dimanche 30 juin 2013

Le Tour de France

Qui veut bon navet
Le sème en juillet.



 L’Eglise Catholique, qui pour épaissir sa soupe avait besoin de légumes frais, avait prévu peu de fêtes chômées en juillet afin que ses jardiniers gardent la tête à l’ouvrage.
Mais les hommes aiment les fêtes et si le clergé ne leur en offre pas ils savent en créer. Ainsi le Tour de France qui fait sortir de leurs jardins les plus appliqués bineurs de navets. Depuis 1903, le Tour est la grand’messe des deux roues bien gonflées et des mollets lisses et musclés.
Même les moins concernés par le sport cycliste ont en tête des noms mythiques dont on ne connaît pas forcément la signification :  le Galibier, le Tourmalet, le mont Ventoux, le Maillot Jaune, celui à pois du Meilleur Grimpeur, le Contre la Montre, le Peloton, le Sprint Final, et ces classements biscornus qui font que le premier arrivé n’est jamais le gagnant.
Aussi vénéré que celui des dieux de l’Olympe, il y a le Panthéon des Vainqueurs du Tour. Même si ces dernières années on les soupçonne de forcer un peu sur le nectar et l’ambroisie, ils n’en restent pas moins des êtres de légende : LouisonBobet, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor les joyeux duettistes, Fausto Coppi et sa Dame Blanche (qui était une femme), Eddy Merxk au nom impossible à orthographier correctement, Bernard Hinault, Lens Armstrong ; tous ont gagné et même plusieurs fois le Tour. Sauf Poulidor, mais lui a gagné le cœur de la France.
Même si on n’y comprend rien, on n’oublie jamais quand une fois on l’a vue passer, la caravane aux allures de kermesse dominée par la crinière rousse et les dents blanches de la minuscule Yvette Horner et de son accordéon, juchés sur une camionnette bariolée d’ annonces publicitaires.
Mais qui se souvient de premier vainqueur du Tour de France ? Il se nommait Maurice Garin.  Le « Petit Ramoneur », surnom que lui avait valu son métier, a bouclé la boucle en 94 heures, 32 minutes et avec 2h. 29mn d’avance sur Pothier, le second. Parti de Villeneuve Saint Georges le 1° juillet 1903 à 15h 16, il a parcouru 2248km., perdu deux kilos et demi, et gagné 6000fr. de l’époque.
Si depuis ce temps, il arrive au Tour de France de déborder quelque peu de nos frontières, il se termine toujours à Paris sur les Champs-Elysées : la plus belle avenue du monde, pour les Dieux du Guidon.



Bourvil - A Bicyclette

samedi 29 juin 2013

La photo du samedi...

Qu'est-ce que c'est ?


