samedi 30 juillet 2011

Mots d'auteurs



Le premier et principal exercice, celui qui mène d'emblée aux portes du bien, c'est lorsqu'une chose nous attache, de considérer qu'elle n'est pas de celles qu'on ne peut nous enlever, qu'elle est du même genre qu'une marmite ou une coupe de cristal, dont on ne se trouble pas lorsqu'elle se brise, parce qu'on se rappelle ce qu'elle est. Il en est de même ici: si tu embrasses ton enfant, ton frère ou ton ami, ne t'abandonne pas sans réserve à ton imagination. Rappelle-toi que tu aimes un mortel, un être qui n'est aucunement toi-même. Il t'a été accordé pour le moment, mais pas pour toujours, ni sans qu'il puisse t'être enlevé...
EPICTETE



jeudi 28 juillet 2011

Mots d'auteurs

Ah, n'importe comment et n'importe où, partir!
Larguer les amarres hors d'ici, cap sur les vagues, le péril et la mer,
S'en aller au Large, au Dehors, à l'Abstraite Distance,
Indéfiniment, dans les nuits mystérieuses et profondes,
Emporté, comme la poussière, par les vents, par les ouragans!
S'en aller, s'en aller, s'en aller une bonne fois!

Fernando PESSOA (1888 - 1935), Ode maritime d'Alavaro de Campos/

mercredi 27 juillet 2011

En attendant la rentrée...


Reprenons du début...
Il manque une télé dans un minuscule studio de bord de mer.
Pourquoi la télé au bord de la mer? Parce qu'en Normandie, des fois, il faut bien voir un peu de soleil quelque part!
Mais la télé doit être petite. En prenant le café de 10h, je vois sur un des ces prospectus qui arrivent plus vite qu'on n'a le temps d'en brûler, un écran de 48cm.
-Ca fait quoi 48cm? interroge-je le Cap'tain.
-Réponse: c'est pas le côté, c'est la diagonale!
-Ah! et alors, ça fait combien de côté?
-Ben calcule! la diagonale , c'est le carré de l'hypothénuse!
-:o((((????
- Ben, oui, quoi ? la diagonale d'une triangle rectangle!
- D'accord, ça je sais, mais comment on le calcule?
- N2 = X2 + Y2! me renseigne Cap'tain scientifique!
Et là, je vous la fait courte parce que j'ai quand même du mal à intégrer qu'on peut prendre n'importe quel chiffre pour X et arriver à un résultat précis...
S'ensuit, deux pages de ratures sur calepin au cours desquels il s'avère que je ne sais pas non plus faire une multiplication à trois chiffres...
Le Cap'tain prend choses et crayon en main , me montre, démontre et explique... je comprend que pouic... et finis par piquer un fou-rire...
C'est marrant comme tout, les maths!
Et là, j'ai compris pourquoi je n'ai pas aimé l'école: on n'y a pas le droit de rigoler en cours d'arithmétique  quand on n'a rien pigé!
Hypothénuse! C'est un joli nom... je la vois bien avec une coupe au carré cette fille!

Voilà, quand je travaillais pour les studios, je ne savais pas que j'avais dessiné le carré d'Hypothénuse...

Et entre parenthèses, ça n'a pas beaucoup changé depuis les sixties!!

PS... que les "maîcresses" qui me lisent me pardonnent...
PPS... Elle est pas achetée, la télé!

mardi 26 juillet 2011

Le jeu de Frankie... dernier chapitre...

Sous une tente avec des voiles????



Dans la tente du Roi Hérode, Salomé enlève ses sept voiles pour  obtenir la tête de Jean Baptiste...

lundi 25 juillet 2011

Le jeu de Frankie



Aujourd'hui, les lieux de l'enfance:


Mes plus beaux souvenirs d'enfance logent dans la ferme du "Nonon Louis", dans le territoire de Belfort. Le confort y était encore rudimentaire et les "Lieux"... c'était la cabane au fond du jardin... ou l'étable entre deux vaches en hiver...

dimanche 24 juillet 2011

Le jeu de Frankie



Aujourd'hui , c'est : Une page tournait dans mon dos...


Un phrase qui m'évoque irrésistiblement le métro aux heures de pointe, quand un indiscret lis par -dessus mon épaule... oui, ces gens-là, tournent les pages dans le dos!

samedi 23 juillet 2011

Le jeu de Frankie




UN JARDIN DANS UN CLOÎTRE





















Là, c'est amusant parce que dernièrement, j'ai vu une émission sur le potager d'un monastère et je me suis pensé, comme ça, que ça me plairait bien, une cour pavée de larges dalles et les plantes, médicinales et autres cultivées dans de vastes poteries... Il y a juste le cloître, un peu difficile à établir dans mon petit jardin... et puis la vie monastique aussi.... je n'y suis pas encore prête.










jeudi 21 juillet 2011

Faites vos jeux...



