jeudi 27 septembre 2012

Beauté


Un soir, marchant dans les rues basses de Chartres, je regardais sur son tertre la cathédrale illuminée qui se détachait sur le bleu d'encre du ciel et j'étais émue de tant de beauté.
 La grâce, la beauté, les ornements auxquels je suis par trop sensible, ce qui est vrai. Le sort m'a toujours placée dans des lieux de beauté.
Enfant, chaque matin pour aller au lycée, je traversais un des plus beaux ensemble d'architecture d'Europe: à Nancy, la place de la Carrière et son Arc de Triomphe qui débouche sur la place Stanislas aux grilles d'or. C'était si quotidien que je ne songeais pas à m'en émerveiller, d'autant plus que j'avais d'autres préoccupations moins esthétiques concernant mon cursus scolaire. Ce n'est que bien plus tard que j'ai mesuré ma chance.
A présent, je fais mes courses tout autour de la cathédrale de Chartres, autre merveille.
Dans l'intervalle, j'ai travaillé dans le 8° arrondissement de Paris, entre l'Etoile et la Concorde, et je promenais ma chienne dans les jardins des Champs-Elysées et... tiens... juste avant Nancy, j'étais dans une école proche de la Concorde et pour la récréation, on nous emmenait aux Tuileries.
Et puis bien entendu la campagne et ses saisons qui pour moi valent tous les monuments du monde.  J'ai presque toujours pris mes vacances hors saison et hors lieux touristiques.
Et puis la vie aussi... divers boulots toujours dans le monde consacré à la beauté et à l'ornement. De leur tête à leurs pieds, j'ai passé ma vie à embellir les femmes et j'ai été enseignée à cela.
J'avais à peine quinze ans et Maria Carita, (elles étaient deux soeurs; Maria , c'est la blonde)qui dirigeait d'un poigne d'acier l'un des deux plus importants salons de coiffure de Paris, m'avait choisie pour assistante. Non pour ma compétence - quelle compétence peut-on avoir à cet âge -là quand on débute?- mais pour mon apparence qu'elle s'efforçait encore d'améliorer. Car elle était un maître dans l'art d'embellir; sa poigne d'acier se faisait légère pour qu'une chevelure encadre le plus bellement possible un visage. Et j'en ai vu défiler dans la cabine lambrissée de chêne clair du premier étage, j'en ai vu défiler des passantes à la personnalité indécise à qui Maria donnait l'allure sous laquelle elles sont devenues célèbres.
Et moi pendant ce temps, je regardais, j'apprenais... je pleurais beaucoup aussi, car elle était un maître exigeant et sans pitié. J'ai su plus tard qu'elle m'aimait, car elle n'aurait jamais m'a-t-on dit, pris la peine de traiter aussi mal une fille qui lui aurait été indifférente.
Tout ça m'a donné pour le fond, une (relative) souplesse, l'habitude de me remettre en cause, de chercher l'erreur même quand je me sens totalement innocente et que j'ignore d'où elle provient; elle non plus ne prenait pas la peine d'expliquer; et aussi la volonté de recommencer inlassablement un travail tant qu'il n'est pas abouti.
Pour la forme, j'ai reçu des conseils sans prix et qui m'ont valu des mécomptes quand je ne les ai pas suivi: toujours rechercher la beauté naturelle et l'élégance sans artifices. Elle disait ( après m'avoir mis dans tous mes états) qu'un sourire remontait les traits mieux que la chirurgie esthétique... ce qui est vrai. De quelles colères aurait-elle fait trembler les parois de sa cabine en voyant les outrages que se font subir certaines de ses clientes dans la course à leur jeunesse qui se sauve?
La beauté naturelle, celle que donne un coeur en accord avec le corps, même quand la nature n'a pas vraiment fait tout ce qu'elle pouvait pour un humain... Etre soignée, sentir bon..
Et là, me revient en bouffée la haine inexpiable que m'a vouée une de mes jeunes vendeuses, toujours maquillée comme un prix à réclamer mais dont le fumet  et les vêtements douteux ne correspondaient pas au standing de la marque que nous représentions.
Après lui avoir fait quelques remarques gentilles sous forme de conseils, j'ai perdu patience et lui ai asséné vertement que le meilleur des produits de beauté était encore la savonnette et l'accessoire indispensable, un fer à repasser...
Ouch!! Elle l'a très mal pris et a tenté de me le faire payer cher par la suite... Hélas, c'est à elle que la vie a présenté une lourde facture, mais ceci est une autre histoire que je n'ai pu modifier..

Arriba Claudio el Gonipontino!!!




Dans la morosité ambiante, découvrez donc la reine des castagnettes,
La sublime Lucero Tena !
Holé !
Lucero Tena est née en 1938 à Durango au Mexique et a d'abord été danseuse de flamenco vivant en Espagne depuis 1958.
Elle a rejoint la compagnie de Carmen Amaya et a ensuite créé son groupe flamenco.
Exceptionnelle danseuse, elle est devenue une interprète extraordinaire de castagnettes, en particulier l'interprétation des classiques, au point que Joaquín Rodrigo lui a consacré ses deux Danses Espagnoles en 1966.
Elle enseigne l'instrument au Conservatoire de Madrid .
Ecoutez et admirez :
(et ci-dessous)

Claude

mercredi 26 septembre 2012

On rigole à Pontgouin...


