vendredi 31 mai 2013

Le photo de ... samedi dernier



C'était "Envie de Jardin 2013"  en résumé.


D'autres jardins, d'autres fêtes chez Amartia.

jeudi 30 mai 2013

mercredi 29 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (fin)

Or donc, Saint-Bonnet était prisonnier, enchaîné, on l’avait vu les menottes aux poignets et pourtant, redouté des uns et aimé des autres, on ne trouvait personne qui voulut témoigner contre lui. Alors le bruit se répandit qu’il refuserait la liberté tant qu’il ne serait pas pleinement justifié ; puis on sut d’autre part qu’on avait payé le déplacement des quelques rares personnes qui, ayant appris son incarcération avait osé déposer contre lui. Ces rumeurs et quelques avis placardés dans les paroisses délièrent les langues ; surtout les mauvaises !
Monsieur de La Palissonnière, avait envoyé à Chartres l’intendant criminel d’Orléans qui reçut les dépositions récoltées par les curés. L’intendant fit savoir par huissier à tous les témoins qu’ils allaient devoir se présenter à la Tour de Chartres pour être confrontés devant lui à l’accusé. Ce fut un beau désordre ; sur les deux cent témoins convoqués, certains persistaient à charger le prisonnier, mais d’autres l’innocentaient ; certains avaient vu, d’autres n’avaient qu’ouï dire. Mais hélas, l’affaire était entendue d’avance. Noël approchait ; alors que le détenu s’apprêtait à entendre la messe de minuit, les archers firent irruption dans son cachot, le saisirent, le ligotèrent sur un cheval pour le conduire à Orléans où il fut mis en cellule.
Bien que prisonnier, on continuait à le redouter ; il avait des amis et on craignait un complot pour le délivrer. Son procès fut bientôt terminé. Condamné à avoir la tête tranchée et exposée à Chartres sur la porte Guillaume, le jour de l’exécution fut fixé au 25 janvier 1666, jour de la Conversion de saint Paul, comme l’annonçaient ces quatre vers :
Le jour de la Conversion de saint Paul,
Saint-Bonnet présenta son col,
Etant monté sur l’échafaud,
Livra sa tête à trois bourreaux.
Car il en fallut trois, tant Saint-Bonnet était encore redouté, tant on craignait toujours un coup de force. A plus de cinquante lieues à la ronde, on parlait du procès et de la condamnation de cet homme qui comptait encore des amis.
Le jour de l’exécution, la garnison d’Orléans était sous les armes ; les portes de la ville étaient fermées et gardées. On fit monter  sur une charrette le condamné, accompagné de deux bons pères. En passant devant l’église Sainte-Catherine, il demanda un arrêt et alla s’agenouiller sur le parvis. Enfin, parvenu à la place où était dressé l’échafaud, il y monta hardiment en saluant l’assistance ; il y avait là, dit la chronique, plus de dix mille personnes. Il refusa d’avoir les yeux bandés et se mit à genoux devant le billot. 
On avait fait venir le bourreau de Paris, celui d’Orléans et celui de Chartres. Trois bourreaux pour un seul condamné… L’un lui lia les mains et les jambes, un autre lui coupa les cheveux et fit signe au troisième qui s’approcha le coutelas à la main pour faire son devoir. Saint-Bonnet, si intrépide qu’il fût,  eut néanmoins un réflexe de frayeur qui fit dévier le coup ; l’exécuteur lui coupa la moitié du menton. Saint-Bonnet sous la douleur tenta de se relever et rompit les cordes qui lui liaient les jambes. Il s’en fallut de peu qu’il ne tombât de l’échafaud ; un des bourreaux le rattrapa par une jambe et le remit en place ; l’autre l’empoigna par les cheveux tandis que le troisième achevait de lui trancher le cou. Cette boucherie terminée, le bourreau de Chartres prit la tête, la mit dans un sac pour la rapporter dans sa ville. Au bout d’une pique, la tête du malheureux Saint-Bonnet fut plantée à la tour Guillaume où elle resta pourrir deux ans, avant de tomber dans les fossés de la ville.

