samedi 31 janvier 2015

Pour Bérénice...



Je n'écoute plus rien; et pour jamais, adieu.
Pour jamais! Ah! Seigneur, songez-vous en vous même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous?
Que le jour recommence, et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, 
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus?

Jean RACINE, Bérénice, acte IV, scène V

vendredi 30 janvier 2015

Tribune Libre

Cette fois c'est le Cap'tain qui s'explique....
La Chroniqueuse en a un peu marre de toutes ces polémiques; mais dans la mesure où cet espace est ouvert, y'avait pas de raison valable de le fermer... On va tâcher d'être plus fun
à l'avenir....
Et donc...

Messieurs,

Abonné à votre magazine, la lecture de l’article sur la libération du camp d’Auschwitz m’a passablement choqué ! Dans  ces 20 pages  (+ couverture), à part une petite demi  ligne qui mentionne le nom de « Buchenwald », il n’est question  que du martyr du peuple juif. Certes je reconnais que ces derniers ont payé bien trop cher leur appartenance à cette religion et les crimes commis par les nazis à leur égard sont indiscutablement épouvantables !
 Pourtant ils ne sont pas les seuls à avoir éprouvé l’horreur des camps : ceux de Treblinka, Buchenwald, Matthausen, Dora et tant d’autres… et il me paraît indécent d’oublier aussi tant d’hommes et de femmes qui ont péri là-bas.
Mon père a connu Buchenwald et Dora et n’en est jamais revenu ; Breton et catholique, c’est en tant que résistant (et pas de la dernière heure…) que la Gestapo l’a arraché à sa famille. J’aurais souhaité que le devoir de mémoire (et ces mots s’adressent aussi aux politiques de tous rangs) que ce devoir lui sont aussi  rendu … à lui et à bien d’autres qui ont subi le même sort pour les mêmes raisons.
Vous me rétorquerez - d’autres l’ont déjà fait… qu’il s’agit aujourd’hui du seul anniversaire de la libération d’Auschwitz ! Dont acte !
Aussi j’attends de votre part la commémoration,  dans le numéro du mois d’avril prochain, de la libération de Dora (12 avril 1945). Vous ne pouvez décemment faire moins !
Je ne suis pas antisémite, loin s’en faut, mais un tel ostracisme récurrent m’interpelle…
Car ces héros « morts pour la France » (comme indiqué sur la pièce jointe), héros modestes et anonymes, ont donné leur vie non parce qu’ils étaient de telle ou telle religion, mais pour que les juifs (entre autres) d’aujourd’hui puissent pleurer ceux d’hier.


Guy PAPION

De l'influence d'une robe de chambre.


Les vêtements ont tant d'influence sur l'esprit des hommes, qu'il est des valétudinaires qui se trouvent beaucoup mieux lorsqu'ils se voient en habit neuf et en perruque poudrée; on en voit qui trompent ainsi le public et eux-mêmes par une parure soutenue: ils meurent un beau matin  tout coiffés et leur mort frappe tout le monde.
On oubliait quelquefois de faire avertir à l'avance le comte de... qu'il devait monter la garde; un caporal allait l'éveiller de grand matin le jour où il devait la monter et lui annoncer cette triste nouvelle; mais l'idée de se lever tout de suite, de mettre ses guêtres et de sortir ainsi sans y avoir pensé la veille le troublait tellement, qu'il aimait mieux faire dire qu'il était malade, et ne pas sortir de chez lui. Il mettait donc sa robe de chambre et renvoyait le perruquier, cela lui donnait un air pâle, malade, qui alarmait sa femme et toute sa famille. Il se trouvait lui-même un peu défait ce jour-là. Il le disait à tout le monde, un peu pour soutenir gageure, un peu aussi parce qu'il croyait l'être tout de bon. Insensiblement l'influence de la robe de chambre opérait: les bouillons qu'il avait pris, bon gré, mal gré, lui causaient des nausées, bientôt les parents et les amis envoyaient demander des nouvelles; il n'en fallait pas tant pour le mettre décidément au lit.
Le soir le docteur Ranson lui trouvait le pouls concentré, et ordonnait la saignée pour le lendemain. Si le service avait duré un mois de plus, c'en était fait du malade.
Qui pourrait douter de l'influence de l'habit de voyage sur les voyageurs, lorsqu'on réfléchira que le pauvre comte de... pensa plus d'une fois faire le voyage de l'autre monde pour avoir mis mal à propos sa robe de chambre dans celui-ci?

