samedi 31 octobre 2009

Chat leurre

Vengeance...








Le premier jour, elle a emballé ses effets personnels dans des boîtes, des malles et des valises...

    Le deuxième jour, les déménageurs sont venus pour les emporter...

    Le troisième jour, elle s'est assise pour la dernière fois dans leur salle à manger, et à la lueur des chandeliers, bercée par une douce musique de fond, elle s'est fait un festin de crevettes, de caviar et de champagne.

    Lorsqu'elle a terminé son repas, elle est allée dans chacune des pièces de la maison et a déposé, dans le creux des tringles à rideaux, quelques crevettes qu'elle n'avait pas mangées.

    Elle a ensuite bien nettoyé la cuisine, et quitté la maison.

    Lorsque son mari et sa nouvelle petite amie sont revenus s'installer à la maison, ils ont filé le parfait amour durant les premiers jours.

    Puis, lentement, la maison a commencé à sentir mauvais. Ils ont tout essayé : nettoyer,
récurer, frotter, cirer, aérer... En vain.

    Ils ont alors fait vérifier les conduits d'aération, afin de s'assurer qu'il ne s'y trouvait pas de cadavres de rongeurs en
putréfaction.

    Tous les tapis, moquettes et tissus muraux ont été nettoyés à la vapeur, et des purificateurs d'air installés aux quatre coins de la maison.

    Comme l'odeur persistait, le mari et sa petite amie sont partis quelques jours à l'hôtel, le temps qu'une entreprise d'extermination vaporise des produits anti-bestioles dans toute la maison.

    Lorsqu'ils sont revenus l'odeur était toujours là.

    Ils ont alors décidé de faire remplacer les tapis et moquettes, pour une somme faramineuse.

    Et l'odeur a persisté.

    Leurs amis ont cessé de venir leur rendre visite, le facteur faisait un détour et oubliait de leur distribuer le courrier, la femme de ménage a donné sa démission...

    Finalement, incapables d'endurer la pestilence, ils ont décidé de déménager dès que la maison serait vendue.

    Un mois plus tard, et bien qu'ils aient réduit leur prix de vente de moitié, ils ne trouvaient toujours pas d'acheteur pour leur maison puante. Le mot était passé, et même les agents immobiliers ne répondaient plus à leurs appels.

    En dernier recours, ils ont emprunté une importante somme d'argent pour pouvoir acheter une autre maison.

    L'ex-épouse de l'homme lui a téléphoné, histoire de prendre de ses nouvelles. Il lui a raconté la saga de la maison puante. Elle l'a
écouté poliment, puis lui a dit qu'elle s'ennuyait terriblement de cette maison, et qu'elle serait prête à accepter de réduire ses
demandes dans leurs négociations de divorce si elle pouvait récupérer la maison...

    Sachant que son ex-épouse ne pouvait s'imaginer à quel point les odeurs de la maison étaient pestilentielles et insupportables, le
mari voulut bien lui céder la maison pour le dixième de sa valeur réelle, à la condition qu'elle signe les papiers le jour même. Elle
accepta et, dans l'heure, les avocats de l'ex-mari lui envoyèrent les papiers.

    Une semaine plus tard, l'homme et sa nouvelle petite amie affichaient un sourire narquois en regardant les déménageurs emballer toutes leurs affaires et les déménager dans leur nouvelle maison. Tout, absolument tout.


Y compris les tringles à rideaux...
 

vendredi 30 octobre 2009

De notre (desperate) envoyée spéciale à Stockholm



Mes chères copines, (et copains ndlr)

Voilà ce que nous pouvons envisager hélas.
J'espère tout de même que vous allez bien et je pense à vous
Gros bisous/Lili


