samedi 31 juillet 2010

Autrefois les Muses agençaient des bouquets comme une gamme sur les cordes de leurs harpes enchantées. Chaque fleur correspondait à une note et la mélodie parfumée semée aux alentours attirait les bergers et emprisonnait les poètes:
Do pour la rose.
Si pour la cannelle.
La pour le baume de Tolu.
Sol pour le pois de senteur.
Fa pour le musc.
Mi pour l'iris.
Ré pour l'héliotrope.
Pierre DUBOIS - Elficologue

vendredi 30 juillet 2010

un peu de culture

Après un précédent roman documenté sur la maladie d'Alzheimer, Olivia Rosenthal s'attaque cette fois de la même manière aux animaux avec Que font les rennes après Noël?, un livre sur la domestication des humains et l'irréductible part d'enfance, donc sauvage qu'on porte en nous. Entretien vidéo et extrait.







Olivia Rosenthal, juillet 2010© Sylvain Bourmeau

jeudi 29 juillet 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - JUILLET - Semaine 4 Jour 7 LE PARTRIOLE

Chaleur de Saint-Germain
Met à tous le pain dans la main.


Le septièm’ mois de l’année
Que donnerais-je à ma mie ?
Sept chiens courants,
Six lièvr’ aux champs,
Cinq lapins grattant la terre,
Quatre canards volant en l’air,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Un partriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Un partriole
Qui vole dans ce bois.









Juillet est un mois païen consacré à l'amour. Les Enchanteresses et Dames Rouges s'affairent en ce temps de soleil et d'abondance à confectionner leurs philtres et parfums dont le célèbre "encens de Vénus": on réduit en poudre de l'ambre gris, des pétales de roses anciennes, des baies de genièvre et des feuilles fraîches de verveine. La pâte obtenue, malaxée en plusieurs petits cônes et mise à sécher durant une semaine, s'utilisera de la même façon que l'encens. Seront "encharmés" tous ceux qui en respireront les fumées.

Pierre DUBOIS - elficologue

mercredi 28 juillet 2010

Richard Bona~O Sen Sen Sen ~Live~

DENTIFRICE A L’ARGILE ET AU CLOU DE GIROFLE

Les dents jaunes et noires, c’est bon pour les pianos !
Nous autres voulons des dents resplendissantes et une haleine de Zéphyr. Et pour cela rien de tel que le clou de girofle, un des meilleurs antiseptiques dont nous gratifie la nature et qui de plus, soulage les maux de dents.

Pour en faire un dentifrice, il vous faut :
4 clous de girofle et 1 cuiller à soupe d’argile verte en poudre.

Pilonnez les clous de girofle et mélangez-les à l’argile. Mettez le tout dans un petit pot.
Pour vous brosser les dents, prenez un peu de cette poudre dont avec un peu d’eau, vous ferez une pâte épaisse.
Ensuite, avec la brosse, utilisez comme n’importe quel dentifrice.
L’argile verte blanchit les dents et donne une bonne haleine.


Les vérités continuent à être bonnes à dire ici et maintenant

L'affaire Bettencourt, devenue l'affaire Woerth et cachant une affaire Sarkozy, est un révélateur de l'état de la France: de ses inégalités et de ses injustices sociales, de ses déséquilibres institutionnels et de ses régressions démocratiques, des abus d'un pouvoir présidentiel sans contrôle. Illustrant l'utilité démocratique d'une presse libre, elle souligne tout ce qui n'est plus supportable et tout ce qui devrait changer, demain. Analyse en forme de synthèse d'une affaire gigogne.

TONIO

mardi 27 juillet 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - JUILLET - Semaine 4 Jour 5 C’ EST POUR RIRE



Si les fourmis s’agitent à la Sainte-Anne,
Il pleut un mois et une semaine.




Le temps qu'il aurait du faire la semaine dernière.



Dans les régions Nord, parisienne, Nord-Ouest, Bretagne et Ouest: quelques belles averses coupées de pluvieuses éclaircies.
Région Sud, sud-Est, Aquitaine, Franche-Comté, Saint-Pierre-et-Miquelon: température voisine et adjacente à l'état du ciel. Fortes chaleurs alternant avec le verglas caniculaire.
Centre, Massif Central, Société Générale et Banque des Pays-Bas: brouillards matinaux, mer d'huile avec filet de vinaigre sur les hauts plateaux.
Température moyenne générale: maximum: 38,5°; minimum:39,8°
Si vous n'avez pas eu ce temps-là dans la région que vous habitez, adressez-nous vos réclamations; nous nous ferons un devoir de nous les transmettre à toutes fins utiles.

Pierre DAC





lundi 26 juillet 2010

Regardez mes frères, le printemps est venu; la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour!
Chaque graine est éveillée et de même tout animal est en vie? C'est à ce pouvoir mystérieux que nous devons, nous aussi, notre existence et c'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, autant de droit qu'à nous d'habiter cette terre.

Tatanka Yotanka

dimanche 25 juillet 2010

Jeff Buckley - Hymne A L'amour

Réunion à l'Elysée
sur les Roms
et les gens du voyage.