Xavier de Maistre. Né à Chambéry, en 1763, mort à Saint-Petersbourg, en 1852. (Extrait du Voyage autour de ma chambre.

jeudi 29 janvier 2015

Ca devient lourd....


Le mot "religion" vient du verbe latin religare qui signifie relier.. Les religions quelles qu'elles soient devraient donc "relier" les hommes et non les diviser. Ce qui n'est pas le cas. 
La faute en incombe à ceux qui à leur tête en pervertissent le message initial qui, dans l'ensemble est le même pour à peu près toutes.
Mais ce n'est pas en multipliant les attaques contre ces pervertisseurs qu'on résoudra le problème. Ces attaques contre des hommes blâmables parce que, investis d'une certaine autorité morale ils en mésusent, ces attaques se retournent contre ces religions en lesquelles croient et que pratiquent des gens de bonne foi et qui en sont blessés
Il serait plus juste qu'en regard de la mise en cause de certains religieux que je n'excuse pas, il serait juste de citer par exemple l'abbé Pierre, mère Thérésa, soeur Emmanuelle, les moines de Tibbérine (je ne suis pas certaine de l'orthographe).
Malheureusement, les hommes et femmes de bien sont souvent modestes et discrets et il est plus facile de citer ceux qui s'exposent au scandale.
En voyant sur FB le trombinoscope et les propos révoltants de certains prélats, je comprends mieux la gêne de certains croyants devant certaines "preuves d'humour et de liberté de parole"
L'humour et la liberté doivent être choses légères et je trouve qu'à présent, certains deviennent lourds en insistant.
Comme on dit aux enfants, c'est le plus intelligent qui cale. Et sans être exagérément trouillarde, je trouve qu'il serait plus intelligent de caler quand on n'a que des plume et des crayons face aux kalachnikov...
Ce qui a été dit et dessiné a été compris par ceux qui sont capables de comprendre. N'excitons plus les cinglés et ne blessons plus de braves gens même au nom de la liberté de la presse
Signé:
Une abonnée de Charlie Hebdo (moi-même)

mercredi 28 janvier 2015

mardi 27 janvier 2015

Depuis le temps qu'on vous le dit!


Un mal terrible, jusqu'ici sans remède, le cancer, occupe, en ce moment, les maîtres de l'art médical et chirurgical. Par souscription publique, un Institut spécial se fonde, pour coordonner les recherches et vérifier les découvertes des savants. Quelques-uns croient être sur les traces d'une méthode curative: tous les espoirs sont permis au génie humain.
Il est démontré que l'une des variétés les plus dangereuses du cancer trouve un auxiliaire dans le tabac. La consommation du tabac rend de grands services au Trésor, où elle fait tomber sans douleurs plusieurs centaines de millions par an; mais elle n'apporte aux fumeurs, avec la satisfaction d'un besoin factice, qu'incommodités et périls.
Des millions d'hommes, qui tremblent à l'idée de la maladie et de la mort, hâtent leur mort et se préparent à toutes sortes de maladies plutôt que de renoncer à une passion absurde.

NOS LOISIRS - 23 décembre 1906

lundi 26 janvier 2015

Youpi l'Europe!