C'es: t Frankie qui nous propose de dire ce que nous évoque ces six phrases:

1/ La vie c'est la vulnérabilité-
2/ Mon premier chagrin d'amour-
3/ Jardin dans un cloître -
4/ Une page tournait dans mon dos-
5/ Les lieux de l'enfance-
6/ Sous une tente avec des voiles -

Alors comme de coutume, je vais répondre à une par jour, aussi pour aujourd'hui
N°1 - La vie , c'est la vulnérabilité: Ce que pense la mouche en voyant la tapette

Et je passe le relais, sans ordre de préférence à: Odile, Anne, Marité, Lulu, Seb, Laurent et Manouche...
Rien ne va plus... suivez l'oie...



mercredi 20 juillet 2011

Bark, bark, bark

On va encore tuer un chien! Il est coupable, mais ce n'est PAS SA FAUTE! Ce n'est JAMAIS de la faute du chien!
Reprenons les faits, du moins ce que j'en sais:
Un chien, un bull terrier, à la tronche inquiétante mais qui ne fait pas partie des chiens dangereux; il a bouffé le cadavre de son maître, mort depuis quinze jours sans que PERSONNE ne se préoccupe du sort de l'un ou de l'autre. Est-il coupable, est-ce sa faute?
Recueilli à la SPA, il est confié a une famille dont on ignore ce qu'elle sait des chiens et de leur comportement. Un chien au passif aussi lourd n'aurait du être adopté que par des "spécialistes". La SPA n'y a pas veillé. Le chien est-il coupable? Est-ce sa faute?
La nouvelle famille du chien, laisse une enfant de trois ans jouer avec lui!!! Le chien la mord au visage; est-il coupables? est-ce sa faute?
Il a pu mordre pour un nombre infini de raisons. La première étant qu'il ignore la force de sa mâchoire et et la fragilité d'un jeune enfant;il a pu se comporter avec cette petite comme il l'aurait fait avec un autre chien.
Et l'autre, la plus vraisemblable: il a voulu se défendre, défendre un territoire, une sérénité retrouvée et qu'il sait fragile.
Car les chiens sont capables de sentiments, d'émotions et de raisonnement. D'une manière certes plus rudimentaire que nous, mais il ne faut ni l'ignorer , ni le négliger. J'ai eu naguère trois chiennes de même race (d'inoffensifs Cavaliers King Charles) ; l'une achetée à deux mois et qui n'a connu d'autre stress que ce premier trajet en voiture . Elle a depuis toujours craint la voiture mais à part ça, c'était une chienne joyeuse, douce et parfaitement sociable. Mais les deux autres... adoptée à trois ans,  abandonnée en raison d'un changement de situation de sa maîtresse, a toujours redouté un nouvel abandon et quand nous recevions des visiteurs inconnus venait se réfugier sur mes genoux ou dans mes bras qu'elle refusait de quitter. Ensuite, connaissance faite et sachant qu'elle restait à la maison, son comportement redevenait normal.
Quant à la troisième, trois ans aussi,  qui avait servi de jouet a des enfants et qui en était restée plus ou moins estropiée, elle les redoutait. Dès que des petits entraient à la maison, elle se cachait sous la table, une chaise ou un fauteuil. Et les gamins n'avaient de cesse de la déloger ... TOUS! Ils ignoraient la douce et joyeuse India qui, voulant s'amuser leur apportait un à un se jouets. Ils ignoraient mes avertissements répétés jusqu'à ce que je me fâche et oblige leurs parents souvent indifférents à les faire obéir... Car la chienne , forcée dans son refuge , grognait et aurait bien pu utiliser le peu de dents qui lui restaient.
Celui qui possède un chien, doit bien le connaître, bien connaître ses éventuelles réactions et le pourquoi de celles-ci. Celui qui possède des enfants doit leur apprendre la prudence . Et là je reviens sur un de mes dadas: pourquoi, n'existe-t-il pas dans les écoles, des heures d'apprentissage du comportement animal? Je connais pour ma part des éducateurs canins prêts à donner ces cours.
Et puis un chien doit connaître sa place et savoir y rester. Là, bien des gens qui me connaissent commencent à se marrer... car oui, mes chiennes dorment avec moi, l'une à mes côtés, l'autre au pied du lit.. mais elles ne prennent la place de personne (j'oubliais la chatte qui souvent se prend pour mon bonnet de nuit). Oui, les chiennes montent sur les canapés, mais pas quand elles reviennent du jardin avec les pattes sales et pas quand il y a du monde. Elles ont leur place à elles et savent y aller quand je le leur dit. Elles savent qu'au lit et sur le canapé, elles sont juste invitées.
Il faut pour que le chien ne devienne jamais un drame, que chacun sache quel est son rôle car le chien est un animal hiérarchique et un animal de devoir; s'il n'a pas de guide, s'il se croit le chef, il s'attribue ce rôle et ceci dans les meilleures intention, car le chien, sauf exception, n'est ni méchant ni féroce. Son échelle des valeurs n'est pas la nôtre.
CE N'EST PAS SA FAUTE! IL N'EST PAS COUPABLE!
On va encore exécuter un innocent....à moins qu'un bienfaiteur intervienne , j'en connais.. ça c'est déjà produit...
Et au fait, n'imaginez pas que je n'ai aucune compassion pour la petite fille: c'est en pensant à elle et à bien d'autres que j'écris ce post ; et j'aurais encore bien d'autres choses à dire...
Juste, aimez vos enfants, aimez vos chiens et surtout, surtout, pour qu'ils vivent heureux ensemble, éduquez-les...

