AOUT








Je suis aoust auquel nul grant loysir
Ne doit prendre ne sejourner,
Mais doit faucher et fener par plaisir,
Mettre engrande et battre et vener.
Lors devons tous chacun matin lever
Pour prier le vray redempteur,
Jesus qui nous doint sejourner
Pour avoir des cieulx la teneur.


AOUT – JOUR 1 – SEMAINE 1- US et COUTUMES

Quiconque en août dormira
Sur le midi s’en repentira.


US ET COUTUMES

Les Alsaciens en sont certains, Lucifer chuta le premier jour du mois d’août. Pour cette raison on ne doit jamais saigner un malade le premier août. Et plus sérieux  encore, que les femmes enceintes se gardent d’accoucher ce même jour car leurs enfants auraient  toutes les chances d’être malpolis !
 Les habitants de l’ancienne Egypte qui savaient tout, craignaient à cette date des infortunes diverses et s’abstenaient de partir en voyage ; ce qui leur était bien facile puisque août ne commença d’exister qu’à partir du moment où l’empereur Auguste lui donna son nom. Tout s’explique !
Cet inquiétant premier août correspond aussi  au temps des célébrations de Lougos, dieu celtique de son état. Les Bretons qui sont gens pieux et bons chrétiens organisent à cette occasion de nombreux pardons et redoutent sur les processions une pluie qui les priverait de châtaignes à l’automne.
Vosgiens, l’œil rivé sur votre ligne bleue, observez les brouillards du 5 août : d’eux dépend la régulation de la neige. S’ils se montrent le matin, elle tombera en début d’hiver ; si on les voit à midi, les premiers flocons tomberont à la mi-janvier ; et les brouillards du soir donneront une neige tardive. Mais si du lever au coucher du soleil,  vous marchez sans vue dans la brume, la neige tombera sans relâche de décembre à mars.
Un 6 août, le Christ fut transfiguré, aussi depuis vers minuit , arbres et plantes s’inclinent jusqu’à terre, le ciel s’entr’ouvre et tous les vœux sont exaucés. Pour avoir la chance d’admirer ce spectacle impressionnant, il faut n’avoir jamais péché.
Enfin, c’est la force du vent du six août qui en Touraine et en Anjou décide des prix des récoltes ; si le vent est fort , les prix montent, si le vent est faible, ils baissent. Belle leçon d’économie !


AOUT – Semaine 1 – Jour 2 – CONTE

Si l’on veut que le raisin tienne,
Faut du chaud à la Saint-Etienne.


DEMETER

Déméter était blonde, et belle et douce. Elle avait pour frères les trois Maîtres du Monde. Les trois l’aimaient d’un amour bien plus que fraternel. Mais elle, avait donné son cœur à un autre,  un demi-dieu : Iasion .
C’est à des noces, celles de Cadmos et Harmonie, qu’Amour le dieu malin lança sur eux ses flèches d’or. La déesse et le héros, tremblants d’amour et de désir, ont quitté le banquet pour dans un champ voisin, s’unir  par trois fois.
Les puissants immortels virent revenir leur sœur, le chiton dégrafé,  froissé, encore parsemé de brins d’herbe et de parcelles de terre. Son chignon malmené laissait crouler sur ses épaules roses encore d’émotion, des boucles couleur de moisson ; ses yeux troublés, ses lèvres entrouvertes encore sur de récents baiser,  firent monter en Poséïdon, le roi des Océans, des vagues de désir incontrôlables. Et le voilà qui  veut s’emparer de la belle ; elle, affolée, s’enfuit et  pour mieux distancer son poursuivant, Déméter éperdue  se change en cavale,  galope, galope, jusqu’aux gras pâturages du roi Oncos ;  là,  elle se mêle aux nombreuses juments royales. Comment crut-elle, par cet artifice, tromper le dieu des mers ? Le cheval, c’est lui qui l’a créé. Le voici alors,  étalon, galopant lui aussi : il rejoint le troupeau. A ses allures relevées, il reconnaît la déesse, la rejoint, la mord à la nuque, l’accole et lui fait deux enfants : une fille dont la seule étrangeté est le secret dont est enveloppé son nom et un cheval nommé Arion, le premier d’une longue lignée de chevaux discoureurs ; ses deux pieds de droite étaient d’un homme.
En attendant, furieuse de l’outrage subi, Déméter s’en va bouder dans une grotte. La terre aux récoltes compromises est en danger. Zeus va chercher sa sœur , la calme et l’envoie se purifier dans les eaux du Ladon. Mais, serait-ce là un nouveau tour de Cupidon ? Le voilà lui aussi embrasé de désir. Déméter lui résiste, elle aime trop Iasion ; aussi  le roi des dieux, jaloux foudroie son rival et changé en taureau prend sa sœur pour amante. De cette union sauvage, naîtra Coré, la fille très aimée de la déesse.
Coré grandit heureuse, partageant les jeux des innombrables enfants de Zeus. Au sortir de l’enfance, son destin l’attendait.
Seul des trois frères, Hadès n’avait pas aimé Déméter ; il attendait…
Un jour d’été, Coré et ses compagnes cueillaient des fleurs, des violettes dit-on. La porte des Enfers s’ouvrait dans les parages,  et le maître des lieux assis sur un rocher tardait à regagner sa demeure souterraine. Rieuse et peu vêtue, couronnée de fleurs,  ses blonds cheveux flottant au vent, Hadès crut voir sa sœur. Comme elle se baissait pour ajouter encore des fleurs à sa guirlande ses rondeurs tendues vers le ciel firent bouillonner les sens du ténébreux immortel. Quand la belle se relève,  il reconnaît sa nièce. Son ardeur redouble, d’un seul bond il se jette sur la jeune fille qui hurle, affolée, il s’en saisit et l’entraîne avec lui au plus profond de son royaume.
Déméter a entendu le cri de détresse ; elle a reconnu la voix de son enfant ; elle accourt, mais trop tard, les compagnes de Coré ont fui. Seuls quelques fleurs des champs se balancent encore sous la brise du soir.
Folle de douleur, Déméter se met en quête. Dix jours,  dix nuits,  sans dormir, sans prendre aucune nourriture, négligeant son apparence, elle va chercher sa fille et  parcourir ainsi l’univers une torche dans chaque main, sans jamais retrouver sa trace.
Une nuit sur sa route, elle rencontre Hécate.  Elle aussi, la bienveillante a entendu le cri de détresse de Coré, mais n’en a pas vu la cause. Seul Hélios à qui rien n’échappe suggère-t-elle pourrait le révéler. Hélios se fait prier, mais ému de ce chagrin maternel, il cède et révèle le nom du ravisseur.  Déméter est outrée : son troisième frère est l’auteur du forfait ! Elle se change alors en vieille femme,  fait serment de ne pas remonter sur l’Olympe et d’oublier ses pouvoirs de déesse, tant que sa fille ne lui sera pas rendue.
Et la voilà qui sans plus s’occuper des moissons, vagabonde sur la terre, observant les travaux et les cités des hommes.
 Elle arrive ainsi  près d’Eleusis, à la cour du roi Celeos.  Là, fatiguée, elle se laisse tomber sur une pierre, une pierre qui lui va bien : on la nomme la « Pierre sans Joie ». Les filles du roi, des vieilles femmes, des servantes vont et viennent, la questionnent : elle raconte qu’enlevée par des pirates crétois, ils l’ont abandonnée là ; elle cherche un asile et veut bien être servante ou nourrice.
La reine Métanire venait d’accoucher d’un fils ; elle engage la réfugiée  pour s’occuper du petit Démophon. Triste, les yeux toujours baissés,  on ne la voit ni manger ni boire, jamais elle ne prend de repos. Elle s’occupe de son nourrisson d’une manière peu orthodoxe : pour remercier  le roi et la reine de leur accueil, elle fera de lui un immortel, et pour cela, au lieu de le nourrir de lait  comme les autres bébés, elle souffle sur lui et lui oint le corps d’ambroisie. La nuit, pour consumer ce qu’il a de mortel, elle le passe à travers le feu. Le roi et la reine sont surpris de voir leur enfant grandir à vue d’œil en force et en beauté et dépassser bientôt les autres enfants. Métanire veut savoir le pourquoi de cette croissance miraculeuse et une nuit, va observer en cachette ce qui se passe dans la chambre de son fils.
La reine épouvantée, voit cette étrange nourrice fluorescente, dont la tête touche le plafond, présenter son fils aux flammes ;  elle hurle et Déméter, surprise,  lâche l’enfant dans le brasier. Elle le rattrape au vol et le jette dans le bras de sa mère en lui disant outrée, qu’en  raison de son manque de confiance son fils au lieu d’être immortel, vieillira et mourra.
Puis elle se montre dans toute sa gloire,  demande qu’on lui érige un temple et s’en va.
 Elle aura eu le temps d’enseigner à Triptolème, l’autre fils de Céléos, la culture du blé, et les labours avec des taureaux attelés à la charrue. Elle a fait avec lui les premières semailles. Elle lui offre aussi un char ailé attelé de dragons, avec lequel il devra parcourir le monde pour transmettre aux hommes les enseignements de la déesse.
Céléos visite toute la Gèce. Il apprend à Aucos roi d’Arcadie à fabriquer le pain. Jaloux, Lyncos, roi des Scythes essaye de le tuer ; Déméter qui n’abandonne pas son protégé, le change en lynx. Carnabon, roi des Gètes essaye aussi d’avoir sa peau, en vain.  Puis il s’en retourne à Eleusis où son père Céléos qui craint pour son pouvoir, veut l’assassiner. Déméter veille et l’en empêche.  Cependant Coré reste introuvable aussi Déméter  reprend-elle sa quête ; s’arrête chez Pélargos à Argos ; donne l’olivier à Phylatos en Attique. Le fils du roi  Misme, Ascalabos se moque d’elle , elle le change en lézard. Puis, lassée, désespérée, elle va s’enfermer dans son temple d’Eleusis et refuse d’assumer son rôle dans les cultures.  La famine menace.
Car pendant ce temps, privée des soins de la déesse, la terre reste stérile ; l’humanité va périr de famine. Zeus qui voit tout  lui envoie sa messagère, Iris, puis tous les dieux : en vain. Elle est en grève et le restera jusqu’à ce qu’on lui rende sa fille. Zeus convoque  Hermès  t lui donne pour mission d’obtenir de son frère qu’il rende Coré à sa mère. Hadès accepte… trop facilement ! C’est qu’il a fait manger à son épouse qui se nomme désormais Perséphone un grain de grenade, le fruit des morts et ce grain  la lie à lui pour toujours.
Hélios à qui rien n’échappe sait cela ; il dit à Déméter où se trouve sa fille et pourquoi elle ne peut revenir. Déméter pleure de plus belle et Rhéa , sa mère , la prend en pitié. Elle réunit se enfants. La discussion est âpre ; Zeus enfin rend son jugement : afin que nul ne soit lésé, y compris celle qui est l’enjeu du litige et qui,  finalement,  aime son ténébreux époux : Perséphone  remontera sur terre au printemps et retournera vers Hadès au moment des semailles.
Démeter , mal satisfaite satisfaite, ne parvient pas à  retrouver le rire,  ce rire bienfaisant qui rendrait la nature à la vie
Iambé, fille de Pan et d’Echo , paillarde comme son père,tente de distraire la déesse affligée et lui chantant des chansons grivoises, Déméter sourit enfin et Iambe offre pour finir de la récoforter et rompre son jeune interminable,  le cyceon, un breuvage fait d’eau , d’orge et de menthe. Déméter repousse  la coupe et reprend sa triste figure. Les dieux sont désolés : la terre qu’ils aiment , la terre qu’ils ont peuplé de ces humains imparfaits qui les amusent tant, la terre va se craqueler, hommes, plantes et animaux vont disparaître. Et eux aussi , car sans la création, sur quoi vont-ils régner ? Quelle sera leur raison d’être ?
Iambé avait pour nourrice Baubô ; en ces temps où le monde était encore à peupler, dieux, hommes et animaux s’unissaient joyeusement sans grand souci de génétique (encore à inventer) ; il arrivait souvent qu’ils engendrassent d’étranges créatures, pas toujours malfaisantes. Qui étaient les parents de Baubô ? Peu importe…L’étrange et laide créature, n’avait ni cou ni tête, ses yeux malins s’ouvraient au bout de ses tétons et pour mieux inspirer le rire, comme elle n’avait pas de bouche, elle usait pour parler de l’orifice qu’on doit généralement garder silencieux en public.
C’est ainsi que devant tout l’Olympe consterné, elle entonne un hymne de sa façon. Les dieux rient, de ce rire contagieux que chantait Homère. Si contagieux que la triste déesse rit à son tour, rit  à faire trembler les airs, à faire tomber la pluie, à  faire germer les graines,
 La terre alors se couvre de fleurs, de feuilles, la vigne pousse,  le blé mûrit… Baubô a sauvé les hommes..


