées à l’aisselle des feuilles.
Le houx est en principe dioïque et pour obtenir ses fruits rouges il faut planter plus de pieds femelles que de mâles.
Son fruit contient de la théobromine ; il est toxique pour l’homme, aussi laissez-le aux  oiseaux qui le dispersent en  le consomment et aident ainsi à sa reproduction naturelle.

Il pousse un peu partout mais se plaît à l’ombre et préfère les lieux humides. S’il tolère tous les sols, il garde une préférence pour une terre légère et un peu acide et ne refuse pas le calcaire.
Il n’est pas facile à bouturer mais vous pouvez toujours essayer : il faut pour cela rendre en juillet un rameau jeune mais rigide ;  couper les feuilles du bas de la tige, entailler et y glisser une graine d’orge si possible ou le tremper dans une hormone de bouturage ; planter cette bouture à l’intérieur dans un mélange de sable et tourbe. Les premières racines se montrent au bout de 6 à 8 semaines mais il faut  attendre deux  ans avant de le  repiquer en pleine terre.
Voilà bien des complications quand on sait que les branches basses du houx, qui traînent à terre se marcottent spontanément.
Si le houx résiste bien aux maladies,  il a cependant trois ennemis :
La mouche du houx dont la larve creuse des galeries dans ses feuilles et leur donne  un aspect blanchâtre.
Le puceron du houxqui lui,  s’attaque aux jeunes feuilles.
Et pour finir, la maléfique Tordeuse de Canneberges : papillon dont les chenilles non seulement dévorent  les feuilles dures du houx,  des myrtilles et des canneberges mais aussi les lient avec de fils de soie pour en faire des nids.

Le bois dur du houx est recherché en ébénisterie ; il a longtemps servi à faire les pièces blanches des échecs.
Goethe possédait une canne en bois de houx.
On en extrait la glutine, qui sert à fabriquer la glu.
En médecine populaire on utilise un  cataplasme de feuilles broyées comme révulsif. La décoction de feuilles macérées dans du vin est considérée comme un vermifuge.
En Alsace, on  obtient  par fermentation et distillation des fruits un alcool blanc
Le maté ou quechua ou thé des Jésuites est une infusion de feuilles de houx.


On dit que tous les arbres ayant refusé de fournir le bois de la croix du Christ, le houx qui seul accepta fut doté de piquants qui préfigurent la couronne d’épines de  la Passion.
 Piquants qui, cependant repoussent les mauvais esprits, et protègent des sorciers et de leurs maléfices. C’est pourquoi faire entrer du houx dans la maison à Noël assure la prospérité.
En Angleterre, il faut deux sortes de houx : avec piquants pour le mari et sans pour la femme. Il faut autant de branches de l’un que de l’autre pour qu’un des deux époux ne domine pas l’autre. Et aucun Anglais ne conserve de houx après le 6 Janvier.
La tradition  dit que le diable voyant Dieu créer le laurier voulut l’imiter et fabriqua  le houx.
S’il porte des baies en abondance, soyez certains que l’hiver sera rude.

Et pour finir, sous un bouquet de houx et de gui, embrassez qui vous aimez.







DECEMBRE- Semaine 2- jour 4 : QUELLE HISTOIRE

Visite les ruches à la Saint Daniel,
Mais garde-toi d’ôter le miel.
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L’ASSASSINAT DE DUC DE GUISE

Au matin du 23 Décembre 1588 , Henri de Guise le Balafré pouvait-il se douter qu’il ne verrait pas Noël ? Et pourquoi  le personnage le plus populaire du Royaume, le chef de la Ligue, celui dont les Parisiens avaient fait leur « roi », devait-il disparaître ?
Eh bien, en raison même de sa popularité ! Il faisait de l’ombre au Roi ! En cette année 1588 , la Guerre des Trois Henri faisait rage.
Il y avait d’abord, le roi de France, Henri III très injustement impopulaire aux yeux de ses contemporains comme de la postérité. On ne voyait, on n’a voulu voir en lui, que le prince efféminé, fardé, frisé, pommadé, passant son temps la « bille à Boquet »* à la main, entouré de ses Mignons .
Ces fameux « mignons » étaient en fait une garde rapprochée de 45 redoutables spadassins exécuteurs des hautes et basses œuvres de la couronne. Et si le roi préférait leur compagnie à celle des femmes, il n’en était pas moins marié à Louise de Vaudémont qui multipliait les pèlerinages supposés mettre fin à sa stérilité. Donc le roi n’avait pas d’héritier et la fatalité ou le manque d’hygiène ayant fait disparaître son dernier frère, Henri de Bourbon, roi de Navarre et époux de Marguerite sœur du roi, était passé du rang de 24° à celui d’héritier direct de trône de France. Henri de Navarre était alors le chef du parti protestant et comme tel en guerre contre le roi de France.
Henri III , loin d’être le monarque faible et influençable que nous montre l’histoire, avait hérité de sa mère Catherine de Médicis le sens de la politique et de la diplomatie. Les Guerres de religion ensanglantaient la France depuis plus de vingt ans ; on en était à la huitième et l’on peut mettre au crédit du roi d’avoir souhaité y mettre un terme et de vouloir rétablir la paix. Bref, il fut soupçonné de faiblesse envers les protestants, ce qui augmenta encore la popularité du troisième Henri : le duc de Guise, chef de la Ligue, le parti Catholique qui avait réussi à investir Paris et à en chasser le roi qui dut trouver refuge à Chartres.
Afin de mettre un peu d’ordre dans cet imbroglio,  les Etats Généraux furent convoqués à Blois. Là encore, le Balafré se rendit plus visible et  plus influent que le véritable souverain. Henri III , formé aux méthodes politiques italiennes mises en vigueur par sa mère, décida que le moment était venu d’en finir.
En ce matin de décembre, il fit convoquer le duc dans son cabinet particulier. Le bel Henri, vêtu de satin gris et picorant des fruits secs dans un drageoir qu’il portait à la main, traversa sans méfiance la chambre du roi. Avant d’être rendu à la porte du cabinet, il fut assailli par une demi-douzaine d’hommes armés, qui le lardèrent de coups de poignard. Telle était sa force et son énergie, qu’en se débattant, il promenait ses agresseurs de part et d’autre de la chambre. Enfin , il s’effondra au pied du lit royal en murmurant : »Miséricorde ! »
Enfin le roi entra, et poussant du pied son rival comme il avait vu ce dernier le faire à l’amiral de Coligny le jour de la Saint Barthélémy : il prononça (ou pas ) la célèbre phrase : « Qu’il est grand ! Il est encore plus grand mort que vivant ! »