 C'est quoi la vie ???
   Le succès à 2 ans :  C'est de ne pas faire dans sa culotte.
 Le succès à 3 ans :  C'est d'avoir des dents.
 Le succès à 12 ans : C'est d'avoir des amis.
 Le succès à 18 ans : C'est d'avoir le permis de conduire.
Le succès à 20 ans : C'est de bien faire l'amour.
 Le succès à 35 ans : C'est d'avoir de l'argent.
 Et puis ça repart dans l'autre sens !!!
Le succès à 50 ans : C'est d'avoir de l'argent.
Le succès à 60 ans : C'est de bien faire l'amour.
 Le succès à 70 ans : C'est d'avoir le permis de conduire.
 Le succès à 75 ans : C'est d'avoir des amis.
 Le succès à 80 ans : C'est d'avoir des dents.
Le succès à 85 ans : C'est de ne pas faire dans sa culotte.
 Et c'est tellement vrai !!!
 Ne rigolez pas votre tour arrive ! ! ! ....

jeudi 29 octobre 2009

BULLETIN METEOROLOGIQUE

Le temps qu'il aurait du faire la semaine dernière.

Dans les régions Nord, parisienne, Nord-Ouest, Bretagne et Ouest: quelques belles averses coupées de pluvieuses éclaircies.
Région Sud, Sud-Est, Aquitaine, Franche-Comté, Saint-Pierre-et-Miquelon: température voisine et adjacente de l'état du ciel. Fortes chaleurs alternant avec le verglas caniculaire.
Centre, Massif Central, Société Générale et Banque des Pays-Bas: brouillards matinaux, mer d'huile avec filet de vinaigre sur les hauts plateaux.
Température moyenne générale: maximum: 38°5; minimum: 39°8.
Si vous n'avez pas eu ce temps-là dans la région que vous habitez, adressez-nous vos réclamations; nous nous ferons un devoir de nous les transmettre à toutes fins utiles.

Pierre DAC - L'Os à Moëlle
Octobre au coin du feu
Fait venir le leu

mercredi 28 octobre 2009

Rimes sans raison

.



La Mare aux Biches



Au Bois des Biches dans le brouillard
J’ai vu courir des écureuils
Au Bois des Biches près de la mare
Sont venus danser les chevreuils

Au Bois des Biches un soir d’automne
Le soleil joue dans l’eau dormante
Au Bois des Biches l’herbe frissonne
Le cerf appelle son amante.

Au Bois des Biches sous la neige
Les branches plient jusqu’à terre
Au Bois des Biches, comme au manège
Valsent les flocons de l’hiver.

Au Bois des Biches sous la lune,
La mare gelée, comme un miroir
Eclaire un moment la nuit brune.

Chat va pas mieux!!!

Desperate Dorothy Parker

Je hais le Bureau:
Il parasite ma vie sociale!

Il y a le Bureau d'Art,
Peuplé de paparazzi
Toujours en train de vous expliquer comment fonctionne leur appareil.
Ils pataugent dans la lumière verte
Avec des mines de noyés,
Sans cesse à la traque de Nouveaux Génies,
Prêts à trouver des talents exceptionnels
A toute artiste femelle de moins de vingt-cinq ans.
Chaque fois que les illustrations sont en retard,
C'est immanquablement la faute du Bureau Editorial.
Il faut les voir courir à la recherche de croquis perdus,
Marquer des chiffres mystérieux au dos des photographies,
Découper des images qu'ils collent ensuite dans des albums...
Et les entendre proclamer que personne jamais ne comprendra combien ils sont débordés...
Tu parles!

mardi 27 octobre 2009

Grosse fatigue

-









 














Une religieuse prend un taxi à Hazebrouck et constate que le beau chauffeur n'arrête pas de la regarder.
Elle lui demande pourquoi il la regarde si intensément.
Il répond : "j'ai une question à vous poser, mais je ne voudrais pas vous offenser.
Elle répond "Mon fils, tu ne peux pas m'offenser. Quand tu auras mon âge et aura été une religieuse aussi longtemps que je l'ai été, tu auras vu et entendu à peu près tout. Je suis certaine que rien de ce que tu pourrais me dire ou me demander ne serait une offense."
"Et bien, j'ai toujours eu le fantasme qu'une religieuse me donne un baiser."
Elle répond : "Et bien, nous allons voir ce que nous pouvons faire. Premièrement vous devez être célibataire et deuxiA 8mement vous devez être catholique."
Le chauffeur du taxi est très excité et dit : "Oui, je suis célibataire et je suis catholique !"
"O.K.." dit la religieuse.
"Tournez dans la prochaine contre-allée."
La religieuse comble son fantasme avec un baiser à faire rougir une prostituée. Alors qu 'ils reprennent leur route, le chauffeur commence à pleurer.
"Mon cher enfant", dit la religieuse, pourquoi pleures-tu ?
"Pardonnez moi. Je dois confesser que j'ai menti ; je suis marié et je suis juif."
La religieuse dit: "ne vous en faites pas. Je m' appelle Christophe et je vais au carnaval de Dunkerque."









Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force

Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soit désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous deux

Louis ARAGON

LE VAUTOUR DE LA SIERRA - La parole d'honneur du bandit




Il ne pouvait pas se résoudre à ne plus être, et, le dos tourné à la caverne, devant la majesté de ces montagnes où le bandit régnait en maître, son âme combative rêvait de triompher de son adversaire et sir Gevil s’avouait qu’un homme de cette envergure valait bien la peine d’être battu.
La nuit venait ; peu à peu, l’ombre envahissait les cimes. Un homme silencieux alluma un grand feu devant la caverne.
Quand la flamme pétilla, il partit sans bruit, comme il était venu et le Quebranta parut au seuil de son antre, illuminé par le brasier.
Sir Gevil lui tendit la lettre qu’il avait écrite.
- Voici, dit-il.
Le bandit la prit et remercia.
- Un exprès l’emportera ce soir, continua-t-il. Et maintenant, senor, je vous l’ai dit, vous êtes mon hôte. Usez et abusez de moi. Je m’engage à remplir, en conscience, mes devoirs de maître de maison et je ferai tout pour vous rendre agréable votre séjour parmi nous… Un mot cependant… J’ai dit que vous partiriez d’ici, libre, dès que votre rançon sera là et vous en avez ma parole d’honneur… Mais il faut que vous l’attendiez dans mon domaine et vous ne devez pas chercher à vous enfuir ni à vous libérer par quelque autre moyen. J’ai votre parole ?
Gevil Haye ne répondit pas.
C’en était trop ! Eh ? quoi ! Lui fallait-il donc s’abaisser encore ! Abdiquer toute fierté, engager son honneur à ce voleur de grands chemins !
-Ai-je votre parole ? insista don Quebranta.
Il en était donc là, après avoir eu tout un peuple à ses pieds ; après avoir connu le bonheur de vivre, la joie du triomphe, l’orgueil du pouvoir ?... Oui, il en était là !...
-Vous avez ma parole, dit-il enfin.


A suivre

lundi 26 octobre 2009

Affaires de famille

UNE MAMAN rentre à la maison un soir et retrouve une lettre
Maman chérie,
  Je suis désolée de devoir te dire que j'ai quitté la maison pour aller vivre avec mon copain.
 Il est l'amour de ma vie.  Tu devrais le voir, il est tellement mignon avec tous ses tatous, son piercing et sa super moto.
 Mais ce n'est pas tout ma petite maman chérie.  Je suis enfin enceinte et Abdoul dit que nous aurons une vie superbe dans sa caravane en plein milieu des bois. Il veut beaucoup d'enfants avec moi, c'est mon rêve aussi.Je me suis enfin rendu compte que la marijuana est bonne pour la santé et soulage les maux. Nous allons donc en cultiver et en donner à nos copains lorsqu'ils seront à court d'héroïne et de cocaïne pour qu'ils ne souffrent pas.
 Entre-temps, j'espère que la science trouvera un remède contre le sida pour qu'Abdoul aille mieux. Il le mérite vraiment tu sais.

 Ne te fais pas de soucis pour moi maman, j'ai déjà 13 ans, je peux faire attention à moi toute seule ... et l'expérience qui me manque, Abdoul peut la compenser avec ses 44 ans.
 
  J'espère pouvoir te rendre visite très bientôt pour que tu puisses faire la connaissance de tes petits enfants.   Mais d'abord je vais avec Abdoul chez ses parents en caravane pour que nous puissions nous marier. Comme ça ce sera plus facile pour lui, pour son permis de séjour.