AOUT – Semaine 1- Jour 3 – PAR ICI LA BONNE SOUPE

En Août comme aux vendanges,
Ni fête ni dimanche


LE BŒUF MODE EN GELEE





Il fait chaud! Les amis, les cousins, viennent profiter de la fraîcheur de votre tonnelle; et le barbecue, y'en a marre! Ca fume, ça pue et ça massacre la pelouse; la viande est brûlée d'un côté et crue de l'autre. Ca n'amuse que l'élément mâle de la population qui s'occupe des braises et jamais de nettoyer, la grille et les ustensiles. Comment éviter la calamité?
Préparez la veille un boeuf mode en gelée:
Il vous faut un beau morceau de boeuf; deux livres environ de "tranche ou de culotte"; du plat de côte peut faire l'affaire, mais évitez le gîte qui est trop sec.
Vous le piquez de gros lardons et vous lui faite prendre couleur dans un peu de matière grasse de votre choix, puis vous mouillez de bouillon et d'un petit verre d'eau de vie; ajoutez une couenne de lard, un pied de veau coupé en morceaux, une tranche de jambon; et du persil, du thym, du laurier, un oignon piqué de clous de girofle, du poivre, un soupir de sucre, et doucement sur le sel, à cause du lard!
Faites mijoter une heure par livre à feu doux. Attention! ne pas faire bouillir, juste frémir sinon le jus se trouble.
A la fin de la cuisson, posez le boeuf dans un plat creux ou un saladier; décorez le tour d'une guirlande d'estragon, de rondelles de carottes et de navets cuits à part. Dégraissez la sauce et versez là dans le plat; le morceau de viande doit être recouvert. Laissez prendre au frais et servez le lendemain après avoir renversé le plat. (Pas par terre, dans un autre!)
Il vous reste à faire une belle salade, ouvrir une bouteille de vin à servir frais...
Alors... vous regrettez le barbecue???
Bon appétit!


AOUT – Semaine 1 – Jour 4 – MOTS D’AUTEUR

Les nuits d’Août
Trompent les sages comme les fous



Pourquoi changer le monde (trois millions d'hommes) quand il me suffit d'en changer un seul: moi-même!
Joseph DELTEIL



AOUT- Semaine 1- Jour 5- LE PANIER DE LA GLANEUSE-

S’il pleut à la Bonne Dame des Neiges
L’hiver aura autant de neige
Mais s’il fait beau ce jour-là
Hiver sec sera.


LES MURES

C’est en août qu’elles sont mûres ! Glaneuse, nul besoin de faire le mur, la mûre est partout, mais la mûre murmure ! Les herbicides lui vont mal ; ils la dessèchent avant maturité. C’est qu’il faut bien, nous disent les princes du tracteur et de la mois’bat, éliminer les ronces… car, oui, la mûre est une ronce et une ronce coriace. En dépit des ( mauvais) traitements qu’on lui fait subir elle s’accroche et persiste pour notre plus grand bonheur.
Voici donc venu, glaneuse, le temps d’aller en ramasser. Eloigne-toi des cultures céréalières et autres et emprunte les petits chemins qui mènent aux grands bois. C’est là qu’elles sont belles et noires et gonflées de jus à la fois acide et sucré ; elles ont sous ce couvert été préservées de la plupart des « icides » qui leur sont autant qu’à ta santé,néfastes.
Evite glaneuse, celles qui sont à ras de terre et ne cueille qu’au-dessus de tes genoux. Les renards aiment se soulager dans les ronciers et transmettent un maladie dont le nom m’échappe (demande au vétérinaire, il la connaît bien), et qui peut être  mortelle pour les humains.
Au retour, ton panier plein, regarde aux mois précédents pour en faire une excellente confiture.  Mais connais-tu le « Vin de Mûres » ?

Il te faut 3kg de fruits que tu écraseras pour obtenir 1kg de jus.
Dans un petit tonneau ou une jarre que tu tiendras dans un endroit où la température se maintient autour de 20°, (en été, un cellier fait l’affaire), tu versera le jus additionné d’un litre d’eau, d’un gramme de levure et d’un gramme d’acide tartrique.
Laisse reposer 48 heures, puis soutire le jus et ajoute-lui son poids en eau. Reverse ce liquide sur le marc qui est resté dans le tonneau et attend quatre ou cinq jours.
Il est temps maintenant de soutirer dans une bonbonne. Ajoute alors 250gr de sucre, un gramme d’acide tartrique, un gramme de levure de bière diluée dans de l’eau tiède.
Laisse fermenter, filtre, et verse dans de jolies bouteilles.

Tout l’hiver à la veillée, le parfum du moi d’août t’accompagnera.


AOUT – Semaine 1- Jour 6 – LA MUSE S’AMUSE


Août en sécheresse
N’apporte point richesse



Si tu pouvais entendre
L'amer laurier-blanc sangloter,
Que ferais-tu, mon amour?
Tu soupirerais.

Si tu voyais la lumière
T'appeler en partant,
Que ferais-tu, mon amour?
Tu songerais à la mer.

Mais si je te disais un jour
"Je t'aime" sous l'olivier,
Que ferais-tu, mon amour?
Tu me poignarderais.