D'autres images, d'autres mystères chez AMARTIA

mercredi 26 juin 2013

L'utopie de Claude

Le temps de présence
des enfants à l’école a triplé


Héritier des terres et de haute caste, comme dans de nombreux villages, le landlord est l’unique employeur et créancier du village. Mme Punjraj n’a pas de travail ; son mari est journalier à la ville. Vinod, son fils aîné, est naukar, employé au service du landlord, corvéable à merci pour un salaire qui n’excède pas 15 000 roupies par an (environ 200 euros). Son deuxième fils, Laxman, est un gwala, un enfant qui travaille pour le landlord en échange d’une réduction de la dette de ses parents. Sa fille va à l’école grâce aux aides de l’Etat, et le plus jeune fils attend d’être gwala à son tour. Ce système de servage féodal contribue à l’échec des nombreux mécanismes que l’Etat indien a mis en œuvre depuis l’indépendance pour sortir de la pauvreté l’immense majorité de sa population. Aujourd’hui, près d’un tiers de celle-ci vit avec moins de 1 euro par jour (2), alors que le pays continue de connaître une forte croissance économique (3).
A Panthbadodiya, une expérience-pilote pourrait changer significativement les conditions de vie des pauvres, ainsi que l’approche de la lutte contre la pauvreté. Le village participe au projet de revenu inconditionnel (Madhya Pradesh Unconditional Cash Transfer Pilot Project) conduit par l’Association des travailleuses autonomes (Self Employed Women’s Association, SEWA), un syndicat qui défend depuis quarante ans les femmes à bas revenus en Inde, avec des subsides du bureau indien du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). « L’expérience consiste à regarder ce qui se passe dans ces familles si cette somme est donnée inconditionnellement », explique Sarath Dewala. Sourire lumineux dans une barbe grisonnante, le directeur de recherche précise les fondements de l’étude : « Il s’agit de procurer aux individus une somme d’argent, modeste mais régulière, en liquide, en supplément à toute forme de revenu. »
Pendant dix-huit mois, Dewala et son équipe ont étudié les effets d’un revenu minimum mensuel attribué à quatre mille individus consentants dans huit villages, sans conditions de salaire, d’emploi, de caste, de sexe ou d’âge, et en leur laissant le libre usage de cet argent. Les adultes se sont vu attribuer chaque mois, en plus de leurs aides sociales, 200 roupies (2,70 euros). Une somme de 100 roupies par enfant est distribuée à la mère. Parmi ces villages-tests, quatre avaient reçu l’appui de la SEWA pendant plusieurs années : organisation de groupes de parole, de coopératives d’épargne (4), prêts bancaires, cours de gestion financière, accompagnement auprès des pouvoirs locaux… Douze autres villages, dans lesquels l’allocation n’est pas distribuée, servent de témoins pour l’étude comparative. L’initiative, qui fait suite à une autre conduite par la SEWA en milieu urbain dans un quartier de l’est de New Delhi, est le premier projet de recherche appliquée sur le revenu inconditionnel en Inde. L’hypothèse testée : le versement direct d’argent induit un changement des comportements qui se traduit par une amélioration des conditions de vie des familles, en particulier dans la nutrition et la santé des enfants.
Trois études — la première au début de l’expérience, la deuxième au milieu et la dernière à son terme — en ont confirmé les effets. Dans les villages bénéficiaires, les gens ont dépensé davantage pour acheter des œufs, de la viande et du poisson, ainsi que pour les traitements médicaux. Les résultats scolaires des enfants se sont améliorés dans 68 % des familles, et leur temps de présence à l’école a pratiquement triplé. L’épargne a également été multipliée par trois, et deux fois plus de personnes ont pu démarrer une nouvelle activité.
« Avec cet argent, nous pouvons acheter davantage de provisions, confirme Mme Punjraj. Je le dépense aussi pour mes médicaments, sans avoir à emprunter. J’ai pu rejoindre les femmes du groupe d’épargne. Je vais garder tout l’argent que je reçois pour les frais du mariage de mon fils. » Jusqu’à l’âge de 13 ans, le frère de son mari, Bahadua, était gwala, payé 4 000 roupies par an. Puis il est devenu  naukar pour 13 000 roupies. A cette époque, il devait emprunter sa ressource quotidienne au propriétaire terrien. A présent — il a 22 ans —, le revenu inconditionnel, sans lui permettre de vivre (ce n’est le cas pour personne), l’autorise à refuser ces conditions de travail.

lundi 24 juin 2013

L'utopie de Claude (suite)

En Inde, l’expérience revitalise les villages

Dans l’Etat indien du Madhya Pradesh, un syndicat de femmes a lancé en 2011 une expérience-pilote de revenu inconditionnel. La somme versée ne suffit pas pour se passer d’emploi, mais favorise les initiatives individuelles ou collectives, et permet de mieux vivre.
par Benjamin Fernandez, mai 2013

