lundi 30 novembre 2009

Grosse Fatigue



Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes: tous les malheurs causés par la divine nature des choses.

Marguerite YOURCENAR
Aligné à droite



dimanche 29 novembre 2009

La minute du Dr Fufuks






 
Un type a l'habitude d'acheter des marrons grillés tous les jours
à un algérien au coin de la rue. Ils finissent par avoir une relation
cordiale, si bien qu'un jour, s'apercevant qu'il n'a pas d'argent sur lui,
il se croit autorisé à dire :" Je vous payerai demain."
"Pas question, mon z'ami, rétorque l'algérien.
J'ai passé un accord avec le baron de Rothschild :
je ne prête pas d'argent et il ne vend pas de marrons."















samedi 28 novembre 2009

Rien de nouveau, hélas!



"Un état politique où des individus ont des millions de revenu, tandis que d'autres individus meurent de faim, peut-il subsister quand la religion n'est plus là avec ses espérances hors de ce monde pour expliquer le sacrifice?...
A mesure que l'instruction descend dans ces classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l'ordre social irréligieux. La trop grande disproportion des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu'elle était cachée; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a été porté. Recomposez si vous le pouvez, les fictions aristocratiques; essayez de persuader au pauvre, lorsqu'il saura bien lire et ne croira plus, lorsqu'il possédera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu'il doit se soumettre à toutes les privations tandis que son voisin possède mille fois le superflu: pour dernière ressource, il vous faudra le tuer."

CHATEAUBRIAND

A quoi rêvent les nounours?

vendredi 27 novembre 2009

L'âme des poètes

Parfois par le couchant mon être est ébloui,
Comme une mer vers moi monte, monte la vie.
Je sanglote "Je t'aime!" accablée et ravie
De me sentir mourir de ce mot inouï.


Je suis joyeuse et tendre, et lasse, et si légère!
Une rose me dit ses secrets enchantés
J'aime mes beaux seins blancs de désirs agités
Et tout à coup je jette un cri dans la lumière...


Je pleure en sachant trop quelle est ma grâce alors,
Mais je suis ingénue ainsi qu'un épi d'orge
La tête de la vie est belle sur ma gorge
Je la baise en riant tandis que je m'endors.


Hélène PICARD

jeudi 26 novembre 2009

De quoi s'occuper !


On dit que chaque jour nous devons manger une pomme pour le fer et une banane pour le potassium. 

Une orange également, pour la vitamine C et une tasse de thé vert sans sucre pour prévenir le diabète. 
Tous les jours nous devons boire deux litres d'eau (oui, et puis les pisser, qui demande le double du temps que vous avez perdu pour les boire). 
Tous les jours il faut boire un Actimel ou manger un yaourt pour avoir les « L.Cassei Defensis », dont personne ne sait ce que diable ils sont, mais il semble que si on n'avale pas au moins un million et demi de ces bacilles ( ?) chaque jour on commence à s'effilocher. 
Chaque jour une aspirine, pour prévenir l'infarctus, et un verre de vin rouge, toujours contre l'infarctus. Et un autre de blanc, pour le système nerveux. E un verre de bière, pour je ne sais plus quoi. Si on les boit tous ensemble, ça peux donner une hémorragie cérébrale, mais ne vous en faites pas, parce que vous ne vous en rendrez même pas compte. 
Tous les jours il faut manger des fibres. Beaucoup, beaucoup de fibres, jusqu'à ce que vous réussissez à chier un pull. Il faut prendre entre 4 et 6 repas tous les jours, légers sans oublier de mastiquer 100 fois chaque bouchée. En faisant les calculs, on perd 5 heures pour manger. 
Ah, et après chaque repas il faut se brosser les dents, après l'actimel et les fibres, brosser les dents, après la pomme, les dents, après la banane, les dents.et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il vous reste 3 dents en bouche, sans oublier le fil dentaire, masser les gencives, le rinçage au plax. 
Il faut dormir huit heures et travailler huit heures, plus le temps pour manger, 21. Il vous reste 3 heures, en admettant qu'il n'y a pas trop de trafic. 
Selon les statistiques, nous regardons la télé 3 heures par jour. Déjà ce n'est pas possible parce que tous les jours on doit marcher au moins une demi-heure (attention : après 15 minutes,retournez en arrière, sinon la demi-heure devient une heure). 
Il faut maintenir les amitiés parce qu'elles sont comme les plantes, il faut les arroser tous les jours. Aussi quand vous allez en vacances, je suppose. 
De plus, il faut se tenir informé et lire au moins deux journaux et quelques articles de revue, pour une lecture critique. 
Ah ! il faut faire l'amour tous les jours, mais sans tomber dans la routine : il faut être innovateur, créatif, et renouveler la séduction. 
Il faut aussi le temps de passer la serpillière, faire la vaisselle, laver les vêtements, et on ne parle pas du fait que vous avez un chien ou.des ENFANTS ??? 