vendredi 15 juillet 2011

Le Lion





A la mi-juillet, les moissons sont bien avancées et Juillet devient Thermidor, dont le 9° jour vit la fin de la Terreur et fut fatal à Robespierre. Ce nom vient de l’habitude qu’avaient les anciens d’aller aux thermes pour se rafraîchir en cette période chaude de l’année.
C’est le temps où dans le ciel, le Lion s’empare de la Lyre d’Orphée pour donner la sérénade au Dauphin.
Il est, Victor Hugo nous l’affirme, superbe et généreux ; il plaît aux femmes et le sait. Il s’avance d’un pas royal et nonchalant, vers la lionne vindicative. La lionne ne laisse à aucune autre le soin de chasser pour son nonchalant et royal époux.
Placé au cœur de l’été brûlant, le Lion est une signe de feu : le feu du foyer, stable, rassurant,  chaleureux. Ardent tel un soleil, il illumine la terre, mais cette ardeur  peut la blesser.
La froide terre du Capricorne ne peut que s’adoucir à son approche ; celle printanière du Taureau ne s’en inquiète guère, mais que la Vierge, en manque d’eau, asséchée par les moissons prenne garde aux incendies.
Incendies que le grand vent du Verseau pourrait encore attiser, que les courants d’air des Gémeaux propageraient. Seule la douce brise de la Balance entretiendra paisiblement son foyer.
Le feu et l’eau font rarement bon ménage. Jamais le Lion ne goûtera les eaux maritimes et salées  des Poissons. S’il peut lui arriver de se désaltérer dans les lacs et les rivières du Cancer, c’est d’une patte prudente qu’il s’aventurera dans les sombres marécages du Scorpion.
Au fond le feu ne s’entend bien qu’avec le feu. Le fougueux Bélier allumera son brasier tandis qu’un vieux Lion pourra se reposer, assoupi devant les braises rougeoyantes du Sagittaire.

jeudi 14 juillet 2011

Mots d'auteurs

"Il faut accorder notre volonté avec les évènements de telle manière que nul évènement n'arrive contre notre gré et qu'il n'y ait non plus nul évènement qui n'arrive lorsque nous le voulons. L'avantage, pour ceux qui sont ainsi pourvus, c'est de ne pas échouer dans leurs désirs, de ne pas tomber sur ce qu'ils détestent, de vivre intérieurement une vie sans peine, sans crainte et sans trouble."

EPICTETE


Odilon REDON - Cellule (vers 1879-1883) , The Art Institute of Chicago.

dimanche 10 juillet 2011

De la part de Claude...(dernier)


Épilogue


Les historiens ne purent jamais se mettre d'accord sur la cause de ces événements. Personne ne sait ce qui se passa. L'effondrement fut si soudain qu'il balaya toute explication. Les décombres ensevelirent les témoins. De mauvais vents emportèrent les souvenirs.

Les monades de la révolte flottaient-elles dans l'air ?
Le principe de la rébellion couvait-il à la manière de ces idées en suspens que plusieurs inventeurs découvrent en même temps dans la solitude de leurs laboratoires ?
Y eut-il une révélation céleste ?
L'éclosion d'une vérité dans le for intérieur de la moitié de la population planétaire ?