*Du nom de l’ébéniste Boquet, inventeur de l’objet.




DECEMBRE -Semaine 2- Jour 5 : LE BESTIAIRE ENCHANTE :

A Sainte Julie,
Le soleil ne quitte pas son nid.

L’ANE


Extrait du dictionnaire du Zoodiac :

ANE—Signe de Bois (surtout la tête),  gouverné par la folle planète Avoine.
Les natifs de l’Ane sont peu enclins à changer d’avis ; ils ont généralement l’ouïe fine et le pied sûr.
Si vous collaborez avec un natif de ce signe, préférez la carotte au bâton ; l’Ane se butte facilement…

De même qu’il est difficile d’imaginer Saint Nicolas sans Père Fouettard, il est malaisé de l’envisager sans son âne. L’âne, ce gentil compagnon aux yeux aussi tendres que ses oreilles sont longues ; l’âne qu’on dit têtu parce que trop intelligent. Son poil est plus doux que son chant d’amour…
Mais qui mieux que Francis Jammes a su parler des ânes ? Je lui laisse la parole :

Prière pour aller au Paradis avec les ânes

Lorsqu’ il faudra aller vers vous, ô mon Dieu faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grand route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon-Dieu.
Je leur dirai : « Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles… »

Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.


Cette rubrique serait incomplète si l’on omettait de mentionner l’Ane à trois pattes, monstre bénéfique auxiliaire d’Ahura Mazda, dont le crottin est d’ambre et que signale JL Borges dans son « Livre des Etres Imaginaires »-

 "De l'Ane à Trois Pattes on dit qu'il est au milieu de l'Océan et que trois est le nombre de ses sabots et six celui de ses yeux et neuf celui de ses bouches et deux celui de ses oreilles et un celui de sa corne. Son pelage est blanc, sa nourriture est spirituelle et tout son être est juste. Et deux des six yeux sont à la place des yeux et deux à la pointe de la tête et deux à la nuque; avec la pénétration de ses six yeux il soumet et détruit.
Des neuf bouches, trois sont dans la tête et trois à l'intérieur des flancs... chaque sabot, mis par terre, couvre la place d'un troupeau de mille brebis, et sous l'ergot            peuvent manoeuvrer jusqu'à mille cavaliers. Quant aux oreilles, elles sont capables de             couvrir Mazandéran (nord de la Perse). La corne est comme en or et creuse, et mille             ramifications lui ont poussé. Avec cette corne il vaincra et dissipera toutes les       corruptions des méchants."




DECEMBRE- Semaine 2- Jour 6 : LIRE ET RELIRE

Visite tes ruches à la Saint Daniel,
Mais garde toi d’ôter le miel.

DICKENS : UN CANTIQUE DE NOËL

Mes deux grand-mères lisaient. Elles ne lisaient pas les mêmes choses,  en matière de magazines par exemple.
Je dois à l’une, par le biais du supplément théâtral de « L’Illustration », d’avoir conçu à l’âge de dix ans un amour éperdu pour le Prince de Homburg sous les traits de Gérard Philippe. Il m’en est resté la tentation des amours impossibles et un goût immodéré pour les pantalons noirs et les chemises blanches à jabot.
L’autre,  ignorant le mépris dans lequel la première tenait ce genre de publications, consommait assidument : Nous Deux, Confidences, Les Bonnes Soirées et les Veillées des Chaumières. C’est pourtant dans un de ces hebdomadaires « populaires », un de ces magazine « à l’eau de roses » que j’ai pour la première fois rencontré Dickens.  Les « Grandes Espérances » y étaient publiées en bandes dessinées et j’ai partagé la terreur de Pip pour le forçat caché dans la lande, son angoisse en découvrant le banquet de noces poussiéreux et la pièce montée couverte de toiles d’araignées chez Miss Havisham.
Depuis , j’ai lu et relu les Grandes Espérances in extenso et aussi David Copperfield, si largement inspiré de la vie même de Dickens. Mais sa magie est restée pour moi dans cette première découverte et aussi dans cet extraordinaire « Cantique de Noël » paru en 1843. Entre fantastique et sordide réalité, le tendre Dickens y condamne avec son inimitable humour larmoyant,  avec la tendresse dont il pare ses plus sordides personnages, la sinistre réalité du Londres de son époque, la misère des petits employés, la suffisance des nantis et l’exploitation industrielle particulièrement intolérable quand elle agresse les enfants.
On a dit de Dickens qu’il avait inventé le « Conte de Noël, d’un Noël qui n’était pas encore une fête marchande, Noël du temps où la famille était réunie avec pour cadeau principal et souvent le seul , un repas moins frugal que ceux dont l’ordinaire peinait à les rassasier. Un Noël où il faisait chaud parce que ce soir là on n’économisait ni le charbon, ni les jeux , ni les chants, ni les baisers, ni l’amour.