Federico Garcia LORCA


AOUT –Semaine 1 – Jour 7 – Y’A UNTRUC


Pluie du mois d’Août,
Mène la truffe au bout.


TRUC SECRET


"C'est en août que les apprenties couturières cueillent l'herbe à sept coutures et en frottent leurs outils, aiguilles, ciseaux, dés, machines à coudre et autres ustensiles, car l'herbe des fées permettra aux cousettes et brodeuses d'obtenir des points aussi minuscules que ceux des "Faufileuses de filandres", dont les robes étaient cousues si finement qu'on les croyait "tissées d'un seul fil".
Pierre DUBOIS - Elficologue-


AOUT- Semaine 2- Jour 1- US ET COUTUMES


Au mois d’Août,
Le vent est fou.



On dit que les époux mariés au mois d’août sont jaloux et que leurs enfants, s’ils naissent ce même mois seront aimables, sensibles mais nerveux.
Si comme beaucoup , vous craignez le dentiste, jeûnez le 9 Aout et saint Laurent qu’on fête le lendemain vous protégera des maux de dents. Si vous habitez dans les Vosges, le rite est un peu plus compliqué : vous devrez par une nuit brumeuse, au premier quartier de la lune, attendre que le brouillard se lève et, entre 9h et  10h du soir , aller vous baigner à la rivière.

C’est un 10 août que Saint Laurent mourut comme une simple côte d’agneau, sur un gril. Les enfants nés ce jour-là, comme tous ceux nés au mois d’août seront  aimables, sensibles et nerveux ;  ils auront de plus le pouvoir de guérir les brûlures. Les Vosgiens, que le martyre du saint émeut encore, ne font pas cuire de pain ce jour-là. Les Franc-Comtois , pour leur part apprécient une bonne averse : cette pluie anniversaire est pour eux la meilleure de l’année. Les Bretons pour leur part,  en recueillent soigneusement les premières gouttes comme remède aux brûlures… tout le monde n’a pas chez soi un enfant dont c’est l’anniversaire ces jours-ci.

Le 11 Août, on fête Sainte Suzanne et on ne prend aucun remède ; on évite également de se faire saigner.
Le 13, jour de Saint-Hippolyte non plus…
Ainsi va la vie…


AOUT – Semaine 2 – Jour 2 – CONTE

Août pluvieux
Cellier vineux



LE MARIAGE DE LUCY



Le plus beau jour de sa vie ! C’est ce qu’on dit en général. Pour Lucy, c’était la même chose : aujourd’hui, quand le soleil se montrerait au dessus du Grand Arbre, elle deviendrait la compagne du plus grand, du plus beau, du plus agile chasseur du clan. Graough ! C’est un beau nom, Graough ; aussi beau que celui qui le porte et c’est elle, Lucy, la petite Lucy qu’il a choisie.
Cette nuit, elle n’a pas dormi, occupée à brosser les peaux, à polir les coquillages et les pierres qui seront sa parure. Et la nuit prochaine, elle l’espère bien, elle ne dormira pas non plus.
Ce matin à l’aube, elle est descendue à la rivière avec sa mère et ses sœurs. Elles l’ont baignée, frottée avec des plantes et des écorces. Elle est maintenant étendue au soleil sur une pierre plate, sa peau est douce, elle sent bon. Elle est restée seule au bord de l’eau, pour méditer, réfléchir, rêver à ce qui va arriver au coucher du soleil, à la grande fête qui va suivre et qui durera toute la nuit.
Demain, eh bien demain, Lucy sera comme sa mère et ses tantes : un enfant par la main, un autre sur le dos, un troisième accroché à un sein déjà pendant et le prochain dans son ventre désormais toujours rond. Elle nettoiera le campement, préparera la nourriture, elle tannera les peaux, les assemblera, jamais plus elle n’aura le temps de rêver…
Mais aussi, elle aura Graough pour elle seule… pour elle seule ?… aussi longtemps qu’elle restera fraîche et qu’une de ses sœurs ne sera pas nubile.
Ils sont courts et pas très drôles, les jours au temps de Lucy ; mais en attendant, celui-ci est le plus beau de sa vie.
Lucy sort de son rêve troublée par une odeur, une odeur forte, une odeur de fauve. Elle ne voit rien, n’entend rien, mais elle le sent, elle sait qu’il est là… le grand, le féroce, le terrible Lion des Cavernes. Elle a peur Lucy, elle veut fuir au-delà de la rivière ; le grand lion n’aime pas l’eau. Elle se lève, affolée, elle veut courir mais de derrière la roche surgit une effroyable crinière précédée d’une énorme patte. Sans un bruit, sans même sortir ses griffes, le lion l’abat sur Lucy, la jette en l’air, la retourne, la hume…
Lucy toute molle ne bouge plus… Le plus beau jour de sa vie a été le dernier…


AOUT – Semaine 2 – Jour 3 – LE JARDIN EXTRAORDINAIRE

 

 

A la Saint-Laurent

Qui trouve une pomme, une poire, la prend.

 

 

LA POMME EPINEUSE

 

Un ami m’envoyait récemment la photo d’une plante étrange, boule verte ornée de piquants figurant assez bien un virulent virus, qui avait poussé sans qu’on l’y invite dans ses carrés de sages légumes. Il me demandait si je connaissais l’intruse et je dus avouer mon ignorance.
Et puis, le hasard me poussant à la recherche d’autres informations, me mit sous les yeux l’image et le nom de l’inconnue : il s’agissait de l’inquiétante Datura Stramoine encore nommée familièrement, Pomme Epineuse.
Inquiétante, ô combien car mon grimoire outre ses habitudes et son mode de culture, mentionnait diverses propriétés et utilisations diversement recommandables. Une des nombreuses appellations de la Datura est en effet l’ « Herbe aux Sorciers », herbe qui serait indispensable dans la composition de toute potion magique efficace. Qu’on s’en enduise en pommade, qu’on la boive en philtre ou qu’on la fume, la pomme épineuse contient et dispense des substances hallucinogènes ou au minimum soporifiques qui peuvent vous emporter dans des voyages dont elle constitue le seul véhicule.
Imaginez qu’autrefois, on n’emmenait une vierge au sabbat qu’après l’avoir enduite d’un onguent composé de stramoine et de cantharide ; au cours de messes noires on brûlait en guise d’encens un mélange envoûtant de myrte, de rue vineuse et de pomme épineuse.
Et les sorciers, pour se transformer en loups-garous, s’enduisaient le corps d’une huile contenant, non seulement la datura, mais encore de la belladone et du pavot somnifère.
Carlos Castaneda a décrit toutes les étapes d’un enseignement ésotérique reçu par lui, sous l’égide d’un chaman yaqui, et l’influence de la datura. On ne saurait trop recommander la plus grande circonspection  à ceux qui voudraient en faire autant
Cependant, comme beaucoup de plantes à la réputation sulfureuse, la datura, bien employée, ne manque pas de qualités ; si elle est toxique pour l’ignorant, entre des mains sages  et additionnée de miel et de sauge sclarée, elle devient un excellent antidote.
Cette pomme épineuse au parfum capiteux qui se plaît dans les friches et les terrains vagues, mais dont la graine, portée par un oiseau , peut très bien s’installer confortablement dans votre potager n’est toxique que si on la consomme ; on peut la manipuler sans inconvénient. Elle est fort décorative et sa variété « metel » est souvent d’une exceptionnelle beauté. N’oubliez pas qu’elle se nomme aussi Chasse-taupe ou encore Herbe-à-la-taupe ce qui indique un de ses usages qui peut s’avérer fort utile



AOUT – Semaine 2 – Jour 4 – QUELLE HISTOIRE !

Août mûrit, Septembre vendange,
En ces deux mois tout s’arrange.







LA BATAILLE DE BLENHEIM




On ne célèbre pas en France, le 12 août 1704 puisqu’il s’agit de la date où les armées du Roi-Soleil, opposées aux Prussiens alliés avec les Anglais, prirent comme on dit, « la pâtée ». C’était à Blenheim, en Bavière, lors de la guerre de succession d’Espagne.
Pourtant ce nom de Blenheim n’évoque pas seulement une bataille : il est associé également à la couleur de la robe d’un des plus jolis et gentils petits chiens dont on puisse rêver : le Cavalier King Charles au pelage blanc et roux.
Voici l’histoire :
Ce 12 août 1704, Sarah Churchill, duchesse de Malborough était assise, tenant sur ses genoux une petite épagneule sur le point de mettre bas. Elle était depuis des jours sans nouvelles de John, son époux, parti se battre en Bavière. Nerveusement, elle caressait du pouce le sommet du crâne de sa chienne quand elle vit au loin paraître un cavalier. D’émotion, elle appuya si fort sur son front, que la bête sauta des genoux de sa maîtresse et alla mettre bas sous une table.
Les nouvelles étaient bonnes : John Churchill était vainqueur et le roi lui faisait don d’un immense domaine qui fut nommé Blenheim en souvenir de cette victoire.
La chienne, de son côté avait mis au monde une portée au pelage blanc et roux. Chaque petit chien portait, au sommet du crâne, la trace du pouce de la duchesse imprimé en roux sur le poil blanc.
On donne depuis l’appellation de Blenheim aux Cavaliers King Charles roux et blancs. Et s’ils ne portent pas tous le spot souvenir qui leurs assure quelques points de plus en concours de beauté, tous sont de charmants, affectueux, mais têtus et désobéissants petits chiens.