  Ta fille qui t'aime..
PS :
Je te raconte des idioties maman.. Je suis chez les voisins !
Je voulais juste te dire qu'il y a des choses bien pires dans la vie que le bulletin scolaire que tu trouveras sur ta table de nuit...

 Et voici la réponse du père

J'ai donné ta lettre à ta mère.  Elle a fait immédiatement un infactus et nous avons dû l'hospitaliser.  Les médicaments la maintiennent en vie.
Lorsque j'ai expliqué à nos avocats ce qui s'était passé, ils m'ont recommandé de te répudier.Aussi tu n'es plus notre fille et nous t'avons retirée de nos testaments.
Nous avons mis à la poubelle toutes tes affaires et utilisons ta chambre comme débarras.
Nous avons aussi changé la serrure de la porte, il te faudra trouver un logement, mais n'essaie pas d'utiliser notre carte de crédit car nous l'avons annulée, ainsi que fermé ton compte bancaire (l'argent qu'il y avait dessus nous allons l'utiliser pour le traitement de ta mère).
  N'essaie pas de nous appeler pour demander de l'argent, nous avons de toute façon résilié ton contrat de téléphone mobile.
Les jouets que tu gardais, tes instruments de musique, ta collection de CD et de photos, nous les avons vendus au voisin (celui dont tu disais qu'il te regardait par la fenêtre quand tu t'habillais).

 Ah! bien sûr il te faudra trouver du travail, puisque nous n'allons plus payer pour toi ni tes études ni tes cours de musique.

 Si tu ne peux trouver ni logement ni travail, je te conseille d'aller voir Paulo. C'est quelqu'un que j'ai connu dans l'armée, je ne sais pas bien ce qu'il fait... mais je lui ai envoyé une photo de toi et il m'a dit qu'une fille comme toi n'aurait aucun mal à vivre dans certains pays du Maghreb qu'il connait bien, et qu'il pourrait t'aider.

 Enfin j'espère que tu seras très heureuse dans ta nouvelle vie.
L'homme que tu appelais Papa .
PS :
Ma chérie c'est une blague ! Je regarde la télé avec ta mère, qui se porte très bien.

 Je voulais juste te montrer qu'il y a des choses plus graves que de passer les 8 prochaines semaines sans sortir, et sans regarder la télé pour le mauvais bulletin, et pour la petite blague.


LE VAUTOUR DE LA SIERRA - La parole d'honneur du bandit (6)