« … Scrooge et l’Esprit, transportés dans les faubourgs de Londres, s’arrêtèrent sur le seuil d’une maison que l’Esprit bénit avant d’entrer en secouant sa torche avec un sourire. C’était la maison de Bob Cratchit, les commis même de Scrooge, ce pauvre commis à quinze shillings par semaine. Bob n’est pas encore au logis, mais il est attendu. Mrs Cratchit, sa femme, n’a qu’une robe qui a été retournée deux fois ; elle est en toilette cependant, tout autant qu’on peut l’être avec quelques sous de ruban ; elle met la table, aidée de Belinda Cratchit, la seconde de ses filles, qui est parée… de rubans, comme sa mère, tandis que maître Pierre Cratchit, le fils aîné, qui plonge une fourchette dans le poêlon aux pommes de terre, mord du bout des lèvres les coins d’un monstrueux col de chemise, présent de son père, heureux de se voir si brave et regrettant de ne pouvoir aller montrer son linge dans les parcs à la mode. Voici deux petits Cratchit encore, garçon et fille, qui surviennent en criant qu’ils ont flairé l’oie depuis la porte du boulanger et l’ont reconnue pour leur oie. Ces petits Cratchit croient déjà mordre dans leur part ; ils dansent de bonheur et flattent leur frère aîné qui souffle le feu jusqu’à ce que, bondissant sous le couvercle qui les étouffe, les pommes de terre demandent à être débarrassées de leur pellicule. »



 
DECEMBRE- Semaine 2-Jour 7 : ON CONNAIT LA CHANSON

A la Saint Corentin,
Le plein hiver glace le chemin.

BARBARA


Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas


Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara

Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien



Jacques PREVERT



DECEMBRE - Semaine 3- Jour 1 –US ET COUTUMES
   

Décembre aux pieds blancs s’en vient
An de neige est an de bien.
LE PERE NOËL


Le 21du mois,  décembre  devient Nivôse selon le calendrier républicain qui a si bien imaginé les noms des mois : Nivôse, le mois des neiges…
Cette neige poudreuse de Nivôse dans laquelle, galopent les rennes qui tirent le traîneau du Père Noël. Et ne croyez pas les esprits forts qui vous expliquent que le Père Noël a été inventé en 1931 par Coca-Cola. C’est Faux !
Le Père Noël existe : il vit depuis toujours au sommet du mont Korvantuntuni, en Laponie Finlandaise, entouré et servi par ses nombreux lutins, lesquels sont par ailleurs les meilleurs fabricants de jouets du monde et les premiers fournisseurs de Saint Nicolas.
Voici l’histoire, la vraie ;  c’est mon cousin Paul qui vit en Finlande comme le Père Noël qui me l’a racontée, et lui-même la tient du Père Noël en personne :
 Le monde étant de plus en plus  peuplé, il devint presque impossible au bon Saint Nicolas de distribuer des cadeaux à tous les enfants dans la seule nuit  du 5 au 6 décembre. C’est vers le milieu du XIX° siècle qu’il lui a fallu demander un coup de main  à celui qu’on nommait alors le Bonhomme Hiver.
Le bon génie prit bien volontiers le même habit que le saint et compléta sa tournée dans la nuit du 24 au 25 décembre. Et sa popularité grandit au point que dans certains pays on ne faisait plus guère de différence entre Bonhomme Hiver et Saint Nicolas .
Et puis  en 1931, Coca Cola eut l’idée d’inciter les enfants à consommer son discutable soda, et conçut dans ce but, une grande campagne publicitaire. Il fallait pour cela une image ayant un impact fort. St Nicolas pressenti refusa tout net. On s’adressa au Bonhomme Hiver qui avait déjà pris le nom de Noël en raison de la date de sa tournée ; lui aussi tout d’abord refusa. Les dirigeants de Coca-Cola lui firent un pont d’or mais le bonhomme Noël n’avait pas plus que St Nicolas besoin d’argent.
Seulement, voilà : moins habitué que Nicolas, il avait du mal avec sa houppelande à descendre dans les cheminées ; il se salissait, s’accrochait partout et Dieu qui assistait le saint ne s’occupait pas du païen bonhomme Noël !
Aussi quand les créatifs du service publicité de Coca-Cola revinrent à la charge, Noël finit par accepter, à la condition qu’on lui fournisse un habit commode, assez semblable à  celui de ses lutins et qui serait ,couleurs de la marque oblige, rouge bordé de fourrure blanche.
Il obtint de plus son traîneau et un double attelage de Rennes.
Et c’est dans cet équipage qu’il fait désormais sa tournée.
 Il passera chez vous dans la nuit du 24…Mais attention, les enfants ! N’oubliez pas que le Père Noël fait partie de la famille des lutins, même s’il est beaucoup plus grand. Et comme vous le savez, les lutins n’aiment pas qu’on les observe. Aussi, n’essayez pas de guetter le Père Noël ; il pourrait  bien,  s’il s’en apercevait, ne plus jamais repasser.