Un peu d'humour ne peut pas faire de mal....
Pour les hommes, l'existence s'apparente à une vie de rat :
Rat masse tes chaussettes, Rat bats le siège, Rat mène des sous à la maison, Rat pelle ta mère, Rat tisse le jardin, n'en Rat joute pas, Rat vive la flamme...
Et surtout ne Rat conte pas de bêtises !
Par contre, la vie d'une femme est un vrai conte de fées :
Fée le ménage, Fée la vaisselle, Fée à manger, Fée les courses, Fée le repassage, Fée la belle, Fée les comptes, Fée pas la gueule...
Et surtout Fée pas suer !
Alors si tu le veux : Ne fais pas le Rat bat joie et Fée circuler !


mardi 25 septembre 2012

Indigne copine

Des conversations greffières avec mon amie Sarah, me font penser que j'ai oublié ce petit cadeau fait par une chatte folâtre à mon autre amie,Anne (des Ocreries).
Anne voudrait assurer un avenir radieux (ce que je ne peux pas faire et Anne sait pourquoi) à ce cadeau poilu .
Là,il tête encore mais ne tardez pas,il n'y en aura pas pour tout le monde...

Cinoche moche


lundi 24 septembre 2012

De Bleuette à Barbie ou Baby Doll


Quand ma mère était enfant, on offrait aux petites filles la poupée "Bleuette". Poupée si emblématique qu'aujourd'hui des dames mûres la collectionnent, elle et ses toilettes et certaines on beaucoup de valeur. Bleuette était une filette à laquelle il fallait confectionner une garde-robe dont le magazine "La Semaine de Suzette" donnait les patrons; car les petites filles devaient apprendre à coudre pour plus tard savoir faire leurs robes et les vêtements de leurs enfants. Bleuette avait un petit frère dont j'ai oublié le nom, qui permettait d'apprendre à tricoter la layette. Bonne préparation à ce que les allemands appelaient les trois K: Kinder, Küche, Kirche.
Nous autres, repeuplement de la France oblige, on nous donnait des "baigneurs" . J'ai eu moi aussi ma poupée Raynal, dont je m'occupais peu; j'en avais d'autres, beaucoup d'autres. Parce que seule fille de la famille, tantes et grand-mères me gâtaient et aussi parce qu'à un moment de sa vie, mon père a représenté une marque de jouets et que les échantillons périmés tombaient entre mes mains. Bref, j'en avais assez pour les mettre en rang et leur faire la classe... de les soigner, nourrir et habiller, l'idée ne me venait pas...
.J'arrive à Barbie...les petites filles modernes n'ont plus à prendre soin d'une poupée bébé ou encore fillette comme elles; elles habillent, coiffent, jouent avec une jeune femme, leur future image...
Et quelle image! un jeune personne raide et sophistiquée, à l'élégance discutable... Le petites filles désormais jouent avec leur apparence et c'est un jeu qui peut être dangereux. De combien d'anorexies la silhouette de Barbie est-elle responsable? Et à quoi joue-t-on avec Barbie? à choisir des coiffures et des tenues.
Barbie , désormais a des professions, mais est-il raisonnable de commencer une vocation parce que le vêtement en est seyant, pour la forme avant le fond?
Evidemment, nos mères qui ont joué avec Bleuette ne sont pas toutes restées femmes au foyer et les mêmes qui ont bercé leurs baigneurs, ont réclamé et obtenu la contraception.
Mais j'ai assez de recul à présent pour savoir que Barbie a une influence plus grande que celle des poupées précédentes. J'ai vu d'adorables gamines se transformer en bombes sexuelles dès treize ans et d'autres tout aussi adorables se trouver en surpoids bien avant, pour n'avoir pas génétiquement la morphologie qui fait ressembler à Barbie.
Mon principal reproche envers Barbie, est de donner aux filles le culte de l'apparence, d'une apparence uniformisée qui leur fait oublier leur personnalité. Le culte de la forme et l'oubli du fond.

dimanche 23 septembre 2012

Claude est à la noce



Gay, gay, marions-nous... (suite)

L'évêque de Fréjus demande un référendum sur le mariage homosexuel.
Je suis tout à fait d'accord (j'adore me mêler de la vie des autres).
Mieux !
Couplons-le avec un référendum sur le mariage des prêtres.



vendredi 21 septembre 2012

Réponse...

....à deux commentaires tout à fait respectables:

Sans doute m'avez-vous mal compris, messieurs; peut-être me suis-je mal exprimée.
Je suis fondamentalement, définitivement contre toute forme d'intégrisme, de fanatisme ou de croyance exacerbée. Je suis de la même manière et dans les mêmes proportions pour la liberté de la presse, son indépendance, son insolence, voir sa méchanceté.
Mais il y a temps pour tout et dans un contexte aussi explosif que celui que nous vivons actuellement, il n'était pas utile d'ajouter du pétrole au brasier. Le torchon sale qui y a mis le feu ne méritait que le dédain et je reproche à Charlie de n'avoir pas su attendre un moment qui l'aurait mis hors de toute polémique et aurait de ce fait donné plus de force à son propos. Cette impatience l'a mis au niveau de ceux qui ont propagé ce détestable film.
Je reproche à Charlie d'avoir ainsi contribué à mettre en danger la vie d'otages et vous monsieur Julliard qui êtes de Reporters sans Frontières (et c'est tout à votre honneur) devriez le ressentir plus que tout autre.
Je reproche à Charlie par cette attitude intempestive de s'être ravalé au niveau de publications qu'on ne peut que se salir les yeux à lire.
Je reproche à Charlie de dériver toujours plus loin des intentions de ses créateurs, ce que certaines de ses positions peuvent laisser supposer.
Je soupçonne Charlie d'avoir eu en remuant cette vase des intentions mercantiles.
Ah! si Charlie avait offert de reverser à des associations telles que... tiens... Reporters sans Frontières par exemple, s'il avait offert donc, le plus perçu de ce tirage par rapport à la moyenne de ses ventes,  s'il l'avait offert, alors là oui, sans me poser de questions, j'aurais dit: Bravo Charlie!