Une fois de plus, don Quebranta dévisagea l’Anglais, dont ses yeux perçants fouillèrent les prunelles.
Sir Gevil soutint le regard, froidement, sans crainte ni curiosité.
Le Quebranta avait vu tant de loques humaines trembler sous cet examen, que la sérénité de sir Gevil finit par l’intéresser.
Son œil s’adoucit et il reprit après une pause :
- Jamais je ne suis revenu sur ce que j’ai dit… Je m’en fais gloire. Je vous laisserai écrire à tous ceux qui s’intéressent à vous et dès que j’aurai reçu votre rançon, vous serez libre.
- Si vous voulez de l’argent, il me faut du temps, répondit sir Gevil. Je n’ai que ma pension, je vous ‘ai dit… Tout ce que je puis faire, c’est de demander à mon paus de l’échanger contre un capital…
- Cela arrange tout et votre gouvernement paiera, dit le Quebranta visiblement satisfait. L’Angleterre se ferait scrupule de perdre un de ses bons serviteurs.
- Un gouvernement se soucie d’un retraité comme vous d’un vieux vêtement. Mais qu’importe ! Si je suis ici, c’est par ma faute. J’étais prévenu et j’accepte les conséquences de ma maladresse.
-Dirons-nous cent mille francs ? interrogea don Quebranta comme pour attendre le marchandage du prisonnier.
-Oui, et restons-en là, dit l’Anglais d’un ton qui arrêtait toute discussion. Mais je crains fort que vous ne voyiez jamais cette somme. On calculera la durée probable de ma vie et le chiffre que vous fixez ne sera pas atteint. Vous en aurez peut-être les trois quarts.
-J’espère pour vous, dit l’Espagnol en martelant ses mots, j’espère, sir Gevil, que j’aurai tout. Ma désillusion aurait de graves conséquences… de redoutables conséquences.
L’Anglais ne dit pas un mot, ne fit pas un geste, laissant entendre que l’entretien devait se terminer. Don Quebranta se dressa alors, salua d’un coup de tête et rentra brusquement dans sa caverne.
Resté seul, Gevil Haye réfléchit un moment ; puis il écrivit au consul anglais de Malaga qui l’avait si bien mis en garde contre le tourisme dans la Sierra et il lui conta l’aventure.
« Proposez la combinaison que j’ai offerte, disait-il, et pressez les choses. J’espère vous revoir et vous serrer la main. »
Il cacheta sa lettre et attendit en rêvant.
Il s’était assis au seuil de la caverne et son regard perdu vers le lointain, suivait la molle ondulation des sapins qu’agitait la brise du soir.
Sir Gevil souhaitait autre chose que d’attendre le problématique résultat de sa démarche auprès du gouvernement anglais.
Il était dans la souricière, comment en sortir ?
Il songeait, non sans amertume, qu’il était faible, maintenant,  et que ses années d’action étaient passées… Son cerveau pensait et combinait avec la même puissance qu’autrefois ; mais il savait que pour un effort physique ses forces le trahiraient… Dure épreuve pour un homme de valeur, quand le corps trahit l’esprit !
Sir Gevil sentait son âme se révolter sourdement contre cette inéluctable impuissance. Il savair son cœur désormais incapable d’aimer ou de haïr et il connaissait encore l’angoisse des longs renoncements et des regrets impérissables.

dimanche 25 octobre 2009

Halte aux virus....

LE VAUTOUR DE LA SIERRA - La parole d'honneur du bandit (5)



C’était un petit homme osseux d’un certain âge déjà, nerveux, rasé, enveloppé dans un grand manteau et qui frissonnait en plein soleil. Un chapeau de feutre mou, à larges bords, descendait jusqu’à ses yeux.
Sir Gevil songea que cet être maladif ne ressemblait guère à un vautour, sauf que sa main décharnée pouvait, en effet, se comparer à la griffe jaune de la bête de proie.
- Donnez-moi donc, je vous prie, quelques renseignements sur votre vie, poursuivit don Quebranta courtoisement. Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? J’ai besoin de le savoir pour donner un chiffre quelconque.
- Sir Gevil dit en quelques mots sa situation.
-Ah ! ah !... vous êtes retraité… fit le brigand. A combien se monte votre pension ?
-A huit mille francs.
-C’est peu de chose, en effet. Je croyais le gouvernement anglais si large avec ses serviteurs !
- Les étrangers se font à ce sujet des idées bien fausses, répondit sir Gevil. Il est vrai que mon pays est peut-être très généreux comparé aux autres gouvernements.
Don Quebranta sourit.
-Eh ! bien, dit-il, je vais vous demander simplement…
Un coup de feu l’interrompit, répercuté à l’infini par les échos de la montagne.
Le Quebranta bondit de sa chaise.
Au –dessous de lui, au pied de la terrasse qui s’étendait devant sa caverne, de violentes clameurs remplissaient le camp des bandits. Deux d’entre eux se battaient, malgré les efforts de leurs compagnons.
Don Quebranta jeta son large chapeau de feutre et se pencha vers l’abîme, écoutant la querelle.
Son manteau pendait autour de son corps, et, pour la première fois, sir Gevil s’aperçut que les plis de ce manteau donnaient bien, à ce singulier personnage, l’apparence du vautour au repos, dont les ailes baissées pendent et s’allongent sur une maigre carcasse.
Le visage était à nu… Quel visage !... Paupières livides et ridées, crâne poli, sans un cheveu, nez aquilin, cou décharné, aspect cruel… Oui, c’était  bien le Vautour, le Quebranta farouche, le briseur d’os de la Sierra !
Des paroles mystérieuses sifflèrent rageusement à travers les lèvres du bandit et tombèrent sur le camp des hommes.
Instantanément, le silence s’y fit, l’ordre y régna, les combattants séparés jetèrent ensemble le même regard peureux vers la caverne du maître et dans le calme funèbre la voix apaisée du Quebranta poursuivit :
-Allez, mes enfants !... Allez dire qu’on vous punisse !
Tête basse, les bandits domptés s’éloignèrent.
Vivement relevé, don Quebranta cherha sur le visage de son captif l’impression qu’avait pu produire cette intervention si brève et si décisive.
Mais sir Gevil resta impénétrable.
Le chef n’insista pas, revint s’asseoir et, reprenant sur le même ton la conversation interrompue, il dit avec une douceur qui semblait vouloir excuser la demande :
- Vite, réglos la rançon, je ne veux plus avoir à en parler. Après cela, vous serez mon hôte.
-Ne plaisantons pas, dit sèchement Gevil Haye. Je suis votre prisonnier. La malchance m’a jeté dans vos serres ; si je dois en sortir, que vous faut-il ?
Ils étaient face à face.