Ainsi périt Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné, le dernier de ses frères, les plus nobles, les plus estimés gentilshommes d’un pays où l’on se souvenait encore de leur grand-père, Grand Ecuyer de France, tué à la bataille de Dreux. On pouvait voir encore à cette époque son effigie dans la chapelle Saint-Crépin en l’église Saint-Pierre de Dreux.
Le corps de Monsieur de Saint-Bonnet fut inhumé en l’église Saint-Paul à Orléans en présence de toute la noblesse de la ville.
Longtemps après ces évènements on regrettait l’infortuné gentilhomme dont on continuait à louer  la vaillance et l’adresse. Sa renommée dépassait la province et on disait de lui qu’il était la meilleure épée de France. Et la légende nous est parvenue d’un homme dont aucun adversaire n’était venu à bout, bon cavalier, adroit aux armes, généreux et à qui  la grâce fut donnée de mourir en bon chrétien.


lundi 27 mai 2013

L'Âme des Poètes: Sainte-Beuve

 Les quelques romans publiés par Charles - Augustin de Sainte-Beuve, n'ont pas laissé un souvenir impérissable. C'est pour ses nombreuses chroniques et critiques littéraires qu'il est le plus connu.
Sans l'amour que lui inspira Adèle Hugo, aurait-il mérité de figurer dans une anthologie poétique?
Né en 1804 à Boulogne sur mer, il n'a pas connu son père, mort d'une angine avant sa naissance.
Parcours scolaire sans encombre; il remporte en 1822 un premier prix de poésie latine, puis il suit des études de médecine qu'il abandonne en 1827 pour se consacrer à la littérature.
En janvier 1827, il fait une critique élogieuse des Odes et Ballades de Victor Hugo et se lie d'amitié avec lui. Il tombe amoureux de l'épouse du poète, Adèle; qui résista vaillamment avant de succomber.
Et comment résister à qui vous prie de ces vers?

Oh! laissez-vous aimer!... ce n'est pas un retour,
Ce n'est pas un aveu que mon ardeur réclame;
Ce n'est pas de verser mon âme dans votre âme,
Ni de vous enivrer des langueurs de l'amour;

Ce n'est pas d'enlacer en mes bras le contour
De ces bras, de ce sein; d'embrasser de ma flamme
Ces lèvres de corail si fraîches; non, madame,
Mon feu pour vous est pur, aussi pur que le jour.

Mais seulement, le soir, vous parler à la fête,
Et tout bas, bien longtemps, vers vous penchant la tête,
Murmurer de ces riens qui vous savent charmer;

Voir vos yeux indulgents plus mollement reluire,
Puis prendre votre main, et courant, vous conduire
A la danse légère... oh! laissez-vous aimer!

Victor Hugo, se consolera sans peine dans les bras de Juliette Drouet et ne gardera pas rancune envers son rival, puisqu'en 1844, il le recevra à l'Académie Française , quand Sainte-Beuve y succédera au fauteuil de Casimir Delavigne.
La politique les divisera plus la rivalité amoureuse puisque contrairement à Victor Hugo, Sainte-Beuve de ralliera au Second Empire. 
En 1854, il obtient la chaire de poésie latine au Collège de France, dont il devra démissionner après avoir été conspué par des étudiants en désaccord avec ses opinions politiques.
En 1865, il est sénateur et défendra jusqu'à sa mort en 1869, la liberté d'écrire et de penser.