Où est Charlie??

 Oui, où est-il donc passé, le Charlie qu'on aimait??? Alors ce serait donc ce que nous sommes devenus, nous ses lecteurs des premiers temps, les lecteurs d'Hara-Kiri, de l'Echo des Savanes???
Nous serions devenus ces tristes cons opportunistes? décidés à faire du tirage sans penser que ces caricatures même pas drôles, juste moches, mettent en danger des vies? attisent des colères injustifiées Naguère un titre: "Bal tragique à Colombey: un mort!" a fait scandale. Certes c'était manquer de respect à un grand personnage, mais il était déjà mort et, comme de son vivant il ne manquait pas d'humour, il a du s'en distraire dans sa tombe. Ce manque de respect, cette liberté avec la légende, on ne peut que l'approuver et s'il a fait du tirage tant mieux! C'est encourager l'esprit de liberté.
Mais cette fois, rien ne justifie cette parution; d'autant plus que c'est une insolence qui a rallumé des braises pas prêtes de s'éteindre et en ce sens,les caricatures de Charlie sont à ravaler au rang de ce mauvais film: celui de l'ordure, de la poubelle...
Charlie cette semaine (car j'espère de tout mon coeur que ce ne soit qu'un faux pas) Charlie n'est qu'on torchon juste bon a allumer le feu..

jeudi 20 septembre 2012

Nocivité des OGM pour la santé : de nouveaux résultats accablants


Edifiant. Une nouvelle étude scientifique menée sur des rats de laboratoires pendant deux ans montre les conséquences gravissimes sur la santé provoquées par la consommation d’un maïs OGM, le NK 603 de Monsanto résistant à l’herbicide Round Up. Le professeur de biologie moléculaire Gilles-Eric Séralini a mené cette étude dans le plus grand secret. D’abord afin de se procurer les semences OGM nécessaires à ses expérimentations. Et ensuite pour éviter que les puissants intérêts des industriels des biotechnologies fassent tout pour atténuer la publication de ces résultats fracassants.

© Dean Sewell / Greenpeace

La menace est là, bien réelle en France aussi
Le maïs OGM NK 603 peut être présent dans l’alimentation animale (destinée au bétail notamment) mais aussi dans des aliments vendus directement aux consommateurs. Dans ce cas-là, la réglementation française prévoit un étiquetage obligatoire indiquant la présence d’OGM en cas d’utilisation volontaire. Depuis le 1er juillet dernier, les produits qui ne contiennent pas d’OGM peuvent présenter la mention “sans OGM”. Une mesure attendue depuis longtemps par les opposants aux OGM… mais pas aboutie.
L’évaluation des OGM en Europe : manque d’indépendance et de sérieux
A l’heure actuelle, les risques des OGM sont évalués par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA). Or, cet organisme s’est distingué depuis de nombreuses années par la proximité scandaleuse de ses membres avec les industriels vendant des OGM et son manque d’indépendance. Plusieurs députés européens ont souligné les conflits d’intérêts des experts de l’EFSA, notamment ceux de l’ancienne présidente de l’EFSA, Mme Banati.
L’EFSA doit cesser d’être l’antichambre des industriels des biotechnologies. Pour cela, elle doit évaluer l’impact des OGM sur le long terme et pas uniquement sur trois mois comme c’est le cas actuellement dans les études fournies par les industriels lorsqu’ils soumettent leur demandes d’autorisations ! Cet organisme doit également s’appuyer sur des études indépendantes et non uniquement sur les analyses fournies par les industriels du secteur comme c’est le cas actuellement.
La complaisance doit cesser ! Il en va de la santé des Européens et de la préservation de notre environnement.
Greenpeace demande une réponse immédiate de la part de l’Union européenne. Celle-ci doit décréter un moratoire sur tous les OGM en Europe. Il est notamment urgent d’interdire les OGM résistants aux herbicides. Ceux-ci sont les plus cultivés dans le monde, leur usage induit le recours accru aux pesticides et les principales demandes d’autorisation actuellement en cours auprès de l’Union européenne concernent ce type d’OGM.
Le gouvernement français peut et doit prendre ses responsabilités et transformer ses discours anti-OGM en actes en poussant la Commission européenne à prendre les mesures nécessaires.
Rejoignez-nous sur la page Facebook OGM,j’en veux pas !

mercredi 19 septembre 2012

Chinoiseries


Prenez votre temps et 'promenez-vous' dans ce long tableau. Déplacez le curseur de long en large. Lorsque vous verrez apparaître des cadres blancs, cliquez sur ceux-ci. C'est un tableau très célèbre en Chine. Les gens font la file pendant des heures au Musée de Shanghai pour le regarder. Ce tableau a été peint vers 1085-1145, pendant la Dynastie de la Chanson Du nord. Il a été repeint pendant la Dynastie Qing. Il mesure 5m28 de large et 24,8 cm en hauteur. Il est considéré comme un des Grands Trésors de Chine et a été exposé dans le Musée de Hong-Kong d'Art . Contrôlez la vitesse de déplacement avec votre souris. N'oubliez pas de cliquer à l'intérieur des carrés blancs et allumez votre son.http://www.npm.gov.tw/exh96/orientation/flash_4/index.html
C'est incroyable. Prenez le temps regarder tout. Souvenez-vous de cliquer sur les carrés blancs quand ils se montrent [il y en a 3]

Merci à Anne (de Namur)

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samedi 15 septembre 2012

Claude a lu pour nous:


