jeudi 31 octobre 2013

Extrait du Monde Diplomatique : .....


Faillite de l’Union européenne en Palestine

Quand Paris se couche…

par Alain Gresh, novembre 2013

Depuis longtemps, la chasse aux Bédouins est ouverte, non seulement en Palestine occupée, mais aussi en Israël, où des dizaines de milliers d’entre eux sont arrachés à leurs terres (1).

Vendredi 20 septembre, en Cisjordanie, un convoi humanitaire se dirige vers le village bédouin de Makhoul, détruit par les forces d’occupation israéliennes. Il transporte des tentes pour offrir un toit, même précaire, à la soixantaine d’habitants. Destinés à remplacer celles de la Croix-Rouge, que les Israéliens ont confisquées, ces abris de fortune sont financés par l’Union européenne et par la France. Pour éviter une nouvelle saisie, des diplomates européens et des humanitaires escortent le camion. Très vite, l’armée israélienne le bloque.
Pour protéger la cargaison, des diplomates montent à bord. Parmi eux, Mme Marion Fesneau-Castaing, attachée de coopération au consulat de France à Jérusalem, qui dispose de l’immunité diplomatique. Plusieurs soldats l’attrapent par les bras et les jambes, l’extirpent du véhicule et la jettent à terre. Elle se relève. Interpellée par un militaire qui exige de lui prendre son sac, elle le repousse. Son geste, dans une vidéo éditée par les autorités israéliennes, deviendra un « coup de poing », version que le correspondant du Monde relaiera complaisamment (2).

L’incident offrira à Paris une occasion de montrer sa pusillanimité, et aux médias une diversion permettant de passer sous silence la répression contre le convoi, l’utilisation de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes, les coups et les arrestations, sans parler de la violation par l’occupant des conventions de Genève. Alors que l’Union européenne proteste, le Quai d’Orsay se tait, puis décide… de rapatrier la diplomate.

Israël a pris l’habitude de harceler les diplomates français — de préférence les femmes, d’ailleurs (3) —, sans susciter la moindre mesure de rétorsion sérieuse.
Il s’agit surtout pour Paris de ne pas jeter une ombre, si légère soit-elle, sur le voyage que le président François Hollande effectuera ce mois-ci en Israël,
ni sur les excellentes relations qu’entretient la France avec ce pays qui viole pourtant allègrement le droit international.
Il fut un temps où les puissances coloniales pensaient que ce droit ne pouvait s’appliquer aux peuples « sauvages ». En Palestine, on en est toujours là.

Alain Gresh

(1) Emilie Baujard, «  “Et le phénomène des Bédouins disparaîtra”, Moshe Dayan, 1963  », 20 octobre 2013.
(2) Laurent Zecchini, «  Et du gauche, la diplomate frappe le soldat au menton...  », Le Monde, 23 septembre 2013  ; «  La diplomate boxeuse en poste en Israël sera mutée  », Le Monde, 28 septembre 2013.
(3) «  Tel-Aviv piétine ses alliés  », Le Monde diplomatique, avril 2010.

Commentaire d'Antoinetcla :
"Et pendant c'temps là grand-mère se tape la bonne en lui disant qu'les hommes sont tous menteurs, comment voulez vous  braves gens qu'nos bonnes bonnes gardent l'amour du travail et le sens des valeurs ....."



mercredi 30 octobre 2013

mardi 29 octobre 2013

Mots d'auteurs

Sylvie se défendait d'aimer, craignant de perdre, dans ce vertige, ce qu'on appelle la liberté, qui consiste à éprouver que l'on dépend de toute chose, mais non que toute chose dépend d'un seul visage, d'un seul être, lequel peut soudain nous annoncer qu'il part en voyage, qu'il se marie, qu'il a cessé de nous aimer, qu'il se fait prêtre, qu'il s'est résolu à ne plus dissimuler parmi ses proches, ou à vieillir - emportant ainsi sur lui notre pensée entière, notre maison avec ses fenêtres et son horizon, notre lit et notre déjeuner. Car c'est un total malheur, et qui dépossède pleinement,  que de sentir brusquement aliénées et hors d'atteinte toutes ces grandes nécessités, parce qu'un homme est sorti de la chambre où il nous parlait, avec une humeur changée, ou sans laisser d'adresse.


Anna de NOAILLES

Illustration: Edward HOPPER

La Strada - Nino Rota - Federico Fellini

lundi 28 octobre 2013

La grande solitude des défenseurs des libertés



Article paru dans "Le Monde"  du 08.10.13

Roms, prisons, espionnage sur Internet, droits des étrangers...