En bref, calculez le tout et ça vous fait 29 heures par jour. 


La seule possibilité qui me vient en tête c'est de faire plusieurs choses à la fois : par exemple : vous vous douchez avec de l'eau froide et avec la bouche ouverte, comme ça vous buvez vos 2 litre d'eau par jour. Pendant que vous sortez de la douche avec la brosse à dents en bouche vous faites l'amour avec votre compagnon/e qui pendant ce temps regarde la télé et vous raconte ce qu'il voit pendant que vous passez la serpillière. 
Il vous reste une main libre ? Appelez vos amis ! et vos parents, buvez le vin (après avoir appelé vos parents vous en aurez besoin). Le BioPuritas avec la pomme, vous pouvez la donner à votre compagnon/e pendant que vous mangez la banane avec l'Actimel. Et demain vous changez. 
Mais s'il vous restent 2 minutes de libre, envoyez ce message à vos amis (qu'il faut arroser comme une plante). 

Maintenant je vous laisse, parce que entre le yaourt, la pomme, la bière, le premier litre d'eau et le troisième repas de fibres de la journée, déjà je ne sais plus où j'en suis.mais je dois aller d'urgence aux toilettes. J'en profiterai pour me brosser les dents. 



Merci à Sarah





mercredi 25 novembre 2009







"François Fillon est inélégant,

impertinent et imprudent",

par Lionel Jospin


LE MONDE | 12.11.09 | 12h18  •  Mis à jour le 12.11.09 | 12h23



ous ses airs de grand intendant dévoué, le premier ministre François Fillon se montre souvent agressif et peu respectueux des faits. Ainsi vient-il de se livrer à une charge gratuite contre moi, en imputant mon échec de 2002 à des "engagements jamais tenus". C'est inélégant, impertinent et imprudent.




C'est inélégant, parce que ce politique averti, qui d'ailleurs s'inquiète aujourd'hui des discordes au sein de son camp, préfère ignorer le rôle qu'a joué hier l'excessive division de la gauche dans les résultats du premier tour. Charles Pasqua nous a pourtant rappelé le soin qu'on avait pris à droite de lui interdire d'être candidat. Et personne n'a oublié combien la gauche avait négligé les risques en multipliant les candidatures.


C'est impertinent, parce que chacun sait que j'ai respecté mes promesses. Il suffit de comparer les engagements de mon programme en 1997 avec les décisions prises et les résultats obtenus.


Priorité à l'emploi ? 900 000 chômeurs de moins, 35 heures mises en œuvre et emplois-jeunes multipliés.



Croissance économique ? Constamment soutenue et supérieure à la moyenne européenne.



Rétablissement des grands équilibres ? Baisse des déficits du budget et de la Sécurité sociale, et même de la dette par rapport à la richesse nationale.



Parité entre les hommes et les femmes ? Inscrite dans la Constitution et introduite dans les scrutins de liste.


Lutte contre les discriminations ? Mesures antiracistes et instauration du pacs.



Indépendance de la justice ? Scrupuleusement respectée.



Sécurité des quartiers ? Création de la police de proximité.



Respect des élus locaux ? Contrats de plan généreux et négociés.



Immigration ? Politique ferme mais digne.


Soutien à la recherche, à l'éducation et à la culture ? Fin des coupes sombres et efforts budgétaires.



Obéissance aux règles de la République ? Cinq ans de gouvernement sans scandale et d'administration conduite en transparence, hors de tout favoritisme.


LE POUVOIR BRANDIT LA CRISE COMME UNE EXCUSE


C'est imprudent, enfin, parce que les Français pourraient bien comparer défavorablement le gouvernement Fillon au gouvernement Jospin, tant pour le respect des promesses que pour les résultats.


Où en est le "travailler plus pour gagner plus", quand le chômage se répand, que les salaires stagnent et que les injustices se font plus criantes ?



Et la sécurité, quand se multiplient les violences aux personnes et les tensions avec les jeunes ? Les équilibres économiques, quand les déficits enflent et que la dette explose ?

L'autorité de l'Etat, quand les préfets sont lassés d'être malmenés et que les plus hautes figures de la majorité se déchirent devant les tribunaux ?

L'indépendance de la France, quand on réintègre l'OTAN sans aucun bénéfice ? La rupture avec la "Françafrique", quand on s'incline devant les répressions et les fraudes sur ce continent proche ?


Certes, le pouvoir brandit la crise comme une excuse.



Mais ses échecs et ses travers sont antérieurs à la crise, ou sans rapport avec elle.



Et il ne sert à rien de l'invoquer, puisqu'on reste si indulgent avec ceux qui l'ont provoquée, et si dur avec ceux qui la subissent.


Lionel Jospin
, ancien premier ministre (1997-2002)

Soleil d'automne

Le soleil a noirci la flamme des bougies;
Ainsi, toujours vainqueur, ton fantôme est pareil,
Ame resplendissante, à l'immortel soleil!