Combattre la mafia de l’évasion fiscale

| Par Edwy Plenel
La tentation belge de Bernard Arnault, première fortune française et quatrième fortune mondiale, est une formidable leçon de choses. Quels que soient ses démentis postérieurs, le désir d’expatriation de ce milliardaire boulimique montre que l’argent, quand il devient une fin en soi, avoisine le crime dans son entêtement à échapper aux lois communes. L’évasion fiscale n’est pas à la marge mais au centre d’une économie devenue mafieuse parce que livrée à la finance. La combattre devrait être l’urgence du moment, une véritable cause nationale et européenne. Démonstration factuelle.
En 1937, après la réélection de Franklin Delano Roosevelt pour un deuxième mandat présidentiel, les États-Unis d’Amérique accentuaient leur sursaut démocratique et social face à une crise de même ampleur que l’actuelle, tandis qu’en Europe, nazisme et fascisme imposaient leur barbarie jusqu’à l’inévitable basculement dans la guerre mondiale. Le 21 mai de cette année-là, Henry Morgenthau Jr., le ministre des finances américain, transmit à son président une Note du Trésor sur la fraude et l’évasion fiscales (lire ici sa traduction française).
« Année après année, écrivait-il, l'enquête sur les rentrées de l'impôt sur le revenu révèle le combat toujours plus acharné des individus fortunés et des entreprises pour ne pas payer leur juste part des dépenses de leur gouvernement. Bien que le Juge Holmes (figure respectée de la Cour suprême) ait dit que “les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée”, trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. »
Ne pas payer ses impôts, chercher à s’y soustraire ou à y échapper, c’est donc faire le choix de la barbarie du chacun pour soi contre la civilisation du tous pour chacun. Quand il devient un absolu, la fin et la mesure de toute chose, l’argent n’est plus qu’une arme sauvage au bénéfice d’une liberté aveugle, destructrice de la société, des liens et des solidarités qui la font tenir. Quand tout s’achète, il n’y a plus de principe et de valeur qui vaille, et la loi elle-même ne vaut plus rien. La fiscalité n’est pas l’ennemie de la liberté, qui comprend celle de s’enrichir. Mais elle civilise cette liberté individuelle en l’insérant dans une relation collective où chacun, à la mesure de ses moyens, contribue à la richesse nationale, afin qu’il y ait des écoles, des hôpitaux, des routes, etc., dans l’espoir qu’ainsi, personne ne sera laissé en dehors de la cité commune.
Quand les leaders de la droite – François Fillon, par exemple – se lamentent sur le sort de Bernard Arnault, ils dévoilent leur faible souci de l’intérêt général et leur grande sollicitude pour quelques intérêts privés. Ce fut d’ailleurs leur politique, notamment sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy : que le peuple dans son acception la plus large paye toujours plus et encore ; que les très riches payent de moins en moins afin de s’enrichir de plus en plus. Mais cet appel à l’incivisme et cet éloge de l’illégalisme vont au-delà : écho à la radicalisation extrémiste de la droite américaine, dont les tentations fascisantes ont une liberté aveugle pour étendard (lire l’article de Thomas Cantaloube sur leur maître à penser, Ayn Rand), ils diffusent une pédagogie politique funeste qui érige le droit du plus fort, parce que le plus fortuné, en norme sociale.
D’où ce détour par un passé américain plein d’à présent européen, qui permet de prendre toute la mesure de cette régression intellectuelle. La raison de la note du ministre Morgenthau était la moindre ampleur que prévu des rentrées fiscales pour l’année 1936, notamment parce que les plus riches se débrouillaient pour échapper à l’effort collectif.
Énumérant les procédés utilisés, parmi lesquels au premier chef les paradis fiscaux, et citant nommément certains des milliardaires concernés, le ministre des finances américain insistait sur l’amoralisme de ces combines en opposant ces profiteurs à tous les autres acteurs de l’économie – salariés, commerçants, entrepreneurs –, tout comme, dans la France d’aujourd’hui, le patron du numéro un mondial du luxe, LVMH, ne dit en rien la vérité d’un tissu industriel hexagonal fait de petites et moyennes entreprises.
« Nous avons encore beaucoup trop de cas de ce que j'appellerai la fraude morale, écrivait donc Morgenthau à l’attention du président Roosevelt, c'est-à-dire la mise en échec des impôts par des moyens douteux qui n'ont pas d'objectif ni d'utilité réels pour les affaires, et auxquels un homme vraiment honnête n'aurait pas recours pour réduire ses impôts. Votre gouvernement s'est distingué en exigeant un niveau plus élevé de moralité dans les relations commerciales. Nous avons besoin d'un niveau plus élevé de moralité dans les rapports du citoyen avec son gouvernement. (…) Le salarié moyen et le petit commerçant n'ont pas recours à de tels procédés. La grande masse de nos déclarations sont faites honnêtement. Le fait que les soi-disant leaders du monde des affaires fraudent le fisc ou y échappent est non seulement préjudiciable aux rentrées fiscales, mais il l'est aussi pour ceux qui se livrent à ces actes. Il ajoute à la charge fiscale des autres membres de la communauté, qui en portent déjà leur part bien qu'ils aient moins de moyens. La réussite de notre système fiscal dépend autant d'une bonne administration par le Trésor public que de déclarations complètement honnêtes par les contribuables. Et nous sommes en droit d'attendre des gens haut placés une moralité plus élevée que celle dévoilée par les déclarations de 1936. »