Le Monde de Claude



    2 mai 2013
ANALYSE

Ce que montre le " mur des cons " : la neutralité du juge est un leurre

Le plus étonnant, avec cette mince affaire de " mur des cons " du Syndicat de la magistrature, est bien qu'elle ait déclenché une telle tempête. Que " l'humour potache " soit d'un goût contestable, que les personnalités épinglées en soient mortifiées, que la droite fasse flèche de tout bois s'entend bien. Mais le petit scandale devenu affaire d’État ne s'explique guère sans revenir sur cet impensé profond de la société française : qu'est-ce qu'être un juge ?
La mayonnaise a pris en raison de plusieurs facteurs. Il s'agit d'abord d'une opération politique fort bien menée. Clément Weill-Raynal, le journaliste de France 3, après avoir nié l'évidence, a reconnu lundi 29 avril avoir volé les images. " J'assume parfaitement être l'auteur de la vidéo du "mur des cons" et j'en suis fier ", a indiqué le journaliste au site Atlantico. Il assure avoir donné les images à " un magistrat " : sans doute plutôt à un avocat (le sien), Me Gilles-William Goldnadel, membre de l'UMP, chroniqueur à Atlantico et membre du très droitier Institut pour la justice. Me Goldnadel le conteste, peu importe.
Second facteur, le pilonnage des réseaux sociaux qui fait grossir la vidéo volée pour en faire une information. C'est un problème. N'importe qui peut enregistrer au restaurant la conversation d'une personnalité qui fait une blague douteuse sur les femmes, les fonctionnaires ou le mariage gay, et la diffuser au restant de la planète. Est-ce comparable ? Sans doute : les locaux du Syndicat de la magistrature sont abrités dans un immeuble du ministère de la justice protégé par un Interphone, un portique et une poignée de fonctionnaires, et on n'y accède que sur rendez-vous. Amusant renversement : si la justice devait poursuivre l'affaire, Atlantico serait condamné pénalement puisque le site est incontestablement le seul responsable de la publicité faite à l'injure.
Une fois l'affaire ébruitée, les politiques s'en saisissent et la retournent contre la ministre de la justice. Le général Philippe Schmitt, père de la jeune Anne-Lorraine assassinée dans le RER en 2007 et lui-même affiché sur le " mur des cons ", l'a dit sans détour : " On est en présence d'un syndicat minoritaire, mais qui paradoxalement a une influence bien plus importante que ce qu'il représente. Il compose, à la grande majorité de ses membres, le cabinet de Christiane Taubira. "  Deux seulement, en fait, et qui sont partis depuis, mais c'est égal : la garde des sceaux a assez senti le vent du boulet pour prendre des distances croissantes avec le Syndicat de la magistrature.