BAUDELAIRE - Les Fleurs du Mal

mardi 24 novembre 2009

Poète invoquant sa muse



Ce que je dis

Ne fait que rendre plus présent
Le reste

Ce qui est là
Et pas là
Ce que tu et je savent
et ne savent pas

Ce trou
Au milieu de l'oeil
Lancé
Sur le lit du loin
Un cri d'oiseau
Roule

La terre aussi est ronde

Une brassée de paupières
Et si peu de jour
Qu'on y perd son nom
L'oeil se vide
Mais le ciel n'est pas
Plus profond

Sous le crâne
On rêve que le bleu va verser

L'amour a les mêmes lèvres
Que l'infini

On ouvre les unes
On tombe entre les autres

Encore
Dit le couteau du ventre
Encore une ciel

Bernard NOEL

lundi 23 novembre 2009

J'avais huit ans quand cette passion commença, et à douze ans je tournais en plaisanterie mon goût, non que je ne trouvasse M. de Gesvres aimable, mais je trouvais moins plaisants tous les empressements que j'avais eus d'aller jouer dans les jardins avec lui et ses frères: il a deux ou trois ans plus que moi, et nous étions, à ce qui nous paraissait, beaucoup plus vieux que les autres. Cela faisait que nous causions lorsque les autres jouaient à la cligne-musette. Nous faisions les personnes raisonnables, nous nous voyions régulièrement tous les jours: nous n'avons jamais parlé d'amour; car, en vérité, nous ne savions ce que c'était ni l'un ni l'autre. La fenêtre du petit appartement donnait sur un balcon où il venait souvent; nous nous faisions des mines; il nous menait à tous les feux de la Saint-Jean, et souvent, à Saint-Ouen. Comme on nous voyait toujours ensemble, les gouverneurs et les gouvernantes en firent des plaisanteries entre eux, et cela vint aux oreilles de mon Aga*, qui, comme vous le jugez, fit un beau roman de tout cela. Je le sus:cela m'affligea; je crus, comme une personne raisonnable, qu'il fallait m'observer, et cette observation me fit croire que je pourrais bien aimer M. de Gesvres. J'étais dévote, et j'allai à confesse; je dis d'abord tous mes petits péchés, enfin il fallut dire le gros péché; j'eus de la peine à m'y résoudre; mais en fille bien éduquée, je ne voulus rien cacher. Je dis que j'aimais un jeune homme. Mon directeur parut étonné; il me demanda quel âge il avait. Je lui dis qu'il avait onze ans: il me demanda s'il m'aimait, et s'il me l'avait dit: je dis que non; il continua ses questions."Comment l'aimez-vous? me dit-il.- Comme moi-même,lui répondis-je.- Mais, me répliqua-t-il, l'aimez-vous autant que Dieu?" Je me fâchai, et je trouvais fort mauvais qu'il m'en soupçonnât. Il se mit à rire, et me dit qu'il n'y avait point de pénitence pour un pareil péché; que je n'avais qu'à continuer d'être toujours bien sage, et n'être jamais seule avec un homme; que c'était tout ce qu'il avait à me dire pour l'heure. Je conviendrai encore qu'un jour, (j'avais alors douze ans, lui de quatorze à quinze) il parlait avec transport qu'il ferait la campagne prochaine. Je me sentis choquée qu'il n'eût pas de regrets de me quitter, et je lui dis avec aigreur:"Ce discours est bien désobligeant pour nous." Il m'en fit des excuses, et nous disputâmes longtemps là-dessus. Voilà ce qu'il y a jamais eu de plus fort entre nous. je crois qu'il avait autant de goût pour moi que j'en avais pour lui. Nous étions tous deux très innocents, moi dévote, lui autre chose. Voilà la fin du roman.




AÏSSE (1695? - 1733)



*M. de Ferriol, ambassadeur de France à Constantinople, l'avait achetée lorsqu'elle avait quatre ans. Bien que vivant dans le monde le plus choisi à Versailles et bien que traitée comme une fille de haut rang, dont elle avant reçu l'édication, Aïssé n'était ni plus ni moins qu'une esclave, appartenant à son "aga" qui se la réservait.

dimanche 22 novembre 2009

vendredi 20 novembre 2009

Dans la série " De la suite dans les idées ou pas d'idées dans la suite" :



Les Français de l’étranger, quand y en a un, ça va, c’est quand y en a plusieurs…