On oublie
les Arabes,
les Noirs,
les Juifs
et les coiffeurs.
Si vous avez pensé
"pourquoi les coiffeurs?"
vous avez perdu !






samedi 24 juillet 2010

Musica electronica

ALMANACH MERVEILLEUX -JUILLET-Semaine 4 Jour 2 CONTE


En canicule, point d’excès,
En aucun temps, point de procès


CUIR DE RUSSIE


Sur la lande bretonne des loups chantent la pleine lune. Dans la chambre haute d’un manoir, une vieille dame les écoute. Elle ne peut pas dormir ; un vieux cœur fatigué l’étouffe ; l’empêche de bouger, de marcher, de vivre… D’ailleurs, elle ne vivra plus longtemps ; bientôt elle sera libre… Libre comme les loups.
Ceux là sont peu nombreux ; un couple et quelques jeunes. Du train où on les chasse, il n’y en aura bientôt plus
 Elle ne craint pas les loups ; elle n’aime pas les chasseurs.
L’hiver, les loups affamés hurlaient par centaines dans les forêts de son pays natal ; on les voyait galoper sur les plaines glacées. Il fallait aux voyageurs une solide escorte pour leur échapper. Parfois même, devait-on leur livrer un cheval.
C’est ce qu’on racontait , ce qu’elle a raconté .
Mais jamais son père le gouverneur n’aurait sacrifié un seul des cent chevaux de son haras.  Quand il  voyageait, avec ou sans sa famille, plusieurs dizaines de cavaliers armés accompagnaient son traîneau et ceux de sa suite. C’était toujours escorté de cette véritable armée que se déplaçait le général-comte R…  gouverneur de la capitale et sa famille . Des loups n’auraient jamais osé menacer un tel équipage.
Les loups sont craintifs ; les bergers le savent bien et elle aussi. Dans son premier roman une des petites filles modèles le dit: « les loups sont poltrons » Il  suffit de claquer les sabots l’un contre l’autre pour les faire déguerpir ; et puis, ils ont peur des chiens.
Ce sont les lévriers de sa mère qui ont fait fuir ceux qui …. Mais à vrai dire ce n’étaient pas des loups. Les loups qui emportent la petite fille c’est dans le roman… La vraie histoire, elle s’en souvient : elle avait quatre ans. Sa mère lui avait dit qu’elle était assez grande désormais pour l’accompagner dans ses promenades en forêt.
« Mais prend bien garde, avait-elle ajouté, tu sais que je marche vite ; ne traîne pas en arrière, ne rentre pas dans le sous-bois, reste bien sur le chemin près de moi et des chiens. »
Et c’est vrai qu’elle marchait vite, la mère de Sophie ; la petite trottinait derrière faisant quatre enjambées pour une de sa mère. Sa mère si belle, si élégante, si sévère. Et l’écart se creusait ; les chiens joyeux bondissaient d’avant en arrière. Et la petite voyait la silhouette maternelle de plus en plus loin sur le chemin ; un bouffée de désespoir lui monta au cœur : elle en eut la certitude, sa mère l’avait emmenée en forêt pour la perdre. Pas parce qu’elle ne pouvait plus la nourrir comme Hansel et Gretel ou le Petit Poucet ; ses parents étaient riches. Mais parce qu’elle ne voulait plus d’elle. Elle en avait assez de la punir sans jamais l’améliorer.
« Taisez-vous bavarde ! On ne comprend rien à vos histoires ! » Elle aimait tant raconter des histoires !
« Vilaine menteuse ! Qu’avez-vous encore inventé ? » Elle ne croyait pas mentir ; elle arrangeait juste un peu la réalité pour la rendre plus belle.
« Montrez-moi vos mains, vilaine gourmande, petite voleuse ! ». Mais les bonbons, les fruits confits , les gâteaux qui sont là sur les tables, quand on a faim, c’est tentant !
« Voulez-vous bien rester un peu tranquille, ne courez pas, ne grimpez pas partout ! Comportez –vous comme une petite fille sage ». Mais les garçons, eux ont le droit de courir, de grimper aux arbres et elle peut le faire aussi bien qu’eux !
« Calmez-vous mademoiselle le coléreuse et filez dans votre chambre ». Comment ne pas se mettre en colère parfois, quand on vous reproche chaque geste que vous faites ?
Et pourtant, elle voudrait tant devenir telle que sa mère la souhaite !
C’est trop tard désormais, elle va rester dans la forêt ; devenir la proie d’une sorcière, ou d’un ogre qui l’engraissera avant de la manger. Le chagrin lui pique les yeux ; devra-t-elle sacrifier les deux gimblettes qu’elle a dans sa poche ? les émietter pour retrouver son chemin. Inutile ; les oiseaux mangeraient les miettes ; il vaut mieux les garder pour plus tard, quand elle aura faim. Elle a d’ailleurs un petit peu faim déjà. Elle trotte pour rattraper sa mère, mais à travers ses larmes elle voit le long du bois des points rouges et cette odeur, fruitée, sucrée, pas de doute ce sont des fraises ! elle adore les fraises…
Ne pas rester en arrière, ne pas s’écarter du chemin… oh, juste une ou deux fraises et d’ailleurs elle sait que sa mère se rend chez son fermier ; elle n’aura qu’à courir. Elle s’accroupit… un ou deux fraises… Mais il y en a plein… elle suit les fraises dans le sous-bois…
Un autre enfant a vu aussi les fraises… Un enfant de sa taille mais qui n’a  que quelques mois…
Qu’il est joli ce nourrisson poilu, tout brun, tout velouté, un gros jouet et Sophie veut le toucher, le caresser, mais elle lui fait peur. Le bébé crie et la mère se précipite. Elle est là dressée devant la petite fille, griffes en avant gueule ouverte sur des dents énormes. Sophie accroupie le contemple médusée. Elle a peur un peu,  mais ne panique pas ; elle a entendu les chasseurs raconter : devant un ours, on ne doit pas bouger.
L’ourse gronde, une galopade effrénée casse des branches mortes, les chiens aboient, mettent en fuite la mère et l’ourson.
Et l’autre mère surgit alors ; elle s’empare de sa fille, la gifle à toute volée et dans le même mouvement la serre farouchement contre elle. De cette étreinte, Sophie devra se souvenir toujours, car elle ne recevra guère d’autre manifestation d’amour .