Le discours sécuritaire est le seul audible

oux rêveurs », « angéliques », « illégitimes », « droits-de-l'hommistes »... Qu'ils soient défenseur des droits, contrôleur général des lieux de privation de liberté, responsables associatifs, avocats, magistrats, ils ont l'habitude de ces noms d'oiseaux dont on les affuble pour les disqualifier d'emblée, eux ou la cause pour laquelle ils se battent : la protection de libertés fondamentales et de droits universels. Autant de garanties indispensables, en particulier pour les plus démunis, mais qui sont balayées (avec leurs défenseurs) comme quantité négligeable par gros temps populiste, comme celui qui frappe notre continent.

« Dans cette espèce de maelström, on n'est pas audible », observe Florent Gueguen, directeur général de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars). « Il est difficile de sensibiliser les gens, et encore plus de les convaincre », renchérit Patrick Baudouin, avocat et ancien président de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), qui évoque un « rouleau compresseur ». « Les gens se recroquevillent. On a un peu l'impression d'emmerder le monde », résume Antoine Grézaud, directeur de cabinet du défenseur des droits, Dominique Baudis.

L'ampleur de la polémique sur les Roms, et la nature des propos tenus à ce sujet par Manuel Valls, ont surpris, y compris ceux qui croyaient avoir tout entendu. Jugeant « indignes et mensongers » les propos du ministre de l'intérieur, Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, observe qu'ils surviennent dans un « inquiétant climat démagogique » marqué par « la peur de l'autre ». Le débat est « centré sur divers exclus qui pollueraient le «vivre-ensemble», détricoteraient le lien social. On laisse entendre que ceux qui sont au bord du chemin le sont par leur faute », relève l'ancienne députée socialiste.

Les uns et les autres ne mesurent pas seulement les ingrédients mais aussi les causes de ce climat sécuritaire. Certaines sont déjà anciennes : ainsi la lutte contre le terrorisme, qui permet de justifier l'adoption de mesures répressives ou de mécanismes de surveillance. « Après la chute du Mur de Berlin, il y a eu un vrai souffle de liberté, rappelle Me Baudouin. On avait le sentiment d'être entendu et d'être au diapason des opinions publiques. Après les attentats du 11-Septembre, s'est produit un retour de manivelle. Un vent mauvais a commencé de souffler. »

Un vent dont les effets ne se sont pas dissipés. Les révélations sur l'ampleur de l'espionnage électronique auquel s'est livrée l'Agence nationale de sécurité (NSA) américaine « n'ont guère suscité de débat, hormis en Allemagne », relève l'ex-président de la FIDH. « Le citoyen qui ne pense pas être une cible potentielle ne se sent pas concerné », déplore-t-il.

A partir de 2008, la crise est venue ajouter une autre chape de plomb, plus lourde encore, chacun étant incité à subvenir à ses besoins plutôt qu'à ceux des autres. Sénateur UMP du Nord, ancien rapporteur de la loi pénitentiaire de 2009, Jean-René Lecerf se souvient de cette interrogation de syndicalistes : « Pourquoi parler du travail des détenus alors qu'il y a du chômage à l'extérieur des prisons ? »

Un insidieux mécanisme de tri s'est opéré, dont les plus en marge, à commencer par les étrangers, font les frais. « On ne pense l'immigration que de façon négative et répressive. Il est très facile de dire que c'est «l'autre» qui nous pose un problème. Petit à petit, le discours du FN a produit son effet », souligne le président du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), Stéphane Maugendre, selon lequel le gouvernement actuel agit, en la matière, « dans la lignée du précédent ». A la Fnars, on en perçoit les effets sur les places en hébergement d'urgence. « La crise a réveillé une forme d'égoïsme. Et la solidarité est beaucoup moins forte pour le migrant que pour le SDF », constate M. Gueguen.

Une demande de sécurité tous azimuts est allée croissante, rendant pour le moins difficile l'examen rationnel de tout dispositif touchant au code pénal ou à l'état (désastreux) des prisons. « Quand Christiane Taubira propose simplement de penser que les gens qui entrent en prison vont un jour en sortir, l'idée qui s'impose est qu'elle veut vider les établissements pénitentiaires et ne plus condamner personne. C'est invraisemblable ! », s'exclame le député Dominique Raimbourg, vice-président (PS) de la commission des lois. « Il est toujours plus facile d'essayer de flatter un certain nombre d'instincts que de faire appel à l'intelligence de nos concitoyens », constate en écho M. Lecerf, qui se sait considéré comme un « emmerdeur » au sein de sa famille politique.