Pire que le discours du muguet, il y a les réceptions des Français de l’étranger lorsque le Président est en voyage officiel. L’exercice n’est vraiment pas facile: après avoir débité quelques banalités sur le pays en question, il faut bien papoter avant de boire le champagne. Nicolas Sarkozy en profite toujours pour rappeler qu’il a tenu un de ses engagements de campagne: la gratuité de l’école pour les Français de l’étranger qu’il impose progressivement année par année. Attention, disque rayé (heureusement que Sarkozy s’extrait un peu de ses notes, sinon on aurait certainement le droit à un copié-collé intégral)
N’Djamena, Tchad, 27 février 2008
Alors certains disent mais pourquoi vous avez commencé par la terminale ? Il eut fallu commencer par la maternelle. J’ai commencé par la terminale parce que c’est l’année la plus chère. Et si j’avais commencé par la maternelle, on m’aurait dit pourquoi vous commencez par la maternelle, alors qu’il fallait commencer par la terminale ? Alors il fallait faire un choix, je l’assume.
Tunis, Tunisie, 29 avril 2008
Alors, enfin, on me dit pourquoi tu as commencé par la terminale. Si j’avais commencé par la maternelle, on m’aurait pourquoi tu as commencé par la maternelle. Eh bien j’ai commencé par la terminale, parce que c’était plus cher et je me disais que je me ferais moins attraper en commençant par la terminale que par la maternelle.
Luanda, Angola, 23 mai 2008
Alors on me dit : « mais pourquoi vous avez commencé par la terminale ? », si j’avais commencé par la maternelle on m’aurait dit : « pourquoi vous avez commencé par la maternelle ? ». D’abord, il fallait bien commencer par quelque chose, et j’ai pensé que c’était plus utile de commencer par l’année qui coûte le plus cher.
Athènes, Grèce, 6 juin 2008
Evidemment, il y a certains qui disent : pourquoi vous n’avez pas commencé par la maternelle ? J’aurai commencé par la maternelle, on m’aurait dit pourquoi je n’ai pas commencé par la terminale. Mais surtout, j’ai voulu commencer par l’année la plus chère pour que vous puissiez constater la générosité des pouvoirs publics français !
Prague, République Tchèque, 16 juin 2008
On me dit : « pourquoi avez- vous commencé par la terminale ? ». Si j’avais commencé par la maternelle on m’aurait dit : « pourquoi avez-vous commencé par la maternelle ? ». J’ai commencé par la terminale parce que je pensais que c’était l’année la plus chère. Et puis il fallait bien commencer par quelque chose.
Madrid, Espagne, 27 avril 2009
On m’a dit : «mais pourquoi avez-vous commencé par la terminale, vous auriez pu commencer par la maternelle ? ». Si l’on avait commencé par la maternelle, on m’aurait dit : «pourquoi n’avez-vous pas commencé par la terminale?». Moi, j’ai souhaité que l’on commence par la terminale pour une raison simple : c’est parce que la scolarité est plus chère en commençant par la terminale qu’en commençant par la maternelle et qu’il m’a semblé plus juste de faire les choses ainsi.
Brasilia, Brésil, 7 septembre 2009
On me dit : « pourquoi  vous ne commencez pas par la maternelle ? » Parce que par la terminale, cela coûtait plus cher ! Si j’avais commencé par la maternelle, on m’aurait dit : « pourquoi, vous ne commencez pas par la terminale ? ».

jeudi 19 novembre 2009

Dans la série " De la suite dans les idées ou pas d'idées dans la suite" :




Les commerçants, faut toujours leur dire 2 fois
Quand on est Président, il y a des discours corvées, dont on se passerait bien. Le meilleur exemple est le discours de la traditionnelle «remise du brin de muguet» aux commerçants de Rungis. Sarkozy en déjà fait 2, on lui souhaite bien du courage pour les 3 suivants.
Elysée, 30 avril 2008
Vous connaissez mon attachement à cet endroit extraordinaire qu’est le marché de Rungis. C’est un endroit qui est extraordinaire parce qu’il est plein d’humanité et qu’il recèle beaucoup de valeurs, au premier rang desquelles le sens du travail. Rungis ce sont des  professionnels de très haut niveau attachés à la qualité des produits alimentaires qui y transitent et qui font la renommée de la France. [...] Vous incarnez les métiers de proximité et les 1 300 entreprises présentes sur le marché de Rungis font de vous des acteurs du lien social avec l’ensemble de nos compatriotes. Le Marché International de Rungis est une vitrine extraordinaire des produits et des terroirs français que vous faites vivre quotidiennement et qui s’impose comme le plus important marché de gros de produits frais au monde, ce qui n’est pas rien. Vous me donnez l’occasion de vous dire à quel point l’évolution des prix agricoles est un sujet essentiel.
Elysée, 30 avril 2009
Le Marché d’Intérêt National de Rungis est un endroit extraordinaire dans lequel je me sens bien parce que ceux qui  s’y trouvent ont mis la valeur travail au cœur de leur projet de société. Vous représentez des professionnels de très haut niveau attachés à la qualité des produits alimentaires, qualité qui fait la renommée de la France. [...] Vous incarnez des métiers de proximité qui gagnent en succès dans la crise que nous traversons, et les 1 300 entreprises présentes sur le marché de Rungis font de vous des acteurs du lien social avec l’ensemble de nos compatriotes. Rungis est une vitrine extraordinaire des produits et des terroirs français que vous faites vivre. Vous vous imposez comme le plus important marché de gros de produits frais au monde, ce qui est une réussite exceptionnelle. Vous me donnez l’occasion de vous dire à quel point je suis attaché au développement d’une production agro-alimentaire de qualité en Europe.