De Sao Paulo à Libreville et d'Anvers à Johannesburg, au même moment, sans prodromes, des milliards de femmes, dans un élan commun, s'avancèrent vers l'inconnu, affranchies.

La violence se trouvait soudainement privée de son dérivatif ordinaire. Le bouc émissaire s'était réveillé de son sommeil. Les femmes rejetaient l'équation sur laquelle s'équilibrait un édifice plurimillénaire.

Tout s'écroula.

Dans les mois qui suivirent cette journée, un déchaînement de forces secoua le monde

Les hommes se jetèrent les uns sur les autres.

Des émeutes éclatèrent. Les Bourses s'écroulèrent. La folie se déchaîna sur la terre. Longtemps, les incendies éclairèrent les nuits.

Chez les rares survivants, cet épisode fut connu sous le nom de Révolte des femmes.

Les érudits ésotéristes prétendent qu'elle sonna la dernière  heure du cycle du Kali-Yuga, « l'âge sombre » initié le jour où quelques prophètes étourdis de soleil avaient décrété que : « la femme était un os surnuméraire sorti du flanc de l'homme ».  

Sylvain Tesson - Une voie à coucher  dehors - Gallimard 2009 



















samedi 9 juillet 2011

De la part de Claude...(7)



Bichkek, Kirghizistan, 15 heures.


Ali Zoubaev, fils d'un colonel bosniaque et d'une bergère albanaise, fut l'intime du général D. qui sema le désordre dans les rangs soviétiques pendant le conflit afghan.

Aujourd'hui, Zoubaev est le chef du plus gros réseau de traite des femmes de l'Asie centrale ; ce soir, c'est un homme heureux. Il a organisé une fête pour son cinquante-cinquième anniversaire dans sa boîte de nuit de Bichkek, le Tamerlan. En guise de service d'ordre, ses propres hommes. Il leur a adjoint quelques supplétifs de la police gouvernementale : les clampins à képi gagneront en une soirée ce que le gouvernement leur verse en un trimestre.

Les invités arrivent. Ballet de berlines : Mercedes 600 et Hummer à vitres fumées. Arrivée de la Volga du général D., qui n'a jamais pu se résoudre aux voitures capitalistes.
Russes, Tchétchènes, Azéris, Albanais et Turcs : ils sont une trentaine à avoir répondu à leur ami. Les premiers portent la raie blonde sur le côté et de grands manteaux noirs, les autres se reconnaissent à leurs incisives en or.

Chacun a raison de baver d'avance. Tatiana Mechenko a organisé la soirée. Depuis trois ans, l'Ukrainienne fournit Zoubaev en chair fraîche. Elle connaît le goût de Zoubaev pour les canons aryens. Il aime les filles à l'air perdu, les blondes translucides et mélancoliques de vingt-deux ans. Les Orientales, elles, sont trop vicieuses, on croirait qu'elles fomentent des putschs même en baisant. Les Russes ont un caractère plus laiteux et une odeur de navet.

Chaque année, la maquerelle déniche des beautés. Elle prospecte dans les campagnes et les universités de Vilnius à Kiev et de Tomsk à Minsk. Autrefois l'URSS était un laboratoire idéologique ; aujourd'hui, l'ancien empire est un vivier sexuel. La Mechenko fait miroiter des avenirs de danseuses à des déesses de province qui se retrouvent encagées dans les sous-sols du Tamerlan ou dans les bars de Tachkent. Zoubaev les ausculte, les essaie, les jette : elles montent sur la scène. Elles passent la première partie de la soirée collées à des barres en métal chromé, et la seconde à des nouveaux riches défoncés.

Jusqu'à minuit, les invités de Zoubaev dînent. On boit n'importe comment des crus français très vieux et on fume des cigares cubains en attendant le clou de la soirée. Ali a promis le défilé des plus beaux spécimens, un florilège du cheptel. Des filles à contempler, à acheter, à refourguer. Prendre et vendre, tout le monde sait faire ça à merveille ici.

Ali fait baisser le volume de la techno et monte sur la scène : « Mes amis, profitez de ce que vous allez voir, faites vos choix ! Longue vie ! » Le rideau se lève et un silence consterné s'abat devant le spectacle.
On se regarde un instant sans un mot puis des voix s'élèvent : « C'est un piège ? », « Tu nous trahis ? », « Salopard ! ».