Avec une forte inquiétude, les uns et les autres constatent à quel point le discours populiste se propage sur l'échiquier politique et dans les médias. « Nous, on n'a pas changé. Mais maintenant, compte tenu de la droitisation générale du discours, on est presque classé à l'extrême gauche », note Françoise Martres, présidente du Syndicat de la magistrature. Porter un discours dénué de pédagogie est « un calcul à très court terme », met en garde Mme Lazerges, qui souligne que « les Français sont plus intelligents que les politiques le croient ». « Cette régression dans la parole des politiques joue très négativement sur leur image, déjà détériorée », insiste-t-elle.

Pour Patrice Spinosi, « le pouvoir politique aurait dû éduquer l'opinion, en lui expliquant par exemple les règles du procès équitable, ou le fait que la prison n'est pas la solution la plus efficace ». Avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, Me Spinosi a fait condamner la France une dizaine de fois devant la Cour européenne des droits de l'homme, obtenant ainsi des « victoires au forceps » en matière de droit pénitentiaire, de droit des étrangers ou encore de procédure pénale. « Alors que le législateur peut être paralysé par une certaine opinion publique, ces actions devant les juridictions européennes s'imposent à lui », souligne l'avocat, qui y voit « le moyen le plus radical d'obtenir un résultat ». Désormais le seul, peut-être.

Jean-Baptiste de Montvalon


Lou Reed - Walk On The Wild Side

dimanche 27 octobre 2013

Editorial dominical


Illustration : Egon SCHIELE - Nu aux chaussettes vertes


J'en ai marre des chaussettes! Elles sont sournoises et indisciplinées; elles se payent ma tête.
Prétendent ne pouvoir aller que par paire, alors que dès qu'on oublie de les surveiller, l'une n'a de cesse de laisser tomber l'autre pour aller vivre sa vie Dieu sait où!
Ainsi de deux prétendument excellentes chaussettes de fine laine bleu marine, sans marque d'usure au talon, tenant encore fort bien au mollet et qui ramassées par deux sur le fil de séchage, se sont trouvées séparées à l'heure du rangement. Je ne cherche pas à savoir laquelle est responsable de cet égarement et je garde soigneusement celle que j'ai en main en une place où je suis certaine de la retrouver. Et je pars à la recherche de l'autre qui sans doute aidée par Mr Merlin S'mouche, chat de profession, reste parfaitement introuvable.
Deux jours plus tard, profitant d'un moment où je suis fort occupée à autre chose, elle me nargue avachie, passablement souillée, sur le sol au milieu de la pièce. Je la ramasse et la pose en évidence sur mon bureau; subjuguée, elle y reste et quand vient l'heure de m'occuper de son cas, je le remonte à l'étage où près du tiroir à chaussettes, en principe  l'attend sa jumelle. En principe... parce que la dite jumelle s'est évanouie quelque part. Et depuis, aucun avis de recherche ne m'a à ce jour remise sur sa trace...
Oui, vraiment, j'en ai marre des chaussettes et de leurs facéties!

Où s’en va la chaussette
Abandonnant sa sœur ?
Et pourquoi la tartine
Beurrée s’écrase-t-elle
Sur le mauvais côté ?
Où se cachent les clefs
Quand on a besoin d’elles ?
Objets inanimés
Votre âme est diabolique,
Vous nous faites enrager  

samedi 26 octobre 2013

La Photo du Samedi

Une rose d'automne est plus qu'une autre exquise....

Théodore Agrippa d'Aubigné



D'autre roses, d'autres fleurs chez AMARTIA

jeudi 24 octobre 2013

Quelle Histoire!

Echauffourée sanglante en Thymerais: l’église de Blévy profanée !