mardi 17 novembre 2009

Pour l'amour de l'art



pour voir d'une maniere originale 3500 oeuvres d'art du MOMA (Musee d'Art
Moderne) de San Francisco (en anglais )

un site etonnant :

lundi 16 novembre 2009

Mots d'auteur

"Vieille France accablée d' Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle par le génie du renouveau!
Vieil homme, recru d'épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance!"




de GAULLE

Ca peut toujours servir....

samedi 14 novembre 2009

Rose d'automne



Il y a quelques semaines, j’avais mis sur ce blog, l’image de la « dernière rose de l’année » et, devançant les gelées prévisibles à cette époque,  rentré en toute hâte géraniums et plantes d’intérieur qui avaient passé leurs vacances au jardin.
Les gelées se font encore attendre, et voici  que vient d’éclore une nouvelle rose, cadeau inespéré d’un automne trop doux, qui vient après un été trop sec, laissant présager un hiver pas assez froid, suivi de gelées tardives , etc…, etc…
Ces surprises sont dues de toute évidence au dérèglement climatique tant redouté sans que nous fassions réellement les efforts nécessaires pour, sinon l’enrayer, tout au moins le ralentir.
Cette rose d’automne dont le poète a dit qu’elle était « plus qu’une autre exquise » -ce qui tendrait à prouver que de telles surprises se sont déjà produites au temps d’Agrippa d’Aubigné (1552- 1630), et que pour autant toute vie n’a pas cessé sur notre planète.- cette rose tardive donc, est le symbole de la crainte de ce qui vient et dont on ignore la forme.
Le défunt Jean-Paul II répétait : « N’ayez pas peur. » Pourtant les images du malheureux ours blanc dont les poils collés laissent deviner des os qui flottent dans un corps dont toute graisse a disparu sont bien propres à flaquer la frousse. Un frousse pourtant pas assez forte pour décider chacun à trier ses déchets ou fermer les robinets, car on sait bien que quelque part des ours blancs en nombre suffisant pour perpétuer l’espèce sont en sécurité, bien nourris dans un environnement qui leur convient.
Nos savants comme Noë, embarquent dans leurs Arches un animal de chaque espèces afin de repeupler la planète au cas où…et d’ailleurs…. Comment se fait-il que toutes les religions, toutes les civilisations font mention dans leurs légendes d’un déluge ???
Désormais, quand une catégorie de vivant est en péril, le monde entier est averti et le nécessaire est fait pour la sauver. Naguère, on ne voyait plus de bleuets dans les champs ; un « observatoire des bleuets » a été fondé et on les voit désormais refleurir chaque été. Il en sera de même pour les ours blancs, les hirondelles ou encore les abeilles. Nous ne sommes plus au temps où les conquérants de la planète bouffaient jusqu’au dernier les malheureux dodos trop patauds pour leur échapper ; il n’en reste plus qu’une carcasse qui se déplume lentement au musée de Port-Louis, à l’île Maurice. Et même lui… qui sait si un jour avec un peu d’ADN ?...
Car les scientifiques travaillent ; ils auront des solutions n’en doutons pas. Eloignons de nous avec la crainte, le Doute à la face blême, aux yeux chassieux, aux bajoues tremblotantes, à la lippe molle et baveuse. Le monde changera,  mais la vie continuera. Et pourquoi craindre le changement ? Serait-ce si terrible de voir des oliviers pousser au nord de la Loire ?
Il y aura, c’est certain, des populations qui devront surmonter de terribles cataclysmes et nous devrons, nous autres privilégiés apprendre à surmonter nos égoïsmes. A partager, à cohabiter, à aimer ceux qui sont autres.
Je citais tout à l’heure ces vidéos montrant l’ours blanc ; il en circule d’autres montrant des animaux pleins de tendresse envers des espèces différentes. Ils en sont capables me direz-vous, car ils vivent dans des parcs animaliers où ils sont bien nourris et en sécurité. Leurs besoins vitaux satisfaits. Certes !
Ces images pleines d’amour et de bons sentiments vont-elles changer les mentalités ou ne convaincront-elles que ceux qui sont déjà convaincus ? L’Homme dont tous les besoins élémentaires seraient satisfaits, l’Homme en sécurité deviendrait-il comme ces animaux capable d’empathie ? Seulement, voilà : à partir de quand l’Homme estime-t-il ses besoins élémentaires satisfaits ? Quand l’Homme se sent-il en sécurité ? Quel est le niveau de quiétude à partir duquel l’Homme se sent capable d’empathie ? (Féministes mes sœurs, entendez quand je dis homme, la race humaine mâles et femelles confondus ; chercher un autre terme ne changerait en rien notre sort. Il a été choisi en un temps où les hommes en majorité détenaient le savoir ce qui… mais ceci est un autre débat qui n’a rien à faire ici..)
Dans nos pays occidentaux où les plus pauvres sont riches en regard de la misère qui règne en d’autres points du globe, le partage sera-t-il spontané ou faudra-t-il légiférer ? ou pire : contraindre ?
Cet avenir dont nous ignorons encore la forme, c’est à nous de la façonner, nous en ferons selon nos comportements,  l’enfer ou le paradis ou tout simplement une terre habitable pour tous. Comme… vous savez…, cette usine désaffectée, qui abandonnée peut devenir le repaire de bandes dangereuses, alors que confiée aux soins d’un bon architecte, elle sera  une cité radieuse.
J’ai sous les yeux une sorte de boite en bois qui vient des Philippines ; elle a la forme d’une courge et sert depuis des années à stocker des clés. Des clefs de toutes tailles, de toutes formes et de toutes époques. Certaines n’ouvriront plus jamais rien ; les portes, malles ou tiroirs qu’elles commandaient ont depuis longtemps disparu. Il y a aussi d’autres portes dont la clef est là perdue au milieu des autres.
Il ne faut pas jeter ces clefs ; qui sait quel trésor elles peuvent aider à découvrir.