samedi 24 octobre 2009

LE VAUTOUR DE LA SIERRA - La parole d'honneur du bandit (4)



Il s’aperçut alors qu’il était ligoté sur son cheval et montait ainsi lentement vers les hauteurs de la Sierra, entouré d’une troupe de cavaliers qui répandaient une désagréable odeur d’ail et de vieux cuir.
Allons, pensa sir Gevil, je suis prisonnier. L’hôtelier avait raison.
Et comme il n’y pouvait plus rien, il en prit son parti et ne songea qu’à exprimer ses désirs immédiats :
- Détachez mes bras, dit-il à voix haute, et donnez-moi une cigarette.
- Tiens, dit une voix mâle, il se réveille… Tout à l’heure, mon garçon ; nous arrivons et si tu veux fumer, il faudra y mettre le prix.
Il y eut des rires.
On marcha quelque temps encore ; puis la troupe s’arrêta, détacha son prisonnier et l’enferma dans une petite cabane dissimulée derrière des roches. Les brigands campèrent autour.
A l’aube, ils se levèrent et firent sortir l’Anglais.
Ils le dévisagèrent curieusement, car sir Gevil n’avait pas dit un mot depuis la veille et cela les surprenait. Leurs captifs, d’ordinaire, se répandaient en cris de colère ou en lamentations.
Celui-là restait impassible et son visage de statue demeurait impénétrable.
- Un homme comme ça, n’a rien à perdre. C’est un pauvre diable, certainement ! estima l’un des bandits. La belle besogne que nous avons faite ! Le Quebranta dira que nous volons son pain à chasser ce gibier ! Holà ! qu’on s’en aille. A cheval, vous autres !... Et toi, dit le brigand en posant le canon de son revolver sur le front de Gevil Haye, monte sur ta bête et sois sage, ou sinon je fais sauter ta tête de papier mâché !
Le froid de l’arme ne fit même pas sourciller sir Gevil. L’insulte le laissa indifférent.
Il monta péniblement à cheval, car il n’était pas remis de sa chute et la fraîcheur de la nuit réveillait les fièvres dont il avait autrefois souffert.
Si long et si dur, pourtant, que fut pour lui le trajet qui le séparait de la caverne du Quebranta, il n’eut pas un geste d’impatience, pas une plainte. On l’amena devant le chef, assis à l’entrée de son antre et on le laissa seul avec lui.
Don Quebranta toisa d’un vif regard ce grand homme un peu voûté.
Il se souleva à demi, par politesse, et tendant son bras vers une chaise toute proche, il dit courtoisement :
-Prenez ce siège, senor. Je suis un peu las et souffrant. Excusez-moi de vous recevoir ainsi.
Sir Gevil prit la chaise, ajusta lentement son monocle dans son œil gauche et promena son regard sue la caverne aux parois abruptes où logeait le bandit ; puis il le reporta sur l’homme étrange qui lui parlait. Les yeux du bandit plongèrent dans ceux du captif et le Quebrana sentit qu’avec celui-là, il devrait traiter d’égal à égal.
-J’ai coutume, dit-il, de prélever un droit de passage sur les visiteurs de mon domaine. Vous le saviez, sans doute, senor, en me faisant l’honneur d’y pénétrer. Que puis-je espérer de vous ?
-Rien, répndit sir Gevil. Je suis pauvre et je dois renoncer à vous satisfaire.
- Vous êtes pauvre ? Il est heureux pour vous que je vous croie. Mais les plus pauvres apprennent ici l’art de se procurer des ressources, reprit don Quebranta avec douceur. Je fixerai donc une somme modeste pour vous rendre la liberté. Mais débattons rapidement, s’il vous plaît, cette question méprisable. Il me répugne de m’y attarder. Cela fait, vous deviendrez mon h^te et nous n’en parlerons plus.
Pendant que le bandit parlait, Sir Gevil l’examinait.