La famille Saint-Bonnet décimée, on pouvait espérer voir revenir des jours plus tranquilles à Blévy et ses alentours. Pas pour bien longtemps : moins de dix ans plus tard, quelques hobereaux locaux allaient faire parler d’eux. C’est que monsieur de Baronval et monsieur de la Noue étaient en désaccord sur la position de leurs places respectives dans l’église de Blévy.
Guillaume de Colas, sieur de Baronval avait son banc dans la nef, proche de l’autel de la Vierge, c’est-à-dire devant celui de monsieur de la Noue. Ce qu’il estimait légitime puisque la famille de la Noue avait de tout temps été protestante. On était encore loin de la révocation de l’Edit de Nantes, cependant ses membres, humant le sens du vent, avaient estimé que le moment était venu de complaire au roi et de changer la façon de dire sa prière. Ils étaient donc catholique de fraîche date, ce qui aux yeux de Baronval justifiait sa préséance.
Mais Charles de Paris, sieur de  la Noue était écuyer du Roi, position qui selon lui obligeait Baronval à lui céder le pas. En conséquence, il fit placer son banc dans le chœur. Le curé, terrorisé, humilié, parfois battu, menacé de mort ou même pire, depuis beau temps ne se mêlait plus des affaires de ces bons seigneurs ; il les laissait démêler entre eux l’écheveau embrouillé de leurs prérogatives.  Il se contenta d’avertir Antoine Leclerc de Lesville, qui en qualité de marquis de Maillebois,  était seigneur de Blévy ; Antoine Leclerc fit déplacer près du portail le banc de monsieur de la Noue.
La Noue offensé, fit construire une balustrade entourant l’autel de la Vierge et fit placer son banc à l’intérieur. Ce qui de fait, fit reculer celui de Baronval derrière le sien. Voilà donc nos gentilshommes bien montés l’un contre l’autre et pas seulement pour cette histoire de bancs ; il s’agissait aussi de savoir lequel des deux devait avoir l’honneur d’offrir le pain et aussi l’eau bénits.  Pendant un certain temps, ils se contentèrent de s’éviter, d’échanger des mots bientôt remplacés par des injures ; puis la Noue décida d’en finir et de frapper un grand coup.
Un beau jour d’automne, c’était un dimanche 20 octobre de 1669, La Noue invita une dizaine de gentilshommes de ses amis ; il y avait là entre autres, monsieur des Routis, les deux messieurs de Saint-Arnoult, les sieurs de la Ferrette, Mr le baron de Favières, Mr de Bois-Rouvray, Mr de Régusson, Henri de Fayel, seigneur de Marigny (qui est proche de Prudemanche)  et Mr de la Lucazière qui, sans doute parce que son domaine était le plus proche arriva sur les lieux quand tout était terminé. La Noue leur donna à dîner, puis les emmena à la messe. Une étrange messe pour laquelle si l’on oublia bien de prier Dieu on n’omit pas de  s’armer de pistolets, d’épées et aussi de fusils. La compagnie était installée dans l’église quand arriva Baronval  bien loin d’imaginer ce qui l’attendait. Le fils de Mr de Caupray, un de ses amis qui était venu la veille le visiter l’accompagnait et aussi Florient Galliot, seigneur de La Houssaye. Tant de gentilshommes armés assemblés dans l’église ne laissèrent pas de surprendre Baronval. Surprise dont il n’eût pas le temps de se remettre : La Noue et ses amis le prirent à parti verbalement et vertement pour commencer. Méfiant, au lieu d’aller à son banc qui était proche de celui de la Noue,  Baronval alla d’abord près de la chaire et tenta de sortir. La Noue voyant que son ennemi allait lui échapper n’attendit pas qu’il fût à la porte pour le coucher en joue et tirer. Et bien qu’ils fussent à dix contre trois hommes surpris, les autres tirèrent à leur tour. Le vacarme était indescriptible ! Les pauvres fidèles qui étaient venus paisiblement écouter la messe ce matin-là, tentaient de fuir ou de se protéger comme ils pouvaient. Baronval avait des amis qui prirent son parti, d’autres assistants prirent celui de La Noue. L’église était devenue champ de bataille  d’où les fidèles non concernés s’échappaient en hurlant.
Monsieur de Baronval, touché à l’estomac, par le chevalier de Saint-Arnoult tomba raide mort près des fonts baptismaux. La Houssaye , s’empara de ses deux pistolets et fit feu sur les assaillants, aidé de Mathurin Allais, meunier du moulin des Pré, lui aussi armé. Que pouvaient faire les partisans de Baronval surpris sans armes pour la plupart ceux bien équipés du parti de la Noue ? Le pauvre La Houssaye abattu, fut encore criblé de balles après son trépas. La chronique ne dit pas comment le meunier s’en est tiré, mais on sait que les vaincus n’ont pas épargné leurs assaillants : La Noue fut touché à la poitrine et finit huit jours plus tard par mourir de sa blessure ; Henri de Fayel, lui aussi blessé près de la balustrade du chœur en tentant de faire sortir madame de La Noue enceinte, et que la frayeur allait faire accoucher prématurément, mourut le lendemain ; Bois-Rouvray ne mourut pas mais fut touché dans ses œuvres vives de telle sorte qu’il lui devint impossible de continuer d’assurer sa descendance.
On trasporta le corps de Baronval dans la salle d’audience de Maillebois où il fut autopsié pour découvrir qu’un coup d’épée dans le foie lui avait été funeste. Antoine Leclerc de Lesville le fit inhumer dans l’église devant l’autel du Rosaire.
Cependant les vainqueurs n’eurent guère loisir de savourer leur victoire : la justice avait son mot à dire. Assignés à comparaître sous trois jours au tribunal d’Orléans, les rescapés avaient pris la fuite. On envoya des archers à leur recherche dans toute la région. Un commissaire fut nommé, Mr Martin qui mena l’enquête à Blévy et prit la déposition de tous les habitants qui étaient venus écouter la messe ce dimanche-là. Il avait amené avec lui un des grands vicaires de Chartres. En effet, par ces meurtres, l’église avait été profanée et depuis, il fallait dire la messe à la chapelle Saint-Claude située un peu plus loin sur la route de Mainterne ce qui pour la plupart des fidèles faisait tout de même 500m de plus à parcourir ! La situation ne pouvait donc durer et l’église fut bénie à nouveau. L’enquête terminée, le commissaire Martin condamna les morts à être traînés sur une claie puis pendus par les pieds. L’exécution eut lieu en effigie ; on n’allait pas remuer la terre où reposaient les condamnés pour les en tirer , d’autant plus que le temps ayant fait son œuvre, on aurait pu en perdre des morceaux avant de parvenir au gibet.
Quant aux vivants, certains eurent à payer un forte amende ; les autres, seize nobles et deux de leurs valets dont on n’avait pas retrouvé trace, par jugement rendu le 16 janvier 1670, furent déclarés criminels de lèse-majesté divine et humaine, dûment atteints et convaincus d’assemblées illicites, de combats prémédités, de sacrilèges et profanations commis dans l’église de Blévy ; eux aussi pendus en effigie et déchus des privilèges de noblesse et déclarés ignobles et roturiers et leurs fiefs saisis. La veuve du Seigneur de Marigny, Marguerite de Gaillardbois dont la famille possédait Marcouville, parvint à faire lever le séquestre et à rétablir la presque intégralité de son domaine auquel il manquait une ferme de Laons qu’il avait fallu vendre pour payer l’amende.