Sabre et goupillon



Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.


Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l'appareil des grandes funérailles.


Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles,


Car elles sont l'image et le commencement
Et le corps et l'essai de la maison de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l'étreinte et l'honneur et le terrestre aveu...


Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans ce premier terroir d'où Dieu les révoqua
Et dans ce reposoir d'où Dieu les convoqua.
Heureux les grands vaincus, les rois dépossédés...


Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans ce premier terreau nourri de leur dépouille,
Dans ce premier caveau, dans la tourbe et la houille.
Heureux les grands vaincus, les rois désabusés.


Heureux les grands vainqueurs. Paix aux hommes de guerre.
Qu'ils soient ensevelis dans un dernier silence.
Que Dieu mette avec eux dans la juste balance
Un peu de ce terreau d'ordure et de poussière.


Que Dieu mette avec eux dans le juste plateau
Ce qu'ils ont tant aimé, quelques grammes de terre,
Un peu de cette vigne, un peu de ce coteau,
Un peu de ce ravin sauvage et solitaire...


Mère, voici vos fils qui se sont tant battus.
Qu'ils ne soient pas pesés comme Dieu pèse un ange.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange
Qu'ils étaient en principe et sont redevenus.


Mère, voici vos fils et leur immense armée,
Qu'ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre
Qui les a tant perdus et qu'ils ont tant aimée.


PEGUY

vendredi 13 novembre 2009

Salut



"L'Eglise est sur terre pour protéger l'homme de la parole divine."

Marcel AYME

Une vie de bâtons de chaise

Cauchemar d'avenir



La journée d'Enzo - 3 septembre 2012

Enzo est assis à sa place, parmi ses 42 camarades de CP. Il porte la vieille blouse de son frère, éculée, tachée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque automobile.
La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe. Trop de bruit. La maîtresse est une  remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se souvient pas plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en congés. La vieille dame de 69 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal. Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates des croisades.
On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine.
Il a commencé l'école l'an dernier, à 6 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire, c'est un choix des mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école.
Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école privée à 3 ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se taire, se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante à cinquante élèves chacun comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès... Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite.
Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur de l'école (un gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il paraît qu'il n'avait pas de papiers... Enzo fait très attention  : chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère.
Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens. L'an prochain Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus tôt. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP dans le village voisin, pour économiser un poste d'enseignant. Ils seront 45 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur.
Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
 Il lui tarde la récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer.
Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien...
Enzo se demande pourquoi il est là.
Pourquoi Saïd a dû partir.
Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.
Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.
Pourquoi il devra prendre le bus.
Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages.
Pourquoi on le punit ainsi.
 Pourquoi il n'a pas de lunettes.
 Pourquoi il a faim.

 Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement trouvées sur le net.
Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces, petits voisins, ..., deviennent des copains de classe de ce petit Enzo, faites suivre ce mail à votre carnet d'adresse ! Il faut que tout le monde prenne conscience que c'est ce qui les attend à plus ou moins court terme !
Il faut que le ministère arrête de détruire l'Education Nationale !!!
Merci pour eux

Et merci à Fabienne 

jeudi 12 novembre 2009

11 novembre



François CAVANNA

mercredi 11 novembre 2009

Mots d'auteur




Le travail,
c’est parfois comme de pêcher
dans une eau
où il n’y aurait jamais eu de poisson.
                                                                                                                                                                  
                                                                                                                                                                                        
Jules Renard









Le téléphone pleure....

A contre-courant


Dramaturge et pamphlétaire, guillotinée pour avoir dénoncé les dérives de la Révolution, Olympe de Gouges (1748-1793) fut l’une des premières à réclamer l’égalité des droits pour tous les discriminés et les exploités, comme les femmes et les Noirs. Par la cohérence de sa réflexion et son sens inflexible de la justice, elle s’obstina à secouer une société qui aurait préféré qu’elle soit « ce que la nature voulait qu’elle soit ». Des historiens et des féministes s’attachent aujourd’hui à restaurer la figure oubliée de cette femme en avance sur son temps — et peut-être même sur le nôtre.