A trente kilomètres au sud de la ville d’Indore, dans l’Etat central du Madhya Pradesh, la route rocailleuse fend en deux le village de Panthbadodiya et le plonge dans un constant halo de poussière. C’est dans cet immense « cœur de l’Inde », qui abrite dans ses paysages arides la plus grande population dite « tribale » du pays, que la malnutrition frappe le plus durement. Sur un versant de la route, à l’écart des autres habitations, les femmes de l’ethnie bhil se rassemblent sur une natte posée au sol, devant les maisons faites de terre et de paille séchées. Majoritaires dans le district, les Bhils sont une tribu aborigène, selon la classification héritée de l’occupant britannique, ou scheduled tribe, selon les catégories établies par le gouvernement indien dans le cadre de la politique de « discrimination positive » en faveur des communautés et des castes défavorisées (1).
Mme Mamatabai Punjraj rajuste son foulard violet et ocre, qui la protège du soleil et de la poussière, ainsi que du regard des hommes. Le gouvernement indien, raconte-t-elle, lui a octroyé un bigha (environ un quart d’hectare) de terre à cultiver. Quelques mois plus tard, en tentant de récolter du bois de chauffe sur un arbre, elle a fait une chute et s’est brisé la jambe et la main gauches. « Pour payer les 25 000 roupies [environ 350 euros] d’admission à l’hôpital, nous avons dû hypothéquer notre terre pour 50 000 roupies. Avec les 25 000 restantes, nous avons acheté un demi-bigha que nous cultivons : du maïs à la saison des pluies et des haricots en hiver. Mais, l’an dernier, les pluies ne sont pas venues à temps et nous avons perdu notre récolte. Nous ne savons pas comment rembourser l’emprunt de 25 000 roupies auprès du propriétaire terrien. »


samedi 22 juin 2013

Claude manifeste...





Remarque odieuse et simplificatrice de la Rédaction (en la personne de Claude ndlr) : "Le Monde appartiendra à ceux qui se lèveront tôt avec des allumettes."

Voyons!!! Bounty.... les pavots, ça sent rien....


Des fleurs, des chiens, des gens.... on touve tout chez AMARTIA



vendredi 21 juin 2013

L'Utopie de Claude (suite)