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DECEMBRE - Semaine 3-Jour 2 – CONTE

A la Saint Nicaise,
Le renard est souvent Blaise

AMALTHEE-
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Il fut un temps où la différence entre les hommes et les animaux n’était pas si grande qu’aujourd’hui. Les bêtes savaient parler le langage des hommes et beaucoup d’hommes comprenaient leur patois. Ils s’aimaient se respectaient,  parfois même se ressemblaient et encore d’autres fois s’unissaient.
En ce temps-là vivait en Crête sur le mont Ida, la tendre Amalthée, chèvre ou nymphe au gré de son humeur, en compagnie d’autres nymphes, jolies personnes peu vêtues, et de nombreux faunes et satyres qui peuplaient la campagne
Tout n’était là que joie, rires, jeux et voluptés paisibles, quand Rhéa la Terre-Mère vint cacher en ces lieux son nourrisson dernier-né que son père voulait dévorer. Il existait dans cette famille une discutable tradition qui voulait que les pères bouffassent leurs enfants mâles, afin de n’être pas détrônés par les chers petits devenus grands.
Cette coutume fermement réprouvée chez les humains dont la vie est limitée, peut cependant sembler nécessaire chez les immortels dont les domaines finiraient par souffrir de surpopulations. Et les fils en mal de domination ne pourraient faire autrement que de secouer les cocotiers… si l’on ose, bien entendu, imaginer des dieux perchés sur des cocotiers.
Comme il n’est pas interdit aux déesses d’aimer leurs enfants, tout comme de simples mortelles, on comprend qu’elles ne puissent supporter de les voir transformer en casse-croûtes, si divins soient-ils. Rhéa pour sauver son fils, emmaillota une grosse pierre, que Cronos, père aussi dénaturé que goinfre, engloutit sans même faire la différence entre un caillou et un nourrisson. Il est vrai que sa voracité devait plus à la volonté de garder son trône qu’à la simple gourmandise.
Il fallait maintenant cacher le bébé. Amalthée dans sa grotte venait de donner le jour à Pan qu’elle allaitait. Celui qui deviendra le Grand Pan, doté d’une joie de vivre telle que les Chrétiens en ont fait le diable. Elle ne sait pas qui est le père de tous ces faunes et satyres avec qui elle a célébré les joies de la vie et de la nature , pas plus que de celui-ci dont les jolis pieds de bouc et les cornes naissantes montrent bien qu’il n’est ni dieu ni humain. Rhéa confia l’enfant Zeus à la chèvre nymphe. Les deux petits, nourris de lait et de miel étaient vigoureux et bruyants.. Rhéa qui craignant que Cronos en entendant les cris reconnaisse la voix de son fils, fit venir les Curètes près de la grotte où braillaient les deux turbulents nourrissons. Les Curètes, dont on disait qu’ils étaient nés de la pluie, étaient de joyeux jeunes gens qui pratiquaient des danses guerrières en entrechoquant leurs lances et leurs boucliers. Le tintamarre était tel qu’ Amalthée, définitivement devenue chèvre en perdit une corne . Ils finirent par avoir sa peau que Zeus récupéra ; il en couvrit son égide et s’en fit un manteau.
La corne fut enchantée de telle façon qu’elle soit toujours pleine des meilleures nourritures et celui qui la possède est assuré de vivre dans l’abondance.
Devenu maître de l’univers, Zeus par faveur spéciale, envoya sa nourrice surmenée reposer pour toujours dans le silence des espaces infinis. C’est ainsi que devenu étoile,  on peut la voir dans la constellation du Capricorne .




DECEMBRE - Semaine3- Jour 3 – C’EST BON SIGNE

Quand il tonne hors saison,
Pluie ou neige sans raison.
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LE CAPRICORNE



Le 21du mois, alors que décembre devient Nivôse et que la terre se couvre de neige, vient à nous de son pas dansant, l’imprévisible Capricorne.
On dit de l’homme teinté de chèvre qu’il est ambitieux, léger, irascible, fourbe, cupide, processif et querelleur ; toutes qualités qui le mènent aux honneurs et en font un excellent homme d’état. Mais par là même, il risque de brusques retournements de situation qui ne le déroutent guère tant  extraordinaire est sa confiance en lui. Travailleur, superficiellement grave, il ne redoute pas les mauvaises fréquentations. Inconstant et ami des plaisirs, il a la tête petite, le front fuyant et l’œil enfoncé sous l’arcade sourcilière.
Sa chevrette en général est bien faite, vive et légère. Timide à l’excès dans sa jeunesse, elle s’enhardit avec la maternité.
Elle devient alors intrigantes, et cherche les meilleures places en politique comme ailleurs.
Mariée, elle dissimulera sa jalousie, aimera les voyages, la nouveauté et les hommages qu’elle estime dus à sa beauté qu’elle gardera jusqu’à un âge avancé.

Comme tous les signes de terre, les Capricornes, hommes ou femmes, sont persévérants jusqu’à l’entêtement, ils avancent lentement mais sûrement. Mélancoliques, ils n’oublient jamais et comparent le présent au passé. Ce  sont gens de certitudes qui ne croient qu’à ce qu’ils comprennent, aussi ne croiront-ils jamais à ce portrait et continueront insouciants, à jouer avec les chiffres et les sous (surtout ceux des autres ) car ils sont parfois quelque peu radins,
Ces terriens se laissent irriguer jusqu’à la sentimentalité par les trois signes d’eau: cancer, scorpion et poisson.
La plupart du temps logiques et pleins de  bon sens ils sont en général calmes, mais peuvent perdre les pédales et devenir agressifs avec les signes de feu.
L’air passera sur eux comme le vent sur les blés.


DECEMBRE - Semaine 3- Jour 4 : LUSTUKRU

Au vingt de Noël,
Les jours rallongent d’un pas d’hirondelle


Afficher l'image en taille réelleA LA QUEUE, COMME TOUT LE MONDE !