Félix Valloton - l'Enlèvement d'Europe

Vivement l'Europe que tout soit beau;
Que nous tous on soit tous heureux,
Que nous tous on soit tous égaux,
Même les Belges, une fois, mais pas deux!
L'Europe sera une grande famille,
On se prêtera nos tire-bouchons,
On pourra s'échanger nos filles,
On ne volera plus lles paillassons!
L'Europe ne manquera de reins,
Des Bretzels en acier suédois,
Des gondoliers grecs sur le Rhin,
Des tulipes dans la paëlla!
Oh oui oui
Et les in-Continents chauvins, 
A ça, y trouvent rien à répondre!
En Europe, on aura de tout, 
Des 69 en Angleterre,
Du flegme chez les Andalous, 
Du pudding pour les suicidaires 
Du pain de Gênes dans nos latrines, 
De la moussaka dans Montherlant,
Des protestants dans les vitrines, 
Des prostituées au Vatican,
En Hollande il y aura des pizzas
Aux anchois, tomates et sabots,
A Milan tout s'ra chocolat
du P.38 au Bel Canto!
Ce sera l'Europe du Bonheur,
Il y aura de l'amour à foison,
On couchera ensemble de bon coeur,
Les Flamands avec les Wallons, 
Les Français avec les Allemands,
Les Anglais avec protection,
Les Grecs avec tous en même temps,
Et les Papes avec discrétion!
On pourra enfin accoucher
Du Bébé Europe blond et rose,
Il aura toutes nos qualités:
Un foie français, sans la cirrhose,
Un testicule parlant anglais, 
Et l'autre hurlant à l'italienne,
Une paire de poumons finlandais,
Du porto coulera dans ses veines!
L'Europe, elle sera le carrefour
Des plus jolies des espérances,
L'Europe elle sera la faubourg
Du plus beau pays: LA FRANCE!!!
Je suis content de vivre en France.

Pierre DAC - L'Os à Moëlle  (1981)

dimanche 25 janvier 2015

Pour prendre patience aux heures de pointe

Le jeu de l'île déserte...

Nombre de joueurs : 2, de sexe autant que possible opposé.
Accessoires: un wagon de métro de 2° classe**** aux heures de pointe..

Les joueurs entrent séparément dans le wagon de métro, chacun par une des portes située aux extrémités du wagon. Ils se trouvent donc séparés par toute la longueur du wagon. L'un des joueurs est le naufragé sur l' île déserte. L'autre est la belle jeune fille qui se noie dans la mer cruelle. Les voyageurs en masse compacte sont les requins sanguinaires.
Le jeu commence quand la belle jeune fille crie:" Au secours! je me noie!" Le naufragé plonge dans les flots pour la sauver. Il doit nager jusqu'à elle en écartant les requins sanguinaires. Pour cela, il dit:" Vous descendez à la prochaine?" 
Si le requin s'écarte, le naufragé avance. S'il ne s'écarte pas, le naufragé force le passage d'un bon coup de talon sur le mufle hideux de la bête.Si, après cela, le requin se le tient pour dit, le naufragé avance. Si le requin se rebiffe, le naufragé improvise. Il faut tenir compte aussi des mouvements de flux et de reflux qui se produisent à chaque station.
Parvenu à la belle jeune fille, le naufragé la sauve, la prend sur son dos et la ramène sur son île déserte par le même chemin.
S'il réussit à faire tout ça avant le terminus, il a gagné. Il fait alors à la belle jeune fille ce que les naufragés font dans ces cas-là. S'il ne réussit pas avant le terminus, il a perdu. Ce sont les requins qui ont gagné. Ils ont le droit d'aller s'acheter une boîte de cachou au machin du quai s'ils ont vingt centimes à foutre en l'air.
François CAVANNA

*** Pour les plus jeunes: si, si il y avait bien des premières classes dans le métro . Qui a dit que le démocratie ne faisait pas de progrès: voici au moins un endroit où la lutte des classes a cessé- Note de la chroniqueuse.

samedi 24 janvier 2015

Dans l'éclaircie au milieu de la neige


au hasard j'ouvre un livre de poèmes, ce matin devant la fenêtre de neige
dedans, un pétale de fleur de pêcher, encore frais
je me souviens d'avoir emporté ces poèmes pour lire sous les fleurs
c'était au printemps, il y a bientôt une année déjà