Roses d'été



Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?
Que ce soit aux rives prochaines.
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.
J'ai quelquefois aimé: je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et la voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas
De l'aimable et jeune bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis engagé par mes premiers serments.
Hélas! quand reviendront de semblables moments?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète?
Ah! si mon coeur osait encore se renflammer?
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête?
Ai-je passé le temps d'aimer?

Jean de La Fontaine

jeudi 22 juillet 2010

Jean FERRAT chante ARAGON aimer à perdre la raison

ALMANACH MERVEILLEUX - JUILLET -Semaine 3 Jour 7 QUEL METIER !



Si le jour de Saint-Samson
Le pinson boit au buisson,
L’amour peut chanter sa chanson,
Le vin sera bon.



Artificier


Il est de petits métiers saisonniers dont on se demande ce que font ceux qui les exercent le reste de l’année. Est-ce le marchand de glaces qui allume son brasero et fait griller des marrons au coin des rues en hiver. Le vendeur de muguet nous propose-t-il des cocardes le jour du 14 juillet ? Et son collègue l’artificier, que fait-il à la saison pluvieuse ?
Il travaille ! Car artificier est loin d’être un « petit métier ».

L’artificier est un artiste, un magicien de la lumière mais aussi un technicien minutieux et précis qui manie des explosifs. Son métier, dangereux, exigeant, est très ancien. Il apparaît en Chine vers le 8° siècle de notre ère, avec l’invention de la poudre. Son usage n’était nullement belliqueux et la tradition chinoise dit que le feu d’artifice était destiné principalement  à effrayer les spectres et à faire fuir les mauvais esprits.
Ramenée au 13° siècle dans les bagages de Marco Polo la poudre fut utilisée par les Français de manière beaucoup moins pacifique : les premières bombardes tonnèrent à Crécy en 1346.
Mais l’art des artificiers chinois servit aussi à célébrer les victoires.  Il  atteint un haut degré de perfection au XVII° siècle et s’associe à la musique.  Haendel, en Angleterre compose une Musique pour les feux d’artifice royaux. Lors des grandes fêtes de Versailles, le feu d’artifice était un des emblèmes du Roi-Soleil.
C’est en 1739 que les frères Ruggieri, natifs de Bologne , s’installent à Paris et deviennent les artificiers de Louis XIV. Leurs descendants exercent encore de nos jours puisqu’ils s’associent en 1997 à Etienne Lacroix. Ce sont eux qui illuminent les concerts de Jean Michel Jarre et de Johnny Halliday. On leur doit aussi les Nuits de Feu de Chantilly et les fêtes de lac d’Annecy.








Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eust à ce vespres cueillies,
Chutes à terre elles fussent demain;

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de temps cherront toutes flétries,
Et, comme fleurs, périront tout soudain.

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame,
non pas le temps, mais nous nous en allons,
Et tost seront étendus sous la lame.

Et des amours desquelles nous parlons
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle.
Pource aimez-moi, cependant qu'estes belle.

RONSARD


Agrippa d'Aubigné , plus galant disait lui qu' "une rose d'automne est plus qu'une autre exquise",
aussi,  vive l'amour...il n'y a pas de temps perdu!



Eric Woerth est "très impatient"
d'être entendu par le parquet de Nanterre.
Je le comprends :
 
Un rendez-vous avec
des amis de mes amis,
et je ne tiens plus en place.




mercredi 21 juillet 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - JUILLET - Semaine 3 Jour 6 AH ! LA MODE DE CHEZ NOUS


Pour leur fête, souvent
Les Sept Dormants redressent le temps.