Auriez-vous le regret de n’avoir point de queue ?
Certains anthropologues ont prétendu que nos ancêtres en avaient une. Au milieu XIX° siècle, un philanthrope humoriste professait que le genre humain atteindrait la perfection lorsqu’il aurait recouvré son appendice caudal, avec un œil au bout. Plus tard, au début du siècle dernier, le docteur Leczinski proposa de nous le restituer ; il aurait suffi d’une légère opération, dans la première jeunesse, pour rendre aux vertèbres coccygiennes la liberté de leur développement.

Les anciens navigateurs contaient qu’il existait encore des tribus d’hommes à queue dans les îles de la Sonde. La mode de s’en défaire est peut-être venue, comme pour le renard de la fable, d’un guerrier qui avait perdu la sienne à la bataille. Que la mode contraire soit lancée par « une personnalité en vue », comme disent les échotiers : vous verrez que tout le monde suivra.

Nous ferons alors un grand pas vers la solution du problème qui se retrouve au fond des controverses philosophiques : à savoir si l’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux, ou un singe incomplet qui rêve de cocotiers.

 Selon NOS LOISIRS du  29 décembre 1908

                                                                          



DECEMBRE -  Semaine 3- Jour 5 : COURRIER DU CŒUR

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L’hiver n’est pas bâtard,
S’il ne vient tôt, il vient tard.


Vivons ma Lesbie, et aimons-nous ! Et tous les murmures des vieillards irascibles, n’en tenons aucun compte. Les soleils ont ce pouvoir de mourir et de renaître. Nous, notre brève lumière ne s’éteint qu’une seule  fois et nous nous endormons dans une nuit éternelle. Donne-moi mille baisers, puis cent, puis mille, puis cent encore, puis mille autres, et puis encore cent de plus. Et puis, après tant de milliers et de milliers de baisers échangés, nous embrouillerons les chiffres pour ne plus rien savoir et échapper à l’envie des méchants.

CATULLE


DECEMBRE - Semaine 3- Jour 6 : AH ! LA MODE DE CHEZ NOUS

Quand l’hiver part avec la feuille,
Il revient avec la feuille.


JARRETELLES ET JARRETIERES
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« D’après la manière de mettre un  corset, on a pu juger de l’importance des jarretelles. Celles-ci servent à poser le corset, à le maintenir à sa place en l’empêchant de remonter….
C’est aussi la meilleure manière d’attacher les bas : on a complètement abandonné l’ancien usage de la jarretière qui avait donné lieu à tant de sujets de tableaux galants, de plaisanteries un peu équivoques et même à un incident historique : on sait que l’ordre de la Jarretière fut fondé par le roi d’Angleterre Edouard III ; à un bal de la Cour il avait ramassé la jarretière bleue de la comtesse de Salisbury et s’était empressé de la lui rendre ; les sourires des courtisans offensèrent la comtesse, et le roi, faisant pièce aux rieurs s’écria :  « Honni soit qui mal y pense », ajoutant qu’ils seraient trop heureux d’obtenir un bout de ce ruban en le sollicitant. Ainsi se fonda, par un caprice et un accident, un des ordres les plus aristocratiques du Royaume Britannique, dont l’insigne et la devise étaient tout trouvés…. »


Pour bien s’habiller – Fémina Bibliothèque
Marie-Anne L’HEUREUX
1911
DECEMBRE – Semaine 3- Jour 7 : QUEL METIER

Hiver est fort bonne saison,
Quand on a pour faire tison.


LE FUMISTE




Voici venir les jours les plus courts et les plus sombres de l'année. Vous avez profité du dernier soleil qui dore votre jardin pour nettoyer, tailler, planter. Vos pieds sont froids, vos mains gelées et vos cheveux lourds d'humidité. La nuit tombe; une flambée sera la bienvenue, sur ses braises vous ferez griller des châtaignes et vous réchauffant d'un bol de soupe ou de vin chaud.
Oui mais... le vent est mal orienté, la cheminée ne tire pas et enfume la pièce. Pas de panique!
Otez votre savant échafaudage de bûches et de fagots; décendrez, puis froissez une bonne quantité de papier journal, posez dessus des feuilles mortes bien sèches et le petit fagot de bois mort; faites flamber le tout. Votre conduit de cheminée "réchauffé" par ce combustible facilement inflammable est prêt pour recevoir le fagot et les bûches de la nouvelle flambée qui adoucira la soirée.

Et à propos de fumée, savez-vous bien ce qu'est un fumiste?
C'est bien souvent votre chroniqueuse quand elle vous informe doctement de ce qu'elle ignore ou vous propose des "trucs et astuces" qu'il ne lui viendrait pas à l'idée d'expérimenter.
Comment l'honnête artisan qui veille à la bonne santé de nos cheminées a-t-il acquis la douteuse réputation d'être un farceur?
Francisque Sarcey, écrivain et humoriste de l'avant-dernier siècle prétendait qu'elle provenait de cette facture à lui envoyée/

- M'être transporté avec un apprenti dans la salle à manger du sieur Sarcey :  2fr.
- Avoir essayé d'empêcher la cheminée de fumer:                                          3fr.
-N'avoir pas réussi:                                                                                       5fr.
                                                                                                               _______

                                                                                 TOTAL:                     10fr.

PP





DECEMBRE – semaine 4 – jour 1- US ET COUTUMES

A la Saint-Thomas
Cuis ton pain, lave tes draps
Car dans trois jours Noël aura.