Ce qui choque, en réalité, c'est que le " mur des cons " vienne de juges. Qu'un syndicat d'employés se moque en privé de son patron n'intéresse personne. Mais le magistrat doit, dans l'imaginaire français, être d'une absolue neutralité, ce qui n'a rien à voir avec l'impartialité, garantie par les textes, la procédure ou la collégialité. L'idéologie de la neutralité suppose que le juge reste en dehors du champ social. Or le juge, comme tout le monde, pense, vote, divorce et dit parfois des conneries. Et c'est très sain : on ne peut pas reprocher à la fois à la magistrature de vivre dans une tour d'ivoire et d'être membre à part entière de la communauté, donc de se syndiquer, voire de réfléchir à l'exercice de son métier.
Imaginaire français
Cette réticence s'appuie sur un fantasme bien ancré : les juges rouges. Or la magistrature, comme la police, est un métier d'ordre, qui attire surtout les jeunes gens de bonne famille. L'immense majorité des magistrats est proche de la droite libérale ; à gauche, le Syndicat de la magistrature, dont le combat est clairement politique, ne rassemble qu'un petit tiers du corps, et moins encore de militants. La thèse de la " justice laxiste " ne résiste pas plus à l'examen : les prisons n'ont jamais été aussi pleines, et on condamne d'abord en France les pauvres, les illettrés, les paumés et les fous.
Autre curiosité, le juge rouge fait peur, pas le bleu ou le brun. Il n'a ainsi jamais été question de dissoudre l'Association professionnelle des magistrats (APM), fondée en 1981 contre la gauche. Un de ses membres, avocat général à la Cour de cassation, avait pourtant osé un calembour antisémite dans la revue du syndicat et été condamné pour injure raciale. Son président, Georges Fenech, a été mis en examen en 2001, puis blanchi par le tribunal, lorsqu'il s'est avéré que le marchand d'armes Pierre Falcone était à ce point passionné par la petite revue du syndicat qu'il assurait à lui seul la moitié du budget syndical. Personne n'a tempêté contre la couleur politique résolument affichée du syndicat.
Ce qui n'empêche pas Georges Fenech, aujourd'hui député UMP du Rhône, de juger que le " mur des cons " " est tout bonnement l'expression d'une forme de politisation de la justice ". Que l'ancien procureur Alain Marsaud soit devenu député UMP, que Jean-Louis Bruguière ait cherché à l'être ne gêne heureusement personne. Jean-Paul Garraud, député UMP - qui avait déclaré, en 2012 : " Il y a un certain nombre de convictions communes avec le FN " -, est retourné, une fois battu, en juridiction : il est désormais avocat général à Poitiers et nul ne songe à le récuser.
Les juges, comme tout le monde, ont le droit de penser en privé que les autres sont des cons, voire de l'être eux-mêmes. Le général de Gaulle avait croisé en 1944 une Jeep sur laquelle était écrit : " Mort aux cons ", a rappelé Me Daniel Soulez-Larivière dans Le Figaro. Le général avait marmonné : " Vaste programme. " .
par Franck Johannès
Service Société  © Le Monde