Elégance, économie    (1925)


Etait-ce la même ? Ou bien une autre, et une autre, et encore une autre ? « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre… » Je parle de cette jeune femme, de satin noir et de bas roses vêtue, qui offensait, cet hiver, l’hygiène et le bon sens, vous savez bien, cette dame…
Février, mars, ont versé sur Paris la pluie la plus noire qui puisse choir d’un ciel gris, la neige la plus froide parce qu’elle fond, la grêle qui craque sous le pied comme un collier rompu. Par certains après-midi maudits, on vit sous des rafales semi-liquides, semi-gelées, les chevaux de fardier s’arrêter tête basse ; les chauffeurs de taxi gagner le bar le plus proche ; les garçons livreurs devenir, sous les porches géants, autant de statues en toile cirée. On vit l’autobus hésiter, le tramway réfléchir, aveuglé. On vit la place de l’Opéra, le boulevard et la rue de la Paix déserts, miroitants, bombardés par la colère d’en haut…
C’est par ce temps, c’est à ces heures de trouble climatérique que je la vis, la dame en manteau de marocain ou de satin noir, chaussée de trois petites lanières vernies, la jambe gantée de soie couleur urticaire ou couleur de crise de foie. Engoncée de blaireau mais les pieds quasi-nus, elle allait, endurcie, menton en proue, ventre en avant et séant rentré.
Elle croisa – trop rarement- son antagoniste, la dame en ciré noir, en gabardine imperméable, en suroît de pêcheur. Celle-ci marchait, d’aplomb sur de fortes semelles, le pied au chaud dans le bas de laine rayé. Un jour je reconnus, réfugiée sous l’arc roman d’une porte cochère, mon amie Valentine. Elle attendait l’embellie, et pataugeait dans le marécage universel. Je me mêlai de lui faire reproche, et de lui demander compte de son équipement incongru. Avec l’aigreur qu’inspire un commencement de laryngite, elle riposta : « Croyez-vous, ma chère, qu’au prix où sont les étoffes et les façons, je puisse m’offrir, selon chaque caprice du temps, trente-six tenues ? »
Car les femmes on gardé, de la guerre, quelques termes militaires, et disent « tenue » où elles disaient  « toilette ». Mon amie Valentine s’en tient au chiffre de trente-six. Plus vague, plus hyperbolique que cent mille, elle me brandit sous le nez, avec son misérable petit parapluie conique, son trente-six comme un bouclier. Je voulais pourtant enquêter sérieusement, et je prétendais savoir si l’économie, dans un budget féminin, bannit l’élégance, cette élégance suprême qui consiste à porter un vêtement à son heure, dans son milieu et dans son climat. A voir se rebeller, comme une poule sous la rafale, mon amie Valentine, j’ai touché du doigt le point où finit l’indiscrétion, où commence le sacrilège. On peut toujours plaisanter une femme, même cruellement, sur ses cheveux courts et plats, sur sa nuque de lycéen maigre, ses omoplates de poulet mal nourri, sa robe trop courte, son chapeau en seau de toilette, ses bijoux de Canaque. Mais il ne faut pénétrer qu’avec une extrême précaution, des gants de caoutchouc et une lampe de mineur, dans le domaine où, réduite à manifester de l’initiative, une femme a mal choisi au lieu de choisir bien.
Pressée, un autre jour, d’expliquer pourquoi elle avait élu tout l’hiver, en guise de tout-aller, une robe-manteau de satin noir à col et parements de loup montée, si j’ose écrire, sur bas casserole-fourbie et souliers-passoire, mon amie Valentine s’ouvrit à moi, de mauvaise grâce : « Vous comprenez, non seulement ça m’économise un tailleur de lainage, mais encore le manteau de soie sur robe de satin ou de Georgette constitue un « numéro » qui permet toutes les surprises de la journée, le déjeuner dehors, même le dîner, le dancing ou un théâtre… Ainsi, tenez,  avant-hier… »
Je n’écoutai pas beaucoup le reste, je me cramponnais à une vérité, vérité féminine, un peu abrégée, un peu impure, vérité pourtant. « Qui permet toutes les surprises… » Depuis le premier rapt, la femme, qui n’a peur de rien,  n’a pas oublié de redouter la surprise. En outre, elle est paresseuse, et la paresse souvent la détourne d’une saine coquetterie vigilante. Vous la croyez changeante, et diverse ? Point. Que rêve-t-elle ? Etre  habillée et parée, comme elle dit, « une fois pour toutes ». Elle a cru, en coupant ses cheveux, qu’elle s’éveillerait, le matin, coiffée une fois pour toutes. Mais le coiffeur veillait, maître des guiches, émondeur de la nuque, détenteur d’un certain pli de cheveux  près de l’oreille, et je connais mainte libérée qui déjà gémit : « Ah ! c’est assommant… Il faut que je me fasse tailler tous les quinze jours… et mon pli ne tient pas, derrière l’oreille… »
Soignées, pansées comme des chevaux de prix vers dix heures, combien, de femmes courrent avec plaisir, avant le dîner, vers leur seconde toilette ? O nonchalantes, combien d’entre vous s’en tiennent au « raccord » exécuté dans un vestiaire de restaurant ? La poudre, le rouge en nuage, le coup de peigne, le brossage des mains et des ongles… Et puis, on entrouvre la robe-manteau qui garde encore, -mais ne l’épluchons pas de trop près !- quelques mouchetures de la boue sableuse du bois, on laisse apparaître une plate tunique lamée d’or, brodée de cent couleurs, et on se sent prête à passer une bonne demi-nuit dehors.
Le matin, près des Lacs, c’est vous que j’ai rencontrées si souvent, apôtres de l’élégance économique. Vous marchiez vite, le nez enfoui dans les poils du blaireau, du pijicki, voire du vison, car le vent pinçait, et l’eau giclait, et vos bas roses n’étaient pas fiers. Mais ne savais-je pas que vous cachiez dans le petit sac une autre paire de bas roses et, sous le satin noir ou le velours tête de nègre, une tunique aile-de-papillon, décolletée et sans manches.
Le printemps est là. S’il est clément, il vous permettra d’endosser, vers onze heures, la sandale claire, la robe fleurie, -sous quel nouveau manteau d’uniforme ?- la robe dans laquelle vous dînerez ce soir, vous, élégantes qui voulez que je vous salue du nom d’économes… Economes ? Peuh !… Paresseuses.