Yang Wan-li (1127-1206)

vendredi 23 janvier 2015

Cul

T'es quand même pas assez conne pour avoir pris pour argent comptant mes beuglements comme quoi tu n'es pour moi que cul, cul et cul, non? Tu sais bien tout ce que je mets là-dedans, comprends la pudeur du mâle, merde! Cul, ça veut dire mon amour mon amour mon amour, ça veut dire yeux, âme, lumière, ciel, flamme, tout le bazar, bon dieu! Tu connais un mot plus beau pour dire tout ça, toi?

François CAVANNA

jeudi 22 janvier 2015

Pour changer un peu de sujet



Lu et approuvé


C'est encore Antoinette et Claude qui ont fait le job....
Signé :"La feignasse"

Le billet d'Alain Rémondde ce lundi 19 janvier




Éloge de  l'échalote

Mercredi dernier, 300 tracteurs ont déversé
3 000 tonnes d’échalotes sur la RN12, près de Morlaix.
Pourquoi Morlaix ?
Parce que,
sur les 500 producteurs d’authentiques échalotes,
plus de 300 sont bretons.
Et pourquoi ce coup de sang ?
Parce que la vraie de vraie échalote,
au goût inimitable,
fait face à la scandaleuse concurrence
de prétendues échalotes
qui ne sont que des oignons trafiqués,
inventés en Hollande et massivement
adoptés par les céréaliers beaucerons.
Résultat : une dramatique chute des prix.
Et, conséquemment, une menace
pour la survie des producteurs d’échalotes.
Françaises, Français, amoureux de l’échalote,
ne laissez pas faire ce scandaleux tour de passepasse !
L’échalote est l’échalote, l’oignon est l’oignon.
Mais l’oignon n’est pas l’échalote.
Soutenez le juste combat des planteurs d’échalotes
(car l’échalote se plante, alors que l’oignon se sème) :
exigez de Hollande qu’il interdise la commercialisation,
sous le nom d’échalotes,
des oignons trafiqués de Hollande !
En vérité je vous le dis :
quand il sera trop tard,
nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer.

Commentaire de Blaise (Pas moi, l'autre)
A ce propos Fanfan la Tulipe a gonflé de 21%.
Tarte à con,piège à l'oignon

mercredi 21 janvier 2015

L'opinion d'Yvonne

C'est Yvonne FIRINO cette fois qui s'y colle... merci

Mercredi 7 janvier 2015 à 14 heures

Au-delà de la tombe.

Où es-tu Gérard de Villiers, où est ton héros Malko Linge ? Morts tous les deux en même temps !

Mais vous aviez témoigné, vous aviez fait le tour des problèmes actuels de notre univers, mais qui
vous a entendus ? Monsieur le Président de la République a-t-il le temps de lire des romans policiers,
qui n’ont de « romans » que le nom, puisque c’est la dure réalité qui y est décrite. C’était un des
moyens de savoir, de comprendre, de réfléchir. Le rôle de SAS a été immense dans le monde, cela
faisait des décennies que son auteur faisait apparaître la vraie vie, les attentats, la montée du
terrorisme, partout où il se manifestait et frappait.

Monsieur HOLLANDE et les « autres » chargés de notre sécurité, asseyez-vous à vos bureaux,
procurez-vous quelques exemplaires de SAS, lisez et ouvrez les yeux sur le monde, en quelques pages
vous comprendrez la vraie situation, bien mieux qu’au cours de vos voyages qui nous coûtent cher et
ne vous apportent rien, protégés que vous êtes par la barrière de l’éternelle sécurité rapprochée !

La sécurité, parlons-en, à Charlie Hebdo dont les journalistes ont été tués à bout portant et leurs
« protecteurs » avec eux !

Belle protection en vérité. Déjà douze morts et sans doute davantage parmi les blessés graves et
ceci en plein Paris.