Financer l’allocation universelle

par Baptiste Mylondo, mai 2013
« Mais ce serait impossible à financer ! » Voilà, d’ordinaire, la première objection faite aux promoteurs d’un revenu universel déconnecté de l’emploi. La première, mais sans doute aussi la plus faible.
Si l’on se fie à son produit intérieur brut (PIB), la France est aujourd’hui le cinquième pays le plus riche du monde. En 2010, le revenu disponible (après versement des prestations sociales et prélèvement des impôts directs) s’y élevait à 1 276 euros par mois et par personne, adultes et enfants confondus. Nous disposons donc de ressources suffisantes pour garantir à chaque individu 1 276 euros si l’on décidait d’opérer un partage strictement égalitaire. C’est nettement plus que le seuil de pauvreté actuel, fixé en France à 60 % du revenu médian (1), soit 960 euros par adulte. Qui peut le plus pouvant le moins, la France a donc sans nul doute les moyens d’assurer à tous ses résidents un revenu au moins égal au seuil de pauvreté.
Toutefois, si le financement est un faux problème, ses modalités, quant à elles, posent de vraies questions, car elles ne sont pas neutres et déterminent pour partie la portée d’un revenu inconditionnel en termes de transformation sociale et de partage des richesses. Un revenu garanti de gauche vise deux objectifs principaux : l’éradication de la pauvreté et une forte réduction des inégalités. Mais, selon les choix opérés, il pourrait n’atteindre que le premier. Ce serait notamment le cas du financement par création monétaire (2) envisagé par certains auteurs. Surtout si celle-ci était généreusement confiée aux banques par le biais d’un grand emprunt — l’une des options proposées, par exemple, par l’économiste Yoland Bresson.
En plus de participer d’une logique de réduction des inégalités, les modalités de financement doivent aussi respecter des principes de prudence, de pérennité, d’adéquation, de cohérence et de pertinence. Elles doivent permettre une amélioration des conditions de vie, et, pour cela, il faut commencer par veiller à ce qu’elles n’entraînent pas une dégradation de la situation des plus démunis ni ne remettent en question les acquis sociaux. Cette considération est essentielle, et explique en partie les réserves, voire l’hostilité, exprimées par les syndicats. Le revenu inconditionnel n’impliquerait-il pas un recul de la protection sociale ?
La question se pose surtout lorsqu’on envisage son autofinancement. En effet, on peut considérer que des fragments du revenu garanti sont déjà versés aujourd’hui, partiellement et sous condition, sous la forme de prestations sociales, de subventions diverses ou de bourses. Un revenu inconditionnel pourrait donc remplacer certains de ces dispositifs. Certains, peut-être, mais certainement pas tous, sauf à tomber dans la logique des propositions libérales.
Il convient par exemple de distinguer les prestations contributives relevant du régime assurantiel, financées par la cotisation — retraites, Sécurité sociale —, et les prestations non contributives — les aides sociales —, qui relèvent du régime de solidarité nationale et sont financées par l’impôt. Le revenu inconditionnel ne saurait remplacer le système assurantiel, dont les prestations ne visent pas simplement à protéger de la pauvreté, mais aussi à garantir le maintien du niveau de vie. En revanche, il peut remplacer les aides sociales auxquelles il viendrait se substituer parfaitement et avantageusement. « Avantageusement » : le montant du revenu inconditionnel devrait être au moins égal à celui de la prestation supprimée — comme l’actuel revenu de solidarité active (RSA) ou les bourses étudiantes. Par contre, pas question de supprimer la couverture-maladie universelle ou l’allocation aux adultes handicapés (AAH), qui ont des objets bien spécifiques. Cela laisse malgré tout une bonne marge de manœuvre en termes de transferts budgétaires, et donc d’autofinancement potentiel du revenu inconditionnel. Suivant les arbitrages et le montant choisis, cet autofinancement peut représenter plus d’un tiers de l’investissement nécessaire.
Mais il faut encore trouver d’autres ressources. Plusieurs options peuvent être envisagées : l’introduction de nouvelles taxes ciblées, une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ou des impôts sur le revenu ou le patrimoine.
Certains impôts ont pour but d’orienter les comportements individuels grâce à des dispositifs incitatifs ou pénalisants. Ainsi, les écotaxes, la taxe Tobin sur les transactions financières, la taxe Keynes sur les transactions boursières, le plafonnement des rémunérations et des revenus (salaire et revenu maximums) sont parfois avancés comme des pistes de financement du revenu inconditionnel. Ils présentent en effet deux avantages notables. D’une part, l’écrasante majorité des contribuables n’y seraient pas ou peu assujettis. D’autre part, ils sanctionnent des comportements que l’opinion réprouve : nuisances écologiques, spéculation boursière, rémunérations obscènes et inégalitaires.