Parti de l'argent et parti du crime

Cette alarme contre la fraude et l’évasion fiscales relevait des travaux pratiques d’une politique sans ambiguïté du New Deal vis-à-vis de la taxation des plus riches. « Les impôts sont les cotisations que nous payons pour jouir des privilèges de la participation à une société organisée », déclarait Roosevelt en 1936, deux ans après le vote du Revenue Act qui remit à plat les règles d'imposition des hauts revenus.
Les personnes gagnant plus de 200 000 dollars (soit un million de dollars aujourd'hui) par an furent alors taxées à hauteur de 63 %. La loi fut révisée en 1936, augmentant le taux à 79 %, qui atteindra même 91 % en 1941. Pendant près d’un demi-siècle, soit jusqu’à la contre-révolution reaganienne et thatchérienne, les États-Unis connaîtront un taux marginal d'imposition sur les très hauts revenus proche de 80 % (lire cette mise au point de Thomas Piketty)
Mais, comme le soulignait hier la note américaine de Henry Morgenthau et comme l’illustre aujourd’hui la tentation belge de Bernard Arnault, il ne suffit pas d’imposer plus fortement les plus riches : il faut aussi, sinon surtout, empêcher qu’ils fraudent et que leurs fortunes s’évadent, de même que les délinquants fuient la juste rigueur de la loi et que le crime prolifère à l’abri d’une économie parallèle. Et ce n’est pas une petite affaire tant, ces quarante dernières années, l’évasion fiscale n’a cessé de gangrener le cœur de l’économie mondiale, de se professionnaliser financièrement et de se barricader juridiquement, au point de devenir une citadelle imprenable, opaque et secrète à la manière d’un trou noir où s’abrite, se renforce et se conforte une dangereuse « mafiosisation » du monde.
Affirmer ce lien d’essence entre parti de l’argent et parti du crime, entre des organisations qui, par-delà leurs dissemblances, la respectabilité des unes, la clandestinité des autres, n’ont d’autre loi que le profit et d’autre règle que le secret, n’est pas un propos d’illuminé ou d’agité. Dans son fameux discours du 31 octobre 1936, au Madison Square Garden, à la veille de sa réélection (lire ici sa version française), Roosevelt lui-même n’y avait pas été par quatre chemins (comme le rappelait déjà ici même Antoine Perraud).
S’en prenant aux « vieux ennemis de la paix », dont au premier chef « le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse », le leader démocrate poursuivait ainsi : « Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. »
L’argent organisé à même enseigne que le crime organisé, clamait Roosevelt, allant bien au-delà de cette « finance anonyme » évoquée comme son « ennemi » par le candidat François Hollande. Pas si anonyme et, surtout, criminelle ! De fait, le ministre des finances déjà cité, Henry Morgenthau, ajoutera à sa lutte contre la fraude et l’évasion fiscales le combat contre la corruption et le crime organisé. Que diraient aujourd’hui ces réformateurs radicaux, convaincus que l’exigence démocratique n’était pas l’affaire des tièdes, au spectacle des dérégulations ultralibérales qui, en quelques décennies, nous ont légué un monde où l’argent est roi et le crime son maître ? Oui, le crime, c’est-à-dire le refus des lois et la violation des règles, dans un climat de lâcheté et d’indécence, de renoncement des États et d’arrogance des oligarques. Et un crime que la crise, loin de le faire reculer, a conforté.
Car telle est la réalité de notre monde devenu la proie d’un capitalisme sans entraves : les paradis fiscaux en sont le cœur. Non pas la marge, l’exception ou la dérive, mais la norme. Ce noir tableau est brossé par Nicholas Shaxson, auteur de la plus récente bible sur le sujet (l’édition originale anglaise est de 2011) :
« Les paradis fiscaux sont partout. Plus de la moitié du commerce international – du moins sur le papier – passe par eux. Plus de la moitié de tous les actifs bancaires et un tiers des investissements directs à l’étranger des multinationales transitent par des centres financiers off-shore. Environ 85 % des opérations bancaires internationales et des émissions d’obligations sont effectuées via ce que l’on appelle l’Euromarket, un espace off-shore apatride. Le FMI a évalué en 2010 que le bilan cumulé des petits paradis fiscaux insulaires s’élevait à 18 000 milliards de dollars – une somme équivalente à un tiers du PIB mondial –, précisant que ce montant était sans doute sous-estimé. La Cour des comptes américaine a révélé en 2008 que 83 des plus grandes entreprises du pays possédaient des filiales dans les paradis fiscaux. L’année suivante, une enquête du Tax Justice Network nous a appris que 99 des 100 plus grandes entreprises européennes avaient recours à des filiales off-shore. Dans chaque pays, les banques sont les sociétés qui, de loin, recourent le plus aux paradis fiscaux. »
Les travaux pionniers de Gabriel Zucman, un jeune chercheur de l’Ecole d'économie de Paris, ont permis d’évaluer ce qu’il nomme « la richesse manquante des nations » : envrion 8% du patrimoine financier des ménages est détenu dans des paradis fiscaux à l’échelle mondiale. « Fin 2008, expliquait-il dans un entretien à La vie des idées, le patrimoine financier des ménages – c'est-à-dire les dépôts bancaires, les portefeuilles daction, les placements dans des fonds d'investissement et les contrats d’assurance-vie détenus par les ménages du monde entier – s’élevait à 75.000 milliards de dollars. Les ménages détenaient donc environ 6.000 milliards de dollars dans les paradis fiscaux. »
Dans une nouvelle étude, toute récente (septembre 2012, Gabriel Zucman et son collègue Niels Johannesen montrent que la prétendue action du G20 contre les paradis fiscaux « a jusqu’à présent largement échoué » : « Il y a autant d’argent dans les paradis fiscaux aujourd’hui qu’en 2009, et les fonds se déplacent vers les paradis fiscaux les moins coopératifs. »