La guerre n’est plus seulement en Afrique dans la zone subsaharienne, au Moyen-Orient, en Syrie,
en Iran, en Irak, en Palestine, en Israël, etc… loin de nous, trop loin sans doute, mais en France, au
coeur de Paris.

Alors « ils » bougent (ils : nos hommes et femmes politiques, nos chers médias). Ils bougent, ils
parlent, ils s’agitent, à quoi cela peut-il servir ? Je n’entends à la radio que du bavardage, on tourne
autour des problèmes, personne n’évoque les vrais, par un manque évident de réactivité intellectuelle
pris de cours dans des pensées toujours teintées de leur angélisme habituel. Non, Jean-Jacques
Rousseau, tu n’es pas mort, mais toi Voltaire, où es-tu avec ton ardent désir de chasser celui que tu
appelais « l’Infâme », toi qui criais bien haut les vertus de la tolérance.

Que sont devenus les « écrits » d’une civilisation évoluée, instruite, sinon érudite ? Les nouveaux
auteurs ont reculé devant le retour à la barbarie intégrale et nous ont offert une civilisation nouvelle
capable seulement de jouissance et de légèreté, incapable de comprendre le monde réel du troisième
millénaire.

Dimanche soir, 11 janvier 2015.

Tout est terminé. Chacun est rentré chez soi. Le monde entier a défilé. Les grands chefs d’état ou
leur représentant étaient là. Ils ont battu le pavé. Oh ! juste ce qu’il fallait pour se montrer. Ils ont tous
défendu la liberté de la pensée, la liberté tout court. Ils ont pleuré les morts, ceux qui n’étaient pour
rien dans la vengeance des terroristes, dans l’affaire des caricatures de Mahomet. Ils ont mal exprimé
leur douleur de la mort de quatre citoyens français de confession juive. En somme, comme souvent,
les pieds ont marché mais la tête non, ou peut-être pour faire croire à une pensée. En fait, autant de
personnes interrogées, autant d’interprétations différentes, mais peu d’idées générales pour décrire les
faits. Je crois que les gens n’ont pas compris la dimension de ces deux drames et ne pensent pas à la
suite. Gouverner, c’est prévoir. Nos gouvernants ont beau répéter qu’ils connaissaient le danger, ils
n’ont rien su prévoir et c’est à chaque fois comme cela. Il ne nous reste plus que l’espoir – il paraît
qu’il fait vivre, mais pour combien de temps ? Wolinski et les autres n’ont pas voulu comprendre
qu’ils n’étaient qu’en sursis, car pour les djihadistes il y avait très longtemps qu’ils étaient condamnés
à mort.




mardi 20 janvier 2015

L'école Charlie et les autres; entrer dans la boîte noire des classes.#école


Pour ceux que ça intéresse, il y a 50 témoignages d'enseignants à découvrir sur :