vendredi 23 octobre 2009

LE VAUTOUR DE LA SIERRA - La parole d'honneur du bandit (3)


Sir Gevil Haye s’éloignait au petit trot de sa monture, plus ancré que jamais dans sa résolution de traverser la Sierra d’un bout à l’autre et d’autant plus décidé à le faire qu’on le prévenait et qu’on voulait l’en empêcher
Il trouvait un peu fort qu’on lui donnât des conseils, comme s’il était incapable de se diriger, et il ne pouvait admettre qu’un voleur de grands chemins pût l’empêcher, lui, Gevil Haye, de se promener où bon lui semblait.
S’il le rencontrait, le bandit apprendrait à qui il avait affaire et la perspective d’un combat donnait à l’impassible Anglais un petit frisson de plaisir.
Que risquait-il ? Il était pauvre et rien ne le retenait plus au monde…
Que pouvait-il espérer ?
La fortune, l’ambition, la gloire ?... C’en était fait à jamais.
L’amour ? Autre plaie qui saignait à son cœur.
Sir Gevil n’avait aimé qu’une fois dans sa vie…
Une exquise jeune femme, une Française. Le charme de cette créature avait pénétré la couche de glace dont il enveloppait son âme, et cet isolé, ce misanthrope, ce malchanceux avait mis dans cette passion tout ce que son être possédait de tendresse dissimulée et d’affection contenue.
Et quand, après une lutte sérieuse contre lui-même, il avait osé, lui, l’impénétrable, parler à cette femme des sentiments qui le troublaient, elle l’avait arrêté d’un geste en lui disant, le yeux dans les yeux :
- Moi aussi, je vous aime, sir Gevil… Mais j’ai un mari et je suis honnête. J’avais compris vos sentiments bien avant ce jour où vous m’en parlez et j’espérais que l’aveu n’en viendrait jamais sur vos lèvres… Car, maintenant, je ne dois plus vous voir et je m’estimerais coupable de vous écouter. Vous allez vous éloigner de moi pour toujours… Parce que je le désire… parce que je le veux… parce qu’il le faut… Mais si quelque chose peut adoucir votre peine, sachez que j’aurais mis ma main dans la vôtre… avec bonheur, sir Gevil, si j’avais été libre.
Deux années s’étaient écoulées depuis cette scène et depuis deux années, sir Gevil n’avait pu l’arracher de sa mémoire. Car il avait obéi… Il s’était éloigné… Mais des Indes en Efrique et d’Afrique en Europe, la douce image le suivait toujours et il conservait encore dans son oreille le son de la voix si chère qu’avait fait trembler l’aveu, pendant cet instant d’abandon.
Quand la santé déserte lentement, mais sûrement le corps d’un homme et que les obstacles insurmontables se sont amoncelés à plaisir sur son chemin, on comprend que son caractère s’aigrisse et qu’il supporte mal la contradiction.
L’ Anglais se révoltait donc à l’idée qu’un bandit de mélodrame pouvait culbuter ses projets et l’éloigner des solitudes où il rêvait de bercer ses souvenirs et d’étouffer ses regrets.
Il portait dans ses fontes deux bons revolvers chargés. C’étaient des armes à toute épreuve et d’une étonnante précision dans sa main. En dix secondes, il était sûr d’abattre trois agresseurs. Il avait, en son adresse, une confiance illimitée.
Il n’eut pas, d’ailleurs, à l’exercer ; car à trois heures de là, tandis qu’il chevauchait dans la Bocca di Jabili, une corde siffla, un nœud coulant tomba sur ses épaules, serra son cou et le désarçonna.
A demi étranglé, Gevil Haye tomba dans les pierres du chemin et s’évanouit.
Sir Gevil, au bout d’une heure, se ranima.
Des cahots le secouaient. Une vive douleur poignait ses bras. Il voulut les remuer ; mais il s’aperçut qu’il ne pouvait y parvenir.
Etonné, il ouvrit les yeux et chercha à se rendre compte de ce qui se passait.

