vendredi 31 juillet 2009

Vaccins et Tamiflu ne suffiront pas



Sommes-nous prêts à affronter la pandémie ?





Deux mots sont apparus au XVIIIe siècle pour caractériser ce qu'on appelait auparavant catarrhe épidémique : follette et grippe. Follette elle l'est, car imprévisible, prenant tout le monde à contre-pied, arrivant là où on ne l'attend pas, et se dérobant quand on s'apprête à lui faire face. Grippe, car elle agrippe des populations par millions, brusquement, brutalement, les met à l'épreuve et, soudain, s'en va.
L'histoire des pandémies grippales est toujours la même du point de vue temporel : elle s'abat à la façon d'un tsunami. Elle ne s'inscrit pas dans la durée comme le sida. En quelques semaines tout est joué. Tout au plus peut-elle parfois revenir une deuxième, voire une troisième fois. La grippe touche par millions et tue par milliers. Elle épargne donc l'essentiel des malades mais, vu leur grand nombre, elle fait plus de morts que toute autre maladie.
Se préparer à une pandémie grippale est particulièrement difficile car, à la différence de la grippe saisonnière qui touche essentiellement les enfants et tue principalement les sujets âgés, les cibles en ont été différentes à chaque fois. Elle a tué principalement les adultes jeunes et surtout les vieillards en 1889-1890 ; les moins de 5 ans, les sujets en bonne santé âgés de 15 à 45 ans et les plus de 65 ans en 1918 (courbe en W) ; les enfants et les sujets âgés, en 1957, et seulement ces derniers en 1968.
Savoir quelles sont les populations prioritaires (traitements et vaccins) dépend donc de l'appréciation qu'on a des catégories qui semblent vulnérables, qui ont changé à chaque pandémie. L'actuelle grippe A(H1N1) mutante nord-américaine fond sur la planète d'une façon qui semble impossible à arrêter. Elle a généralement un caractère bénin et touche principalement les moins de 20 ans. Il y a toutefois des morts, et ces derniers sont plus nombreux que ceux recensés par l'OMS, ainsi que le montrent les expériences mexicaine et québécoise. La grippe tue, et c'est inhabituel, par pneumonie virale et non microbienne, et ceux qui meurent ont en grande majorité entre 15 et 60 ans. Elle semble plus sévère sur certains terrains : grossesse, asthme, obésité morbide.
Surtout, elle exerce une contrainte significative sur le système de santé avec 5 à 10 % d'hospitalisations en Amérique du Nord, dont une partie en réanimation. On imagine ce que cela signifierait si elle frappait (ce que tout le monde craint et ce que le gouvernement doit anticiper) par millions et non par milliers.
L'expérience mexicaine a montré que, lors de l'émergence du nouveau virus sur les malades présentant une grippe clinique, seuls 21 % étaient atteints par le mutant A(H1N1). Ce qui implique que si on soignait tout le monde par le Tamiflu, ce serait en pure perte quatre fois sur cinq. Et cette proportion est de l'ordre de ce qui est constaté lors des grippes saisonnières.
Si, à l'automne, arrivent soudain des millions de malades, sur quels critères pourra-t-on savoir que tel patient vu en urgence est porteur du virus ? Il n'y a à ce jour pas de test permettant, dans ces conditions, de le savoir. Donnera-t-on du Tamiflu à tout le monde au risque de le gaspiller, voire de faire émerger des souches résistantes ? Si on en donne à l'un et pas à l'autre, sur quels critères sera fait le choix ? Comment hospitalisera-t-on les malades s'il n'y a plus de lits disponibles ? Que devront faire les médecins si chacun d'entre eux reçoit simultanément des dizaines d'appels au secours ? Quelle devra être l'attitude des malades et surtout de leurs proches ?
Ce sont quelques-unes des questions auxquelles il faudra que des réponses aient été apportées avant l'arrivée éventuelle de la maladie.
Aujourd'hui, le corps médical est démobilisé. Un grand nombre de ses membres, écoeurés par l'attitude de la ministre de la santé lors de la loi hospitalière, et déroutés par la succession de circulaires administratives contradictoires, se sont retirés sur l'Aventin.
Croire qu'il suffira d'envoyer quelques directives concoctées par les experts, par ailleurs excellents, de la direction générale de la santé (DGS) et de l'Institut national de veille sanitaire (InVS) pour que tout se mette en ordre serait une erreur grave. Les décisions médicales sont prises en fonction de ce que respecte le corps médical, c'est-à-dire les avis et recommandations des sociétés scientifiques, des organismes d'enseignement post-universitaires et des organisations représentatives.
Si on veut que l'ensemble des médecins, et avec eux, des autres soignants aient une attitude commune, encore faut-il les consulter, et tenir compte de leur avis. Si une pandémie grippale frappe notre pays, il sera indispensable que gouvernement, soignants et opinion publique soient en accord et que la confiance règne entre eux.
Penser qu'il suffit de disposer d'un tas de vaccins et de Tamiflu et de s'installer comme Onc' Picsou dans son coffre pour les compter et recompter est une ineptie. Il est urgent et indispensable que le gouvernement réunisse sociétés scientifiques, organisations professionnelles et syndicales, afin que l'ensemble des soignants, médecins, infirmières et autres participent à l'élaboration des décisions afin d'en être solidaires et d'assurer ainsi leur mise en oeuvre.
Professeur Jean-Philippe Derenne

Consultant au Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière

... Il comprend soudain à quel point l'homme est seul. La vie pullule sur terre. La société des hommes ne différe pas énormément de celle des fourmis, mais les fourmis sont plus heureuses, elles n'éprouvent pas le besoin de partager leurs sentiments. L'homme est plus malheureux que la fourmi. Sa vie durant, il n'arrive pas à se libérer du désir de trouver un compagnon de route et cette quête est, la plupart du temps, sans espoir.

DUONG THU HUONG - Terre des Oublis

jeudi 30 juillet 2009

Discussion


"Je n'ai jamais vu une discussion faire évoluer les points de vue. Chacun n'écoute que soi, guette le trou pour se placer, bien décidé à ne pas bouger d'un poil. La logique, le savoir, l'expérience... L'astuce, oui! A quelque niveau que ce soit, le plus camelot l'emporte. Non qu'il convainque, mais il fascine, il fait rire, t'emmène à la campagne, passez muscade. ou, simplement, il t'a à la fatigue, à l'usure. Et toi, trop gentil pour lui dire qu'il t'emmerde et qu'il déconne, tu te fais avoir, lucide, sans illusion, ce qui est pire que tout."

François CAVANNA

Flash économique :

IKEA rachète General Motors
IKEA A ANNONCE SON INTENTION DE RACHETER GM ET VA VENDRE DES VOITURES.