Par Pierre Sané

Olympe de Gouges est de ces personnages que les manuels d’histoire ont trop souvent oubliés. Jusqu’aux travaux de l’historien Olivier Blanc (lire « « Celle qui voulut politiquer » »), elle a plutôt été peinte avec mépris comme une exaltée politique, une auteure sans grand intérêt, une révolutionnaire demi-mondaine. Pour ses premiers commentateurs, y compris Jules Michelet, elle est en réalité un esprit très en avance sur son temps, et pas seulement pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791. Le mélange intime entre son œuvre, ses convictions et sa vie justifie l’actualité de cette figure atypique et profonde. Elle a payé de sa vie ses engagements, le 3 novembre 1793, pour avoir soutenu les Girondins et pour avoir tenté de rétablir un gouvernement qui ne soit pas « un et indivisible ». De Gouges s’exclame sur l’échafaud : « Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort ! » Il faut entendre ces quelques mots comme une invitation à considérer sa postérité, quelque deux cent quinze ans après son exécution.
En 1998, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, qui offre une reconnaissance internationale et une légitimité aux individus luttant pour promouvoir les droits fondamentaux. Considérant la multiplicité de ses convictions, et la puissance de sa défense des droits de la personne, c’est peu dire que de Gouges serait pleinement qualifiée pour recevoir ce titre.
Alors que nous célébrons le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme — cet universel pour lequel elle s’est battue avec tant de vigueur et de conviction —, quel message et quelles leçons tirer de son action et de son œuvre ?
Dramaturge, pamphlétaire, pionnière de la lutte contre l’esclavage, défenseure de l’abolition de la peine de mort... Il est malaisé, voire impossible, de réunir en quelques termes le foisonnement d’engagements qui ont été ceux de cette femme dont l’activisme était motivé, raisonné, et les prises de positions d’un courage profond pour son temps.

Agir en vivant et vivre en agissant

En 1791, elle proclame l’égalité de l’homme et de la femme, entre lesquels elle propose d’établir de nouveaux rapports. Visionnaire, elle préconise la féminisation des noms de métier et imagine de nombreuses réformes sociales qui ne verront le jour, pour nombre d’entre elles, que deux siècles plus tard : concept d’assistance sociale pour la protection des veuves, des orphelins et des vieillards ; création d’établissements permettant aux femmes d’être soignées et d’accoucher dans la dignité et l’hygiène ; création d’ateliers nationaux pour les ouvriers sans travail ; abrogation de l’esclavage, etc. Elle n’a eu de cesse de construire une vie pleinement orientée vers autrui et en particulier vers les déshérités, les faibles, les marginalisés — par exemple, en défendant le droit des Noirs dans les colonies.
Autant femme de lettres que femme politique, de Gouges porte avec un courage exemplaire le combat de l’égalité des droits. Elle a su, en autodidacte authentique, bâtir à partir d’elle-même le chemin de sa vie. Ce sens aigu, à vif, de ses responsabilités, conduit de Gouges à agir en vivant et à vivre en agissant. Sa vie n’est pas dissociable de son œuvre, et tout en elle tend vers l’autre, l’exclu, le bafoué. Elle ne se complaît pas dans la contestation de la situation pathétique que subissent certaines franges de la population : non, elle agit. Avec indépendance et force de caractère. Avec constance et esprit de méthode, en utilisant tous les moyens et recours à sa portée — son style, sa plume, sa voix.
Que d’exemples où, bien loin de se contenter d’avancer des propositions, notamment sur le mariage ou sur l’impôt volontaire, elle est allée jusqu’à vivre elle-même en actes toutes ses idées, les traduisant dans sa propre existence. Théorie et pratique sont ainsi intimement unies dans l’itinéraire d’une femme aux principes sans failles, à la morale sans concession et qui a condamné sa vie durant toute forme de corruption ou de détournement idéologique. Son esprit de conséquence et sa logique iront jusqu’à lui faire défendre Louis XVI, au nom de sa condamnation de la peine de mort.
On ne peut qu’admirer le courage et le dévouement d’une femme, dépeinte par Mirabeau comme une « ignorante », qui a su puiser son inspiration et sa force dans ses lectures et ses rencontres.
Auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle est devenue une figure emblématique des mouvements pour la libération des femmes. Si sa fierté et sa confiance en elle en font une figure assumée, elle n’a rien d’une suffragette. De Gouges reprend point par point, en les féminisant, les articles de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour montrer que la société est certes bisexuée, mais que la différence sexuelle ne saurait être un postulat ni en politique ni dans l’exercice de la citoyenneté.
Ce texte, quasi contemporain de la Déclaration de 1789 — qui ne reconnaît pas le droit de vote aux femmes —, est bien plus qu’un écrit vindicatif. C’est une avancée inédite proposant un programme détaillé, d’une modernité flagrante. La mise à égalité ne repose pas sur une simple constatation de la hiérarchisation catégorielle des sexes mais bel et bien sur un projet politique motivé et pleinement réfléchi : remplacement du mariage par une autre forme de contrat signé, responsabilité civile, droit au divorce et à l’héritage, etc. Une suite de projets d’un évident progressisme, et tout cela surgi de l’esprit d’une simple « ignorante »...
Le droit des femmes de participer au pouvoir et à la prise de décisions a été, de façon explicite, une des premières de leurs revendications. De Gouges reconnaissait ainsi que si « la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». Deux siècles plus tard, le droit des femmes à la participation aux processus et aux instances de prise de décisions sociales, politiques et économiques, à tous les niveaux et dans les différents secteurs, devient officiel dans divers instruments internationaux : la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) ; la convention sur les droits politiques de la femme (1952) ; le pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966) et la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979), entre autres.