Témoignage N°47  Nanterre
J'ai pris ma classe de seconde samedi matin. Une classe qui condense à elle seule une misère sociale comme j'en avais rarement vu depuis 18 ans à Nanterre. Des mômes "insupportables" (me dit-on) souvent, dédoublés dans toutes les matières sauf la mienne, et dont j'ai le privilège d'être la professeure principale.
J'avais demandé à mes collègues de me laisser aborder le sujet avec eux.
Ce samedi donc, ils sont arrivés l'air d'être déjà passés à autre chose pour eux, et, moi, saisie par une immense tendresse.
j'ai commencé par leur expliquer ce que je souhaitais qu'il se passe :"nous allons essayer ensemble de mettre des mots sur un évènement, simplement parce que la conviction d 'être au cœur d'un évènement qui se joue n'est pas si fréquente dans une existence, et que, dans la panique et l'urgence, partager des mots, identifier, nommer, aide un peu mieux à saisir des enjeux".
Je leur ai promis une totale liberté d'expression, ils sont assez grands pour identifier les frontières de ce qui peut ou ne peut pas se dire. Je leur ai simplement rappelé la présence de la loi qui elle aussi fait barrage ; que je pourrais faire un "rappel à la loi" mais il ne serait qu'une manière de les ramener sur le chemin du dicible.
Je n'ai interdit que le rire, sans morale ; juste en leur expliquant que ça, c'est moi qui ne pourrais pas le supporter.
J'ai donc proposé à celles et ceux qui le souhaitaient de sortir s'ils avaient envie de rire. Tout le monde est resté.
Nous avons installé les tables en cercles rectangulaires (jamais compris cette image du cercle :-) ) et je me suis placée comme eux, dans le rectangle.
I. s'est désigné comme distributeur de la parole.
I. a fait l'objet de deux signalements ASE depuis le début de l'année. C'est le seul dont je n'arrive pas à voir les parents. J'en suis à croire qu'il n'en a pas.
Je leur ai d'abord proposé un moment écrit, pour quelques minutes. Comme eux, j'ai écrit sur ma page blanche. Puis, j'ai triché aussi, j'ai regardé la feuille de mon voisin où il n'y avait qu'une seule ligne : "C'est un complot".
Le débat a commencé. 10 premières minutes où je me suis cramponnée à la table, silencieuse. Tous en unisson m'expliquent pourquoi "c'est bizarre"… Je laisse dire, impuissante.
Ayant lu la veille tous les sites conspirationnistes, je savais exactement quels allaient être leurs arguments.
Mais j'avais promis la liberté d'expression.
20 gamins convaincus, 5 silencieux.
J'ai demandé la parole, expliqué calmement que moi je ne pensais pas qu'il s'agisse d'un complot. Je n'ai pas démonté un à un leurs arguments, ce sera pour plus tard, j'ai préféré tenter un pas de côté en leur faisant part de ma surprise de toute leur méfiance. Méfiance vis à vis de qui ? De quoi ? pourquoi ? Puis j'ai introduit un petit paramètre supplémentaire dans le débat : "ne pas dire "on", ne pas dire "ils", se forcer à nommer les acteurs.
Alors le débat s'est poursuivi sur la stigmatisation. "Regardez l'image que les médias donnent de nous madame !"
[NB : moment savoureux où je redemande la parole en leur demandant quelle image des journalistes auraient donné d'eux s'ils n'avaient assisté qu'aux dix premières minutes de débat ?]
Le racisme, l'islamophobie etc. Tout ça illustré par de très nombreux témoignages. Rien de bien nouveau, j'ai évidemment très souvent entendu ce genre de choses.
 Nous nous sommes entendus sur un petit dénominateur commun : "Personne ne méritait la mort".
Puis, la religion, la comparaison avec Dieudonné, l'humour, etc.
 1h30 de débat que j'ai enregistré intégralement. Je ne sais pas encore ce que j'en ferai. Je le retravaillerai avec eux sans doute. Des passages sont tellement forts. Je me suis aperçue que j'oubliais les silencieux-ses.
 S. l'un des grands bavards, les yeux rouges (pourquoi ? je ne sais pas, shit ou larmes, impossible de distinguer) a juste dit cette phrase si troublante :
"Mais moi madame, je ne sais pas quoi en penser".
Oui, comme si tout le monde devait savoir quoi en penser hein.
 Je suis sortie vidée et assommée surtout par leur sentiment d'impuissance. Ils sont convaincus d'un fatalisme qui fonctionne sur une tautologie assez inextricable : l’État (ils ne savent pas ce qu'est l’État, il faudra y réfléchir) ment mais l’État fait. Donc eux n'ont rien d'autre à faire qu'à attendre que l’État fasse mais l’État ne fera rien d'autre que mentir. CQFD. Inertie.
 Voilà, c'est à réfléchir. Ce n'est qu'un début mais ça pose de solides jalons du chemin qui reste à parcourir.
 Bonne journée
Laurence De Cock, lycée, Nanterre, 92

C'est Claude encore qui a fait la une aujourd'hui...
La Chroniqueuse est au jardin.