dimanche 26 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (8)



Voilà donc la raison pour laquelle le vice-bailly, ayant bien trop à faire pour s’aider lui-même, n’avait été d’aucun secours pour son ami Saint Bonnet, le seul des frères, si l’on excepte ceux qui étaient religieux, à rester en vie.
Il s’était depuis, établi à la Gouffrie sur la paroisse de Saint Martin de Lezeau. Fidèle à ses habitudes, il ne pût faire autrement que se mettre en délicatesse avec le curé qui le prit en aversion et alla s’en plaindre au maréchal de La Ferté qui résidait alors à La Loupe. Il en dit tant et tant de faux plus que de vrai, que le Maréchal convoqua Saint Bonnet en ces termes : « Nous, Maréchaux de France, commandons au sieur de Saint-Bonnet de nous venir trouver en notre château de La Loupe, demain matin. » et c’était signé Maréchal de La Ferté.
Saint Bonnet obtempéra et se fit vertement tancer :
-« Par corbleu, Saint-Bonnet, vous ferez toujours le méchant ; que je vous dise en quatre paroles ce qu’il en est : premièrement, vous n’allez pas à la messe ; secondement, vous avez manqué votre curé d’un coup de carabine comme il portait le sacrement à un malade ; troisièmement vous fâchez tout le monde ; en quatrième lieux vous faites les grains de tous les particuliers à vos chevaux … Prenez garde ! je vous mettrai quatre prévôts après les fesses, qui vous attraperons bientôt ! »
L’imprudent Saint-Bonnet répondit : « Monseigneur, s’il y a une de ces choses de véritable, je ne veux pas être pendu, mais je veux être rompu vif ! Il est vrai que je ne vais point à la messe de mon curé, mais j’y vais à Maillebois ; secondement, je ne porte point de carabine et qui plus est il n’y a pas de malade dans ma paroisse ; troisièmement, il n’y a personne qui se plaigne de moi dans le pays. Mais Monseigneur, faites s’il vous plaît informer sur toutes ces choses, et vous verrez qu’il n’a pas dit une seule parole véritable ! »
Le Maréchal à demi convaincu congédia Saint-Bonnet avec cet avertissement : « Adieu Saint-Bonnet, gouvernez-vous bien et prenez garde à vous ! »
Alors qu’il s’en retournait, Saint- Bonnet rencontra un de ses amis, l’abbé de Fonteny qui était l’aumônier du Maréchal. Il lui confia ses déboires ; l’abbé le rassura en lui disant que La Ferté avait bien d’autres soucis et plus graves et qu’il se faisait fort de l’apaiser. Saint Bonnet selon lui n’avait rien à redouter. Du temps passa et n’entendant plus parler de rien, Saint-Bonnet rentré à la Gouffrie  oublia toute l’affaire.
Mais le curé de Saint-Martin, lui, n’oubliait rien et voyant le Maréchal faire si peu de cas de ses griefs, il s’en fut jusqu’à Orléans trouver l’Intendant du moment, Monsieur de la Palissonnière. Il lui raconta à sa mode la vie des Saint-Bonnet en n’omettant aucune des calomnies aucun des mensonges qui se colportaient à leur sujet, les siens tous les premiers. L’intendant lui accorda foi et ordonna au nouveau Vice-Bailly de Chartres d’arrêter le trublion. Aussi le 17 juillet 1665, le Vice-Bailly entouré d’une forte escorte vint s’embusquer dans les bois de Saint-Vincent escomptant que Saint-Bonnet ne manquerait pas de passer par là et qu’il le prendrait sans coup férir. Il avait avec lui vingt-deux archers, mais aucun, le jour où Saint-Bonnet traversa le bois n’osa l’approcher tant sa réputation de hardi cavalier, d’agilité et d’adresse aux armes les terrifiait. Pendant plusieurs jour, Saint-Bonnet battit tranquillement la campagne tant ces braves craignaient pour leur peau. Le temps passait ; finalement, le Vice-Bailly et ses archers résolurent d’attendre la nuit et d’aller se cacher dans la grange du curé de Saint-Martin. C’était un vendredi ; ils y passèrent la journée et la nuit du lendemain. Le  dimanche au matin, Monsieur de Saint-Bonnet, pour se conformer aux recommandations du Maréchal, vint entendre la messe à Saint-Martin. Mal lui en prit ; un homme du Vice-Bailly placé là en espion le vit entrer et courut à la grange pour avertir la  troupe qui fit irruption dans l’église. Saint Bonnet n’avait pour armes que son épée et un fusil. Le jeune de La Hillière, son neveu l’accompagnait. Au milieu de l’office, et à deux contre plus de vingt, ils n’avaient aucune chance. Ils durent se rendre ; on prit les cordes des cloches de l’église pour les garrotter, puis on les traîna jusqu’ à la Gouffrie. Là, on jucha Saint Bonnet sur un de ses chevaux et dans cet équipage, il fut conduit et emprisonné à Chartres où on le laissa croupir. On fit de cet épisode une chanson avec ces quatre vers pour refrain :

Le dix- neuvième de juillet
Un dimanche de grand matin
Fut pris le sieur de Saint-Bonnet
Dans l’église de Saint Martin.

vendredi 24 mai 2013

La photo du samedi...


Pour Amartia et aussi pour le concours de "bureaux bien rangés" de Lulu...

Que font les chats chez Amartia??