ON EST DANS LA MERDE !!.......................

mercredi 29 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (fin)



Mais je devinais qu’elle n’agissait plus d’elle-même. Elle s’approchait avec un horrible pas de somnambule ; une implacable marche d’automate.
Elle me revenait, apparemment inconsciente de moi.
Je la laissai m’étreindre.
Elle me serra fortement dans ses bras ; ils n’étaient plus que tièdes.
Je la sentis entière contre moi : elle mollissait, certaines parties déjà fluides.
Alors, épouvanté, je compris qu’elle se déposait sur mon corps sans que je puisse l’en empêcher : Isabelle se décomposait en ses couleurs qui me recouvraient à larges touches que je recevais perceptiblement comme si j’étais une toile : la toile d’Isabelle !
Je les sentais couler partout sur ma peau, d’abord douces de tiédeur ; mais, devenant épaisses et glaciales, elles m’imprégnèrent du froid de la mort et y séchant, s’incrustèrent jusqu’au plus profond de ma chair.
Incapable du moindre mouvement, raidi sur place, je ne pus bientôt continuer à me tenir debout.
Devenu une rigide statue d’homme tatoué d’une chatoyante Isabelle sans âme, je tombai à la renverse.
Je restai ainsi toute la journée, étreint par l’autre Isabelle indifférente mais douloureuse à mon être physique comme pétrifié ; souffrant à terre les mille martyres de la paralysie torturante alors que mon esprit, libre d’aller partout, pouvait juger mon impitoyable et incroyable situation.
Et, tant que ce fût le jour, je haïssais Isabelle comme personne jusque là.
Mais, la nuit revenue, je me sentis lentement délivré de cette mort qui n’était pas la mienne. Le froid et la raideur firent place à la tiédeur renaissante ; puis je m’allégeai lentement, et retrouvai ma souplesse habituelle.
Alors, délivré d’Isabelle, je la vis devant moi, ardente, défaite de moi comme de sa toile. Et elle fut tout de suite le soleil qui acheva de me ranimer.
Prenant passionnément mon visage entre ses mains, elle put y comprendre combien j’avais souffert par elle.
Nous pleurâmes ensemble de longues larmes amères et grisantes ;
Et nous nous aimâmes, fous l’un de l’autre.
Tel est à présent mon sort : je vous ai suggéré l’image de cette mèche qui, sortie, brûlerait à vue d’œil toutes ses forces de pétrole…
Chaque jour je souffre d’un glacial et momentané trépas ; chaque nuit délivré, entier à l’amour brûlant, je me consume rapidement.
Tour à tour, je hais et j’aime Isabelle, ma nymphomane.
Combien de temps encore pourrais-je tenir avec – Hélas, je m’en rends compte maintenant ! – mes frêles puissances de vivant ?…
… J’étais effaré et tellement conditionné par le climat ambiant, ainsi que par la sincérité de cette ruine d’homme, qu’il me sembla entendre claquer une porte à l’étage.
Il acheva de me reconduire ;
-… Elle attend, me dit-il doucement… à présent il faut que je vous quitte… je vous devine homme d’honneur pour taire ma désespérante et radieuse vérité… Et, si cela vous est possible, oubliez-la… Adieu, monsieur.
Il monta aussitôt dans sa chambre.
Je partis.
Longtemps après, arrivé à Conches, je sortis d’une telle brume intérieure que je crus m’être réveillé là.

Le Petit Ange

Information macif : vol de voiture







Sujet : nouvelle technique de vol de voiture
POUR INFORMATION !!
ATTENTION ! Nouvelle façon de voler une voiture
Ce message vient d'une personne qui travaille à la MACIF et qui enregistre ce genre de plainte de plus en plus fréquemment.
Soyez avisés qu'une nouvelle façon de voler une voiture est en opération:
vous marchez dans un parking, déverrouillez votre auto et montez. Vous
verrouillez toutes les portes, mettez le contact et embrayez pour reculer.
Soudain vous regardez dans votre rétroviseur pour reculer et remarquez un morceau de papier collé sur la vitre arrière. Vous vous remettez au point mort, vous déverrouiller les portes et vous sortez de votre véhicule pour enlever ce papier qui vous cache la vue.
Lorsque vous êtes derrière l'auto, c'est là qu'apparaissent les voleurs qui sortent d'on ne sait où, sautent dans votre voiture et partent !
Le moteur tournait. La plupart des personnes laissent leurs papiers, leur
sac à main... dans la voiture.
De plus, ils vous passent presque sur le corps lorsqu'ils démarrent.
SOYEZ AVISÉS QUE CE NOUVEAU STRATAGÈME EST DE PLUS EN PLUS UTILISÉ.
Si cela vous arrive, démarrez et enlevez ce papier plus tard.
Faites parvenir ceci à tous vos amis et votre famille... et spécialement aux
femmes, car un sac à main contient en général toutes vos identifications. Et ils ont alors clefs et adresses. Alors faites attention !
Cordialement.
Franck BEZOT Siège Social MACIF.

Merci à Christiane


mardi 28 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (9)



Non, elle se trouvait toujours sur ma couche, assoupie, abandonnée au désir vainqueur.
Alors, fermant la porte sur elle, faisant double tour de serrure, je revins à l’incendie pour essayer de sauver cette demeure jusqu’ici vide et triste mais qui, maintenant, allait rayonner d’Isabelle, ma passion.
Mes domestiques chassaient déjà les flammes avec acharnement. Je m’opposai à ce qu’on alertât des étrangers car je ne voulais pas que ceux-ci, sous couvert de sécurité générale, visitant tout le château, ne découvrent et dérangent Isabelle, colportant partout son existence, alors qu’il m’était plus facile de museler mes gens par la menace.
L’incendie maîtrisé, je les congédiai, et, tant j’avais hâte de retrouver Isabelle enfin libre et à moi, j’exigeai qu’on me laissât en paix, quoi qu’il advienne.
Elle dormait toujours et, lorsque je fus à nouveau à côté d’elle, dans sa chaleur, je commençai à croire que j’avais rêvé le tableau.
A mon contact, elle se réveilla et, restant dans son silence d’enamourée, elle se pressa contre moi.
Nous nous aimâmes jusqu’à l’aube.
Et le drame fusa qui m’étreignit et faillit m’anéantir.
Avec la clarté du jour naissant, son désir cessa et elle montra une vive impatience. Je ne pus l’empêcher de se lever tant elle le fit rapidement et, , avant que je me sois précipité pour la retenir, elle était déjà partie.
Je ne doutais pas un instant qu’obéissant à son état diurne, elle voulait rejoindre sa toile d’immortalité. Aussi calmai-je mon désir de la suivre, trouvant plus prudent de l’attendre, là, dans cette chambre qui allait, par force, devenir son royaume nocturne. Et, m’empressant de tirer les doubles rideaux bord contre bord, je décidait de ne jamais plus y laisser passer le moindre trait du jour.
Ne doutant pas qu’elle reviendrait aussi vite qu’elle était partie, heureuse de trouver ma protection, je l’attendis avec la joie inquiète de celui qui vient de jouer un méchant tour mais qui compte sur l’humeur compréhensive et pardonnante de sa victime.
Je savais que, ne pouvant parler, Isabelle vivait par ses gestes et ses yeux. Aussi, à défaut de mots consolants à dire, je préparais des regards consolateurs et désireux d’un pardon que je savais mériter.
Elle revint…
Elle entra, affolée ; referma la porte et s’y appuya avec atterrement.
Son corps tremblait comme saisi de démence.
Son visage exprimait la colère la plus cruelle qu’il m’ait été donné de contempler.
Isabelle se tenait là, monstrueuse de dépit.
Enfin, elle s’apaisa et, les bras tendus, vint à moi qui l’espérais malgré et contre tout ; l’acceptant, qui fût-elle.

A suivre...

SEREINE BARBARIE



SEREINE BARBARIE
Mis à jour le :23 juillet 2009.

Dans une annexe du tribunal de grande instance de Marseille blottie à l’ombre du centre de rétention administrative (CRA), des sans-papiers défilent devant une « juge des libertés » à l’aise dans ses bottes. Reportage au cœur d’une justice routinière.