On grava la sentence sur une plaque de cuivre qui fut scellée dans l’église, sur le mur de la nef entre la chapelle de la Vierge et le Parquet de la Charité. Ne l’y cherchez pas, la Révolution l’a emportée.

illustration: l'église de Blévy par Utrillo


mercredi 23 octobre 2013

Raymond Devos - Parler pour ne rien dire.

Kerman, résidence du gouverneur de Kerman, sud de l'Iran, 11 heures

Une nouvelle  est extraite de " Une vie à coucher dehors" de Sylvain 
TESSON - Gallimard 2009

Firouz Nazéri, gouverneur de la ville, s'assied à sa table. Sa femme, Firouzeh, a dressé le repas. Elle dépose devant son mari le pain cuit sur la paroi de terre du four rond. Les filles du gouverneur font leur entrée : quatre enfants souples qui s'asseyent par terre avec leur mère, autour d'un tapis couvert de légumes et de coupelles de crème. Chaque jour, elles déjeunent ainsi, au pied du père.

Le gouverneur, dans son fauteuil, se lave les mains dans la cuve en étain posée sur le large accoudoir. L'aînée munie d'une aiguière verse précautionneusement l'eau fraîche. Le jet égaye le silence absolu. Les yeux de Firouz Nazéri se posent sur les autres filles et le douzième verset de la qua­trième sourate lui monte aux lèvres :

''Vous ne savez pas qui de vos parents ou de vos enfants vous sont plus utiles''

Il lève les yeux au ciel et soupire. De ses doigts, le gou­verneur déchire la chair du poulet. Il songe à son frère qui a eu des jumeaux l'année dernière. Une bénédiction ! Si Dieu lui avait donné un fils, il l'aurait appelé Hassan. L'en­fant serait là, assis devant lui, faisant fête au plat de riz.

Soudain, une chose inouïe. Firouzeh déplace des chaises. Elle les apporte du salon et les dispose autour de la table puis elle s'assied et invite ses filles à l'imiter. Les petites prennent place l'une après l'autre.

