lundi 16 mars 2009

Les Petiots


Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien froid.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! ils vous écoutent!
S'il fait chaud là-dedans,
Bonnes gens,
Il fait froid sur la route.

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! il faut qu'ils entrent!
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux n'ont rien dans le ventre.

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont sommeil.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! leur faut la grange!
Vous dormez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux, leurs yeux leur démangent.

Ouvrez la porte
Aux petiots qu'ont un briquet.
Les petiots grincent des dents.
Ohé! les durs d'oreille!
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille!

Jean RICHEPIN

lundi 9 mars 2009

Rituels de Mars



Quand Mars se déguise en été,
Avril prend ses habits fourrés.

Quand arrive la deuxième semaine de mars, on commence à regarder le ciel.
Les deniers jours de l’hiver semblent bien longs. Surtout si le temps est mauvais car on dit qu’il le restera encore pendant six semaines.
Les gens de l’Est observent la fumée : si elle s’étend en nappes, les récoltes seront bonnes ; si elle est droite ou dispersée, ils craignent une mauvaise année et des maladies pour hommes et bêtes.
Pour éviter ces calamités, les Francs Comtois font leurs fumiers le jour du Mardi Gras, ce qui préserve le bétail d’au moins sept maladies.
Pendant la nuit du Mardi Gras au Mercredi des Cendres, inutile de chercher votre chat ; il est au sabbat.
Si vous avez semé du chanvre, selon que vous le voulez court ou long, choisissez la taille de la dernière personne qui quêtera à la messe.
Le 12 mars, on fête St Paul :
« De saint Paul la claire journée
Dénote une bonne année.
S’il y a des brouillards
Mortalité de toutes parts. »
Le jour de la fête de l’Ane, les Chartrains déguisés en Centaures et leurs épouses en Bacchantes tireront le char de Bacchus jusque dans la cathédrale. Ils précéderont Aliboron, suivi d’un cortège d’humains costumés en animaux. Les enfants comme de coutume feront sans se faire prier le plus de bruit possible. Les mauvais esprits dérangés ne seront peut-être pas seuls à s’enfuir
Puisqu’en mars commence le Carême, imposé par l’Eglise dès le 3° siècle, et qui durait alors 46 jours, de Mardi Gras jusque Pâques, il est temps de se conformer à quelques judicieux principes. N’oublions pas que même les oiseaux Franc-Comtois jeûnent le mercredi des Cendres.
Il faudra tout d’abord cesser de faire la lessive dès la semaine précédente au risque de provoquer la mort d’un proche.
Il vaut mieux, également, éviter de coudre pendant cette période car les souris mangeraient le fil et tout serait à recommencer.
Ensuite, faire le jour du Mardi-Gras un bouillon qui répandu autour de la maison, éloignera les serpents et fera taire les grenouilles.
Le premier jour du carême en asperger les maisons avec un rameau de buis bénit ; pour les grenouilles répandre ce bouillon dans les fossés et dans les mares.
Pour tenir le renard à distance des poules, répandre du bouillon d’andouille autour du poulailler. Jeté au sol et au plafond, il éloigne les insectes. En verser au pied des vignes et des arbres fruitiers favorise la production de fruits (prononcer distinctement : « Souviens-toi du bouillon de Mardi-Gras »)
Les anglais (et leur étrange cuisine) plongent une bague dans le bouillon ; elle porte chance à celui qui la trouve s’il ne s’étrangle pas en l’avalant.
Se marier pendant le Carême est déconseillé ; les enfants nés de cette union seraient chétifs.
En Irlande, la première nuit de Carême, les âmes du Purgatoire sont autorisées à sortir ; ayez l’obligeance avant de vous coucher de leur laisser du feu et des sièges.
Les enfants Alsaciens nés pendant le carême sont parfois somnambules ; chaque fois que sonne l’Angélus, ils peuvent voir les mauvais esprits et reconnaître les sorciers.
Chanter l’alléluia fait pleurer la Sainte Vierge (Et le siffler donc !)
Le premier dimanche de Carême, la Fête des Brandons est une survivance du culte solaire et de celui de Cérès. On allume des flambeaux de paille, on fait des feux de joie et on danse. On peut promener des flambeaux dans les vergers dans l’espoir éloigner les nuisibles et les vers, et aussi d’avoir une bonne récolte. Faire de même dans les champs pour les protéger de l’ivraie et de la nielle.
S’il vente ce dimanche là, il ventera toute l’année ; le vent sera le vent dominant des mois suivants ; s’il pleut, il pleuvra tous les dimanches de l’année.