AOUT – semaine 2 – jour 5 – LE BESTIAIRE ENCHANTE

A la mi-août
L’hiver se noue.


LE CHAT


Tous les enfants chantent avec innocence la ronde de la Mère Michel dont le vilain Lustukru a bouffé le chat. Et leurs chats de s’en amuser car les chats aiment à rire,  tel l’évanescent minet de la jeune Alice. Car le chat est d’un naturel évanescent ; le chat s’évanouit, seul reste son sourire ; un sourire apparaît, voici venir le chat qui se montre et se cache inopinément.
Car le chat est farouchement inopiné….
Le chat qui semble n’en faire qu’à sa tête, sans en avoir l’air veille… il veille sur vous qui veillez sur son foyer et n’hésitera jamais à sacrifier… provisoirement… son confort pour se chausser de bottes et faire votre bonheur, car Perrault le dit bien, les bottes, « ne valent rien pour marcher sur les tuiles ».
D’ailleurs, même s’il glisse du toit, le chat se blesse rarement, faculté à lui offerte par le Prophète : Un jour que son chat était endormi sur un pan de son manteau, vint l’heure de la prière. Pour ne pas déranger son favori, Mahomet coupa le manteau. A son retour, pour le remercier, le chat ronronna en faisant le gros dos. Le prophète le caressa par trois fois, lui accordant cette faculté de toujours retomber sur ses pattes. Il aimait tant ses chats que pour n’être pas pour l’éternité privé de leur présence, il leur accorda une place en paradis.
Ce qui devrait rassurer certains esprits chagrins qui redoutent les chats surtout quand ils sont noirs, car les chats, insoucieux du bûcher que ce genre de mystification leur valut souvent, n’hésitent pas à faire croire qu’ils sont diaboliques ; cela les amuse. Les écrivains ne sont pas dupes. Ainsi Colette qui les aimait tant a traduit dans  La paix chez les bêtes les propos de l’un de ses noirs compagnons :
-« Je suis le diable. Le diable. Personne n’en doit douter. Il n’y a qu’à me voir, d’ailleurs. Regardez-moi, si vous l’osez ! Noir, d’un noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux vert poison, veinés de brun comme la fleur de la jusquiame. J’ai des cornes de poils blancs, raides, qui fusent hors de mes oreilles et des griffes, des griffes, des griffes. Combien de griffes. Je ne sais pas. Cent mille peut-être. J’ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive. Pour tout dire diabolique.»
Certains qui ne croient pas au diable éprouvent néanmoins du ressentiment pour le chat, les bouddhistes, par exemple, s’étonnent que ni lui ni le serpent ne semblèrent émus de la mort du Bouddha. Le chat n’est pas indifférent ; le chat est pudique et c’est aussi un sage qui garde son calme face à l’adversité. Ce qui indique son intelligence exceptionnelle dont témoignent les quatre heures journalières de rêve qu’ont observé les scientifiques..


AOUT – semaine 2 – jour 6- LIRE ET RELIRE

A la Sainte-Hélène
La noix est pleine
Et le cerneau
Se met dans l’eau

George SAND


Quand soumise au destin commun, George Sand eut perdu la sveltesse qui lui permettait de paraître à son avantage en habit de garçon, la fière amazone qui faisait pleurer Musset et tousser Chopin se para de robes qui correspondaient mieux aux rondeurs plus féminines de son nouveau corps ; elle couvrit d’une mantille de dentelle les éclairs d’argent qui illuminaient désormais sa chevelure espagnole et devint la Bonne Dame de Nohant.
Et c’est de  Nohant, niché dans ce Berry aimé qu’elle prit le temps d’insérer dans l’immensité de son œuvre les « Contes d’une Grand-Mère », récits assez longs, plus proches de la nouvelle que du conte merveilleux traditionnel.
Dans ces régions de landes et de marécages, où guérisseuses et autres jeteurs de sorts, sont bien connus des villageois, on raconte aux veillées des histoires souvent terrifiantes.
Les « Légendes Rustiques » parlent du Meneux de Loups, des Lavandières de Nuit, des violoneux endiablés, des pierres qui bougent, parlent, regardent et de toutes ces choses et êtres inquiétants qui menacent ceux qui ont l’audace de s’aventurer la nuit « emmi la brande » :


DEDICACE

A Maurice Sand

Mon cher fils,

Tu as recueilli diverses traditions, chansons et légendes, que tu as bien fait, selon moi, d’illustrer ; car ces choses se perdent à mesure que le paysan s’éclaire, et il est bon de sauver de l’oubli qui marche vite, quelques versions de ce grand poème du merveilleux, dont l’humanité s’est nourrie si longtemps et dont les gens de campagne sont aujourd’hui, à leur insu, les derniers bardes.
Je veux donc t’aider à ressembler quelques fragments épars de ces légendes rustiques, dont le fond se retrouve à peu près dans toute la France, mais auxquelles chaque localité a donné sa couleur particulière et le cachet de sa fantaisie.

GEORGE SAND

Nohant, 1° août 58.


 



AOUT – semaine 2 – jour 7 – ON CONNAIT LA CHANSON


Quand il pleut en août
Il pleut mal et bon moût.


CHERCHE LA ROSE



Dans les sables du désert,
Sur les dunes de la mer,
Et tant pis si tu te perds,
Cherche la Rose.
Aux lucarnes des prisons,
Où l’on rêve de pardon,
Où se meurt une chanson,
Cherche la rose.
Sous les mousses, les orties,
Dans les flaques de la pluie,
Sur les tombes qu’on oublie,
Cherche la Rose.
Où s’attristent les faubourgs,
Chez l’aveugle, chez le sourd,
Où la nuit rêve du jour,
Cherche la Rose, la Rose toujours.

Dans les ronces, les cailloux,
Dans la fange, dans les trous,
Où s’égarent tous les fous,
Cherche la Rose.
Dans les paumes des vaincus,
Le lit des enfants perdus,
Des madeleines, des Jésus,
Cherche la Rose.
Au fond de ton cœur meurtri,
Où la source se tarit,
Où dans l’ombre monte un cri,
Cherche la Rose.
Et battant tous les pavés,
Si tu ne l’as point trouvée,
Tu l’auras au moins rêvée,
Cherche la Rose toujours
La Rose d’amour.


Paroles René Rouzaud, musique Henri Salvador


AOUT – Semaine 3 – jour 1 – US ET COUTUMES



Eau de Saint-Laurent,
La pluie est bien à temps




Au mois d’août, les fêtes d’été battent leur plein, assorties des inévitables barbecues, car c’est un 10 août que Saint Laurent mourut rôti, comme une simple côte d’agneau, sur un gril. Les enfants nés ce jour-là, comme tous ceux nés au mois d’août seront  aimables, sensibles et nerveux ;  ils auront de plus le pouvoir de guérir les brûlures.
Les Vosgiens, que le martyre du saint émeut encore, ne font pas cuire de pain ce jour-là.
Les Franc-Comtois , pour leur part apprécient une bonne averse : cette pluie anniversaire est pour eux la meilleure de l’année.
Les Bretons en recueillent soigneusement les premières gouttes comme remède aux brûlures… tout le monde n’a pas chez soi un enfant dont c’est l’anniversaire ces jours-ci.
Si comme beaucoup,  vous craignez le dentiste, jeûnez le 9 Août ;  saint Laurent qu’on fête le lendemain vous protégera des maux de dents. 
Pour les habitants des Vosges, le rite est un peu plus compliqué : ils devront, par une nuit brumeuse, au premier quartier de la lune, attendre que le brouillard se lève et, entre 9h et  10h du soir , et aller se  baigner à la rivière.
Le 11 Août, on fête Sainte Suzanne et on ne prend aucun remède ; on évite également de se faire saigner.
Le 13, jour de Saint-Hippolyte non plus…
Ainsi va la vie…


AOUT – semaine 3 – jour 2 – CONTE

Si la lune de Saint-Louis
Se fait à beau, soit réjoui.