COLETTE







Evolution


Comparaison 1958-2008 

Scène I: Michel doit aller dans la forêt après la classe, il montre à Jean son couteau avec lequel il pense se fabriquer un lance pierre.

Année 1958: Le directeur voit son couteau et lui demande où il l'a acheté pour aller s'en acheter un pareil.

Année 2008: L'école ferme, on appelle la gendarmerie, on emmène Michel en préventive. TF1 présente le cas aux informations en direct depuis la porte de l'école.

ScèneII : Discipline scolaire

Année 1958: Tu fais une bêtise en classe. Le prof t'en colle deux. En arrivant chez toi, ton père t'en recolle deux..

Année 2008: Tu fais une bêtise. Le prof te demande pardon.. Ton père te demande pardon et t'achète une moto..

Scène III : Franck et Marc se disputent et se flanquent quelques coups de poing
après la classe.

Année 1958: Les autres les encouragent, Marc gagne. Ils se serrent la main et ils sont copains pour toute la vie.
Année 2008: L'école ferme. TF1 proclame la violence scolaire, Le Figaro et le Parisien en font leur première page et écrivent 5 colonnes sur l'affaire.

Scène IV : Eric casse le pare brise d'une voiture du quartier.

Année 1958: son père sort le ceinturon et lui fait comprendre les choses.Eric fera plus attention la prochaine fois, grandit normalement,fait des études, va à la fac et devient un excellent homme d'affaire.

Année 2008: La police arrête le père d'Eric pour maltraitance sur un mineur. Eric rejoint une bande de délinquants. Le psy arrive à convaincre sa sœur, que son père abusait d'elle pour le mettre en prison.

Scène V: Jean tombe en pleine course à pied se blesse au genou et pleure. Sa prof Jocelyne le rejoint,le prend dans ses bras pour le réconforter.

Année 1958: En deux minutes Jean va beaucoup mieux et continue la course.

Année 2008: Jocelyne est accusée de perversion sur mineuret se retrouve au chômage et s'affronte à 3 ans de prison. Jean va de thérapie en thérapie pendant 5 ans. Ses parents demandent des dommages et intérêts à l'école pour négligence
et à la prof pour traumatisme émotionnel. Ils gagnent les deux procès..
La prof au chômage et endettée, se suicide en se jetant du haut d'un immeuble

mardi 20 juillet 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - JUILLET - Semaine 3 Jour 5 COURRIER DU CŒUR


St Vincent  sec et beau ,
Fait du vin comme de l’eau


Du Chevalier Danceny à Cécile Volanges


Avant de me livrer, Mademoiselle, dirai-je au plaisir ou au besoin de vous écrire, je commence par vous supplier de m’entendre. Je sens que pour oser vous déclarer mes sentiments, j’ai besoin d’indulgence ; si je ne voulais que les justifier, elle me serait inutile. Que vais-je faire après tout, que vous montrer votre ouvrage ? Et qu’ai-je à vous dire, que mes regards, mon embarras, ma conduite et même mon silence, ne vous aient dit avant moi ? Eh ! pourquoi vous fâcheriez-vous d’un sentiment que vous avez fait naître ? Emané de vous, sans doute il est digne de vous être offert ; s’il est brûlant comme mon âme, il est pur comme la vôtre. Serait-ce un crime d’avoir su apprécier votre charmante figure, vos talents séducteurs, vos grâces enchanteresses, et cette touchante candeur qui ajoute un prix inestimable à des qualités déjà si précieuses ? non, sans doute : mais, sans être coupable, on peut être malheureux ; et c’est le sort qui m’attend, si vous refusez d’agréer mon hommage. C’est le premier que mon cœur ait offert. Sans vous je serais encore, non pas heureux, mais tranquille. Je vous ai vue ; le repos a fui loin de moi, et mon bonheur est incertain. Cependant vous vous étonnez de ma tristesse ; vous m’en demandez la cause : quelquefois même j’ai cru voir qu’elle vous affligeait. Ah ! dites un mot,  et ma félicité sera votre ouvrage. Mais, avant de prononcer, songez qu’un mot peut aussi combler mon malheur. Soyez donc l’arbitre de ma destinée. Par vous je vais être éternellement heureux ou malheureux. En quelles mains plus chères puis-je remettre un intérêt plus grand ?
Je finirai, comme j’ai commencé, par implorer votre indulgence. Je vous ai demandé de m’entendre ; j’oserai plus, je vous prierai de me répondre. Le refuser, serait me laisser croire que vous vous trouvez offensée, et mon cœur m’est garant que mon respect égale mon amour…..