dimanche 8 mars 2009

Carnets de voyage - Malte avril 2008 copié



Jour 2-
Malte est un caillou biscornu aux rivages échancrés de nombreuses criques plus ou moins profondes, dont une seule porte le nom de port : Le Grand Port.
Guy mon mari, ancien marin au long cours, qui plus tard a souvent voyagé pour Air France et donc posé son sac (léger) un peu partout dans le monde, m’a enseigné que si on se perd dans une ville portuaire, il faut toujours prendre les rues qui descendent car elles mènent au port d’où l’on peut s’orienter.
C’est vrai partout, sauf à Malte où les rues qui descendent, souvent remontent. En tout cas elles finissent toujours par mener à la mer, voire à un port, mais lequel ?
Suivre les lignes de bus est également hasardeux ; car si le trajet, pendant un temps, suit scrupuleusement le front de mer, il arrive que lassé des nombreux détours que cette route comporte, il prend un raccourci par une rue transversale qui coupe un cap, ou un pont qui traverse un bras de mer.
Ce qu’il faut en tout cas éviter absolument, c’est demander son chemin ; surtout à deux messieurs en conversation. Ils seront enchantés de vous rendre service, mais si l’un vous indique la droite, l’autre vous recommandera la gauche. Comme ils sont volubiles, à la voix bien timbrée, ils attireront l’attention d’un troisième et tous seront d’accord pour vous indiquer une autre direction.
Pendant que vous tenterez de reprendre vos esprits égarés, car la conversation se déroule en Malto-britannique, de nombreux participants quitteront le pas de la porte d’où ils contemplaient le monde paisiblement, pour apporter leur concours à grand renfort de gestes indicatifs ;
Quand vous aurez saisi qu’au coin de la rue que vous cherchez se trouve un reposoir où loge une statue de la Vierge ou d’un saint quelconque, ne vous croyez pas tiré d’embarras : il y a des reposoirs presque à chaque carrefour.
Vous me direz, à Malte comme ailleurs, les rues portent des noms, Certes, mais gravés discrètement dans un pierre blonde et tendre et encore, pas des deux côtés. Parfois, ce sera en revenant sur vos pas que vous pourrez enfin lire le nom après lequel vous courez.
Vous ne courez pas, d’ailleurs, car les rues furent jadis pavées par les Chevaliers. Ils étaient porteurs de bottes et célibataires et comme La Vallette est construite sur un rocher – dans certaines rues la déclivité est telle qu’on les déconseille aux véhicules- les rues sont aussi dures à descendre qu’à remonter. ;
Mais il fait doux, les géraniums sont géants et les orangers en fleurs. Leurs senteurs se mêlent à celle du crottin frais. On entend le joyeux piticlop des légers pur-sang arabes qui tirent les « karozins ».
Dans bien des pays , les chevaux préposés à ce boulot sont misérables, mais ici non ; ils sont soignés avec amour, leur robe est luisante et leur peau bien tendue sur des muscles élastiques. On voit parfois leurs cochers échanger avec eux des propos affectueux ou leur offrir en cas de réclamation proférée d’un sabot impérieux, un morceau du pain de leur imposant sandwich.

samedi 7 mars 2009

Carnets de voyage - Malte, avril 2008 copié



Jour 1-
La bibliothèque de l’Alliance Française est un lieu charmant, organisé d’une manière originale. Originalité qui est une image de marque maltaise.
J’ai pris les livres à bras le corps en éliminant, éliminant, éliminant ; car il s’agit d’évacuer une double étagère qui obstrue complètement une fenêtre…grande fenêtre avec balcon et vue sur le port (un des ports, il n’en manque pas dans l’île.)
Il est vrai que le clair-obscur et la faible température conviennent aux livres, mais il me semble que les lecteurs apprécieront un peu de soleil et de lumière. Des persiennes fermées quand l’été est trop violent laisseront passer plus de clarté qu’une étagère bourrée de livres du sol au plafond.
Donc il faut prendre les bouquins un par un et statuer sur leur sort. Certains cumulent les handicaps : hors de propos (Walter Scott traduit en français), édition obsolète, papier jauni, couverture déchirée, pages cornées… ;
D’autres on tous ces défauts mais se nomment Balzac, Flaubert ou Maupassant.
J’ai trouvé trois Henri Gougaud en excellent état : là où ils étaient rangés, pas de danger qu’on les abîme ! Les voici désormais avec les autres G et à portée d’yeux et de mains. J’aurais bien voulu les mettre à côté de Giono, lui aussi en bon état et pour les mêmes raison, mais entre le I et le O se glissent d’autres auteurs ; Henri et Jean se parleront par-dessus leurs pages.
Je pense souvent au pauvre Dumas qui presque toujours et en dépit de mes bonnes intentions doit voisiner avec Duras. Quelles conversations ces deux-là peuvent-ils avoir la nuit sur leurs étagères.
Plus heureux en revanche, Colette et Cocteau, amis dans la vie, poursuivront leur relation sur papier….

A demain PP