mercredi 22 mai 2013

Lire et relire


Dan BROWN - Le Symbole perdu-

On a le droit de temps à autre, de lire une bonne grosse daube dans laquelle on apprend entre autres, que le Yi-King et les tarots sont des méthodes divinatoires.
En ce qui me concerne, les tarots évoquent un jeu  qui fit ma joie pendant de longues soirées d'hiver rustiques. J'aime ces longues et fortes cartes aux images plus fouillées que celles des traditionnelles 32 de la belote . Et de même qu'à la belote je jouais au mépris de toutes les règles pour le seule bonheur de pouvoir annoncer:"Belote, rebelote et dix de der!", au tarots mon but ultime était "d'emmener le Petit au bout". Ces plaisirs sémantiques firent de moi une calamité pour les partenaires auxquels j'étais attribuée. Bien évidemment, je sais qu'existent le Tarot de Marseille et le Jeu de Mlle Lhéritier; mais s'il en est de la divination par les tarots comme pour le Yi-King, alors là, tel  le soleil à l'horizon des champs voisins, le doute s'élève, flamboyant et majestueux, salué par les aboiements respectueux de mes chiennes.
Le Yi-King ne prédit pas l'avenir; il vous informe simplement de ce qui risque d'arriver dans telle ou telle conjoncture, si on fait fi de ses avis. Et là, croyez-en mon expérience, ça rigole pas! 
Tout ça pour dire que, si dans le Symbole Perdu, les "révélations" concernant les Francs-Maçons sont de la même exactitude, ne vous en servez pas pour briller dans les dîners en ville. Il pourrait s'y trouver un "frère" pour vous rabattre le caquet.
A part ça, si vous pouvez dépasser le mépris pour la grammaire , la syntaxe et le "beau français" du traducteur, si clichés et lieux communs ne vous dérangent pas... il reste une promenade autour des monuments de Washington, une intrigue assez bien ficelée, un certain suspens, au moins jusqu'aux deux tiers du bouquin. A partir de là, on peut se demander si l'auteur comme autrefois Eugène Sue ou Alexandre Dumas, ne serait pas ,par hasard, payé à la page.

George Harrison - While My Guitar Gently Weeps (The Concert For Banglade...

mardi 21 mai 2013

Courrier du coeur



Première lettre d’amour de la Religieuse portugaise

Considère, mon amour, jusqu’à quel excès tu as manqué de prévoyance. Ah, malheureux ! Tu as été trahi, et tu m’as trahie par des espérances trompeuses.
Une passion sur laquelle tu avais fait tant de projets de plaisirs ne te cause présentement qu’un mortel désespoir qui ne peut être comparé qu’à la cruauté de l’absence qui le cause. Quoi ! cette absence, à laquelle ma douleur, toute ingénieuse qu’elle est, ne peut donner un nom assez funeste, me privera donc pour toujours de regarder ces yeux dans lesquels je voyais tant d’amour et qui me faisaient connaître des mouvements qui me comblaient de joie, qui me tenaient lieu de toutes choses et qui enfin me suffisaient ? Hélas ! les miens sont privés de la seule lumière qui les animait, il ne leur reste que des larmes, et je ne les ai employés à aucun usage qu’à pleurer sans cesse depuis que j’ai appris que vous étiez enfin résolu à un éloignement qui m’est si insupportable qu’il me fera mourir en peu de temps. Cependant il me semble que j’ai quelque attachement pour des malheurs dont vous êtes la seule cause : je vous ai destiné ma vie aussitôt que je vous ai vu, et je sens quelque plaisir en vous la sacrifiant. J’envoie mille fois le jour mes soupirs vers vous, ils vous cherchent en tous lieux, et ils ne me rapportent pour toute récompense de tant d’inquiétudes qu’un avertissement trop sincère que me donne ma mauvaise fortune qui a la cruauté de ne pas souffrir que je me flatte et qui me dit à tous moments : « Cesse, cesse, Marianne infortunée, de te consumer vainement et de chercher un amant que tu ne verras jamais, qui a passé les mers pour te fuir, qui est en France au milieu des plaisirs, qui ne pense pas un seul moment à tes douleurs et qui te dispense de tous ces transports dont il ne te sais aucun gré ! »

GUILLERAGUES ?

dimanche 19 mai 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (7)