EPUIS L’ANGLE DE CETTE PIÈCE d’une cinquantaine de mètres carrés qui fait office de tribunal de grande instance, juste à côté du centre de rétention administrative du Canet à Marseille, le grand flic filiforme surveille fixement l’espace. Il mâchonne un chewing-gum. Depuis la poche gauche de sa chemise réglementaire, deux fils blancs courent vers ses oreilles. Seul son pied droit s’agite imperceptiblement, rythmant discrètement le hit qui lui envahit le cerveau. « Tu as vu, il avait les yeux qui brillaient », dit une fille à sa voisine, alors qu’un jeune homme sort de la pièce, emmené par deux policiers. La juge vient de lui annoncer son maintien en rétention. « Pour quinze jours, afin de permettre aux autorités consulaires de rechercher votre identité »… La plaidoirie de l’avocat n’aura été d’aucun effet. « Nullité de procédure », at- il réclamé, rappelant que l’interpellation de son client s’est faite lors d’une importante opération de police, rassemblant douanes, groupe d’intervention régional et gendarmerie, dans le cadre d’une commission rogatoire « pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs ». La jeune fille dit à voix basse : « C’est pas possible ! On ne pourra pas se marier… » À quelques mètres d’elle, un jeune flic à peine sorti de l’adolescence exprime d’une grimace furtive sa compassion.
Et la machine à malheur ronronne sereinement, sale et petite barbarie ordinaire qui invente une réalité qui n’existe pas. La juge, d’une voix neutre, entre lassitude et routine, s’adresse à un sans-papiers : « Vous me dites que sans titre de séjour vous arrivez quand même à vous faire embaucher ? » Quelle découverte ! Pour cet autre originaire du Maghreb, qui présente des documents attestant de son grave état de santé, le représentant du préfet qui fait office de procureur demande « l’application des arrêtés préfectoraux » et finit son intervention mécanique par un brillant « quant au côté humain, c’est à vous de voir, Mme la Présidente… ». Après que plusieurs personnes interpellées dans un même lieu ont demandé au tribunal la possibilité de récupérer leurs biens abandonnés lors de leur arrestation, la juge fait remarquer, toute naturelle de cynisme, à l’une de ses nouvelles victimes dont elle a décrété l’imminente expulsion : « Je vais demander qu’on vous accompagne chercher vos affaires. Vous n’aurez qu’à ramener aussi celles des autres. Ça serait bien qu’il y ait un peu d’entraide entre vous, non ? »
Le catalogue de la paisible infamie de se poursuivre. En forme de naïveté légèrement perverse : « Pourquoi êtes-vous venu en France ? » Comme si elle était déjà en train de penser au repas du soir, d’un ton monocorde face à un quinquagénaire qui refuse de décliner son identité : « Je vous rappelle que refuser de donner son nom, ou donner une fausse identité, peut vous conduire devant le tribunal correctionnel. Et dans ce cas, c’est direction les Baumettes. » Avec condescendance, un « Pourquoi restez-vous en France ? » trouve comme réponse un « J’espère que les lois sur les étrangers vont changer », provoquant sourire et haussement d’épaules de la magistrate. Fin de la séance. La salle se vide de son maigre public et de ses loufiats de l’ordre. Direction la « sortie » : pour les non-Français, le CRA à quelques centaines de mètres, pour la magistrate, le probable retour vers un univers familier où on admire sans doute son humanité.
Sur le pas de la porte, le jeune flic post-adolescent se laisse aller à quelques propos épars : « C’est pas toujours facile ce boulot. Je suis rentré dans la police, parce que je ne savais pas quoi faire, et là, il y a la sécurité de l’emploi… » Il poursuit : « C’est cinquante-cinquante : quand ils ne donnent pas leur véritable identité, la moitié d’entre eux sont remis en liberté et les autres expulsés. De toute façon, pour ne pas se faire prendre, il faut rester dans un quartier tranquille et éviter le centre-ville. On sait ce que c’est les interpellations au faciès… Là où j’habite, j’en connais des dizaines qui sont là depuis des années. Ils ne bougent pas du quartier et ne se font jamais prendre. » Il continue : « Quand même,à quelques dizaines d’années près, ça aurait pu être mes parents qui seraient passés devant le juge. Ils sont d’origine arménienne… À la maison, on parle toujours le russe. » Puis il conclut : « Heureusement que je suis à ce poste. C’est pas mon truc de courir après les voyous. À l’intérieur, j’essaie de faire ce que je peux pour les aider… C’est vraiment pas simple, tout ça… »
Ni témoins, ni victimes, devant ce tribunal qui décide de la vie d’êtres défilant devant un juge que le cynisme juridique, par l’effet d’une inversion toute orwellienne, nomme « juge des libertés ». À voir la généreuse distribution de temps d’enfermement et d’expulsions par cet anthropoïde vêtu d’une robe noire et d’une cravate de batiste, « juge de la privation de liberté » eût été plus honnête.
Gilles Lucas

lundi 27 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (8)



Le bond de stupeur que je fis me sortit du lit.
Tremblant d’effroi, je voyais non Jasmine, mais… mais la jeune femme nue du tableau !… L’ Isabelle ! Isabelle elle-même, assoupie dans une pose autre que celle voulue par le peintre qui l’avait créée… Isabelle, en sommeil telle une vivante épuisée d’amour… Isabelle avec qui j’étais allé au cœur des raffinements !…
Isabelle ! mais ce ne pouvait être possible… Et, pour ma part, je n’ai jamais accordé le moindre crédit à ces charlatans de l’esprit qui prêtent existence aux revenants, fantômes et autres pantins de l’au-delà… Non, tout cela ne saurait être possible… Et, pourtant je voyais réellement Isabelle en chair, alors que je la savais simple rapprochement de diverses couleurs expressives, posées au nom de l’ Art sur une toile, par des pinceaux qui, sans doute, avaient également et indifféremment servi à emprisonner, sur d’autres toiles, là un monument, un vieux notaire ou quelques motifs floraux.
C’était impossible et cependant !
Alors, passant ma robe de chambre et prenant la lampe, je me rendis dans la salle où le tableau se trouvait accroché.
Là, assommé par l’incroyable vérité, je chancelai.
La toile était vide d’Isabelle !
Il n’y avait plus aucune trace de son corps ; seules subsistaient, autour de son emplacement vierge, les vagues teintes qui faisaient fond.
Mais, bien que saisi jusqu’au vertige, le plaisir courait toujours dans mes sens, et ce qui aurai du me paraître un cauchemar réel, à fuir au plus vite avant qu’il ne me rende fou, fit que je me découvris amoureux éperdu de cette Isabelle à la fois impossible et possible.
Je jugeai donc qu’une incroyable faveur venait de m’être accordée – comment et pourquoi ? je ne me questionnai pas – dont je devais coûte que coûte profiter sans perdre de temps : détruire la toile un moment vide d’Isabelle afin que, ne pouvant plus revenir s’y fixer, elle reste à jamais avec moi gardien jaloux de mon bien.
Je n’hésitai pas une seconde. Enlevant le verre de ma lampe, montant la flamme, je l’approchai du cadre et mis le feu au bois vermoulu.
Et, de voir flamber, de voir disparaître en fumée le tombeau de toile d’Isabelle jusque-là comme en purgatoire, fit que j’éprouvai l’euphorie de me sentir désigné pour lui permettre un Paradis attendu… le mien.
Bien sûr, le feu se propagea ; se jetant sur le voisinage, il s’attaqua aux tentures et au mobilier ; mais mon exaltation était telle, d’avoir à présent Isabelle pour prisonnière, que peu m’importait que ce fût au prix de ma collection entière et, même, du château.
Soudain traversé par un doute atroce, je courus à ma chambre : et si, détruisant le tableau d’Isabelle, je venais de la détruire elle?
A suivre

Que fait la droite ? Elle gouverne.