Choderlos de LACLOS – Les Liaisons dangereuses




dimanche 18 juillet 2010


AVIS AUX UTILISATEURS

Les Libellés sont en cours de réfection et ce pour une durée indéterminée, en raison de la complexité du travail. Veuillez prendre patience et nous en excuser.
LA REDACTION (qui a pas que ça à f... non plus!)

Henri Salvador - Le lion est mort ce soir

"La différence entre l'homme politique et l'homme d'État est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération".

James Freeman Clarke (1810-1888)

Maintenance

La plupart du temps,  on ne nettoie que l'extérieur de son écran d'ordinateur alors qu'il existe un procédé tout simple et très efficace pour le nettoyer de l'intérieur. .... Il suffit de CLIQUER ICI <http://www.raincitystory.com/flash/screenclean.swf>         et de patienter une minute




 

samedi 17 juillet 2010

JOAN BAEZ ~ To Bobby ~

Dix bonheurs pas cher



1- Par un beau jour d’été, s’endormir au soleil
2- Quand il fait gris et froid, un bain chaud parfumé
3- Un soir de gros cafard, trouver du chocolat perdu dans un placard
4- Quand la maison sommeille, se lever la première et boire avec le thé le lever du soleil
5- L’odeur du bois qui craque et fait des étincelles, quand la maison est sombre et que dehors le vent fait pleurer la forêt
6- S’armer d’un grand courage et faire un tri sévère parmi les vêtements, les livres, les chaussures ; faire des sacs et des piles à redistribuer…
7-Voir d’un œil nostalgique s’en aller les proscrits et plonger dans les sacs pour sauver du rejet de vieux amis fidèles qu’on oubliera demain.
8- Après des jours des mois, peut-être des années d’infructueux essais, sortir d’un « malabar » une bulle impeccable.
9- Un beau matin de juin, voir la première rose s’entrouvrir au jardin
10 -Un jour très ordinaire recevoir un appel d’un qu’on n’attendait plus.



vendredi 16 juillet 2010

PROCHAINE SÉRIE TÉLÉ "SURVIVOR"



Six hommes mariés vont être laissés sur une île avec une voiture et 3 enfants chacun pour six semaines. 
Chaque enfant participe à 2 sports et à un cours de musique ou de danse.
 

Il n'y a pas de fast food.
 

Chaque homme doit
 
Prendre soin de ses 3 enfants
;
 
Garder sa maison assignée propre
, 
faire la correction de devoirs des enfants
,
 
et
 compléter les projets de sciences, 
faire les repas
,
 la lessive, 
et payer la liste 'virtuelle' de facture
 avec pas assez d'argent.

En plus, chaque homme
 
devra faire un budget pour l'épicerie chaque semaine.
 
Chaque homme
 
doit se souvenir de la date d'anniversaire 

de tous les amis et famille, et

leur envoyer une carte - pas un courriel.
Chaque homme doit aussi emmener
 chaque enfant
à un rendez-vous chez le médecin, 
chez
 le dentiste, 
et chez
 le coiffeur. 
Il doit faire une visite imprévue aux urgences et patienter pour chaque enfant
. 
Il doit aussi faire des biscuits et des petits gâteaux pour une activité scolaire.

Chaque homme est responsable de décorer sa maison, de planter des fleurs à l'extérieur et de garder sa maison présentable en tout temps.

L'homme pourra avoir accès à la télévision quand les enfants seront couchés et que toutes ses corvées seront terminées.


L'homme doit aussi,

Se faire les jambes, 
mettre du maquillage tous les jours,
 
porter des bijoux,
 
porter des chaussures à la mode et inconfortables
, 
garder ses ongles propres et avec du vernis à ongles

et
 avoir les sourcils bien épilés. 
Durant
 une de ses 6 semaines,
L'homme devra endurer de douloureuses crampes abdominales, douleur aux dos, 
et ressentir un immense et inexpliqué changement d'humeur mais ne jamais se plaindre ou ralentir les corvées.


Ils doivent assister aux réunions avec les professeurs de l'école et trouver 1 après midi par semaine pour faire une activité comme aller au parc
.

Ils doivent lire une histoire à leurs enfants chaque soir et doivent les nourrir, les habiller, leur brosser les dents et les peigner chaque matin pour 7 h 00
 

Un questionnaire va être remis à la fin des 6 semaines, et chaque père devra savoir les informations suivantes :
 
la date de naissance de chaque enfant,
 
son poids, sa grandeur
 
sa pointure de chaussures, la taille de ses vêtements
 
et le nom de son médecin.
 
il devra aussi savoir, pour chaque enfant :
 
son poids et sa taille à sa naissance, l'heure de sa naissance et la durée du travail,
 
en plus pour chaque enfant connaître:

Sa couleur préférée, 
son deuxième nom,
 
sa collation favorite,
 
sa chanson favorite,
 
sa boisson favorite,
 
son jouet favori,
 
ses plus grandes peurs et ce qu'il veut faire lorsqu'il sera grand.


Chaque enfant va voter pour éliminer le père de l'île en se basant sur ses performances.
 