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Les nombres : le 12


Le total des habitants de l’Olympe est douze, comme les douze travaux d’Hercule, les douze signes du zodiaque, les douze fils de Jacob et les douze apôtres de Jésus.
Douze chevaliers pouvaient siéger avec Arthur autour de la Table Ronde.
Dans ces deux derniers cas, les convives étaient treize à table et l’on sait les superstitions qui s’attachent à ce dernier nombre. Porte-bonheur ou porte-guigne ??
Que faire un vendredi 13 ? Rester au lit ou aller acheter un billet de loterie ?



DECEMBRE – semaine 4 -  jour2- CONTE

Décembre prend
Mais jamais ne rend.

Balthazar et le Père Léon

Le Mage Balthazar, s’en revenant de Bethléem n’avait pas envie de rentrer chez lui. Le Mage Balthazar, qui vivait en Afrique, voulait connaître l’hiver. 
Alors, il renvoya sa caravane, ses serviteurs, ne gardant avec lui que deux chameaux ; l’un porterait les vivres et l’or dont il allait avoir besoin pour son voyage, l’autre serait sa monture, puis il se dirigea vers le Nord. Le Nord-Ouest plus exactement.
En ce temps là, sévissait ici-même un horrible, sale, moche, vilain bonhomme qu’on appelait le père Léon et que tout le monde détestait, surtout les enfants.
Surtout les enfants, parce que ce père Léon avait la détestable habitude de voler leurs jouets et de les casser. Il poussait le vice, l’abominable Léon, jusqu’a passer la nuit par les cheminées pour s’introduire dans les maisons et rafler les poupées, les chariots, bref, tout ce qu’aimaient les enfants. C’est une des raisons pour lesquelles il était si sale et si noir. L’autre raison c est qu il était charbonnier comme ses parents. Il vivait au milieu des bois, dans une hutte crasseuse derrière et autour de laquelle il jetait son butin de jouets cassés dont il ne faisait rien sauf les contempler en ricanant.
On était alors, au moment du solstice d’hiver, qui correspond à notre dernière semaine de décembre. C’était et c’est toujours, une période froide et triste. Les gens, pour se réchauffer le corps et l’esprit avaient l’habitude de se réunir pour veiller au coin du feu, manger de bonnes choses, raconter des histoires chanter des chansons et surtout, surtout, donner aux enfants les jouets que leurs parents, tout au long de l’année avaient fabriqué pour eux dans le plus grand secret.

Léon bien sur n etait jamais invité et ça le rendait encore plus sournois et méchant

Un jour qu’il avait encore fait des siennes, que les enfants pleuraient et trépignaient, que les pères sortaient les fourches pour punir le malfaisant, un bruit insolite se fit entendre à l’entrée du village.
On aurait cru les sabots d’un. , non. , deux chevaux... mais ce n~ était pas tout à fait çà. Les gens tournèrent la tête du côté d’où venait le bruit, y compris Léon à qui la curiosité faisait oublier la prudence. Et il est vrai que ce qu’ils virent avait de quoi leur faire~ négliger un Léon qui était certes un fléau mais auquel somme tout on était habitué.
Ce qu’ils virent ?     D’abord deux étranges, affreux bestiaux, plus grand que des chevaux, avec de longues pattes maigres, une grosse tête de mouton et sur le dos. deux bosses!! et sur l’un des bestiaux, calé entre les deux bosses, un homme noir, tout noir, encore plus noir que Léon, mais vêtu d’étoffes brillantes et chamarrées. Il portait sur la tête, un énorme couvre chef jaune orné de plumes. Oh le drôle d’homme ! Oh les drôles de bêtes ! Affolés, oubliant Léon, les gens s’enfuirent chez eux et fermèrent la porte à double tour. Léon quant à lui, s enfuit dans les bois...
Balthazar, car vous l’avez reconnu, avait pris l’habitude de ce genre de réception. Plus il montait vers le Nord, plus il faisait peur aux populations.
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Comprenant qu’il n’avait rien à attendre des habitants, il se dirigea vers les bois pour se mettre à l’abri du froid. Ah il avait voulu connaître l’hiver et les contrées du Nord ! Eh bien, il y était et il n’avait pas trop de toute sa science et de sa magie pour arriver à y survivre, lui et ses chameaux. S’enfonçant dans les bois, il vit un feu qui brillait pas très loin et se dirigea vers lui. C’est ainsi qu’il arriva jusqu’a la cabane de Léon. L’endroit, bien que repoussant de désordre et de saleté lui sembla bien abrité ; il fit agenouiller ses chameaux et se prépara à bivouaquer.
Leon terrorisé, l’observait par une fente entre deux planches. l’homme étrange ne semblait ni hostile ni dangereux. Et puis bien vite, de délicieuses odeurs vinrent lui chatouiller les narines : la cuisine que préparait Balthazar lui semblait d’une autre saveur que les quelques châtaignes qui faisaient son ordinaire. Il entrouvrit la porte. Balthazar le guignait du coin de 1 œil. Il savait bien que ce qui cuisait dans sa marmite valait tous les charmes du monde pour attirer les sympathies. Il fit signe à Léon. Celui—ci pas rassuré mais gourmand, sortit de sa tanière. Pas à pas, lentement, prudemment, il s’approchait du feu de camp. Balthazar qui était doué pour les langues avait eu le temps tout au long de son voyage d’apprendre le dialecte des gens d’ici. Il offrit à Léon de partager son repas. Le charbonnier hésita un peu mais sa gourmandise fut la plus forte,
Il s assit à coté du mage. La bonne chère, délicatement arrosée à le pouvoir de délier les langues et d’attendrir les plus endurcis.
Balthazar savait poser les bonnes questions ; Léon eut envie de se confier et quand le mage lui demanda ce que signifiait la quantité de jouets cassés qui jonchait les alentours, Léon ne sut pas mentir. Il avoua sa détestable manie.
“ Mais pourquoi demanda Balthazar ? ”
“ Parce qu’ils me détestent, parce qu’ils se moquent de moi, alors je me venge et moi, d’abord, je n’ai eu ni jouets, ni parents. ”
“  Pas de parents, s’enquit le Mage ? ”
“ J’étais tout petit quand ils sont morts et après personne n a voulu de moi, je me suis débrouillé tout seul. , tout seul... toujours tout seul... ”
“ Pauvre Léon ! ”
Léon surpris, regarda le mage. C’était bien la première fois qu on l’écoutait, qu’on le plaignait.
« Vous savez Léon, tout pourrait changer si vous le vouliez... »  
« Mais pourquoi, puisque personne ne m’aime ? »
« Vous voudriez qu’on vous aime ? »
« Je ne sais pas peut-être... mais comment ? »
« Léon, si vous faites ce que je vous dis, vous serez l’ami de tous les enfants. Le voulez-vous ? »
Encore buté, Léon dit qu’il voulait bien essayer.
Léon et Balthazar travaillèrent trois jours et trois nuits. Quand ils eurent fini, tous les jouets étaient réparés, et même ils en avaient fabriqué de nouveaux.
“ Voilà, dit Balthazar, ces jouets que vous avez volé, vous allez les rendre et vous ajouterez tous ceux que nous avons fabriqué en plus. Puisque vous savez passer par les cheminées, vous ferez de même. ”
“ Mais ils ne sauront pas que c’est moi ; ils continueront à me détester. ”