La pauvreté remonte

Entre 2004 et 2007, 500 000 personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté, selon les nouveaux chiffres de l'Insee.
L'Insee vient de publier les chiffres sur l'évolution du taux de pauvreté en 2007. On les attendait avec une certaine impatience pour pouvoir confirmer le soupçon : le taux de pauvreté est en train d'augmenter en France. Alors que, entre 1990 et 2004 on avait assisté à une lente diminution - de 13,8 % à 11,7 % - de la part de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté, celle-ci est remontée à 13,1 % en 2006. Toutefois, cette progression était principalement due à la prise en compte, depuis 2005, de la totalité des revenus du patrimoine : en faisant augmenter le niveau de vie médian [1] , ce changement de méthode faisait augmenter mécaniquement le seuil de pauvreté (fixé à 60 % du niveau de vie médian). Au-delà, la progression enregistrée en 2006 (+0,4%) était trop petite pour confirmer le retournement de tendance dans la lutte contre la pauvreté.
En 2007, le taux de pauvreté est passé à 13,4 %, soit + 0,7 point depuis 2004 : cette fois-ci, la progression dépasse la marge d'erreur possible. Parmi les populations les plus pauvres, une fraction croissante de la population vit donc au-dessous du seuil de pauvreté - soit moins de 908 euros pour une personne seule, moins de 1362 euros pour un couple sans enfant, moins de 1907 euros pour un couple avec deux enfants. Au total, huit millions de personnes (vivant dans 3,5 millions de ménages) vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté, alors qu'il y en avait 7,5 millions en 2004. En trois ans, 500 000 personnes supplémentaires ont donc basculé dans la pauvreté monétaire.
Cette rupture avec la tendance antérieure est d'autant plus inquiétante qu'elle s'est produite pendant une période où, dans l'ensemble de l'économie, les indicateurs étaient plutôt au vert. Entre 2004 et 2007, le nombre de chômeurs [2] est passé de 2,4 à 2,2 millions en moyenne annuelle, tandis que le nombre d'allocataires de minima sociaux [3] a diminué : -70 000 pour le RMI, -20 000 pour l'allocation de solidarité spécifique (ASS), -35 000 pour le minimum vieillesse. Ce qui veut dire que de plus en plus de pauvres ne relèvent pas des minima sociaux et tirent donc leurs revenus principalement de l'emploi [4]
La remontée actuelle du chômage risque d'accentuer encore cette tendance - même si la crise, en faisant diminuer le niveau de vie médian, fera également baisser le seuil de pauvreté exprimé en euros constants. Le pari de Martin Hirsch - faire baisser d'un tiers le nombre de personnes en situation de pauvreté entre 2007 et 2012 - semble donc mal parti, en dépit du choix du Haut Commissaire de retenir, comme indicateur, un seuil de pauvreté dit « ancré dans le temps ». Que signifie ce terme un peu abscons ? Tout simplement que le seuil de pauvreté retenu pour mesurer l'évolution pendant la période - celui de 2007 - sera majoré de la seule inflation, et qu'il ne prendra pas en compte, comme le fait l'indicateur actuel, l'évolution du niveau de vie médian. Cette question peut paraître technique, mais elle permet d'améliorer les chiffres sans aucun effort réel : entre 2000 et 2005, le taux de pauvreté calculé « normalement » a diminué de 0,6 point, alors qu'en choisissant le seuil « ancré dans le temps », on affiche une baisse de trois points ! Il suffisait donc d'accentuer un peu la tendance spontanée pour que le Haut Commissaire puisse affirmer que son objectif, apparemment ambitieux, d'une baisse de quatre points était en train d'être atteint...
Cette habileté dans le maniement des chiffres ne suffira plus dans le contexte actuel, puisque le taux de pauvreté « normal » repart à la hausse et que la crise risque d'aggraver encore la situation. L'ampleur de la tâche est telle que, même avec l'indicateur « ancré dans le temps », il paraît exclu que l'objectif officiel soit atteint. Ou alors il faudrait un renversement complet de politique économique, avec un investissement massif dans les emplois aidés, des programmes de formation et de reconversion très ambitieux en faveur de tous les demandeurs d'emploi, un RSA nettement plus élevé... et donc une hausse des impôts sur les revenus élevés. On peut toujours rêver ....
Denis Clerc


24 Juillet 2009

Notes

(1)
Le niveau de vie médian coupe la population en deux parties égales, 50% des ménages se situant au-dessous, 50 % au-dessus de ce niveau. <

(2)
Au sens du BIT : être privé involontairement d'emploi, en rechercher un et être disponible pour l'occuper si on en trouve. <

(3)
France entière, alors que les chiffres de la pauvreté ne concernent que la métropole. <

(4)
Voir Alternatives économiques n° 282 (juillet-août 2009), « Quand le travail rend pauvre ». <

dimanche 26 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (7)



Tant et si bien que, couché et ayant éteint ma lampe, je continuai à l’imaginer, là. Et, si violente était mon envie physique que je m’assoupis, lèvres pressées sur mon oreiller.
La chance devait être attentive à mon besoin car, après un espace de temps que je ne sus mesurer, j’entendis, tamisé par mon demi-sommeil, bruire le doux sifflement des gonds de ma porte : Jasmine !… Ma discrète et jeune servante venait comme souvent, lorsque, par quel secret avertissement ! elle sentait que l’homme désirait la femme. Une senteur, une onde quittant nos sens et allant à celle qu’il nous faut et qui accourt ? C’est certainement cela.
Je me réveillai mais je continuai à feindre de dormir, afin d’ajouter à mon plaisir berceur. Jasmine se glissa à côté de moi avec cette retenue inquiète que j’aimais d’elle : la crainte de courroucer son maître en le tirant du sommeil, d’être chassée, et, en même temps, le désir d’être caressée par la même force changée en de tendres affleurements qui la feraient frémir d’une sourde jouissance, autant que, rejetée et mise à la porte, elle aurait frémi de peur et de regrets.
Jasmine venait s’offrir avec une telle envie que son ventre et ses cuisses, que je touchai comme par mégarde en faisant celui qui se retourne pour mieux garder le sommeil, me parurent sortir de quelque four magique où l’on enfourne les amantes afin de les chauffer au degré propice à une passagère mais violente luxure. Aussi ne résistai-je pas longtemps à son appel.
Me retournant vers elle, je l’étreignis, joignant mon désir au sien au point de me sentir étinceler d’une jouissance désordonnée, encore jamais ressentie, nouvelle, inventive et interminable d’un subtil cheminement qui aboutissait partout dans mon corps offert.
Et je fus voluptueusement épuisé, détruit, mort.
Revenu à la réalité, je louai le hasard béni qui m’avait fait engager Jasmine, adroite servante, pour le service général du château et qui me servait mieux encore en particulier. Discrète Jasmine, aux vingt ans à fleur de peau, qui, cette nuit-là, parvint à tout me faire oublier derrière une étamine de plaisir : soucis, dettes, conflits et même… même l’Isabelle !
Jasmine m’ayant offert le meilleur de sa sève et de sa jeunesse, je voulus également me réjouir l’œil en la regardant embellie , elle, silencieuse et peut-être évanouie de m’avoir trop donné. Je me dressai pour allumer la lampe posée sur ma table de chevet.
Elle dut comprendre mon intention et sa main retint mon bras.
C’était bien la première fois qu’elle osait s’opposer à un geste autre que ceux de l’amour. Mais je n’y attachai aucune importance, et ce nouveau contact de nos peaux fit qu’encore nous flambâmes de l’envie de l’autre.
Cette fois je restai, me sembla-t-il, des heures anéanti et, ayant enfin retrouvé ma volonté, je pensai que Jasmine était depuis longtemps repartie.
Non, je la sentis toujours là, mais en profond sommeil.
Je voulus la voir et parfaire ainsi les merveilleuses sensations qu’elle m’avait prodiguées.
J’allumai et me tournai vers elle.