Le dernier homme qui reste va gagner seulement si...
 
il lui reste assez d'énergie pour avoir des moments d'intimité

avec sa femme non planifiés.

Si le dernier homme réussi et gagne,
 
il pourra continuer de jouer encore et encore pour les prochains 18-25 ans
 
et éventuellement avoir le droit de se faire appeler Maman!
 






mercredi 14 juillet 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - JUILLET - Semaine 2 jour 6 LIRE ET RELIRE

Semaine 2 jour 6 LIRE ET RELIRE

Il faut bien de temps à autre faire son travail de bibliothécaire et animatrice de cercle "littéraire".

Pour ma part, je pourrais bien relire en boucle l'Encyclopédie du Fantastique (J'ai Lu), mais, outre que les volumes par suite, soit de baignades intempestives ou de sécheresse exagérée, sont devenus un peu difficiles à manipuler sans perdre de pages, on pourrait me reprocher de choisir des auteurs et des sujets un peu rassis.

Et je vous répondrais que l'âge d'un texte et d'un auteur n'ont rien à voir avec leurs qualités, de même que la vétusté d'un bouquin n'endommage pas la valeur de ce qui est écrit dedans.

Quoi qu'il en soit et pour vous faire plaisir, puisqu'il me passait dans les mains un titre de moins de 10 ans d'âge: Baise-moi, de Virginie Despentes et que c'était si gentiment demandé, j'ai traduit "baise" par "lis", et je me suis exécutée.

Passons outre la crudité du titre. Je ne suis pas bégueule, mais je m'obstine à penser que certaines choses délicieuses à faire ne sont pas nécessairement à raconter, surtout en termes abrupts. Un peu de romantisme ne peut qu'ajouter au charme du sujet.

Bien! Que vais-je découvrir, qu' Emmanuelle, Histoire d'O ou encore le Marquis de Sade-qui émurent mes années d'apprentissage-auraient pu oublier?

Un univers vraiment trop glauque. Si le monde réel n'est pas celui des Petites Filles Modèles, (encore que, si l'on prend la peine de la lire attentivement, on s'aperçoit que Mme de Ségur n'a pas peuplé les environs de Fleurville uniquement d'angelots), il n'est pas non plus celui des personnages -je n'ose pas dire des héroïnes- du Baise-moi.

Le livre me tombait des mains avant le troisième chapitre; chapitres courts. Je n'ai pas voulu faire moins qu'un lecteur de manuscrit d'une maison d'édition sérieuse et j'ai bravement continué jsqu'aux environs de la page 80. Là, j'ai fait un saut vers le milieu..... désemparée, j'ai regardé les dernières pages où la morale triomphe au moyen de flics menottant les criminelles...

Ma foi!... lisez-le si le coeur vous en dit....

Pour l'heure, voici un passage d'un vrai bon bouquin, d'un vrai bon auteur, même si le texte a plus de dix ans d'âge. Car je ne vois pas pourquoi ce qui est valable pour un bon vin ne le serait pas en littérature.




… J’avais le grand désir, et ce n’est pas la moindre raison de mon passage ici, de visiter votre bibliothèque dont on parle avec admiration dans toutes les abbayes de la chrétienté. »
L’Abbé se leva presque d’un bond, le visage crispé.
« Vous pourrez circuler dans toute l’abbaye, j’ai dit. Certes pas dans le dernier étage de l’Edifice, dans la bibliothèque.
-Pourquoi ?
-J’aurais dû vous l’expliquer avant, et je croyais que vous le saviez. Vous savez que notre bibliothèque n’est pas comme les autres…
-Je sais qu’elle renferme plus de livres que toute autre bibliothèque chrétienne. Je sais qu’à côté de vos armaria ceux de Bobbio ou de Pomposa, de Cluny ou de Fleury ont l’air de la chambre d’un enfant à peine initié à l’abécédaire. Je sais que les six mille manuscrits, dont se targuait il y a plus de cent ans Novalesa, sont peu de chose à côté des vôtres, et que peut-être un grand nombre de ceux-là sont ici maintenant. Je sais que votre abbaye est l’unique lumière que la chrétienté puisse opposer aux trente-six bibliothèques de Bagdad, aux dix mille manuscrits du vizir Ibn al-Alkhami, que le nombre de vos bibles égale les deux mille quatre cents corans dont s’enorgueillit le Caire, et que la réalité de vos armaria est lumineuse évidence contre la fière légende des infidèles qui, voilà des années, voulaient (intimes comme ils sont du prince du mensonge) faire accroire que la bibliothèque de Tripoli était riche de six millions de volumes et habitée par quatre-vingt mille commentateurs et deux cents scribes.
-C’est ainsi, que le Ciel soit loué.