La part d'ombre de la mondialisation


Qui sait, par exemple, qu’un minuscule archipel caraïbe, les îles Caïmans, est aujourd’hui le quatrième centre financier mondial ? Notre confrère Christian Chavagneux, d’Alternatives économiques, lance cette question en ouverture de son précis très pédagogique sur Les Paradis fiscaux (avec Ronen Palan, coll. Repères, La Découverte). Depuis, la campagne électorale américaine a fait sortir ces îles de l’ombre discrète qui les abritait, avec une cascade de révélations sur la fortune qu’y a amassée et cachée le candidat républicain Mitt Romney (lire l’enquête de Nicholas Shaxson dans Vanity Fair et celle de Sylvain Cypel dans Le Monde). Du coup, dans un esprit très rooseveltien, les activistes démocrates ont imaginé en vidéo une savoureuse charge contre l’évasion fiscale, dont la Suisse ne sort pas indemne :
Les paradis fiscaux, explique Chavagneux, c’est « la part d’ombre de la mondialisation » : « Ils en nourrissent l’opacité, l’instabilité – ils ont été l’un des acteurs de la grande crise financière de la fin de la première décennie 2000 – et l’inégalité en servant d’abord les plus puissants de ses acteurs. » Mais, au fur et à mesure que s’étend et s’approfondit la crise, l’ombre gagne sur la lumière.
Cet été, Tax Justice Network a démontré que les évaluations officielles des organismes internationaux sous-estiment le poids des paradis fiscaux. Selon ce réseau indépendant pour la justice fiscale, les actifs financiers qui y sont cachés ne seraient pas autour de 17 000 milliards d’euros, chiffre déjà incommensurable, mais de 25 500 milliards de dollars, soit plus que l’addition des PIB des États-Unis et du Japon !
Et encore ne sont comptés là que les actifs financiers, sans prendre en compte tous les autres actifs dissimulés via les paradis fiscaux, investis dans la réalité matérielle, de l’immobilier aux yachts, des écuries de course aux œuvres d’art, etc. (lire l’article précurseur de Martine Orange, Le prix exorbitant des paradis fiscaux). L’erreur de perspective serait de croire qu’il ne s’agit là que d’actes individuels, ceux de particuliers violant les lois de leurs nations pour mieux s’enrichir. La vérité, c’est qu’il s’agit du système tout entier, des grandes entreprises aux grandes banques qui, toutes, ont organisé leur prospérité sur l’illégalisme des places off shore.
Ainsi les établissements bancaires qui ont bénéficié, sans contrepartie véritable, du secours de l’argent public depuis 2008 ont tous continué à prospérer dans les paradis fiscaux. Un récent rapport de CCFD-Terre Solidaire a révélé que la présence des banques françaises dans les paradis fiscaux a augmenté malgré, ou plutôt grâce à la crise. Sur sept banques étudiées, on compte 547 filiales dans les paradis fiscaux, soit près de 21 % du total de leurs filiales. Les banques françaises, notamment BNP-Paribas, Crédit agricole et Société générale, comptent ainsi 24 filiales dans les Caïmans, 12 dans les Bermudes, 19 en Suisse, 29 à Hong Kong et 99 au Luxembourg !
Mais il n’y a pas que les banques : comme le démontrent Chavagneux et Palan, « les grandes entreprises gèrent désormais leur trésorerie et leurs politiques de financement par l’intermédiaire de filiales situées dans les paradis fiscaux qui centralisent les transactions de prêts, d’emprunts, de répartition mondiale des bénéfices, etc., pour l’ensemble du groupe ». C’est ainsi qu’on aboutit à ce paradoxe qu’en 2008, par exemple, le premier investisseur étranger en France n’est autre que… la France, les multinationales françaises investissant dans leur propre pays via leurs filiales non résidentes situées dans les paradis fiscaux, et ce à un niveau plus important que les investissements des multinationales étrangères en France !
Derrière ces chiffres et ces pratiques, il y a tout simplement le vol d’une grande part de la richesse nationale qui, détournée et cachée, n’est pas redistribuée pour le bien commun. Dans sa récente enquête sur l’évasion fiscale en France, qui a provoqué l’ouverture d’une information judiciaire le 5 avril visant la banque suisse UBS, laquelle bénéficia longtemps de hautes protections, notre confrère Antoine Peillon (ici son blog sur Mediapart) affirme, sans être démenti ni contredit, que « les avoirs dissimulés au fisc français sont presque de l’ordre de toute la recette fiscale annuelle du pays » et que l’évasion fiscale, individus et entreprises confondus, « s’élève au minimum à 590 milliards d’euros, dont 108 milliards rien qu’en Suisse ».