A suivre...

Coutumes


Le jour du mariage royal, tous les hommes du Royaume-Uni en âge de se tenir debout vont pisser sur l'herbe en chantant le God save the Queen. On raconte que chaque fois que, ce jour-là, un garçon pissera sur un escargot, il accroîtra les chances de voir naître un héritier mâle au sein de la famille royale. On comprend mal l'origine de cette coutume peu ragoûtante. En revanche, on comprend bien pourquoi les Anglais ne mangent pas d'escargots.

Pierre DESPROGES

samedi 25 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (6)



Je fis porter et poser le tableau sur la grande table du salon et, sans plus attendre, pour me familiariser tout de suite avec une légende, un nom ou une date, je grattai le cartouche avec précaution.
De grandes lettres noires apparurent sur un fond vieil or, et, bientôt, je pus lire :
ISABELLE
C’était donc une Isabelle, anonyme certes puisque seul son prénom figurait là, sans autre détail, mais il personnalisa pour moi le visage de l’inconnue au corps souillé.
Je dis bien : « souillé », car, en examinant mieux le voile de matière opaque qui la recouvrait, je vis qu’on l’avait volontairement répandue, barbouillant de plusieurs épaisseurs les parties nues, épargnant le décor, mais procédant de façon à cacher ce qui devait choquer une morale rétrograde de bourgeois pudibond.
Mon désir de mener à bien cette délivrance s’en trouva d’autant cravaché. Qu’allais-je découvrir : un monstre de lubricité, ou un ange de pureté ?
Je remis cette tâche au lendemain et je reconnais que je soupai avec l’appétit d’un homme qui vient de réussir la difficile conquête d’un être ayant échappé à l’usure du temps ainsi qu’à la vue de ses rivaux et différents propriétaires.
Et je dormis en puissance de femme – qu’importait que celle-ci fut de la peinture ! Réveillé, je m’empressai d’aller la retrouver, attiré par les joies que je pressentais.
Me penchant sur sa presque tombe, je la désensevelissais, couche après couche, patiemment, usant de toute l’adresse nécessaire ; dégageant d’abord ses jambes, aux cuisses chaudes de leur teinte de chair rosâtre et pleine ; puis ses hanches, à peine plus larges que celles de la Maja habillée de Goya ; son ventre, au bas légèrement duveteux ; sa taille étroite, faite pour satisfaire à l’exigence des mains, nos naturels étaux de possession ; et je découvrais sa poitrine… sa poitrine hardie, là, comme vivante, épanouie et tentante d’un baiser que je lui donnai d’une frôlée de lèvres, tel un amant fasciné qui offre bien plus par ce simple hommage à la chair qu’en une nuit d’ardeurs incessantes.
Son visage, cerclé de cheveux blonds et courts, en diadème, était, je vous l’ai déjà dit, sensuel jusqu’au trouble. Mais, une fois qu’Isabelle fut entièrement nue, allongée et alanguie ; abandonnée, mais offerte, épaules et bras à demi tendus vers celui qui voudrait d’elle, ses yeux parurent s’animer d’un plus violent et précis désir qui, bien que figé,me pénétra au point de me donner envie d’elle.
Je fis enlever dans la salle d’honneur, où je mettais mes belles pièces, plusieurs toiles du mur le plus favorable à la nouvelle venue et, sur un large espace vide et clair, le l’accrochai en lui laissant les marges de son rang : tout comme si je la sacrais reine : la Reine de mon château, elle qui, déjà, l’était de ma respectueuse âme de collectionneur.
Je remis à plus tard de la recouvrir d’un fin vernis.
Et, assis face à cette Isabelle ressuscitée par et pour moi, je finis la soirée stupidement naïf à la rêver vivante et désireuse de moi.

vendredi 24 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (5)



… En mars dernier, j’allai à cette vente dont vous avez certainement entendu parler, où on dispersait la collection de Kerger, l’ancien ministre, grand voyageur et riche industriel. Il y avait là quelques chefs-d’œuvre, tant en objets d’art qu’en tableaux. Pour ma part, je désirais deux toiles ; l’une, d’un petit maître florentin, m’échappa aux derniers mille francs ; mais l’autre, cataloguée comme nu du second empire bien qu’habillée d’une couche de temps sale et grasse dont la seule partie propre était ce visage de blonde, brillant d’une attirante joie sensuelle qui me l’avait fait distinguer des autres croûtes, me fut adjugée après quelques faibles mises sans enthousiasme.
Mais, une fois sorti de la salle, me retrouvant dans ma voiture en compagnie de cette acquisition qui, de grandeur nature, était encombrante dans son cadre quelconque dont la moulure s’effritait à chaque déplacement, je ne pus que regretter mon choix. De plus, l’impitoyable lumière du jour soulignait jusqu’au dégoût un demi-siècle de négligences rares, à croire que ce tableau était toujours resté face à l’haleine d’une cheminée, ou, et j’hésite à le dire, dans une porcherie.
Le cartouche lui-même était illisible, badigeonné d’une couche de peinture ocre, à la colle, mais que l’ongle écaillait facilement. Quant à la signature, il me faudrait, pour la découvrir, soulever la frange de ce vêtement de pudeur qui maculait le corps de cette femme aux formes indistinctes.
Cependant, une fois arrivé ici, au château, ma curiosité ayant fait son chemin, je n’avais déjà plus les mêmes regrets : j’allais pouvoir me livrer au plaisir de la recréer. Je veux dire par là qu’avec l’aide d’ingrédients que je sais efficacement utiliser, j’allais pouvoir nettoyer de ses impuretés cette œuvre peut-être de valeur.
Ayant acheté à bas prix, donc sans risque de mauvaise affaire, une inconnue au visage
captivant, ce me serait un cadeau de jouir à la révélation de son corps ; en fait judicieusement protégé des altérations extérieures par cette crasse providentielle.
A suivre

Méfiez- vous des hoax par Claude


Extrait du site : hoaxkiller

Prévention

Ce qu'il ne faut pas faire

La plupart des hoax sont transmis par une personne bien connue (ami, collègue, client, etc.). Il ne faut pas faire confiance a priori à l'expéditeur du message, car si un hoax arrive jusque dans votre boîte aux lettres c'est qu'il aura passé avec succès l'épreuve de la "sélection naturelle" et qu'il sera susceptible d'abuser n'importe quel internaute pressé ou non averti.
La plupart des hoax sont précisément tellement efficaces qu'ils sont souvent relayés par un grand nombre de personnes, voire reproduits sur un grand nombre de sites Internet. Il ne faut pas croire une information parce qu'elle provient de plusieurs sources différentes : il faut avant tout s'assurer de la compétence des sources à juger de la véracité de l'information.
La plupart des messages poignants, révoltants ou alarmants qui circulent spontanément sur Internet sont des hoax. Il ne faut pas faire suivre un message semblable parce que son contenu "pourrait être vrai", mais prendre du recul et si nécessaire valider l'information auprès d'une source sûre, car le doute profitera toujours aux rumeurs et aux canulars.
La plupart des hoax sont des messages bien construits, solidement argumentés, dont la crédibilité ne semble faire aucun doute. Il ne faut pas s'arrêter à la présence d'éléments véridiques, mais s'intéresser aux éléments douteux ou pour lesquels aucune preuve n'est avancée, car les hoax mélangent le plus souvent habilement le vrai et le faux. Même une photographie ou une vidéo apparemment explicite peut avoir été truquée ou sélectionnée partialement pour abuser les internautes et accréditer une information fausse ou douteuse.