…. Il y a donc aussi dans la bibliothèque des livres qui contiennent des mensonges…
-Les monstres existent parce qu’ils font partie du dessein divin et jusque dans les traits horribles des monstres se révèle la puissance du Créateur. Ainsi par dessein divin existent aussi les livres des mages, les cabales des juifs, les fables des poètes païens, les mensonges des infidèles. Ce fut là ferme et sainte conviction de ceux qui ont voulu et soutenu cette abbaye au cours des siècles, que, même dans les livres mensongers, puisse transparaître, aux yeux du lecteur sagace, une pâle lumière de la sagesse divine. C’est pourquoi fût-ce à ces livres la bibliothèque fait écrin. Mais précisément de ce fait, vous comprenez, n’importe quin ne peut y pénétrer. Et en outre, ajouta l’Abbé comme pour s’excuser de la pauvreté de ce dernier argument, le livre est créature fragile, il souffre de l’usure du temps, craint les rongeurs, les intempéries, les mains inhabiles. Si pendant cent et cent ans tout un chacun avait pu toucher nos manuscrits, la plus grand partie d’entre eux n’existerait plus. Le bibliothécaire les défend donc non seulement des hommes mais aussi de la nature, et consacre sa vie à cette guerre contre les forces de l’oubli, ennemi de la vérité.
-Ainsi nul n’entre au dernier étage de l’édifice, sauf deux personnes… »
L’Abbé sourit : « Nul ne doit. Nul ne peut. Personne, même en le voulant, n ‘y réussirait. La bibliothèque se défend toute seule, insondable comme la vérité qu’elle héberge, trompeuse comme le mensonge qu’elle enserre. Labyrinthe spirituel, c’est aussi un labyrinthe terrestre. Vous pourriez entrer et vous ne pourriez plus sortir….

… Je fus surpris, quand nous émergeâmes dans le lieu où nous n’aurions pas dû entrer, de me trouver dans une salle à sept côtés, pas très vaste, dénuée de fenêtres, où régnait, comme du reste dans tout l’étage, une forte odeur de renfermé et de moisissure…
… La salle, dis-je avait sept parois, mais sur quatre d’entre elles seulement s’ouvrait, entre deux colonnettes encastrées dans le mur, un passage assez large surmonté d’un arc plein cintre. Le long des parois aveugles s’adossaient d’énormes armoires, chargées de livres disposés avec régularité. Les armoires portaient une étiquette numérotée, ainsi que chacune de leurs étagères : d’évidence, les mêmes numéros que nous avions vu dans le catalogue. Au milieu de la pièce, une table, elle aussi remplie de livres. Sur tous les volumes un voile assez léger de poussière, signe que les livres étaient nettoyés avec une certaine fréquence. Par terre non plus ne traînait aucune saleté….

… La visite de la bibliothèque nous prit de longues heures de travail…
… C’est pourquoi nous n’accomplîmes pas notre tâche d’affilée. Nous nous arrêtions pour fouiller dans les armaria, et maintenant que Guillaume – avec ses nouveaux verres sur le nez- pouvait s’attarder à lire les livres, à chaque titre qu’il découvrait il se répandait en exclamations d’allégresse, soit parce qu’il connaissait l’ouvrage, soit parce qu’il le cherchait depuis longtemps, soit enfin parce qu’il ne l’avait jamais entendu mentionner et qu’il était extrêmement excité et intrigué. En somme, chaque livre s’avérait être pour lui comme un animal fabuleux qu’il rencontrait sur une terre inconnue. Et tout en feuilletant un manuscrit, il m’enjoignait d’en chercher d’autres….

… La lampe alla tomber en plein sur le tas de livres dégringolés de la table, entassés les uns sur les autres avec leurs pages ouvertes. L’huile se renversa, le feu prit aussitôt à un parchemin très fragile qui flamba comme une brassée de brindilles sèches. Tout advint en un éclair, une grande flamme s’éleva des volumes, comme si ces pages millénaires aspiraient depuis des siècles à l’embrasement, et jouissaient de la satisfaction soudaine d’une soif immémoriale d’ecpyrose. Guillaume se rendit compte de ce qui arrivait et il lâcha prise- le vieux, se sentant libre, recula de quelques pas- hésita sensiblement, trop sans doute, incertain s’il fallait reprendre Jorge ou se précipiter pour éteindre le petit bûcher. Un livre plus vieux que les autres brûla presque d’un coup, jetant bien haut une langue de feu…..
… Entre temps, des étincelles avaient volé vers les murs et déjà les volumes d’une autre armoire se recroquevillaient sous la fureur du feu. Dès lors non plus un, mais deux brasiers incendiaient la pièce.
Guillaume comprit que nous ne pourrions les éteindre de nos mains, et il décida de sauver les livres avec les livres. Il se saisit d’un volume qui lui sembla mieux relié que les autres, et plus compact, et il tenta de s’en servir comme d’une arme pour étouffer l’élément ennemi. Mais en frappant de la reliure ornée de ferrures et de cabochons sur le bûcher des livres ardents, il ne faisait rien d’autre que provoquer de nouvelles étincelles. Il chercha à les éparpiller à coups de pied, mais il obtint l’effet contraire, car il s’en éleva des lambeaux de parchemin prsque réduit en cendres, qui voletaient comme des chauves-souris tandis que l’air, allié à son aérien compagnon, les envoyait incendier la matière terrestre d’autres feuillets…
… En un rien de temps, ce lieu fut un grand brasier, un buisson ardent. Les armoires participaient aussi à ce sacrifice et commençaient à crépiter. Je me rendis compte que le labyrinthe tout entier n’était rien d’autre qu’un bûcher artificiel, préparé pour l’heure de la première étincelle….

Umberto Eco Le nom de la rose