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“ Cela , c’est mon affaire, distribuez les jouets, je m’occupe du reste. Mais vous ne pouvez pas y aller dans cet état, il faut vous nettoyer, vous changer. ”
Balthazar sortit de ses bagages les huiles et les onguents  nécessaires à la toilette de Léon et il en fallut ! Quand ils eurent fini, Léon avait le teint rose, sa barbe et ses cheveux d’un blanc éclatant bouclaient, et même on pu voir qu’il avait les yeux d’un bleu de porcelaine.
“ Au tour des vêtements à présent, dit Balthazar! ”
Et il sortit de ses malles un houppelande rouge tout bordée d’hermine. Léon hésita encore.. ..I1 allait gâcher ce bel habit avec la suie des cheminées.
“ Ne craignez rien, aucune cheminée au monde ne pourra plus salir -ni vous ni ce vêtement. ”

Léon commença sa tournée; il neigeait un peu. Un groupe d’enfants sortit dans la nuit pour jouer avec les flocons. Cela n’aurait pas dû se produire, mais Balthazar veillait!
Ils virent l’homme en rouge avec sa hotte de jouets. A la démarche, ils reconnurent Léon.
“ Ca alors, dit l’un d’eux, on nous l’a changé! ”
“ Oui dit un autre, il donne les jouets au lieu de les voler? ”
“  Puisque c’est comme ca, dit un troisième qui parlait verlan, (déjà !) on ne l’appellera plus le père Léon, mais le père Noël ! ”
“  Vive le Père Noël s’écrièrent ils en chœur ! ”
           



DECEMBRE -  semaine 4 -  jour 3  - RIMES SANS RAISON

Prés verts en Décembre
A Pâques seront de cendres.



La Mare aux Biches


Au Bois des Biches dans le brouillard
J’ai vu courir des écureuils
Au Bois des Biches près de la mare
Sont venus danser les chevreuils

Au Bois des Biches un soir d’automne
Le soleil joue dans l’eau dormante
Au Bois des Biches l’herbe frissonne
Le cerf appelle son amante.

Au Bois des Biches sous la neige
Les branches plient jusqu’à terre
Au Bois des Biches, comme au manège
Valsent les flocons de l’hiver.

Au Bois des Biches sous la lune,
La mare gelée, comme un miroir
Eclaire un moment la nuit brune.





DECEMBRE - semaine 4- jour 4-  DE TOUT UN PEU

Si l’hiver en Décembre ne fait pas son devoir
En Janvier au plus tard il le fera voir.

Les grands hivers


 A ce moment de l’année où, dans les campagnes, la gelée durcit la terre et où, les passants s’en vont les épaules remontées et le visage bleui par la bise d’hiver, il est curieux d’évoquer les époques de froid exceptionnel dont l’histoire a conservé le souvenir.
En l’an 1400, les mers du nord de l’Europe furent gelées.
En 1410, qui resta sous le nom d’année du grand hiver, le froid fut si intense que la mortalité fut énorme :  loups et les chiens sauvages venaient jusqu’aux portes de Paris dévorer les cadavres abandonnés. La plupart des ponts furent emportés par les glaces ; l’encre gelait au bout des plumes, ce qui empêcha, un jour, le greffier du Parlement d’enregistrer les arrêts.
En l’an 1558, on dut débiter le vin avec des haches !
L’année 1621 resta longtemps présente à la mémoire des hommes, tant l’hiver fut rigoureux et long. Le froid, à Paris, atteignit -27° en 1709 ; les récoltes furent perdues, les arbres fruitiers détruits, et les cloches éclatèrent quand on voulut sonner le tocsin.
Il dut aussi faire un froid plutôt vif en cette année de 1795, où des escadrons de notre cavalerie purent cerner et prendre la flotte hollandaise.
Enfin, dans une période plus récente, on parle encore de l’hiver terrible de 1870, dont les rigueurs accrurent encore les souffrances de nos pauvres soldats, et de l’hiver de 1880, où l’on traversait à pied la Seine et où le thermomètre descendit à 24° au- dessous de zéro.