Reconnaître un hoax

Le meilleur moyen de se prémunir contre les hoax est à la fois très simple et très compliqué : il suffit de ne pas croire tout ce qui est écrit et de faire preuve d'un minimum d'esprit critique. Le succès des hoax réside pour l'essentiel dans l'intensité et l'universalité de l'émotion qu'ils sont capables de susciter. Quelques indices doivent vous mettre la puce à l'oreille :
  • citation d'un informateur de confiance : la source est généralement un média reconnu (CNN, Reuters,...), une société commerciale au-dessus de tout soupçon (Microsoft, AOL, Symantec,...) ou un proche ("mon ami", "un de nos clients",...). Mais personne ne peut donner les références de l'article, du communiqué ou de la personne concernée ;
  • assurance-vérité : certains hoax arborent fièrement une mention "Ceci est une histoire vraie", "ceci n'est pas une blague" ou encore "Faits réels!!! Lire attentivement!". Cette mention n'engage évidemment que ceux qui la croient ;
  • situation poignante ou menace imminente : le levier psychologique classique des hoax est la description d'une situation poignante (injustice, solidarité,...) ou alarmante (alerte virus, alerte alimentaire,...) souvent complètement fictive, mais nécessitant une réaction immédiate et toujours identique, à savoir prévenir tous vos contacts ;
  • offre trop belle pour être vraie : un autre ressort classique des hoax est de promettre un service ou un produit gratuit (téléphone portable, bouteilles de champagne,...) envoyé gratuitement chez vous voire pour l'utilisation duquel vous serez grassement payé... à condition de transférer le message à tous vos correspondants ;
  • incitation à faire suivre : les hoax comportent toujours une mention du type "Transférez ce message à tous vos correspondants", " Envoyez ceci à chacun de vos contacts.", "Faites une copie de ce mail et envoyez-le à tous ceux que vous connaissez", "S.V.P. distribuez ce message à plus de gens possible", "Passez l'information, ça pourrait sauver une vie!". Mais ça n'est évidemment pas une bonne raison de le faire!
Ce dernier point est primordial : tout message incitant explicitement son destinataire à le transférer à tous ses correspondants doit être considéré comme hautement suspect et si nécessaire être vérifié auprès d'une source sûre. Souvent le simple fait de connaître l'existence des hoax suffit à ne plus se faire piéger, au moins par les plus basiques d'entre eux. Pour les autres, il reste les moteurs de recherche, les sites d'information et bien sûr Hoaxkiller.fr ;-)
Une fois le canular identifié, informez l'expéditeur du message qu'il s'agit d'une fausse information en lui recommandant d'en informer lui-même la personne qui lui a transmis l'information, et ainsi de suite...
Cela permettra de sensibiliser votre contact à l'existence des hoax, en espérant qu'une prochaine fois il se montrera plus vigilant. Cela permettra aussi d'engager un bouche-à-oreilles vertueux qui aidera à stopper la propagation du canular. Lutter contre le mal par le mal!

Hoax et appel à la communauté

Une fois un appel à l'aide lancé, celui-ci se propage sur Internet et il devient impossible de l'arrêter, même lorsqu'il n'a plus lieu d'être : l'enfant fugueur peut avoir été retrouvé, le donneur compatible s'être manifesté, les jeunes chiots avoir finalement été adoptés... le message continuera toujours à circuler, généralement au grand désespoir de son expéditeur originel, mais aussi et surtout de l'ensemble de la communauté des internautes, puisque l'accumulation de ces messages pourrait finir par poser un problème comparable à celui posé par le spamming publicitaire. Afin d'éviter cela, il faudrait appliquer et généraliser une règle drastique :
Tout message poignant, révoltant ou alarmant ne renvoyant pas vers un site Internet devrait être considéré comme un hoax
Un site web est en effet le seul moyen de tenir les internautes informés de l'évolution ou de l'éventuelle normalisation de la situation, de la mise à jour d'un numéro de téléphone ou d'un élément important, mais aussi d'éviter que le contenu du message initial ne soit modifié ou déformé au fur et à mesure sa propagation. C'est aussi un moyen de crédibiliser un appel à l'aide ou une campagne d'information face à la multiplicité des canulars, sans pour autant assurer l'internaute de sa véracité, même si le fait de pouvoir ainsi remonter plus facilement à son auteur au cas où l'affaire aurait des suites judiciaires devrait avoir un effet dissuasif.
Plus généralement, il faut garder à l'esprit que tout message envoyé à un correspondant peut ensuite être transféré aux correspondants de votre correspondant et dépasser ainsi le cercle familial, amical ou professionnel, à partir du moment où sa charge émotionnelle est suffisante. Autant le savoir si vous ne voulez pas devenir malgré vous la star ou la risée des internautes!

Hoax et pétition pyramidale

Certaines pétitions appellent l'internaute à ajouter son nom, son adresse électronique voire d'autres données personnelles à une liste, à envoyer le message ainsi complété à tous ses contacts, puis à renvoyer le message à une certaine adresse lorsque la liste atteint un certain nombre de signataires. Ce système de pétition pyramidale rend un résultat inexploitable en l'état, chaque internaute se retrouvant comptabilisé autant de fois qu'il envoie de messages.
Toute pétition demandant d'ajouter son nom à une liste et de transférer le message à tous ses contacts devrait être considérée comme un hoax
Mais surtout, il présente de sérieux risques pour la vie privée, puisque tous les destinataires intermédiaires ont connaissance du point de vue des répondants précédents, peuvent utiliser à leur convenance la liste des personnes ayant approuvé la pétition, voire peuvent changer le texte de cette dernière pour faire en sorte que ces personnes soutiennent désormais une secte, une dictature, etc. De même, l'adresse indiquée est souvent une adresse chez un fournisseur d'accès ou un prestataire gratuit qui ne permet pas de s'assurer de l'identité du destinataire final de la pétition, qui peut très bien en réalité être un spammeur, une société d'enquête ou un individu malveillant. Il est donc recommandé de ne jamais donner suite à ce type de pétition.

Un dernier "truc"

Avant de transférer un message douteux à un correspondant, posez-vous une simple question : oseriez-vous lui dire de vive voix le contenu dudit message? Lui diriez-vous en face que Bill Gates partage sa fortune et qu'il vous enverra personnellement 245$ à chaque fois que vous transférerez son message à un de vos contacts? Lui diriez-vous en face que vous êtes le seul sur Terre à connaître l'existence d'un virus hyper-destructeur, pour lequel il existe aucun remède, mais dont ni les médias ni les éditeurs d'antivirus n'ont entendu parlé... si ce n'est à la rubrique des canulars? Non!?! Alors ne lui transférez pas le message qui dit la même chose!


Pour plus d'informations, lire aussi les Généralités pour comprendre ce qu'est un hoax ainsi que les Dangers que représentent les hoax pour les internautes et les entreprises.

Contestation de la chroniqueuse



Faut toujours qu'elle conteste... paut pas s'en empêcher... c'est sa génération qui veut ça, sans doute...
"Et si le canular est drôle, on peut tout de même le propager, non??"
PP

Réponse du berger à la bergère


Avis à la blogueuse poète, divageuse de web, et jardinière de plume :

Ne jamais transférer un mail par "faire suivre", sauf très rares exceptions.

lire pourquoi ci-après.