Contre l’esclavage

Militante sincère et authentique des droits civils, politiques, du respect de la dignité de la personne humaine, de Gouges combat pour le droit de chacun à ne pas voir sa liberté de mouvement et d’expression entravée et bafouée. Jamais elle n’aura été d’un seul camp, tel un idéologue zélé aveuglé par son propre militantisme. Elle ressent au contraire avec effroi et force critique les événements de la Terreur, notamment quand, en 1792, des hommes et des femmes succombent à une violence qui pervertit, selon elle, le bien-fondé de la philosophie et de l’action révolutionnaires.
On l’a dit plus haut : de Gouges milite aussi contre l’esclavage, aboli par la Ire République en 1794 avant d’être rétabli par Napoléon huit ans plus tard. Dès 1788, elle publie ses Réflexions sur les hommes nègres, puis Le Marché des Noirs en 1790 et L’Esclavage des Noirs en 1792. Engagée dans cette lutte, elle adhère à la Société des amis des Noirs, aux côtés de Brissot de Warville, Condorcet ou Lafayette. La cause des femmes, la cause des Noirs, la cause des opprimés en général, tels sont les combats admirables que mène de Gouges.
Comment ne pas constater que sa figure même reflète le sentiment de la disparition du monde ancien, celui de l’Ancien Régime, au profit d’un monde nouveau, aux contours à dessiner ? En ce sens, de Gouges fait aussi figure de passerelle et de passage.
Qui est-elle (car on ne saurait utiliser le passé avec elle) : un précurseur des féminismes des siècles ultérieurs, la pertinente et spirituelle rédactrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, une écrivaine de talent, une partisane des idées de liberté, une penseuse politique, une idéaliste pour qui tout être humain a le droit d’être défendu ?
Comment repenser et revaloriser son héritage dans toutes ses facettes ? N’oublions pas ses paroles. Plus que cela, reconnaissons avec profit leur profondeur et leur utilité pour nos sociétés. Inutile pour ce faire de travestir sa pensée et ses propos. Son œuvre et sa vie — reflet l’une de l’autre — contiennent en germe la base sur laquelle nombre de combats se sont ensuite menés et continuent de l’être.
De Gouges invite, par-delà les siècles et les luttes menées depuis 1789, à une nécessaire permanence de l’esprit de résistance et de vigilance qui l’a tant caractérisée et pour lequel elle est morte avec dignité. De Gouges est une porte d’entrée inédite non seulement pour mieux comprendre mais aussi pour relever les défis contemporains : pauvreté, inégalités sociales, viols des droits civiques et politiques, marginalisation voire négation de la femme et de ses droits, discriminations, etc.
Ne prenons que le cas tragique et rémanent de la pauvreté. Ce gouffre est loin de s’être refermé depuis des décennies, voire des siècles. Dans l’actuelle économie mondialisée, l’abîme qui sépare ceux qui possèdent de ceux qui n’ont rien n’est pas simplement le phénomène géographique défini en termes de Nord et de Sud. Une faille croissante divise de nombreuses sociétés de ce qu’on appelle « le Sud », tandis que le chômage est revenu hanter un grand nombre de nations industrialisées.

Une marraine symbolique

De Gouges est une référence au sens où elle réussit à mêler, et à traduire dans la pratique, des formes d’engagement très variées. Elle rassemble les valeurs contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Quelle marraine plus symbolique et puissante que de Gouges ? Humaniste, universaliste, patriote, solidaire, elle a usé jusqu’au bout de sa pensée critique, avec honnêteté et principes, contre toute forme d’autoritarisme et d’inégalités. Sa vie et son œuvre sont tout à la fois traversées et nourries par ses idéaux — ceux de démocratie, d’état de droit, de solidarité, de non-violence ou d’égalité, qui ne sont rien moins que les terreaux fondamentaux de nos sociétés  contemporaines.

Pierre Sané.