Ali veut reprendre la main. Il bondit sur la scène : « Baissez le rideau ! » Mais le rideau ne se baisse pas. « Mes amis, écoutez-moi ! » Mais on ne l'écoute pas. « Je vais tout expliquer, calmez-vous. » Mais les armes sortent des holsters. Le ton monte, on veut colleter Ali. Un coup de feu part.

Le lendemain les journaux relatent un règlement de comptes au Tamerlan. On a relevé douze corps parmi les oligarques.
Ce que ne disent pas les journaux, c'est que Tatiana Mechenko a libéré ses esclaves quelques heures avant la levée de rideau. À leur place sur la scène, les invités ont découvert leurs mères. Ces dames avaient répondu à l'invitation de l'Ukrainienne. Le rideau s'était levé sur elles, assises en rang, sévères.

Sylvain TESSON " Une vie à coucher dehors" - Gallimard 2009



vendredi 8 juillet 2011

De la part de Claude...(6)


Corbucion, région de Mexico, 14 heures

Pedro Ramirez dort profondément. Le soleil est au zénith des champs. La chaleur a envahi la sierra et les chiens cherchent l'ombre sous l'adobe des arcades. Il dort en travers de son lit sous la statue de Sainte-Marie-de-toutes-les-dou­leurs. Un cierge est allumé, sa lueur danse sur les joues de la Vierge. Le point d'une mouche sur le plafond.



La voiture de ce demeuré de Ricardo passe dans une gerbe d'étincelles. Il n'a toujours pas fait réparer le pot d'échappement. Les chiens aboient, mais ne se lancent pas dans une poursuite. Pedro Ramirez ouvre un oeil. Dans la fente de sa paupière s'encadre la tache blanche de la porte. La fournaise n'entre pas dans la pièce, elle reste sur le seuil. Il fait bien frais ici, Pedro referme l'oeil. La mouche s'envole et se repose, soixante centimètres plus loin.

À ce stade, Pedro en a encore pour une, deux ou trois heures de souffrance. Le poison est toujours dans le sang. Il a l'impression que son coeur est monté dans sa tête et lui cogne le cerveau à chaque battement. Ne plus jamais mélanger la bière, le whisky, la mescaline et la tequila. La mouche se pose sur son front. Il la  chasse et sent que sa main lui fait mal.

Il a cogné fort la veille. Maria voulait qu'il ferme la porte, qu'il baisse le son de la télé et qu'il arrête ses « conneries de chimiste drogué ». Depuis qu'il est gosse, on lui a toujours intimé des ordres et expliqué ce qu'il fallait faire. Tout le monde croit savoir ce qui est bon pour Pedro Ramirez. Il ne supporte pas quand Maria se met à lui parler comme le faisait sa mère. Il l'a attrapée et tapée pour lui apprendre qu'on ne parle pas à son homme comme à un gamin. La petite garce oublie toujours qu'il n'en est plus un. Comme d'habitude, elle est tombée, il l'a relevée et lui a flanqué la raclée et, comme d'habitude, elle n'a pas crié pour ne pas réveiller le môme dans la chambre. Pedro regarde son poing. Comment le visage de Maria peut-il être si dur ?

Maria n'ira pas se plaindre. Ses parents habitent à Q... et il y a le petit qui est si petit et qui a besoin d'eux. Elle ne sacrifiera pas l'avenir du petit. Quant au poste de milice de Corbucion, tout le monde sait ce qu'ils font là-bas avec les femmes et ce qu'il en coûte d'aller se plaindre.

Le seul problème, c'est le poison dans le sang. Il y a encore cinq ans, avec le même volume d'alcool, il se levait à midi. Le sang avait tout lavé. La vieillesse, c'est lorsque l'alambic intérieur faiblit.
Une ombre passe sous ses paupières. Il y a quelqu'un qui fait écran devant la porte et cache la lumière. Il ouvre les yeux.
-  Qu'est-ce...

Dans le contre-jour, il voit le fusil. Il reconnaît sa Remington avant de distinguer Maria. Elle s'avance de deux pas dans la pièce et tire trois coups. Une balle dans la tête, deux dans la poitrine. Une goutte de sang gicle sur Notre-Dame. La mouche décolle et trouve le chemin du grand air.