C’était compter sans la comète ! Une comète d’une grosseur prodigieuse, dont la longue queue balaya le ciel de 1664 pendant quinze jours. Tout le monde était épouvanté et l’on ne pouvait que prévoir de funestes évènements.
Pourtant la Fronde était loin, Mazarin était mort depuis trois ans, Fouquet emprisonné. Louis XIV s’affirmait comme monarque absolu, commençait la transformation de Versailles et allait faire  du modeste rendez-vous de chasse de son père, un des plus beaux palais d’Europe. Colbert devenait ministre d’état et surintendant des Bâtiments Royaux, tandis que Louvois était nommé secrétaire d’Etat à la Guerre et Dieu sait qu’il allait avoir à faire. Une révolte contre la gabelle éclatait dans les Landes tandis que chez nous, on apprenait pourquoi monsieur de Majenville, vice-bailly de Chartres n’avait pu porter secours à son ami Saint-Bonnet. Homme d’esprit, fort intelligent, adroit aux armes , bon et intrépide cavalier, apprécié de la Cour, bref, ce parfait homme de qualité était accusé de vol et pire de fabriquer de la fausse monnaie.
Voici comment on découvrit l’affaire.
Monsieur de Majenville avait une servante qui allait à confesse. Le prêtre, dénommé Lair à qui elle confia savoir que son maître trafiquait les monnaies refusa de lui donner l’absolution. Furieuse, elle ne put s’empêcher de s’en plaindre de telle sorte que Majenville apprit que le prêtre était au courant de ses manigances.
Le Vice-Bailly, prenant prétexte que Lair tirait sur ses pigeons et détenait des armes sans autorisation, le fit emprisonner. Et comme un prisonnier peut encore parler, Majenville paya le geôlier pour qu’il assassine en douceur le malheureux prêtre. Mais le pauvre homme avait des amis ; on commença à beaucoup parler, du sort du curé et des raisons pour lesquelles il en était là. Majenville allait employer les grands moyens ; un nuit, alors que toute la ville dormait, il fit enfumer le cachot et Lair mourut asphyxié. Mais avant de trépasser, il eut le temps de dénoncer le vice-bailly et de clamer qu’il mourait pour avoir dit la vérité. Il fut entendu de prisonniers des cellules voisines et d’autres témoins. Le lendemain matin, on le trouva mort, à genoux et serrant son bréviaire. Il eut droit à d’honorables funérailles et quelqu’un sur sa tombe fit mémoire d’une prophétie de Nostradamus qui disait :
En l’an 1664,
Lair sera étouffé en prison de Chartres
Le geôlier assassin fut arrêté, mis aux fers et soumis à la torture il avoua toute l’affaire , après quoi, il fut condamné à être rompu.
Majenville donc, fut découvert et obligé de fuir au plus vite ; sa fausse monnaie circulait un peu partout et l’affaire portée devant le Roi, le monarque le fit poursuivre par le Prévôt fortement escorté. Des barrages furent établis avec ordre de vérifier les identités de tous les voyageurs ; on placarda des affiches avec outre le nom de Majenville, celui de son beau-frère, le Sieur de Sainte-Agnès et d’encore un autre beau-frère. Tous furent pendus en effigie. Peine perdue, on ne revit jamais aucun des trois compères. Ce qui se montra souvent en revanche, ce sont leurs faux louis de trente sols chacun qu’on appela des « Vice-Bailly ».
Si ce vice-bailly avait disparu, on entendit encore parler de lui et pour apprendre d’autres de ses exploits.
Son successeur, un nommé La Louvery arrêta un de ses anciens valets nommé Courville . Torturé et condamné à être rompu vif en place publique à Chartres confessa cette histoire.
Majenville et ses complices avaient attaqué un chariot convoyant de l’argent royal dans a région de Lyon. Le coup fait, le vice-bailly galopa à bride abattue et réussit à arriver à Paris avant le messager de la mauvaise nouvelle. Il était donc à la cour pour entendre le récit de l’échauffourée et c’est à lui, le chef des voleurs, que fut donné l’ordre d’enquêter et de poursuivre les brigands.

Pour les premiers épisodes: colonne de droite, rubrique Quelle Histoire, libellé saint bonnet

Des agapanthes au Jardin et une licorne dans les Contes.