Abandon d'adresse ou de numéro de téléphone

Si vous transférez un hoax en ajoutant volontairement ou automatiquement votre signature à la fin du message, vous prenez le risque que vos correspondants ou les correspondants de vos correspondants ne considèrent cette signature comme faisant partie intégrante de la (fausse) information à transférer et ne vous prennent ainsi pour son auteur. Au fur et à mesure de la propagation - potentiellement mondiale - de l'hoax ainsi modifié, votre boîte aux lettres risque ainsi de crouler sous les messages en réponse à la fausse information dont vous êtes devenu l'auteur, ne vous laissant d'autre choix que de l'abandonner. De même, une entreprise ou un particulier dont l'adresse ou le numéro de téléphon e figure dans un hoax peut être conduit à fermer l'adresse électronique concernée ou à changer de numéro de téléphone, du fait du nombre de messages et demandes reçus, parfois du monde entier et/ou d'individus douteux. C'est par exemple ce à quoi ont du se résoudre les parents de la jeune Aurélie B. du fait de la diffusion d'un avis de recherche par courrier électronique malgré le retour de l'adolescente.

Mais, le plus important en conséquences générales :

Evasion de données personnelles

Lorsqu'un hoax est transféré, en plus du message il comporte souvent les noms et adresses électroniques des personnes l'ayant reçu auparavant en destinataire principal ou en copie. Même si vous avez entière confiance en vos correspondants, en est-il de même des amis des amis de vos amis qui recevront ensuite un exemplaire du même message? En permettant notamment à vos correspondants de connaître votre opinion sur un sujet sensible ou à un inconnu de récupérer votre nom, votre adresse électronique voire d'autres données personnelles, certaines pétitions de type pyramidal présentent même un risque maximum pour la vie privée.

Les 2 paragraphes ci-dessus sont extraits du site hoaxkiller.fr



Claude

Le jeu du seau d'eau


Voilà un jeu qui va faire fureur cet été un peu partout; il se pratique de la manière suivante:

a) Lieu: autant que possible, la salle de jeu doit être située au moins au deuxième étage.
b) Préparation: emplir d'eau propre ou polluée un bon seau d'une contenance minimale de quinze litres; cette opération effectuée, ouvrir la fenêtre.
c) Exécution: jeter violemment l'eau contenue dans le seau dans la rue et se rejeter immédiatement en arrière.
d) Attendre et écouter. Si aucune réaction ne se produit, vous avez perdu. Recommencez alors l'opération.
e) Si la chute de l'eau est suivie d'un cri, vous marquez 10 points.
f) Si plusieurs cris se font entendre, vous marquez 15 points.
g) Si ces cris se traduisent en hurlements mêlés de qualificatifs allant de saligaud à tête de lard fumé, vous marquez 50 points.
h) Et si, enfin, la police monte chez vous, vous marquez 100 points et vous êtes déclaré hors concours.

Voilà,de quoi rire et s'amuser honnêtement en développant ses facultés d'observation et ses dons de la balistique.

Pierre DAC

jeudi 23 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (4)



Profitant alors de cette faveur à vrai dire inespérée, je lui dis, à brûle-pourpoint et avec un élan juvénile :
· Monsieur, je crois comprendre qu’un grand tourment vous retient hors du monde… Que ce soit votre santé ou une autre cause, il y a toujours un remède à tout, ne serait-ce que celui de ne pas rester seul à porter un pesant fardeau… Si je puis vous en soulager de cette façon…
Je regrettai aussitôt d’avoir dévoilé ma curiosité avec tant de naïveté et je m’attendis à être promptement mis à la porte.
A mon grand étonnement, le comte de R… eut un terne mais indulgent sourire et me dévisagea pour peser ma sincérité ; puis, m’ayant sans doute jugé digne de sympathie, il me répondit avec une subtile amertume :
· Au rythme où vont les choses, ni vous ni personne ne pouvez rien pour moi… et, quoi que j’en éprouve en bien ou en mal, je suis un être condamné à user ses forces jusqu’à leur ultime lampe dans les plus brefs délais… Regardez la mèche de cette lampe… si je la sortais entièrement elle flamberait dix fois plus vite et s’éteindrait, calcinée après avoir rapidement brûlé tout son pétrole… N’est-ce pas ?…
Et il me raconta…

A suivre...

« Des nanoparticules dans l’assiette »



Le Canard enchaîné s’intéresse aux nanoparticules, qui « échappent aux lois de la physique classique : « Grâces à elles, les industriels nous promettent des pantalons ou des chemises qui résistent aux taches et aux plis, des vitres qui se nettoient toutes seules, des peintures pour voiture impossibles à rayer… ».
"Mais ils ne disent pas qu’ils ont déjà commencé à en saupoudrer notre assiette", observe l’hebdomadaire.
Le Canard enchaîné explique ainsi qu’« on en trouve dans le ketchup, comme épaississant, dans certaines vinaigrettes industrielles, comme agent blanchissant, ou certaines soupes en sachet afin d’empêcher la formation de grumeaux ».
Le journal ajoute que « pour éviter que le chocolat ne blanchisse en vieillissant, notamment, on le badigeonne avec des nanoparticules de dioxyde de titane ».
L’hebdomadaire s’interroge : « Une fois avalées, ça donne quoi, les nanoparticules ? ».
« Eh bien, on n’en sait rien : comment elles sont absorbées par l’organisme, comment elles se diffusent, ou interagissent avec les aliments, mystère », remarque Le Canard enchaîné.
Le journal rappelle qu’en mars dernier, l’Afssa tirait la sonnette d’alarme : «Il n’est pas possible, aujourd’hui, d’évaluer l’exposition du consommateur ni les risques sanitaires liés à l’ingestion de nanoparticules. […] La prudence s’impose» ».
Le Canard enchaîné constate pour conclure que « les nano-ingrédients ne sont jamais indiqués sur l’étiquette. Sans doute les effets de la nanotransparence… ».

Le Canard enchaîné

Bulletin météorologique


Le temps qu'il aurait du faire la semaine dernière.

Dans les régions Nord, parisienne, Nord-Ouest, Bretagne et Ouest: quelques belles averses coupées de pluvieuses éclaircies.
Région Sud, sud-Est, Aquitaine, Franche-Comté, Saint-Pierre-et-Miquelon: température voisine et adjacente à l'état du ciel. Fortes chaleurs alternant avec le verglas caniculaire.
Centre, Massif Central, Société Générale et Banque des Pays-Bas: brouillards matinaux, mer d'huile avec filet de vinaigre sur les hauts plateaux.
Température moyenne générale: maximum: 38,5°; minimum:39,8°
Si vous n'avez pas eu ce temps-là dans la région que vous habitez, adressez-nous vos réclamations; nous nous ferons un devoir de nous les transmettre à toutes fins utiles.

Pierre DAC

mercredi 22 juillet 2009

Communistes


C'est à cela qu'on reconnaît les communistes: ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d'objectivité.