Un manque à gagner d'au moins 40 milliards par an

Loin d’être anecdotique, la question de la fraude et de l’évasion fiscales est donc un enjeu décisif du redressement économique et financier, social et moral de nos nations. Au-delà de la légitime sur-taxation des revenus les plus élevés, le nouveau pouvoir doit s’en emparer au plus vite, d’autant plus que c’est une arme pédagogique formidable dans le combat inégal entre les aspirations populaires et les prévarications oligarchiques. Et que cette question fait l’unanimité parmi les différentes forces qui ont soutenu François Hollande au second tour de la présidentielle, comme l’a montré la récente commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales (les deux tomes de son rapport sont téléchargeables en PDF ici et , ses travaux consultables sur le site du Sénat ainsi que le blog de son rapporteur, Éric Bocquet).
Ce rapport incontestable et incontesté montre que la fuite vers les paradis fiscaux provoque chaque année un manque à gagner d'au moins 40, voire 50 milliards pour le budget de la France ! Soit dix (ou vingt) milliards de plus que la saignée de 30 milliards d’économies que le gouvernement veut aujourd’hui imposer au pays ! Qu’attend le nouveau pouvoir pour s’emparer des riches travaux du Sénat, les approfondir à l’Assemblée nationale et, ainsi, initier une large dynamique parlementaire en faveur d’une lutte déterminée contre ces crimes financiers ?
La lecture des nombreuses auditions menées par les sénateurs met en évidence les lignes de front de cette bataille : d’un côté, un milieu des affaires, relayé par certains hauts fonctionnaires des finances, qui traite de haut la représentation nationale, entre morgue assumée et langue de bois ; de l’autre, tous ceux, des syndicalistes et associatifs jusqu’aux policiers eux-mêmes, qui espèrent enfin un sursaut.
Nos deux confrères déjà cités ont été longuement entendus par les sénateurs, faisant la pédagogie, schémas et graphiques à l’appui, de leurs trouvailles. « On m’a dit une fois, à Bercy, leur a confié Christian Chavagneux, qu’en prenant la Belgique, la Suisse, le Liechtenstein et le Luxembourg, on couvrait l’essentiel de la fraude fiscale française, aussi bien celle des particuliers que des multinationales. Il y a donc une fraude, une évasion et une optimisation agressive de proximité dans laquelle, toutes les statistiques le font ressortir, nos amis luxembourgeois tiennent un rôle particulier. » Une fraude qui est donc nichée au cœur de l’Europe, le Luxembourg et la Belgique faisant partie des six membres fondateurs de l’Union européenne ! Et de rappeler que, tandis que le premier détenteur de la dette publique américaine est l’ensemble des investisseurs situés dans les paradis fiscaux, les trois premiers pays où sont localisés les investisseurs qui détiennent la dette publique française ne sont autre que le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni. 
Les sénateurs ont également entendu le magistrat financier Renaud Van Ruymbeke, initiateur avec d’autres, en 1996, de l’Appel de Genève (à relire ici) contre l’opacité financière des paradis fiscaux. À l’époque, a-t-il confié, il n’avait pas trop pris au sérieux la remarque d’un de ses collègues suisses qui lui disait : « Le gros problème, c’est la fraude fiscale. » Seize ans plus tard, il ne dirait plus que « la fraude fiscale est une chose, la criminalité organisée en est une autre » : « En réalité, même si la criminalité organisée ne représente que 1 % à 5 % de l’évasion fiscale, ces deux pratiques ont en commun un certain nombre d’outils que l’on pourrait appeler, sans aucune connotation politique, le libéralisme ou la mondialisation financière. (…) Dès que l’argent franchit les frontières, la loi de la jungle prévaut. »
S’il fut une vertu démonstrative des révélations de Mediapart depuis sa création en 2008, c’est de mettre au jour cette réalité. Apparemment, il n’y a pas de criminels endurcis parmi tous les protagonistes de nos enquêtes les plus spectaculaires, dont cet inventaire donne un aperçu : des fonctionnaires de l’armement et des finances, du ministère de la défense et de celui de l’économie ; l’héritière Liliane Bettencourt et son entourage dans la haute société, d’avocats, de financiers, de notaires, de brasseurs d’affaires et de politiciens professionnels ; le réseau constitué par Ziad Takieddine où l’on croise notamment François Léotard, Nicolas Bazire (numéro deux de LVMH, le groupe de Bernard Arnault), Nicolas Sarkozy, Édouard Balladur, Jean-François Copé
Pourtant, en ne s’en tenant ici qu’aux seules affaires Karachi, Wœrth-Bettencourt et Takieddine (on pourrait y ajouter aussi l’affaire Tapie), toutes nos enquêtes ont dévoilé le recours massif à des paradis fiscaux, une pratique généralisée de fraude et d’évasion fiscales, en somme l’habitude, dans ces milieux privilégiés, de la violation de la loi commune et, plus encore, une acceptation culturelle de cet illégalisme comme allant de soi (voir par exemple nos toutes dernières révélations sur les affaires de Takieddine avec la banque Barclays).