jeudi 22 octobre 2009

LE VAUTOUR DE LA SIERRA - La parole d'honneur du bandit (2)

Sir Hevil Haye promenait à travers le monde son amère neurasthénie - Jadis, on aurait dit, son spleen.
Il avait débarqué à Malaga, avec l'intention de visiter la Sierra qu'il ne connaissait pas.
Sir Gevil avait passé toute sa vie dans les colonies anglaises où il avait gouverné un petit royaume de mpontagnards farouches et traîtres.Sa poigne et son autorité avaient dompté cette population dangereuse et l'ordre avait régné pendant tout le temps de son administration.
L'avenir s'ouvrait, superbe, devant lui. Par malheur, sa santé était fort mauvaise; elle le contraignit à tout quitter et l'Angleterre dut retraiter  avec une petite pension ce distingué serviteur sur qui l'on avait fondé les plus belles espérances.
Sir gevil avait conçu le plus profond chagrin de cette décision qui le classait au rang des inutilités. Il l'avait accueillie, cependant, avec un visage impassible, car personne n'était plus maître de soi. Mais sa pension liquidée, il disparut et ne donna plus signe de vie à ceux qui l'avaient connu.
Sans amis, sans foyer, sans famille, il errait de ville en ville, de pays en pays, cherchant en vain l'apaisement de ses regrets et l'oubli de sa vie manquée.
A Malaga, il s'était rendu au consulat d'Angleterre, pour toucher les arrérages de sa pension et le hasard voulut que le consul fût un de ses anciens subordonnés.
Il lui demanda quelques renseignements pour le voyage qu'il projetait dans la montagne voisine; mais celui-ci le détourna vivement de son projet. Le gouvernement espagnol venait d'échouer dans une tentative contre le Quebranta; les gardes civils étaient revenus fort maltraités; se risquer dans la Sierra, c'était courir un danger sûr.
Sir Gevil écouta l'avis, remercia et partit pour la montagne.
Il y parvint vers quatre heures du soir et il passait au pas de son cheval devant une petite auberge isolée au bord de lal route, quand un homme sortit et lui cria:
-Vous êtes le bienvenu, senor. C'est ici que l'on descend.
C'était l'hôtelier qui tira son bonnet et vint au devant de sir Gevil.
L'Anglais arrêta sa bête.
- Pourquoi descend-on? demanda-t-il.
- Il n'y a pas de maisons plus loin, senor, et vous entreriez dans le domaine de don Quebranta. Il ne s'en prend pas aux gens de peu et c'est pour votre bien, senor, que vous éviterez sa rencontre. Il ne faut pas le braver. Le Quebranta n'est pas commode.
-Me tuerait-il? demanda sir Gevil, ironiquement.
- Il vous capturerait et vous payeriez rançon. Je ne veux pas être son pourvoyeur, senor! Il me fait assez de tort en chassant du pays les voyageurs. Il éloigne mes clients, j'écarte les siens. Chacun pour soi.
- Je n'ai pas peur de votre bandit, bonhomme! dit sir Gevil.
Et piquant sa bête, il repartit.
L'hôtelier resta bouche bée.
C'est un fou! dit-il enfin. Que le diable l'emporte et que le Quebranta lui prenne sa peau!
(A suivre)

Cors de chasse

Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent.




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