LA CHATTE BLANCHE –(d’après Mme dAulnoy)



Un roi qui se sentait vieillir réalisa soudain que ses fils, trois jeunes gens dotés des meilleures qualités, étaient à présent mieux que lui capables de diriger ses états. Comme il n’avait nulle envie de céder ou de partager son pouvoir, il résolut de les éloigner. Il les fit venir en privé et leur dit : « Mes fils, je me fais vieux et je donnerai volontiers mon trône à celui de vous trois qui me fera le plus beau présent. Dans ma retraite future, j’aimerais avoir un chien pour compagnon ; un beau chien,  un bon chien. Allez mes fils, et régnera celui de vous  qui, dans un an, aura su trouver le chien qu’il me faut. »
Le roi donna à chacun des garçons sa bénédiction et une bourse pleine d’or et de bijoux.
Les princes se mirent en chemin,  se jurant amitié et fidélité. Au carrefour de trois routes, quand vint le moment de se séparer, ils se donnèrent rendez-vous à la fin de l’année, au pied du grand chêne qui ombrageait l’endroit.
L’aîné partit vers l’est, le second à l’ouest et le plus jeune s’en fut droit devant lui. Il marcha longtemps, s’arrêtant dans les fermes et les villages à la recherche d’un bon chien. Il en vit de toutes tailles, de toutes races, des chasseurs, des bergers, d’autres qui savaient faire des tours, d’autres encore qui guidaient les aveugles. Mais il n’arrivait à fixer son choix sur aucun. Il continuait son chemin, pensant toujours trouver mieux plus loin.
C’est ainsi que par une nuit sans lune, alors qu’il traversait une forêt profonde, le tonnerre se mit à gronder, des éclairs zébraient les troncs d’arbre, la foudre détonnait tandis qu’une pluie torrentielle transperçait ses vêtement, détrempait le chemin qui devenait un bourbier dans lequel il ne pouvait se retrouver. Grelottant, perdu, il ne savait où se diriger quand il vit au loin une faible lueur. Il se dirigea vers elle pensant arriver à la cabane d’un bûcheron ou de quelque charbonnier. Mais plus il avançait, plus la lumière s’éloignait et plus elle brillait dans la nuit. C’est tout à fait épuisé et transi qu’il se trouva enfin devant un château brillamment éclairé et dont les portes d’or scintillaient à la lueur des torches. Un marteau d’escarboucles commandait la porte ; il frappa.
Personne ne se montra, mais les deux battants de la porte s’ouvrirent lentement. Il entra dans un large couloir. De chaque côté du mur, des mains tenaient des candélabres ; le silence était profond. Il sentit deux mains se poser sur ses épaules, guidant ses pas vers une salle assez vaste au fond de laquelle un feu brûlait dans une cheminée haute assez pour faire rôtir un bœuf. Un fauteuil glissa seul devant l’âtre tandis qu’une longue tunique, d’une étoffe blanche et moelleuse venait se poser sur le dossier. C’est alors que les mains quittèrent ses épaules et habilement, lui ôtèrent ses vêtements humides et boueux. Le prince autant de froid que d’angoisse se mit à frissonner. Quand il fut nu, les mains saisirent les siennes pour le conduire derrière un paravent de laque orné d’oiseaux étranges. Dans une vasque profonde aux parois de mosaïque bleue, fumait un bain tiède. Les mains l’y guidèrent. Toujours inquiet, il se laissa faire cependant,  car la douceur avec laquelle on le traitait lui laissait présager qu’on ne lui voulait aucun mal.
Le prince oublia dans la chaleur de l’eau et la douceur des mains qui le savonnaient n’omettant aucune parcelle de son corps, le froid, l’angoisse et l’humidité. Puis l’eau s’écoula, des serviettes tièdes le séchèrent. Sous les mains de nouveau actives, il fut massé, oint d’huiles parfumées ; tout alangui il se laissait aller à une douce volupté quand deux autres  mains se posèrent sur les siennes, l’aidèrent à se relever et la robe blanche à la laine si douce l’enveloppa. Enfin il fut guidé dans une autre salle ; des sofas garnis de coussins entouraient une table basse couverte de mets odorants,  Un feu pétillait dans la cheminée mais aucun humain ne se montrait.
Seule, une jolie chatte blanche ronronnait sur les coussins. Elle leva sur lui des yeux de turquoise et lui souhaita la bienvenue, l’invitant à prendre place à ses côtés.
Certes le prince en quittant le domaine paternel s’était attendu à des aventures, mais ce château peuplé de mains qui semblaient les servantes d’un chatte blanche qui lui parlait à voix douce était vraiment plus étrange que tout ce qu’il avait pu imaginer.
Il salua courtoisement son hôtesse et se présenta. Deux mains pendant ce temps versaient une liqueur dans une coupe qu’on lui présenta. A peine eut-il bu les premières gorgées qu’il oublia son père, son royaume et le chien qu’il devait rapporter. Seule comptait désormais pour lui la chatte blanche et ses yeux de turquoise.
Dès cet instant ses jours furent une suite de moments enchantés. La nature avait donné au prince toutes sortes de dons. Il était beau et bien fait, il chantait admirablement, touchait de tous les  instruments de musique, peignait à ravir, savait tourner des vers et sa conversation n’ennuyait jamais. Chatte Blanche était enchantée de sa compagnie et ne savait qu’imaginer pour lui être agréable. Quand on vit ainsi, dans une demeure enchantée où vos moindres désirs sont comblés, en compagnie d’un être aimé, on ne voit pas le temps passer. C’est la Chatte qui au bout d’un an qu’il avait vu s’écouler  comme six jours, lui rappela sa mission.
« Vos frères lui dit-elle sont sur le point de rentrer.  Ils ont chacun trouvé un chien admirable. »
Le prince s’affola, non par de crainte de perdre un royaume, dont il n’avait au fond que faire, mais surtout par celle d’avoir manqué sa mission. Comment rejoindre ses frères sans monture alors qu’il avait tant marché avant d’atteindre le palais de Chatte Blanche et comment se montrer devant son père sans le moindre chien ?
Il se trouvait si bien dans la demeure enchantée de sa jolie compagne qu’il envisagea de ne pas retourner chez son père. La Chatte l’en dissuada : « Vous avez lui dit-elle, un royaume à gagner et je peux vous aider à l’obtenir. Voici pour rentrer chez vous la monture dont vous avez besoin. » Elle lui montrait un cheval de bois, de ceux que les enfants montent pour jouer. Le Prince se voyait mal rentrer chez lui dans un équipage aussi ridicule, mais pour ne pas peiner son amie, il objecta seulement : « Cela ne me donne pas un chien ! »
-« Prenez ceci, lui dit la chatte en lui tendant un gland, il y a dedans le chien qu’aimera votre père. »
Le Prince ahuri considéra le gland, pensant que son amie avait perdu la tête. Elle lui sourit comme sourient les chats, en ronronnant et en frottant la tête contre sa main : «  Vous ne me croyez pas ? Ecoutez alors ! »
Le prince porta le gland à son oreille et entendit distinctement japper un jeune chien.
-« Faites-moi confiance, ajouta Chatte Blanche. Montez sur ce cheval, offrez le gland à votre père et quand vous serez roi, si vous ne m’avez pas oubliée, vous reviendrez me chercher. »
Le Prince en faisant ses adieux ne put s’empêcher de verser des larmes. Chatte Blanche si elle avait le cœur gros ne le montra pas.
A peine eût-il enfourché le cheval de bois, le Prince se trouva transporté dans les écuries de son père où il s’empressa de le dissimuler derrière les balles de paille qui garnissaient une stalle. Un vieux chien qui dormait là lui fit la fête ; il avait été son compagnon d’enfance. Le prince par jeu, le siffla et partit à la rencontre de ses frères.
L’un était suivi d’un molosse puissant au pelage luisant, à la mâchoire redoutable et dont l’air bonasse ne trompait personne sur sa férocité contenue. L’autre frère tenait en laisse un lévrier au long poil soyeux, un animal racé, aux membres déliés et nerveux dont on devinait sans peine que lâché, il devait filer comme le vent.
Voyant leur cadet suivi d’un bâtard à demi pelé, qui s’arrêtait tous les dix pas pour gratter ses puces et ses tiques, ils eurent du mal à cacher leur satisfaction ; leur jeune frère n’était pas un concurrent redoutable.
Le roi pour le retour des ses fils donna une grande fête au cours de laquelle vint le moment pour lui de choisir le meilleur chien. Il complimenta ses deux aînés et regarda perplexe l’horrible cabot qui suivait son benjamin.
Voyant son air consterné le jeune prince dit : «  Celui-ci n’est pas pour vous mon père, c’est le chien d’écurie, mon ancien compagnon de jeu. Voici mon père celui que je vous destine. » Et il offrit le gland. Le roi et toute la cour étaient dans un état de stupeur difficile à décrire. Le prince probablement n’avait plus sa raison. Il ouvrit le gland, et l’on en vit sortir, minuscule d’abord mais grandissant à vue d’œil le plus charmant petit chien qu’on puisse imaginer : de longues oreilles soyeuses, de grands et tendres yeux noirs, la tête ronde, le nez court. Il se dressa aussitôt sur ses pattes arrière et prenant le rythme des musiciens qui accompagnaient la fête, se mit à danser. Puis il fit mille tours, sautant, cabriolant, rapportant des balles ; il se faisait caresser admirer et pour finir, grimpa sur les genoux du roi, lui passant sur le nez une langue rapide et discrète. Le roi le prit dans ses bras et le garda près de lui toute la soirée.
Les deux aînés étaient bien près d’oublier leur serment de fraternité. Quand au roi, il n’était pas plus décidé qu’un an auparavant à se choisir un successeur. Il fit donc appeler ses trois fils et leur dit :
-« Mes chers fils, vous m’avez ramené chacun un chien admirable ; je ne puis en conscience décider lequel est le meilleur. Aussi pour vous départager, je dois vous confier une nouvelle mission. Il est temps pour moi de me faire faire de nouvelles chemises. Pour cela il me faut de l’étoffe excellente. Allez mes fils, et celui de vous qui me ramènera la toile la plus fine gouvernera ce royaume.
Les princes partirent chacun de leur côté, mais le plus jeune alla tout droit aux écuries et enfourcha le cheval de bois qui devait le ramener chez Chatte Blanche.
La demeure aux portes d’or était triste, les mains semblaient absentes et sur son coussin, chatte blanche était lovée, le nez dans sa queue, elle ne ronronnait pas, mais tressaillait de temps à autre dans son sommeil ; son poil semblait gris et moins soyeux. Le Prince s’approcha,  la caressa. Elle remua ses pattes, leva la tête et ouvrit ses grands yeux turquoise sur son ami enfin revenu. Son nez rose, ses moustaches frémirent ; un doux feulement témoigna de sa joie.
Aussitôt de partout des mains se montrèrent ranimèrent le feu allumèrent le torchères. Le Prince fut dévêtu, baigné, massé tandis qu’on brossait Chatte Blanche. Un souper fut servi et c’est sans crainte et avec grand plaisir qu’il but la liqueur d’oubli. Il avait eu le temps de dire à la chatte l’objet de sa nouvelle quête aussi quand un an fut écoulé, comme la première fois elle lui rappela son devoir.
Il retourna chez son père, dans une calèche attelée de douze chevaux blancs. Chatte blanche lui avait confié une tabatière ornée de rubis. Son arrivée fut cette fois moins discrète et l’on admira beaucoup son équipage. A l’issue de la fête donnée pour leur retour, les trois frères,l’un après l’autre, offrirent au roi la pièce d’étoffe qu’ils avaient rapportée. Celle de l’aîné était du lin le plus fin, le second montra une soie presque impalpable. Le plus jeune enfin donna sa tabatière de rubis. Le roi l’ouvrit et découvrit  étonné, une noix. On fit casser la noix qui contenait… une noisette. Le roi, sourcil froncés, fit ouvrir la noisette, dans laquelle on vit un noyau de cerise. La cour se mit à craindre pour la vie du prince quand un grain de blé sortit du noyau.
-« Quelle plaisanterie est-ce là, mon fils, tonna le roi ?
Le prince commençait à se demander quel tour avait voulu lui jouer son amie pourtant si chère, quand un grain de millet sortit du grain de blé. Il l’écrasa entre ses doigts tremblants et se déploya alors, une étoffe d’un finesse irréelle qui passait dans le chas de l’aiguille à broder empruntée à une suivante. La cour murmura d’émotion et le nez des deux frères aînés s’allongea. Le roi en se couchant n’était toujours pas décidé à céder sa couronne.
Mes fils, annonça-t-il le lendemain, il m’est encore une fois impossible de vous départager sans faire une injustice. Comme pour régner, il vous faut une descendance, allez par le monde vous chercher une épouse. Celui qui reviendra avec la plus belle et la plus accomplie des princesses sera mon héritier.
Le plus jeune prince monta dans sa calèche et sans avoir besoin ni de voix ni de guides, les douze chevaux blancs le transportèrent chez la chatte qui s’était bien ennuyée pendant son absence. Pendant un an,  ils rattrapèrent le temps perdu tant et si bien que le prince n’avait d’autre envie que de laisser son héritage à ses frères.
« Vous ne le pouvez pas dit la Chatte, ce serait faire votre malheur et le mien. Prenez cette épée. »
Elle lui tendit une lame affûtée comme un rasoir.
« Vous devez maintenant me couper la tête et la queue avant de vous en retourner. Ne tremblez pas, ajouta-t-elle en le voyant pâlir. Cette épreuve est la dernière »
Le prince pleura, argumenta, supplia ; il ne pouvait pas, ne voulait pas tuer de façon si cruelle celle qu’il aimait tant, celle avec qui il rêvait de passer le reste de sa vie.
« Il le faut, lui dit-elle. Faites-moi confiance ! Quand vous ai-je mal conseillé, quand vous ai-je trahi ? Allez, il ne vous faut qu’un peu de courage ! »
Le Prince en larmes, les mains tremblantes, de deux coups d’épée trancha la tête et la queue de son amie. De la fourrure blanche sortit la plus merveilleuse jeune fille dont un prince puisse rêver. Une jeune fille qui lui baisait les mains, le remerciant de  l’avoir délivrée du charme qui la retenait prisonnière…..