Toutefois, il serait hasardeux de miser sur des comportements que l’on souhaite voir disparaître. Ainsi, si l’on se proposait de financer pour partie le revenu inconditionnel grâce à une taxe Tobin (3), le maintien du revenu inconditionnel dépendrait étroitement de la voracité des spéculateurs. Le problème est le même avec les écotaxes : c’est un peu comme si l’on décidait de financer l’éducation nationale grâce aux recettes des contraventions routières, en comptant sur l’irresponsabilité des automobilistes...
Il doit y avoir une adéquation entre la mesure financée et son mode de financement : la prévention routière peut être payée par les recettes des contraventions, par exemple. Il ne s’agit pas de renoncer aux taxes ciblées ; mais leur usage pour la mise en place d’un revenu inconditionnel ne pourrait qu’être transitoire — ou, du moins, il faudrait l’espérer.
Popularisé par le documentaire suisse Le Revenu de base.Une impulsion culturelle (4), le financement par une hausse de la TVA est une autre option. Les auteurs du film, Daniel Häni et Enno Schmidt, proposent un système fiscal réformé ne reposant plus que sur l’impôt à la consommation. Cette possibilité présente plusieurs avantages. D’abord, puisque tout le monde est consommateur, tout le monde s’acquitte de cette taxe. Or plus l’assiette est large, plus les taux appliqués peuvent être modérés. Ensuite, la TVA, directement intégrée dans les prix, est moins perçue par les contribuables que des taxes ciblées ou des prélèvements opérés après avis d’imposition. Par ailleurs, dans l’optique d’un impôt unique sur la consommation, le risque de fraude fiscale serait limité et ne concernerait que le marché noir. Enfin, la combinaison d’une taxe proportionnelle — la TVA — et d’une prestation forfaitaire — le revenu de base — équivaudrait selon Häni et Schmidt à la mise en place d’un impôt progressif, donc redistributif. Alors que l’on reproche souvent à la TVA son caractère inégalitaire et régressif, l’argument est important.
Un tel mode de financement soulève malgré tout certaines questions. D’un point de vue technique, on peut craindre qu’une hausse de la TVA ne vienne compliquer la lutte contre la pauvreté en entraînant une augmentation des prix. Le revenu inconditionnel sera-t-il encore suffisant une fois que les prix auront augmenté ? Et, si les prix n’augmentent pas, les entreprises pourraient essayer de compenser la hausse de la TVA par une baisse équivalente des salaires. C’est d’ailleurs cette seconde hypothèse qui est retenue dans le documentaire.
Mais c’est surtout une question de cohérence qui doit être soulevée, notamment si le revenu inconditionnel est porté par une gauche antiproductiviste. Après avoir misé sur l’appât du gain des spéculateurs (taxes Tobin et Keynes) et sur l’inconscience écologique des citoyens (écotaxes), peut-on vraiment compter sur l’ardeur des consommateurs pour financer le revenu inconditionnel, et reconnaître ainsi une utilité sociale à la consommation ?
Une autre question porte sur la progressivité supposée du couple TVA-revenu inconditionnel. Cette progressivité demeure approximative, voire franchement contestable. Elle dépend de l’application de taux différenciés pour les produits de première nécessité, les produits de consommation courante et les produits de luxe ; mais elle dépend surtout du mode de consommation des individus et de leur niveau d’épargne. Les auteurs du Revenu de base éludent cette question en ne faisant référence qu’au revenu consommé, et non à l’ensemble du revenu. C’est oublier qu’en matière de TVA l’épargne demeure une niche fiscale inégalement accessible et doublement rentable : non seulement elle est défiscalisée, mais elle est rémunérée, ce qui génère de nouvelles inégalités... Or, dans un souci de cohérence, le revenu inconditionnel devrait être mis au service d’une répartition plus juste des revenus.
On peut imaginer une hausse de l’impôt sur les sociétés, mais on peut surtout s’intéresser à la hausse des cotisations sociales proposée par Bernard Friot (5) et le Réseau salariat. Dans leur optique, il s’agit d’instaurer un « salaire à vie », et non un revenu inconditionnel. On ne discutera pas ici des avantages et des inconvénients de cette option (6), mais la réflexion sur le financement demeure pertinente. Remettant en question, à juste titre, la propriété privée lucrative, Friot propose de réaffecter presque intégralement la richesse produite par les entreprises — qui deviendraient alors « sans but lucratif » — à des caisses de cotisations permettant de financer, d’une part, un salaire à vie et, d’autre part, de l’investissement mutualisé.
Cette perspective bénéficie d’abord de la force symbolique de la cotisation, de son héritage historique. Elle va ensuite à rebours de la tendance actuelle qui voit les rémunérations du capital rogner peu à peu les rémunérations du travail. Elle s’accompagne enfin d’une gestion paritaire des cotisations échappant partiellement au contrôle de l’Etat.