Renseignements glanés comme souvent dans l’inépuisable NOS LOISIRS et qui me suggèrent de vous confier l’excellente recette du Glögg de ma suédoise amie Lili :

Il vous faudra 1 litre de bon vin rouge, auquel vous ajouterez I/2 litre d’aquavit, 5 clous de girofle, des amandes, des raisins secs, de la cannelle, du gingembre, plus 150gr de sucre .
Faites bouillir le tout et ne vous jetez pas dessus , bande de pochtrons !
Le Glögg doit maintenant macérer pendant 12 heures, au bout desquelles enfin, vous le ferez chauffer, puis flamber. Et enfin, enfin… vous aurez le droit d’y goûter.
Préparez-le le matin et sirotez-le doucement le soir à la veillée ; vous n’aurez plus besoin de bouillotte.








DECEMBRE - semaine 4-  jour 5-  C’EST POUR DE RIRE


A la Noël froid dur
Annonce les épis plus sûrs.



UN REMEDE EFFICACE




On m'a montré, hier, au Concours hippique de Bruxelles, un monsieur auquel il est arrivé une bien drôle d'aventure.
Ce pauvre homme, que ses affaires appelaient à Londres, exprimait dans le salon d'une dame anglaise (il y a beaucoup d'Anglais à Bruxelles) sa vive appréhension de sa traversée prochaine et du mal de mer, qui ne manquerait pas de s'ensuivre.
-Oh! fit la dame anglaise, vous êtes effrayé avec le mal de mer?
- Oui, donc! répondit le monsieur.
- Alors, je vais vous donner une bonne système, pour que vous êtes très tranquille sur la mer. Vous prenez à chaque quart d'heure une cuiller à café de lui, et voilà que vous êtes tout à fait bien.
Appelant la gouvernante de sa fillette:
-Miss Annie, allez, je vous prie, copier dans ma livre de recettes celui pour le mal de mer.
Et, pour donner plus de confiance encore, la dame ajouta:
-C'est un système que il me donnait un vieux, mon oncle, qui était un missionnaire dans les South Wales, autrefois...
Miss Annie copia la recette et la remit au monsieur, qui la fit, dès le lendemain, exécuter à son apotheck ordinaire.
A son retour à Bruxelles, la première démarche du pâle voyageur fut pour la dame:
- Madame, je vous remercie beaucoup de votre aimable intention, mais je dois vous avertir que votre drogue contre le mal de mer a été précisément à l'encontre de votre but.
- Vous avez été malade?
- Comme un monceau de vaches, madame.
-Aoh! C'est étonnant!
- Et pourtant j'ai suivi vos instructions à la lettre: tous les quarts d'heure, j'ai pris une cuiller à café de cette préparation.
-Aoh!
-Si bien qu'avant d'arriver à Douvres, j'avais avalé tout le pot.
-Aoh! Tout le pot!... Quel pot?
- Mais donc le pot de la drogue!
- Aoh! Cette chose ne devait pas être dans un pot!... Dans une bouteille, oui!
- Le pharmacien me l'a donnée dans un pot.
-Montrez-moi le papier que vous donnait miss Annie.
Le monsieur, après une courte investigation dans son portefeuille, retrouva le papier et le remit à la dame.
Celle-ci de s'exclamer:
- Aoh! cette stioupide Annie!... Au lieu de la système pour le mal de mer, elle avait copié la recette pour la mayonnaise!
Le brave monsieur conclut philosophiquement:
-Ca est quand même heureux que miss Annie ne s'est pas davantage trompée. Voyez donc, si elle m'avait fait ingurgiter de l'encaustique pour jaunes chaussures!

Alphonse ALLAIS



DECEMBRE - Semaine 4- jour 6-  CE SOIR JE SERAI LA PLUS BELLE

Vent de Saint-Sylvestre au Sud
Année chaude et prospère,
A l’Ouest année de lait,
A l’Est année de fruits,
Au Nord année de morts ?


Comment être la plus belle quand on se sent fatiguée ?

Vous sortez ce soir et après une journée épuisante, votre teint est gris et vos yeux cernés. Avant de vous pommader de fonds de teint et d’anti-cernes à l’efficacité douteuse, commencez par le commencement :un bon bain relaxant parfumé aux senteurs de l’été.

Faites bouillir un1/2l. d’eau dans laquelle vous ferez infuser pendant un quart d’heure :
5gr de feuilles de menthe poivrée,
5gr de fleurs de lavande,
5gr de fleurs de serpolet,
et 5gr de romarin fleuri.

Filtrez et versez dans l’eau du bain.

Deux cotons imbibés d’eau de bleuet sur les yeux, relaxez-vous, respirez lentement. N’hésitez pas à piquer un petit roupillon. Vous serez en retard ? Et alors ? Les belles se font attendre, c’est bien connu ! Et puis, vous avez la nuit devant vous.

Après ce moment de détente, les fards se poseront tous seuls et comme par magie, tiendront jusqu’au petit matin.






DECEMBRE - Semaine 4- jour 7- LE PARTRIOLE


Le douzième mois de l’année     
Que donnerai-je à ma mie ?
Douz’chevaux avec leurs selles,
Onze coqs chantant,
Dix poules pondant,
Neuf bœufs avec leurs cornes,
Huit moutons blancs,
Sept chiens courant,
Six lièvres aux champs,
Cinq lapins grattant la terre,
Quatre canards volant en l’air,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Un partriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Un partriole
Qui vole dans ce bois.