L'alarme italienne contre la haute mafia

Grande figure de la magistrature indépendante en Italie, ayant fait du combat judiciaire contre la mafia l’engagement d’une vie au service du bien commun (lire ici son hommage, vingt ans après leur assassinat, à ses collègues Paolo Borsellino et Giovani Falcone), le procureur Roberto Scarpinato aime rappeler que le véritable pouvoir, celui de l’argent comme celui du crime – qui se confondent, se rejoignent ou se croisent souvent –, est toujours obscène, au sens étymologique de ce mot : ob scenum en latin, c’est-à-dire « hors scène ». Car le secret est l’obscénité foncière de ce pouvoir, et c’est bien pourquoi, dès qu’il est mis à nu comme dans les enregistrements du majordome des Bettencourt ou dans les documents Takieddine, sa réalité vraie, son avidité, sa brutalité et sa vulgarité nous sidèrent et nous stupéfient. Sur scène, dans ses lieux institutionnels, ce pouvoir met en avant l’apparence d’une représentation destinée au public. Hors scène, il se livre à ses trafics, combines et arrangements au nom de ses intérêts bruts et brutaux, sans aucune fioriture.
Extraordinaire réflexion à haute voix de Scarpinato sur la « mafiosiation » d’un monde dérégulé, comme sorti de ses gonds, Le Retour du Prince (Éditions La Contre Allée) est un livre incontournable pour comprendre de quoi le mot mafia est devenu le nom commun (écouter ici notre chronique audio) : d’un monde, le nôtre, où le conflit d’intérêts, cette prolifération des intérêts privés à l’abri de l’intérêt général, est de fait institutionnalisé ; où l’abus de pouvoir est ainsi légitimé, par accoutumance et résignation ; où la corruption devient « un code culturel qui façonne la forme même de l’exercice du pouvoir » ; où les plus hautes classes dirigeantes et possédantes pratiquent sans vergogne l’illégalité pour elles-mêmes.
Selon Scarpinato, la mafia des tueurs, cette « mafia militaire » issue des milieux populaires que chroniquent les médias, fait écran à la « haute mafia » qu’il a su démasquer au risque de sa vie dans ses enquêtes : ces politiciens, notables et financiers qui en sont les véritables bénéficiaires.
L’Italie mafieuse ne vous est pas étrangère, lancent à la face de l’Europe et du monde aussi bien Roberto Scarpinato que le journaliste Roberto Saviano, l’auteur du désormais célèbre Gomorra (voir ici son site personnel). Ce dernier ne cesse de s’étonner de l’indifférence ou de l’inconscience françaises vis-à-vis de la très concrète présence des diverses mafias italiennes en France, qui va de pair avec notre complaisance pour la criminalité corse (lire ici l’enquête du Point sur l’arrière-plan de la série télévisée “Mafiosa”).
« Voilà ce qu’est la France, aujourd’hui : un carrefour, un lieu de négociations, de réinvestissement et d’alliances entre cartels criminels », écrit Saviano en préface de l’édition française de son dernier livre, message qu’il a répété dans les médias (ici et ). Mais, surtout, insiste-t-il, cette extension des mafias d’en bas va de pair avec les pratiques mafieuses d’en haut. C’est ainsi, souligne Saviano (dans un récent entretien à La Repubblica), que le système bancaire international n’a guère fait la fine bouche, depuis la crise de 2008, pour récupérer et blanchir l’argent du crime afin de renflouer ses caisses et de trouver des liquidités.
C’est peu dire que la France, dont le parquet et ses procureurs ne sont pas, comme en Italie, indépendants du pouvoir exécutif, est en retard dans cette prise de conscience. Les anciennes rodomontades de Nicolas Sarkozy contre les paradis fiscaux, dont la liste noire fut ensuite blanchie comme par miracle, ont accompagné une démobilisation générale de l’État dans la lutte contre le crime financier et économique, d’où qu’il vienne. Le Service central de prévention de la corruption (SCPC), dont on a oublié jusqu’à l’existence, est devenu une coquille presque vide, en tout cas une structure impuissante comme l’admet son chef lui-même (lire son dernier rapport, de 2010).
Cette année, la Cour des comptes a sévèrement souligné les faiblesses de Tracfin, la structure administrative de renseignement financier créée pour lutter contre le blanchiment d’argent (son rapport est à télécharger ici en PDF). Et, tout récemment, l’OCDE s’est inquiétée des retards de la France en matière de lutte contre la corruption internationale, s’étonnant de la rareté des enquêtes et du manque de sanctions (à lire sur acteurspublics.com).
Pendant ce temps-là, les autorités américaines, pourtant peu suspectes de collectivisme confiscatoire, ont saisi l’opportunité de la crise pour renforcer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Dans leur ligne de mire, la Suisse et ses banques, aujourd’hui dépositaires d’un tiers de la richesse mondiale manquante parce que détournée. Au nom de la souveraineté, qui est à la base du principe même de l’impôt et des recettes fiscales, les acteurs privés ne sont pas ménagés, notamment la banque UBS mise en cause par la justice américaine, tandis qu’un programme de dénonciation volontaire était mis en place. Mieux, le Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca), qui entre en vigueur à partir de 2013, sème la panique sur les places financières helvètes car il contraint les établissements financiers, sous contrainte de sanctions aux États-Unis mêmes, à transmettre automatiquement leurs informations sur des Américains détenteurs de compte.
Qu’attend la France pour faire de même ? Qu’attend-elle pour faire la guerre à l’évasion fiscale et combattre les paradis fiscaux ? Qu’attend-elle pour boycotter, en leur refusant toute commande publique, les sociétés, quelles qu’elles soient, qui ont des filiales dans ces enfers criminels ? Qu’attend-elle quand l’impôt sur les bénéfices des entreprises n’est que de 25 % en moyenne en Europe contre 40 % aux États-Unis ? Qu’attend-elle quand on sait qu’en trente ans, avec la baisse de la part des salaires et la hausse des profits, ce sont quelque 150 % du PIB de l’ensemble des pays européens qui sont partis vers les marchés financiers ? Qu’attend-elle quand la révolution industrielle, dont le numérique est le moteur, accroît ces déséquilibres, ses principaux oligopoles jouant à plein la carte des paradis fiscaux pour payer le moins d’impôt possible – le taux d’imposition affiché par Google est de 2,4 % !
En conclusion de son livre sur Les Paradis fiscaux (André Versaille éditeur), sous-titré Enquête sur les ravages de la finance néo-libérale, Nicholas Shaxson, dont la plume est accueillie aussi bien par le Financial Times que par The Economist, lance cette alerte : « Les paradis fiscaux sont un facteur déterminant de la façon dont le pouvoir politique et économique fonctionne dans le monde aujourd’hui. Ils permettent aux personnes, aux entreprises et aux pays les plus riches de conserver leurs privilèges, sans qu’il n’y ait pour cela aucune bonne raison. Les paradis fiscaux sont le théâtre où les millionnaires affrontent les pauvres, les multinationales les citoyens, les oligarchies les démocraties : à chaque fois, le plus riche l’emporte. »
Autrement dit, si une guerre acharnée ne leur est pas faite, avec constance et détermination, aucune politique socialement progressiste ne pourra durablement s’imposer, encore moins faire ses preuves. Car cet adversaire-là est déloyal, fourbe et secret, violent et puissant, sans frontières et sans états d’âme, tout comme l’est le crime organisé.

vendredi 14 septembre 2012

mercredi 12 septembre 2012

Archives


En rangeant le foutoir qui me sert d'archives ; j'ai retrouvé cet article. Il n'est pas d'hier; il date d'un temps où il y avait un pays qui s'appelait la Yougoslavie et un grand quotidien du nom de France-Soir... enfin l'imprimerie avait été inventée...
C'est vieux , mais ça me fait toujours autant marrer...