AOÛT – semaine 3 jour 3 – C’est bon signe
Août tarit les fonts
ou emporte les ponts


LA VIERGE


Le jour de l’Assomption, le Vierge est remontée au ciel. Posée là au milieu des étoiles, elle veille sur ceux et celles qui voient le jour à la fin de l’été.
Le natif de la Vierge est un méticuleux brouillon ; né au temps où l’on engrange, il aime à ne garder que l’utile. Il trie, il classe, il range, fait des listes et des tableaux, il archive et puis dans ces classements se perd et mélange tout. Il cherche fouille et farfouille, ne retrouve pas. Il est heureux ! Il peut recommencer, car ce n’est pas l’ordre qu’il aime, mais le rangement.
La Vierge est un signe de terre et son natif est terre à terre. Il craint le vent qui l’éparpille, et la chaleur qui le craquelle ; les averses de fin de saison lui conviennent.
Les signes de feu peuvent blesser la Vierge ; elle redoute le Bélier aux incendies ravageurs, le Lion torride. Mais quand elle  s’est laissée surprendre par trop de pluies torrentielles , les douces flammes du Sagittaire savent lui laisser le temps de les absorber.
Sur elle les signes d’air ne feront que passer : ils ne comprennent rien à la terre.
La Vierge a surtout besoin d’eau ; elle vient après la canicule. Il lui faut les lacs, les fleuves et les rivières du Cancer.
Si le Scorpion peut l’entraîner dans ses marécages, tout au fond de ses puits, il est aussi pour elle souvent une source d’eau claire.
Les mers, les océans insondables du Poisson se contenteront de caresser inlassablement ses rivages.


AOÛT- semaine 3- jour 4-  LUSTUKRU

Jeunes et vieux renards
Ne quittent plus le bois
A la Saint-Bernard


LES PIOUPIOUS



D’où vient le surnom de pioupious donnés aux soldats ?

L’uniforme blanc des gardes-françaises leur valut le surnom de « pierrots » ; un de leurs colonels , Mr de Grammont était visé par ce couplet :

O beau colonel de Pierrots,
On a tort quand on vous oublie,
Non que vous soyez un héros ;
Mais lorsqu’on met jusqu’aux Chabots
Dans la liste que l’on publie,
O beau colonel de Pierrots,
C’est à tort que l’on vous oublie.

Le nom de Pierrot s’appliquait aussi aux moineaux et les gavroches imitaient le piou…piou de l’oiseau sur le passage des militaires.


AOÛT – semaine 3- jour 5 – COURRIER DU CŒUR

Jamais d’août la sécheresse
N’amène la richesse.

Première lettre d’amour de la Religieuse portugaise

Considère, mon amour, jusqu’à quel excès tu as manqué de prévoyance. Ah, malheureux ! Tu as été trahi, et tu m’as trahie par des espérances trompeuses.
Une passion sur laquelle tu avais fait tant de projets de plaisirs ne te cause présentement qu’un mortel désespoir qui ne peut être comparé qu’à la cruauté de l’absence qui le cause. Quoi ! cette absence, à laquelle ma douleur, toute ingénieuse qu’elle est, ne peut donner un nom assez funeste, me privera donc pour toujours de regarder ces yeux dans lesquels je voyais tant d’amour et qui me faisaient connaître des mouvements qui me comblaient de joie, qui me tenaient lieu de toutes choses et qui enfin me suffisaient ? Hélas ! les miens sont privés de la seule lumière qui les animait, il ne leur reste que des larmes, et je ne les ai employés à aucun usage qu’à pleurer sans cesse depuis que j’ai appris que vous étiez enfin résolu à un éloignement qui m’est si insupportable qu’il me fera mourir en peu de temps. Cependant il me semble que j’ai quelque attachement pour des malheurs dont vous êtes la seule cause : je vous ai destiné ma vie aussitôt que je vous ai vu, et je sens quelque plaisir en vous la sacrifiant. J’envoie mille fois le jour mes soupirs vers vous, ils vous cherchent en tous lieux, et ils ne me rapportent pour toute récompense de tant d’inquiétudes qu’un avertissement trop sincère que me donne ma mauvaise fortune qui a la cruauté de ne pas souffrir que je me flatte et qui me dit à tous moments : « Cesse, cesse, Marianne infortunée, de te consumer vainement et de chercher un amant que tu ne verras jamais, qui a passé les mers pour te fuir, qui est en France au milieu des plaisirs, qui ne pense pas un seul moment à tes douleurs et qui te dispense de tous ces transports dont il ne te sais aucun gré ! »

GUILLERAGUES ?