Une dernière possibilité — dans cette liste non exhaustive de solutions sans doute appelées à se combiner — consisterait à s’appuyer sur l’impôt sur le revenu. L’avantage est que cela apporterait une réponse évidente à la question de la progressivité des prélèvements, mais aussi à celle de la hausse des prix, en faisant porter le financement sur les revenus des personnes physiques — ce qui ne signifie évidemment pas l’abandon par ailleurs de toute imposition des personnes morales. L’inconvénient est qu’un financement par l’impôt implique une profonde réforme fiscale et une forte hausse des taux d’imposition. Sur ce dernier point, les simulations de Marc de Basquiat (7) laissent présager une augmentation de l’ordre de 30 à 50 % du taux moyen de l’impôt sur le revenu si l’on souhaite financer un revenu inconditionnel de gauche.
L’ampleur de cette hausse doit toutefois être relativisée. D’abord, elle serait déjà plus modérée si elle s’étendait à l’ensemble des revenus : revenus de l’emploi, du capital, du patrimoine, successions, etc. En outre, elle devrait être équitablement répartie entre tous les contribuables. Dès lors, toujours dans une logique de réduction des inégalités, le recours à une flat tax, cet impôt proportionnel proposé par certains auteurs ultralibéraux, et déjà en vigueur en Russie et dans de nombreux pays d’Europe de l’Est (8), n’est certainement pas la solution. Au contraire, c’est la progressivité de l’impôt qui devrait être accentuée. Il conviendrait donc de taxer davantage les foyers les plus aisés, en réintroduisant des taux d’imposition très élevés sur les revenus très élevés, et même un plafonnement des rémunérations pour les revenus trop élevés, dans une logique non plus simplement de financement, mais bien de réduction des inégalités.
Parallèlement, et pour limiter la hausse des taux d’imposition sur les premières tranches, il conviendrait de taxer davantage le patrimoine. D’ailleurs, si les inégalités de revenu sont flagrantes en France, les inégalités de patrimoine sont encore plus criantes, et justifient parfaitement cette réponse fiscale.
Bien sûr, on peut s’interroger sur la pérennité d’un mode de financement basé sur une réforme de l’impôt sur le revenu. Ne peut-on craindre que l’augmentation du taux d’imposition d’une part et le versement d’un revenu inconditionnel d’autre part n’incitent les individus à réduire leur temps d’emploi ? L’activité économique et, avec elle, la source de financement de ce revenu s’en trouveraient alors fortement affectées... Un mécanisme simple permet d’y remédier : toute baisse d’activité altérera la base de financement du revenu inconditionnel et, avec elle, le montant de ce revenu, ravivant l’incitation à travailler. Et, par ailleurs, si le financement du revenu inconditionnel fait baisser la production, tant mieux : la logique non productiviste qui le fonde s’en trouverait concrétisée.
Compte tenu des défauts du système actuel, on pourrait sans doute s’accommoder d’un recul de l’activité économique ; mais, si la capacité de la société à répondre à ses besoins était remise en question, chaque actif, confronté à la baisse de son revenu inconditionnel, serait amené à travailler pour compléter ce revenu, contribuant ainsi à répondre aux besoins de tous…
Baptiste Mylondo
Auteur de Pour un revenu sans condition, Utopia, Paris, 2012.
(1) Qui sépare la population en deux parts égales, l’une percevant davantage, l’autre moins.
(2) On met de plus en plus d’argent en circulation, ce qui, dans le langage courant, s’appelle «  faire marcher la planche à billets  ». Cela passe le plus souvent par les banques, qui accordent alors plus de crédits qu’elles n’ont de dépôts.
(3) Option de financement proposée notamment, à titre transitoire, par Jean-Marie Monnier et Carlo Vercellone, «  Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire. Approche méthodologique  », Mouvements, Paris, février 2013.
(4) Daniel Häni et Enno Schmidt, Le Revenu de base. Une impulsion culturelle, 2008, http://le-revenu-de-base.blogspot.fr
(5) Lire Bernard Friot, «  La cotisation, levier d’émancipation  », Le Monde diplomatique, février 2012, et L’Enjeu du salaire, La Dispute, Paris, 2012.
(6) Pour une discussion critique, cf. Baptiste Mylondo, Pour un revenu sans condition, Utopia, Paris, 2012, p. 59-70.
(7) Marc de Basquiat, «  Un revenu pour tous, mais à quel montant  ? Comment le financer  ? Micro-simulation de l’allocation universelle en France  », Mouvements, février 2013.
(8Cf. Anthony Atkinson, Public Economics in Action. The Basic Income / Flat Tax Proposal,Oxford University Press, 1995, ou la contribution de Marc de Basquiat dans le livre du CJD, Objectif oïkos. Livre blanc du CJD, Eyrolles, Paris, 2012.
Revenu garanti, une utopie à portée de main