Sylvain TESSON-  "Une Vie à coucher dehors", Gallimard 2009


jeudi 7 juillet 2011

Cher souvenir


Ce matin, on va mettre entre parenthèses les histoires cruelles dont nous gratifie Claude -pour notre plus grand bonheur- et parler, il en est grand temps, de la soirée musicale et magique offerte par Anne (des Ocreries) et Monsieur L'Homme au mois de juin. 
Magique à cause du temps qui n'a fait aucun caprice; magique puisqu'en fermant les yeux, Vincent le chanteur nous faisait croire au retour de Jean Ferrat. Et quand Vincent chantait ses propres chansons, les ombres de Ferré , de Brassens, d'Aragon , de Gaston Couté ou tant d'autres encore, venaient s'asseoir parmi nous; magiques le roé et les clafoutis - les cerises donnaient à plein cette semaine-là- et magiques aussi les copains retrouvés dont certains venaient des contreforts de l'Est. Oui, oui... nous avons eu l'Alsace et la Lorraine!
Mais beaucoup moins magique en revanche, le lendemain, la remise en selle de votre chroniqueuse, sous l'objectif indulgent de Thierry, l'Oiseau Alasacien (l'autre Thierry, c'est Monsieur L'Homme), qui nous a épargné le pire: la pénible escalade du bon Max, modèle de patience et d'équanimité. Une grosse pierre approchée n'a pas suffi; il a fallu.... hélas, je dois l'avouer... il a fallu une chaise! 
Ensuite... ensuite.. étriers trop courts, selle mal sanglée et escortée par Anne qui héroïque et attentive n'a pas lâché d'une semelle ni son cheval ni sa copine!


mercredi 6 juillet 2011

Bobbie Gentry - Ode to Billie Joe

De la part de Claude (5)

Le Bug de Dijon
Dijon, France, 13 heures

Ils sont rouges et gras.
Les protéines animales, les digestions difficiles, le contentement de soi et le laisser-aller ont fait éclater les vaisseaux de leurs pommettes.
Coupe­rose et ventre rond, signes de la notabilité républicaine.
Sous les stucs du salon, les membres de la chambre de commerce se réunissent.
On déjeune, il y a les épouses et de la pintade.

-Les musulmans, dit Anglade, ne connaissent que la loi du Ciel. Dieu décide, l'Homme exécute. Mais l'Islam ne pourra pas s'opposer à la marche du temps. Le Progrès le laminera !
-Vous plaisantez, dit Farnèse. Il y a les femmes ! La charia ne reculera jamais à cause d'elles ! Les musulmans disposent d'un formidable système de prestation, mieux rodé que n'importe quelle entreprise d'exploitation capita­listique. Une moitié du genre humain a mis l'autre à son service. Les hommes ont institué une sorte d'esclavage, les services du sexe en plus. Ils ne lâcheront jamais le privilège de disposer d'un prolétariat corvéable à merci.

Anglade avait déjà descendu une bouteille de morgon, le vin lui chauffait le haut des oreilles, il avait l'humeur joyeuse.
-Je devrais leur envoyer la mienne, ça leur suffirait d'une ! dit-il.

-Ne parle pas comme ça de moi, lui murmure sa femme.

Il ne l'entend même pas. Il est lancé ! Sur la pente comique.
-Ils comprendraient vite, ajoute-t-il.
Autour de lui, on rit bien. Anglade est impayable.
- Louis, tais-toi...
- Tenez ! Vous voyez ! Elle veut me censurer, ici ! Au secours !
- Tu me gênes.

Mais il est en forme, il tient le filon, il a du succès, il se sent drolatique.
Il est marié depuis trente ans. Trente années qui ont laminé l'amour.
Il peut tout se permettre.
Quoi qu'il fasse, sa femme et lui sont rivés l'un à l'autre.
Il est le rocher, elle est la praire.
Il poursuit :
- C'est même pour ça que je vais me présenter aux législatives, pour avoir une tribune, parce que, chez moi, je suis bâillonné.
- Louis...
- Il y a des burgas qui se perdent !

On l'applaudit, il s'enhardit.
-Vous, en revanche, vous avez bien fait de retirer la vôtre, susurre-t-il à l'attachée parlementaire de vingt-huit ans, assise à sa droite.

Mme Anglade se lève, retire son alliance et la pose sur la nappe.
Elle quitte la pièce dans un silence de caveau.
Avant de passer la porte, elle se retourne :
- Fin de trente ans de mufleries.

Du même élan, dix-sept femmes se lèvent et sortent du salon Empire.

(Sylvain  TESSON "Une vie à coucher dehors" Gallimard 2009)



mardi 5 juillet 2011

Dernière minute...

Il est rare que j'estime un roman assez pour prendre le peine d'en parler. Cette fois, les vent marins ont poussé vers moi "Topolina" , d'Astrid WALISZEK chez Grasset, et c'étaient de bons vents.
D'une plume minutieuse, enfant naturelle de Duras et Modiano, Astrid nous emmène sur le chemin de Topolina qui serpente lentement d'abord et pas plus vite ensuite. Cependant, une intrigue devinée nous accroche au pas de cette femme silencieuse, de cette carmélite laïque. Qui est réellement Topolina, que cherche-t-elle? Quel secret sous-tend cette vie qu'elle a choisi et dont on comprend très vite qu'elle n'est pas la sienne?.