AOÛT – semaine 3 – jour 6 – AH ! LA MODE DE CHEZ NOUS

Belettes blanches pour Saint-Symphorien,
Disent que l’hiver est en chemin.


Une certaine idée du corps.

Gabrielle Chanel en 1909 est cette beauté à la lourde et sombre chevelure, au petit nez retroussé, au merveilleux profil,  dont on commence à peine à connaître le nom. Elle se tient droite, comme elle allait se tenir toute sa vie, juchée sur tous les sièges comme sur une selle d’amazone, ou comme si, dans cette robe plus fluide que celles de ses contemporaines, elle avait déjà acquis la conviction qu’une bonne musculature vaut tous les corsets. La novation est là, dans cette idée qu’elle a du corps. Si elle ne sait pas encore ce qu’elle veut, elle sait déjà ce à quoi elle ne veut pas ressembler. Toutes les modes du jour et leurs grâces supérieures lui semblent ridicules. Elle a quarante ans d’avance sur son temps….

Edmonde CHARLES-ROUX – Le Temps Chanel


AOÛT- semaine 3 – jour 7- QUEL METIER

La nuit d’août
Trompe les sages et les fous



 La couturière

Que serait la mode sans les couturières ?
Et pourtant !...
Leur existence en tant que corporation ne remonte qu’à l’année 1675. Auparavant, seuls les tailleurs possédaient le privilège officiel d’habiller les hommes comme les femmes. Par exception, les filles des maîtres-tailleurs, et encore, avant d’être mariées, avaient le droit de vêtir les enfants jusqu’à l’âge de huit ans.
Dans les faits, depuis que les femmes savent tenir une aiguille, elles cousent, avec plus ou moins de bonheur ; les moins adroites trouvant toujours le moyen de se faire aider des plus habiles. Dans les maisons riches comme dans les campagnes, nombreuses étaient les femmes qui allaient « en journée » travailler comme lingères, couseuses ou repasseuses. De là à réaliser des toilettes entières, le pas était vite franchi, ce qui n’était guère du goût de Messieurs les Tailleurs, qui leur menaient une guerre sans merci, portant plainte auprès des lieutenants de police, les faisant écraser de lourdes amendes, et allant jusqu’à faire saisir chez elles étoffes et costumes.
Mais jamais on ne put interdire aux femmes de préférer volants et dentelles aux sévères costumes de lainage. Grâce au soutien de leurs employeuses et clientes, les couturières ont fini par avoir gain de cause. Rose Bertin en 1770, ouvrit son magasin de modes à l’enseigne du « Grand Mogol ». Le succès fut tel que la reine Marie-Antoinette fit de la couturière son « ministre de la mode ». C’est ainsi que s’ouvrit la route que suivirent plus tard Coco Chanel, Elsa Schiaparelli, Sonia Rykiel et tant d’autres.
La couture sut prendre si bien sa place aux côtés des tailleurs que les hommes ont voulu devenir couturiers. Cependant, chez Christian Dior, Yves Saint-Laurent ou Christian Lacroix, pour ne citer qu’eux, le distinguo subsiste : il y a dans les maisons de couture, les ateliers « tailleur » dirigés le plus souvent par un homme et les ateliers de « flou » dont la « première » est la plupart du temps une femme.
Les couturières toujours soignées et bien mises ont partagé avec les lingères et les modistes la douteuse réputation d’avoir des mœurs légères. S’il est vrai que la précarité de leur condition a pu inciter certaines, -dans les siècles précédents surtout-, à embrasser la profession plus rémunératrice de courtisane, la plupart d’entre elles ont su vivre d’un travail aimé quoique souvent ingrat. Certaines, et là je cite encore Chanel, ont largement contribué au renom de l’artisanat français dans le monde.

PP


AOÛT- Semaine 4 – jour 1 – US ET COUTUMES
SI Saint-Barthélemy fait ciel d’ange ;
Beaux fruits, belle vendange

LES NOMBRES : le 8

Dans les traditions européennes, le huit ne figure pas parmi les grands chiffres magiques. On dit seulement que les personnes faibles, indécises et craintives sont plus que d’autres portée à rêver du huit.
Ce huit qui lui-même quand il est couché représente l’infini.
Cependant en Chine, être huit à table porte bonheur et c’est chez les Dogons le chiffre de la Création.
En Inde, Vishnou a la chance d’avoir huit bras, ce qui à certains moments conviendrait parfaitement à nous autres mortels.
A Yokohama, un temple de forme octogonale, renferme les statues des huit sages du monde : quatre japonais, les princes Shôtoku, Kôbo Daishi, Shinran et Nichiren et pour le reste du monde : Câkyamuni, Confucius, Socrate et Jésus.


 AOÛT – semaine 4 – jour 2 - CONTE

Si la lune de Saint-Louis

Se fait au beau, sois réjoui

 

Le Raton -Laveur et le Loup

(Conte des Indiens Renards du Wisconsin)(publié)


A
vez-vous déjà vu un raton-laveur ? Avec ses yeux malicieux derrière son masque noir, il a toujours l’air de s’amuser… On se dit : « C’est un gentil… » ; on ne se méfie pas de lui.
Un jour, dans la forêt, il rencontre le loup :
-« Alors, Grand Frère, bonne promenade ? »
-« Oh Petit Frère ! J’ai terriblement faim ; aurais-tu par hasard quelque chose à                      manger ? 
Le loup qu’il soit d’un pays ou d’un autre, est toujours affamé.
Raton-laveur, l’air innocent, répond en farfouillant dans sa fourrure :
-« Je n’ai pas grand-chose tu sais, juste un vieux croûton ; tu ne manges pas de ça,          toi ! »
-« Oh, donne toujours ! J’ai tellement faim ; ça ira pour cette fois. »
Et vous savez ce qu’il lui donne, Raton-laveur, en guise de croûton ? Un morceau          de crotte d’élan emballé dans un feuille d’érable !
Loup le glouton, l’avale sans faire attention et poursuit son chemin en compagnie          de Raton-laveur, qui fredonne entre ses dents :
-« Le Loup a mangé ma crotte, euh ! Le Loup a mangé ma crotte, euh ! »
Loup qui n’a pas bien saisi demande : 
-« Qu’est-ce que tu racontes ? »
-« Oh rien ! C’est une chanson à propos d’arbres… »
-« Ah ! Dommage, je croyais que tu avais trouvé autre chose à manger ; j’ai                     encore très faim. »
Ils marchent encore un moment et raton-laveur recommence à chanter à voix                  basse . Loup lui demande encore s’il n’a rien trouvé à manger, quand ils arrivent au pied d’un grand bel arbre.
Alors Raton-laveur chante à nouveau sa chanson, mais cette fois à voix haute et en articulant bien. Loup n’en croit pas ses oreilles :
-« Qu’est-ce que tu viens de chanter ? »
-« C’est ma crotte, euh, que tu as mangé ! Tralala ma crotte, euh ! Tralalalalère ! »
Et tout en chantant, il grimpe à l’arbre ; prudent, Raton-laveur ! Ecoeuré, Loup crache et se frotte le museau avec les pattes :
-« Oh le sale ! le dégoûtant ! attend un peu que je t’attrape ! C’est toi que je vais manger ! »
Raton-laveur pendant ce temps est arrivé en haut de l’arbre et installé confortablement entre deux grosses branches, il nargue le loup :
-« Grimpe si tu as faim, dé pêche toi… »
Loup le nez en l’air, prend sa voix la plus douce :
-« Tu ne vas pas redescendre, Petit Frère ? »
-« Oh, ça ne devrait pas tarder ! Dès que je serai endormi, je tomberai tout seul. »
Loup ricane :
-« Alors dors bien, Petit Frère ; je t’attend ! »-
Loup allume un feu et se couche à côté ; Raton sur sa branche le guette. Dès qu’il le voit assoupi, il lui lance sur le nez un gros morceau d’écorce ; Loup s’éveille et n’écoutant que son estomac, mors dedans. Furieux, il recrache et crie à Raton :
-« Petit Frère, tu es un tricheur ! je croyais que c’était toi qui était tombé ! »
Silence de Raton ; Loup se rendort. Au  premier ronflement, c’est une branche qui lui atterrit sur le museau. De nouveau il mort goulûment, et de nouveau il est déçu. Il gémit :
-« Petit Frère, Petit Frère, pourquoi fais-tu ça ? Toute la journée, tu n’a fait que te moquer de moi ! »
-« Désolé, Grand Frère, je n’ai pas fait exprès ! C’est en m’allongeant que j’ai fait tomber la branche ; maintenant, je vais dormir ! »
Loup, plein d’espoir, attend que raton-laveur s’endorme et tombe mais finalement, c’est lui qui s’endort. Le museau sur les pattes, il ronfle ; Raton-laveur écoute, lance quelques brindilles, Loup ne bouge pas. Doucement, avec prudence, Raton descend de branche en branche ; arrivé au pied de l’arbre, il s’approche de Loup qui ne remue pas un poil, pas une oreille. Alors il dit à l’endormi :
-« Bonne nuit, Grand Frère, ton casse-croûte s’en va ! »-
Alors, il ramasse des crottes de lapin qu’il délaye dans une flaque d’eau, puis avec la mixture, il barbouille les yeux de Loup.
Toute la nuit, la bouillie de crotte a bien le temps de sécher. Quand Loup se réveille, impossible d’ouvrir les yeux :
-« Qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai les yeux qui brûlent et je n’y vois plus rien ! il faut vite que j’aille à la rivière pour me nettoyer. »
Loup n’a pas fait trois pas qu’il se cogne dans un arbre :
-« Quel arbre es-tu, mon Oncle ? »
-« Je suis un chêne. »
-« Est-ce que je suis loin de la rivière ? »
-« Encore assez ; tu es au bord de la Prairie. »
Loup continue son chemin et se cogne à nouveau :
-« Quel arbre es-tu, mon Oncle ? »
-« Je suis un hickory. »
-« Et la rivière est encore loin ? »
-« Tu es sur la colline ; la rivière est en bas. »
 Loup descend la pente et se cogne encore :
-« Quel arbre es-tu, mon Oncle ? »
-« Je suis un sycomore. »
-« Suis-je bientôt à la rivière ? »
-« Tu es sur le chemin qu y descend. »
Loup continue et heurte un arbre une fois de plus :
-« Quel arbre es-tu mon oncle ? »
-« Je suis le saule. »
-« Alors, je suis près de la rivière ? »
-« Elle est juste devant toi. »
Loup qui ne voit toujours rien entre dans l’eau ;
-« Jusqu’où ai-je de l’eau ? »
-« Jusqu’aux genoux, dit la rivière. »
Loup avance de quelques pas :
-« Jusqu’où ai-je de l’eau ? »
-« Jusqu’au ventre, dit la rivière. »
Loup s’enfonce un peu plus avant :
-« A  quelle hauteur est l’eau, maintenant ? »
-« Tu en as jusqu’au menton, dit la rivière. »
Loup fait un pas, encore un pas, et puis un autre ; il ouvre la gueule pour dire : « Jusqu’où… », mais l’eau lui entre jusqu’au gosier et Loup ne dit plus rien car Loup est noyé !