Le gouverneur s'est arrêté de mâcher. On dirait qu'il est frappé de commotion, comme s'il avait reçu un coup à l'es­tomac. Personne n'a jamais bafoué les saintes règles sous son toit.

- Tu insultes le Prophète, dit-il à Firouzeh.


- C'est lui qui m'insulte, et si tu étais un homme tu devrais me défendre.

- Retourne à ta place.

-  Ma place est à table.

-  Ta place est à terre.

- C'est la place des chiens !

-  C'est la place des femmes et...

Firouzeh n'écoute plus, elle sert le riz aux raisins, et les enfants conversent avec animation. La gaieté colore leurs joues. Elles rient, indifférentes au regard de leur père. Les mains sur la table, livide, le gouverneur assiste à l'écroule­ment du monde.

Il fouille sa mémoire, il n'existe aucune sourate pour cette situation. Il n'y a pas de bouée de sauvetage.



mardi 22 octobre 2013

Le Fil de Sophie



Qu'est-ce donc que ma substance, ô grand Dieu? J'entre dans la vie pour en sortir bientôt; je viens me montrer comme les autres; après, il faudra disparaître. Tout nous appelle à la mort. La nature, presque envieuse du bien qu'elle nous fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu'elle ne peut pas nous laisser longtemps le peu de matière qu'elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains, et qui doit être éternellement dans le commerce: elle en a besoin pour d'autres formes, elle la redemande pour d'autres ouvrages. Cette recrue continuelle du genre humain, je veux dire les enfants qui naissent, à mesure qu'ils croissent et qu'ils s'avancent, semblent nous pousser de l'épaule et nous dire: "Retirez-vous, c'est maintenant notre tour." Ainsi, comme nous en voyons passer d'autres devant nous, d'autres nous verront passer, qui doivent à leurs successeurs le même spectacle. Ô Dieu! encore une fois, qu'est-ce que de nous? Si je jette la vue avant moi, quel espace infini où je ne suis pas! Si je la retourne, quelle suite effroyable où je ne suis plus, et que j'occupe peu de place dans cet abîme immense du temps! Je ne suis rien; un si petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant. On ne m'a envoyé que pour faire nombre: encore n'avait-on que faire de moi, et la pièce n'en aurait pas été moins jouée quand je serais demeuré derrière le théâtre.

BOSSUET

dimanche 20 octobre 2013

L'information prime tout

Dernière minute

La reine Christine vient d'ouvrir un compte twitter.
Son @ est cOckrent.

Traduction pour les non anglophones : location de bites

Merci au blog de Claude-Marie Vadrot

VENDREDI 18 OCTOBRE 2013

L’association Férus, qui se consacre à la préservation du loup, de l’ours et du lynx ainsi que le WWF, ont quitté lundi 14 octobre les discussions du Groupe National Loup. Ils ne souhaitaient manifestement pas être associés plus longtemps à une négociation tendant à faire accepter aux associations de protection de la nature, l’élimination progressive, pour cause électorale, d’une espèce à la fois protégée par la loi française et la législation européenne. Les protecteurs de la nature estiment que les dérogations ne visent qu’à justifier des opérations placées sous le seul contrôle des chasseurs et de quelques éleveurs. Férus et le WWW s’expliquent dans un communiqué dans lequel ils déclarent notamment :

« Dans les discussions, il n'a été à aucun moment question de tirs de loups à l'occasion de battues au gibier, dispositif sans contrôle exercé par des chasseurs non assermentés, pas plus que dans l'arrêté ministériel qui sert de base juridique à l'application du Plan national loup. C'est pourtant ce qui s'est produit suite aux déclarations faites au nom du gouvernement par M. Stéphane Le Foll en déplacement dans la Drôme, étayées par un courrier du ministre de l'écologie aux préfets des Alpes Maritimes, du Var et des Alpes de Haute-Provence. Depuis lors, des battues au loup sous couvert de battues au grand gibier ont été réalisées dans les Alpes Maritimes et également dans la Drôme. Sans contrôle sur le terrain par les agents de l'ONCFS ou les lieutenants de louveterie qui sont  assermentés. Un tel dérapage est inacceptable ».
Le dialogue parait rompu entre le gouvernement et les protecteurs de la nature qui dénoncent l’oubli de la préservation de la biodiversité et la réduction du pourtant modeste budget du ministère de l’écologie.