De la part de Claude (4)



Village de Brandranapur, Gujarat, Inde, 12 heures

C'est l'heure brûlante. Le ciel est une forge. Bêtes, hommes et dieux se terrent à l'ombre. Les coléoptères renoncent à voler. Les papillons aèrent leurs ailes, les buffles tentent de disparaître entièrement dans la boue et la langue des chiens pend.

Il n'y a personne dans la cour, ni dans la ruelle. C'est le moment. Vikram débouche le bidon d'essence que sa mère lui a confié ce matin et pousse doucement la porte de la cuisine. Meeru prépare les chapatis du dîner. Elle est accroupie devant la gazinière dans son sari jaune. « Il faut attendre qu'elle porte le sari de Nylon », a recommandé le père. Vikram vide le bidon. Meeru n'a même pas besoin d'entendre l'allumette craquer pour savoir qu'elle va s'en­flammer.

Elle avait senti les nuages s'amonceler au-dessus de la tête. Ils roulaient lourds de haine, plus sombres que ceux de la mousson. Du fond de leur campagne, ses parents ne payaient plus les traites de la dot. Une belle-famille est un être à deux visages. Sous le masque de la prévenance se tapit une bête avide. Une épouse qui ne rapporte pas est une source tarie, un membre mort. Pas d'argent, pas d'issue. Parmi les femmes qui ne peuvent s'acquitter de leur dette, les plus chanceuses sont répudiées. Les autres brûlent.

Quelques pensées, plus rapides que les flammes, se pres­sent dans la tête de Meeru. Pourquoi Brama a-t-il créé la femme ? Fallait-il un réceptacle à la violence de Kali ? Le tissu s'embrase. Elle savait que le Nylon serait sa perte et qu'il fallait se débarrasser de ce sari. Le feu attaque la peau. Mais il est écrit sur le parchemin des destinées tendu entre les astres que Meeru ne finira ni en cendres, ni dans un entrefilet du Statement à la rubrique des accidents domes­tiques.

Vikram n'a même pas eu le temps de se retirer de la cui­sine que sa femme se précipite sur lui. Vikram, si fier de sa moustache lustrée chaque matin à la vaseline, s'enflamme d'un coup. Dans sa stupidité, le pauvre enfant des plaines n'a même pas pensé à lâcher le bidon. Il prend comme le soufre. En deux secondes, plus agile que Vikram, plus souple, plus nerveuse, mieux affûtée surtout par des années de servage, Meeru jaillit hors de la pièce, claque la porte si fort que le loquet retombe, traverse la cour en trois bonds et plonge dans le marigot des buffles.

Son corps fume. Elle en sera quitte pour des cicatrices sur la peau. On entend les hurlements du jeune homme. Les beaux-parents se tenaient aux aguets. Ils accourent et sont pétrifiés. Meeru est là, vivante, couchée au bord de la mare. Qui souffre ainsi dans la cuisine ? Le père fra­casse la porte. Vikram est mort. Meeru s'approche de son beau-père. Les lambeaux de sari collent aux courbes des hanches.

-  Votre fils était insuffisan
t. Mais aujourd'hui il s'est surpassé. Un demeuré, le portrait de son père.
Elle tourne les talons et rentre chez les siens.

Sylvain TESSON "Une vie à coucher dehors' Gallimard 2009


dimanche 3 juillet 2011

De la part de Claude...(2)


Communauté évangéliste de Saint Laurent, Texas, 10 heures
Les enfants hurlent. Le fumet de soupe rampe dans l'es­calier jusqu'au premier étage de la maison. Jacob lit la Bible. C'est l'heure du dîner et les enfants entrent dans la phase darwinienne de leur cycle diurne : l'odeur de la soupe réveille en eux des forces. Il va falloir hurler plus fort que les autres pour mieux se remplir le ventre. Les pleurs et l'odeur de potiron arrachent Jacob à l'Épître aux Corin­thiens. Il marque la page avec le signet de cuir. Il descend l'escalier, la main sur la rampe et pense aux mots de Paul de Tarse : « [...] l'homme ne doit pas se couvrir la tête car il est la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme. En effet, l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme. »