AOÛT- semaine 4 – jour 3 – RIMES SANS RAISON

A Saint-Privat,
La noisette est dans les bolats




Temps Perdu

Un cheveu sur la langue
Et un poil dans la main,
Un coup Ying, un coup Yang,
Qui est donc Albertin ?

La nuit il se maquille,
Le jour porte cravate.
Il est peut-être fille,
En tout cas névropathe.

La démarche incertaine,
La fesse chaloupée,
C’est sûr, il est vilaine
Et devrait se cacher.

Albertin et Marcelle
Ou bien est-ce Albertine
Se sont mis en ménage,
Qui met Marcel en cage ?

Ils vont le soir au bois
Draguer des brésiliennes
Aux longs cheveux de soie
Aux airs de parisiennes.

Ni filles ni garçons
Ils pourraient être heureux,
Mais les deux polissons
Ne sont pas amoureux.

Or, sans amour la vie
Ne vaut d’être vécue.
L’histoire des deux amis
N’est qu’une histoire de cul !



AOÛT – semaine 4 – jour 4 – DE TOUT UN PEU

A la Saint-Augustin
On sent la fraîcheur du matin

Saint Fiacre


Avant de donner son nom à une de ces voitures à cheval rouges et noires qui stationnaient près du Rond Point des Champs-Elysées, au bout de l’avenue Matignon, avec dans les montants, un brave cheval qui somnolait le nez dans une musette pleine d’avoine, Fiacre fut un moine Irlandais, devenu le saint patron des jardiniers.
Vers 670, à la fin du règne des mérovingiens, Fiacre quitta son île pour venir évangéliser le continent. Faron, alors évêque de Meaux lui céda une clairière au milieu des bois pour s’y installer un ermitage. Comme beaucoup de moines de son temps, Fiacre connaissait les simples,  avait quelques notions de médecine et était aussi rebouteux.
Pour avoir soulagé quelques braconniers ou chercheurs de champignons aventurés jusque là, sa renommée passa bientôt l’orée de la forêt et l’on vint de partout le consulter.
Prières, écoute attentive, onguents et tisanes obtenaient des guérisons que le bon Fiacre attribuait à la volonté divine. Ses patients ne s’y trompaient pas ; grâce à leurs dons, il pût construire un hospice qu’il entoura d’un  beau jardin où il fit pousser toutes les plantes utiles aux soins qu’il prodiguait. Il y ajouta fruits et légumes dont il nourrissait les plus pauvres.
L’histoire ne le dit pas, mais en bon jardinier Fiacre ne négligeait pas les fleurs dont il faisait orner la chapelle. Et d’ailleurs nombre de fleurs se mangent et ont souvent des vertus curatives. La capucine, par exemple… mais je m’égare… c’est un autre sujet.
Revenons à Fiacre dont la spécialité devint le soulagement des hémorroïdes appelées depuis le Mal de Saint Fiacre. Longtemps après sa mort, des pèlerins venaient s’asseoir sur son tombeau, à Saint-Fiacre-en-Brie (Seine et Marne),  dont la pierre était censée soulager leur mal.
Un jardinier se doit d’être connaisseur en graines et fécondité ; aussi en 1637, la reine Anne d’Autriche qui ne parvenait pas à concevoir, vint le prier de lui donner un enfant, mâle de préférence. Elle rapporta de son pèlerinage une médaille, quelle offrit à son époux, le roi Louis XIII. Le pieux homme baisa… la médaille.
De mauvaises langues prétendent qu’un autre ecclésiastique, le cardinal Mazarin qui secondait en tout son souverain, ne se contenta pas de la médaille.
Tous ces efforts conjugués, offrirent enfin au royaume de France Louis Dieudonné, le futur Louis XIV.
Béni soit saint Fiacre, patron des jardiniers !


AOÛT – semaine 4 – jour 5- C’EST POUR RIRE

Quand août est pluvieux,
Septembre est radieux


LE CAPITAL


Si, dans l’œuvre magistrale de Karl Marx, « Le Capital », on remplace partout le mot « prolétaire » par « caleçon à fleurs », le « travail » par « œuf dur mayonnaise », le mot « capital »par « godemichet à clochettes » et les mots « lutte des classes » par « tango voyou », on obtient une œuvre entièrement nouvelle, parfaitement correcte du strict point de vue de la syntaxe et parfaitement cohérente du point de vue de la logique pure, mais dont les enseignements qu’on en peut tirer sont beaucoup moins pernicieux quant à leurs effets sur la productivité des couches déshéritées bien que laborieuses de la population.

François CAVANNA – Almanach-Agenda 1985


AOÛT- semaine 4- jour 6 – CE SOIR JE SERAI LA PLUS BELLE

De la pluie en août,
N’en faut pas du tout.



COUPS DE SOLEIL

On vous l’avait bien dit ! mais vous n’écoutez pas… vous avez fait la sieste dehors, en plein soleil, et… il a frappé !!
Et vous avez mal, et vous vous grattez parce qu’en août, il n’y a pas que le soleil ; il y a les insectes aussi, dont les redoutables et horribles trombydions… les « aoûtats ». Et c’est dimanche, et la pharmacie est fermée…. Pas de panique ! Il y a chez vous j’en suis certaine, une foule de remèdes auxquels vous ne pensez pas.
Tout d’abord un bain, d’eau tiède ; vous y ajouterez la valeur de deux tasses de flocons d’avoine, enfermés dans une chaussette en nylon que vous agiterez dans l’eau. L’avoine est un parfait adoucissant.
Vous n’en avez pas ? Vous avez bien alors du bicarbonate de soude ; ajoutez-en 250gr dans la baignoire…
Vous n’avez ni l’un ni l’autre ??? et pas de baignoire non plus ??? C’est parfait ! Soucieux d’économiser l’eau vous l’avez remplacée par une douche. Soyez-en félicité et oubliez avoine et bicarbonate, car vous avez au potager, je n’en doute pas, des choux bien ronds et pommés. Prélevez les grandes feuilles extérieures, lavez-les et appliquez–les sur les parties sensibles ; un bandage les maintiendra le temps nécessaire.
La pulpe de potiron, de même que la pomme de terre crue et râpée enveloppées dans une compresse de gaze, soulagent et favorisent la cicatrisation des brûlures et petites plaies de toutes natures.
Pour votre joli minois, hélas rouge et bouffi, vous avez le chois entre des sachets de thé bien froids posés sur les paupières, un yaourt, des tranches de concombre ou un linge doux imprégné de vinaigre étalés pendant 15mn sur le visage ; rincez bien, et l’enflure aura disparu. Et surtout … ne recommencez pas !


AOÛT – semaine 4 – jour 7 – LE PARTRIOLE

Temps trop beau en août,
Annonce un hiver en courroux.



Le huitièm’ mois de l’année
Que donnerais-je à ma mie ?
Huit moutons blancs
Sept chiens courants
Six lièvr’ aux champs
Cinq lapins grattant la terre,
Quatre canards volant en l’air,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Un partriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Un partriole
Qui vole dans ce bois.






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