Pierre DESPROGES

Lire et Relire




- Il y a très longtemps, monsieur Sosa, bien avant vous et votre arrière- arrière- grand- père,un homme se tenait à l’endroit où vous êtes. Lorsqu’il levait les yeux sur cette plaine, il ne pouvait s’empêcher de s’identifier à elle. Il n’y avait pas de routes ni de rails, et les lentisques et les ronces ne le dérangaient pas. Chaque rivière, morte ou vivante, chaque bout d’ombre, chaque caillou lui renvoyait l’image de son humilité. Cet homme était confiant. Parce qu’il était libre. Il n’avait, sur lui, qu’un flûte pour rassurer ses chèvres et un gourdin pour dissuader les chacals. Quand il s’allongeait au pied de l’arbre que voici, il lui suffisait de fermer les yeux pour s’entendre vivre. Le bout de galette et la tranche d’oignon qu’il dégustait valaient mille festins. Il avait la chance de trouver l’aisance jusque dans la frugalité. Il vivait au rythme des saisons, convaincu que c’est dans la simplicité des choses que résidait l’essence des quiétudes. C’est parce qu’il ne voulait de mal à personne qu’il se croyait à l’abri des agressions jusqu’au jour où, à l’horizon qu’il meublait de ses songes, il vit arriver le tourment. On lui confisqua sa flûte et son gourdin, ses terres et ses troupeaux, et tout ce qui lui mettait du baume à l’âme. Et aujourd’hui, on veut lui faire croire qu’il était dans les parages par hasard, et l’on s’étonne et s’insurge lorsqu’il réclame un soupçon d’égards… Je ne suis pas d’accord avec vous, monsieur. Cette terre ne vous appartient pas. Elle est le bien de ce berger d’autrefois dont le fantôme se tient juste à côté de vous et que vous refusez de voir. Puisque vous ne savez pas partager, prenez vos vergers et vos ponts, vos asphaltes et vos rails, vos villes et vos jardins, et restituez le reste à qui de droit….
Yasmina KHADRA – Ce que le jour doit à la nuit.
Pour vous donner envie de lire ce magnifique et douloureux récit d’un divorce : celui de la France et de l’Algérie. Séparation d’autant plus tragique que les deux s’aimaient encore d’un amour passionné comme en témoigne le destin des acteurs du drame.
Que dire encore de la langue magnifique de Yasmina Khadra ? Rien … lisez …

Le rideau


Le rideau de ma voisine
Se soulève lentement.
Elle va, je l'imagine,
Prendre l'air un moment.

On entr'ouvre la fenêtre;
Je sens mon coeur palpiter.
Elle veut savoir peut-être
Si je suis à guetter.

Mais, hélas! ce n'est qu'un rêve;
Ma voisine aime un lourdaud,
Et c'est le vent qui soulève
Le coin de son rideau.

Alfred de MUSSET

mardi 21 juillet 2009

Bon anniversaire



Sophie de Ségur, n’a jamais oublié qu’elle est née Rostopchine le 19 juillet 1799.
C’est une enfant ronde, blonde aux grands yeux gris, à la bouche gourmande, aux joues rouges. Toute sa vie, elle gardera un teint éblouissant. Elle grandit avec ses frères et ses sœurs à Voronovo, un domaine immense que l’hiver isole du reste du monde. Les loups et les ours y viennent rôder jusqu’aux abords de la maison. Son père est gouverneur de Moscou et en dépit de son immense fortune, les enfants Rostopchine sont élevés d’une façon plus que spartiate.
Les innombrables domestiques ne sont pas là pour servir les enfants, qui doivent faire leurs lits, nettoyer leurs chambres et pour les filles , coudre elles-mêmes leurs robes et leur linge. Leurs lits sont durs, fort étroits et il leur arrive au matin de se réveiller par terre. Sophie a pris l’habitude, quand les nuits sont trop froides, de doubler sa couverture de feuilles de papier journal.
Sa mère, pédagogue impitoyable, lui donne une instruction poussée : à cinq ans, elle parle, lit et commence à écrire, outre le russe, le français, l’anglais et l’allemand. Elle joue du piano, dessine, reçoit des cours de danse , de chant et de maintien.
Cette éducation sévère ne l’empêche pas de faire de nombreuses bêtises génératrices de « malheurs » qu’elle racontera plus tard dans ses romans. Elle est gourmande et se donne des indigestions de fruits confits ou de crème fraîche. Dans son service de poupée, elle offre à ses amies des thés composés d’ingrédients plus que douteux. Perpétuellement affamée car sa mère lui impose une frugalité qui lui pèse, elle va jusqu’à dérober le pain qu’elle doit donner à son poney.
Elle est intelligente et pleine d’humour ; elle émerge des plus profonds désespoirs, pour amuser toute sa famille en racontant des histoires auxquelles son père avoue ne pas comprendre grand-chose.
Elle a treize ans quand Napoléon envahit la Russie ; ses troupes vont entrer dans Moscou. Rostopchine niera plus tard avoir incendié la ville. Cependant, s’il n’a pas gratté lui-même l’allumette, il a bel et bien fait retirer toutes les pompes à incendie avant d’ouvrir les prisons dont les détenus n’étaient pas tous politiques.
Evacuées à une cinquantaine de kilomètres, les filles voient le ciel embrasé. A leur retour dans la ville en cendres, leur maison a été miraculeusement épargnée. Fédor Rostopchine galope jusqu’à Voronovo, libère la centaine de chevaux de son haras et met lui-même le feu à son beau domaine.
Pourtant, la noblesse et le tsar ne lui pardonneront pas la destruction de Moscou et c’est en suivant son père en exil que Sophie Rostopchine arrivera à Paris. Elle y rencontrera Eugène de Ségur qu’elle épousera , dont elle aura huit enfants, et c’est pour les enfants de ces derniers qu’elle écrira vingt romans, dont les « Malheurs de Sophie », inspirés de sa propre enfance.

L'Isabelle - Claude Seignolle (3)



A part les pertes mobilières et artistiques qui devaient être considérables, je jugeai qu’à eux seuls, les travaux nous concernant seraient longs, délicats et coûteux.
Ce que je dis au comte de R… qui, toujours muet, promenait sa lampe avec une croissante lassitude à moins que ce ne fût de l’indifférence, et, tout à la fois, des impatiences qu’il ne pouvait contrôler et qui me valaient d’intempestifs déplacements d’éclairage.
Je lui demandai alors l’autorisation de revenir le lendemain afin de juger les lieux au grand jour et d’établir plus commodément mon devis.
Là, il se décida à parler – à vrai dire sa voix laissa exploser une colère qui n’était pas compatible avec la maladie traînante que je lui supposais.
Elle me fouetta de surprise.
Il ne voulait personne chez lui autrement qu’entre onze heures et minuit. Heure à laquelle il se sustentait ; la seule où il était libre de recevoir.
Le ton était impératif.
Cependant, je lui fis remarquer qu’il ne nous était pas possible de ne travailler qu’une heure par nuit ; non seulement, à cette cadence, il y en aurait pour des années mais encore l’heure ne conviendrait à aucun de nos ouvriers.
Il me rétorqua qu’il payerait ce qu’il faudrait ou il laisserait les lieux dans cet état.
Et, pour bien souligner la fermeté de son propos, il me reconduisit aussitôt à grands pas, mettant ainsi fin à ma visite.
Je compris que cet homme ferait comme il l’entendait. Il n’était ni fou, ni malade et je réalisai soudain qu’il devait se trouver aux prises avec un drame coriace qui le minait plus implacablement encore. Aussi, ma curiosité en fut-elle excitée et, comme toujours dans ces cas-là, m’obligea à ruser afin de savoir.
Je le complimentai donc, hypocritement, pour la vaillance de caractère qu’il montrait en ne tergiversant pas dans ses désirs, lui laissant entendre qu’il avait grandement raison de mener sa vie de la façon qui lui convenait, dût-il passer pour un sauvage ! Puis, je parlai, comme cela, sans trop marquer l’intention, de mon oncle, le magistrat connu et expert réputé de l’école flamande ; de mes cousins qui possédaient un haras célèbre dans la région de Caen, de mes autres parents qui… Enfin, par un subtil cheminement, sous couvert d’un anodin soliloque, je cherchais à m’ insinuer dans sa confiance, si toutefois il connaissait ce sentiment !
Ma manoeuvre réussit ; il se retourna vers moi et je vis que je lui redonnais le goût d’un contact extérieur.
A suivre