Il est 19 h 30. À table règne l'apocalypse. Rebecca frappe à coups de cuillère dans son assiette de soupe. Job étale du doigt les taches sur la nappe. Samuel renverse l'eau sur la tête du bébé de dix-huit mois qui vagit dans la chaise. Les autres enfants, trois, quatre, six, et neuf ans, se battent sous la table. Alison est débordée : les troupes d'assaut de l'en­fance ont vaincu la tour amirale. Jacob prononce le bénédi­cité puis siffle le potage. Il faut une heure et demie à Alison pour venir à bout des enfants, les coucher et obtenir le silence. Le sommeil finit par avoir le dessus.
21 h 30. Jacob est retourné à sa lecture, Paul prêche à présent à Éphèse. Alison fait la vaisselle, prépare le petit déjeuner. De temps en temps, dans la maison silencieuse, le cliquetis d'une assiette.
22 h 30. Elle rejoint son mari dans la chambre, se désha­bille, se lave et se couche. Jacob éteint la lumière à 23 heures et passe son bras gauche autour de la taille de sa femme.
- Pas ce soir, dit elle.
- Tu es malade ?
- Non.
- Alors quoi ?
- Pas ce soir ou tu te retires.
- Comment ça, je me retire ?
- Je ne veux pas tomber enceinte.

Jacob allume la lumière. Lorsque l'on dit des choses graves, il faut se regarder dans les yeux.
- Tu veux faire comme les infidèles ? grince-t-il.
- La seule chose que je veux c'est ne pas tomber à nou­veau enceinte.
- « Croissez et multipliez-vous, emplissez la terre. »
- Elle est emplie comme une outre, la terre ! Quant à cette maison, n'en parlons pas.
- Ce n'est pas à nous de fixer les limites, dit Jacob.
Alison se retourne et remonte la couverture dans ses poings.
- Je ne veux pas d'autres d'enfants, dit-elle.
- Le diable est en toi !
- Ça vaut mieux qu'un môme.
Jacob tremble. Qu'elle le veuille ou non, elle recevra sa semence. Il saisit son épouse par les épaules, mais Alison est plus rapide et lui écrase sur le crâne le pied de la lampe en terre cuite. Cette nuit-là, elle dort comme jamais. Pour la première fois en neuf ans de vie conjugale, son mari ne ronfle pas.
( à suivre )

samedi 2 juillet 2011

Lire et relire


Giraon, village du pays gurung, Népal, 8 heures


Arun a faim. Il est huit heures du matin et son assiette est vide. Le silence règne dans la maison. Un souffle frais, chargé du parfum des épiphytes, soulève le rideau et tra­verse la pièce. Un gecko se remet de sa chasse, aplati sur une poutre de cèdre. Arun est soucieux. D'habitude, à cette heure-là, l'autocuiseur émet son sifflement et le jet de vapeur fuse jusqu'au plafond. Dans l'ouverture de la porte,le sommet du Ganesh Himal. A l'aube, les séracs ont la couleur du riz.
Arun est perplexe. Il est huit heures et dix minutes et son assiette est vide. Le gecko a disparu. Quand la petite bête rose se déplace, l'oeil ne peut le suivre : on croirait qu'elle se désintègre avant de réapparaître plus loin. Depuis combien de temps est-il marié ? Dix ans. En dix ans, c'est la première fois que le repas n'arrive pas à l'heure. C'est peut-être même la première fois depuis l'existence des Gurungs sur la terre. Si cela s'était déjà produit, l'incident aurait fait l'objet d'une fable. On se la raconterait le soir, sous le pipal, en buvant la bière d'orge, en fumant le shilom. Et Arun la connaîtrait par cœur. Il n'ose pas bouger : la peur s'est immiscée en lui.
La seule explication est que sa femme soit morte. Elle aura peut-être été emportée par la rivière. La mousson est une faucheuse. Avant le repas du matin, les femmes lavent le linge sur le bord des grèves et étalent les tissus sur les rochers. Mais parfois, l'une d'elles glisse sur une pierre et le remous la happe. Le courant ne rend rien, pas même l'écho des cris. Ou bien peut-être aura-t-elle glissé sur le chemin qui borde la falaise, déséquilibrée par le poids du tas de bois. C'est arrivé le mois dernier à la nièce de Vikram.
Soudain, une silhouette s'encadre dans la porte et cache la montagne. La pièce s'obscurcit un peu. C'est Kali, la femme d'Arun. Elle n'est pas morte, elle semble même en parfaite forme.
- Le riz ? dit Arun sévèrement.
- J'ai nourri les porcs, va voir s'ils t'en ont laissé.
(A SUIVRE)